‹ "Mes loisirs,"Chapitre 10 sur 13 · JOURNAL D'ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

JOURNAL D'ÉVÉNEMENTS

Tels qu'ils parviennent à ma connaissance

16 janvier. — M. de Beaumont du Repaire ayant pris séance en la Grand-chambre du Parlement de Paris, en sa qualité de duc et pair comme archevêque de cette ville, avec l'archevêque de Langres (Montmorin) et celui de Noyon (de Bourzac), aussi pairs ecclésiastiques, relativem.ent à l'affaire de M. le duc de Fitz- James avec le Parlement de Toulouse, M.Lambert l'aîné, conseiller de la deuxième chambre des enquêtes, dénonça l'instruction pastorale du susdit archevêque adressée au clergé séculier et régulier de son diocèse sur les entreprises des tribunaux séculiers dans l'affaire des Jésuites, donnée à Conflans le 28 octobre de l'année précédente, signée de lui seul et sans nom d'imprimeur. M. l'archevêque après avoir reconnu et avoué la dite instruction, sortit de l'assemblée malgré les instances qui lui furent faites d'y demeurer, attendu qu'il ne devait pas être question d'opiner ce jour-là. L'instruction fut remise aux gens du roi, pour être examinée, à l'effet d'être par eux pris des conclusions sur icelle et d'en rendre compte à l'assemblée des chambres le samedi suivant.

20 janvier. — M. l'archevêque de Paris reçut à Conflans un ordre du Roi de se transporter à l'abbaye de Septfonds,

Journal de Haedy I 1

ordre de Citeaux, diocèse d'Autun, à 6 lieues de Moulins ; mais ayant fait prier Sa Majesté de vouloir bien lui permettre d'aller à la Trappe, autre abbaye du même ordre, dans le Perche, diocèse de Séez, le Roi lui ayant accordé la demande, il partit de Conflans vers les 6 heures du soir pour s'y rendre.

21 janvier. — Les gens du roi entrés en la cour garnie des Princes et des Pairs, Messire Omer Joly de Fleury, avocat du dit seigneur Roi, portant la parole, il fut rendu compte de l'instruction pastorale de M. l'archevêque par un réquisitoire qui fut fort applaudi, et en conséquence duquel, il fut rendu arrêt qui, sous différentes qualifications, condamna cette instruction à être lacérée et brûlée au pied du grand escalier du Palais ; dans cet arrêt qui fut mis à exécution le mardi suivant, 10 heures du matin, il n'est point fait mention des Pairs, quoiqu'ils fussent présents lorsqu'il fut rendu.

1er février. — La nuit de ce jour au jour suivant, la Seine, qui depuis longtemps était déjà sortie de son lit ordinaire, commença à croître si considérablement que le lundi suivant on ne passait plus aux grands degrés de la place Maubert; et le jeudi, il ne s'en fallait que de deux pieds et demi qu'elle ne fut au taux de 1740 et de cinq qu'elle ne fût à celui de 1658 qui est sa plus grande crue depuis que la ville de Paris existe, laquelle se trouve consignée sur un marbre que l'on voit sous le cloître des Célestins, près l'Arsenal. Elle diminua de plus d'un pied la nuit du 9 au 10, de manière que dans l'espace de huit à dix jours, elle se trouva où elle était le 1'^'' du mois,

24 février. — Par sentence du Châtelet de Paris rendue sur les conclusions du Procureur du Roi, demandeur et accusateur, le nommé André-Guillaume Deshayes, ci-devant notaire audit Châtelet, et ci-devant éclievin de la ville de Paris, accusé absent et contumace, fut condamné à faire amende honorable devant la principale porte du Châtelet, nu-pieds, nu-tête, et en chemise, ayant écriteau devant et derrière portant ces mots : Notaire banqueroutier frauduleux, et ensuite à être conduit dedans un tombereau à la place du Pont-Marie pour y être pendu, attendu qu'il demeurait dans l'île St-Louis, quai d'Orléans, et cela pour prévarications énormes, et dont on avait peu entendu parler jusque-là, mentionnées en la susdite

sentence qui fut exécutée par effigie le lundi suivant 27 du même mois.

25 février. — Le Roi reçut à Versailles, S. M. étant sur son fauteuil au milieu de ses ministres et des grands de la cour, les représentations des députés du Parlement de Toulouse qu'il avait mandés auprès de lui.

15 avril. — La marquise de Pompadour, dame du palais de la Reine, mourut à Versailles dans les petits appartements, vers les 7 heures du soir, après une maladie de près de deux mois, dans la 43® année de son âge. Elle fut inhumée quelques jours après chez les Capucines de la place Vendôme, où elle avait choisi sa sépulture et celle de sa famille. Elle était maîtresse du Roi depuis 1745, année de la mort de M^^ de Châteauroux.

3 mai. — Vers les 2 heures du matin, M'^^ la Dauphine accoucha à Versailles d'une princesse qui fut baptisée dans la matinée du même jour (1).

9 mai. — Vers les 11 heures du soir, mourut à Paris rue de Bourbon, faubourg St-Germain, vis-à-vis les Théalins, Charles de Saint-Albin, archevêque, duc de Cambrai, abbécommandataire des abbayes de St-Ouen, diocèse de Rouen, ordre de St Benoît, et de St Evroult, même ordre, diocèse do Lisieux, âgé de 66 ans. Il fut inhumé le vendredi suivant dans la matinée, dans im caveau étant sous le chœur de l'église paroissiale de St-Sulpicc ; il était fils naturel de S. A. R. le duc d'Orléans, Régent, et de la Florence, célèbre actrice de l'Opéra (2) ; il avait été sacré évêque de Laon le 26 avril 1722, et nommé peu après à l'archevêché de Cambrai. Il avait donné pendant sa vie des scandales dont il demanda pardon et fit une espèce de réparation solennelle avant de recevoir les derniers sacrements de l'Eglise. Il était successeur immédiat du trop fameux cardinal Dubois. Le Roi lui nomma pour successeur, le samedi 19 du même mois, Léopold-Charles de Choiseul de Stainville, archevêque d'Albi et frère du duc de Choiseul, pair de France, ministre et secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre.

(1) iMadaine Elisabeth, rnoiio sur l'échAfaud lo 10 ni«i 179';.

(2) Selon Dussiaux, sj iii^^rc était Mademoiselle do Héry, C'^o d'Argonto-^, morte à Paiis le 4 mars 1748, âgée de 04 ans.

4 septembre. — L'archevêque de Paris, qui avait été exilé le 20 janvier précédent à l'abbaye de la Trappe pour son instruction pastorale en faveur des Jésuites, arriva dans la matinée en son château de Conflans, sous le prétexte d'un abcès fistuleux qu'il disait avoir au fondement ; on observa de ne le rappeler que quand toute la Cour fut partie pour Fontainebleau, attendu qu'il devait passer par Versailles.

6 septembre. — Vers les 11 heures du matin le Roi se rendit de Choisy à Ste-Geneviève par la barrière de la rue d'Enfer ; le régiment des gardes françaises et celui des gardes suisses se trouvaient rangés en deux haies sur son passage. S. M. fut reçue à la porte de l'église par l'abbé à la tête de tous les chanoines réguliers revêtus de chappes. Elle était accompagnée de Mgr le Dauphin et d'une nombreuse suite ; elle entra dans le chœur qui était orné, ainsi que toute l'église, des tapisseries de la Couronne ; la châsse était découverte et décorée comme dans l'octave de la fête. Le Roi fit sa prière, après quoi il sortit de l'église par la porte collatérale, passa dans le cloître, de là sous la colonnade, puis au bas de l'escalier de la bibliothèque, d'où il gagna le nouveau bâtiment en passant devant le principal amphithéâtre. Le Roi entra dans la nouvelle église, précédé des religieux de Ste-Geneviève toujours en chappes ; il se plaça sur un trône élevé près du dôme, après quoi il posa la première pierre avec les cérémonies accoutumées, pendant lesquelles le sieur Soufflot, chevalier de l'ordre de St-]\Iichel et architecte du bâtiment, ne le quitta point. On avait préparé une auge dorée magnifiquement, une truelle de vermeil, et un marteau très artistement travaillé qui devait appartenir de droit à l'architecte, mais qu'il eut la générosité de déposer dans le trésor de l'abbaye.

On avait ordonné à tous les ouvriers de se trouver ce jour-là en veste, culotte et bas blancs, avec un bonnet de même couleur, sur lequel était attachée une cocarde ; chacun d'eux devait aussi avoir un tablier neuf, la journée payée et du vin à discrétion.

Dès que la cérémonie fut achevée, on entonna le Te Deum pendant lequel le Roi descendit dans l'église basse ; le Roi fut aussi voir la bibliothèque et le cabinet des médailles, après quoi il revint "à la place et remonta dans son carrosse, pour s'en retourner par le même chemin qu'il avait pris en venant.

Il y avait dans différentes salles de l'abbaye des tables disposées pour tous ceux de MM. les officiers qui auraient besoin de rafraîchissements.

Le peuple, qui avait attendu avec impatience cet heureux jour qui devait lui procurer la douce satisfaction de voir son père et son Roi, donna les preuves les plus parfaites de sa joie et de son amour par les cris redoublés de : «Vive le Roi 1 »(1).

1er décembre. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées vers les 10 heures du matin, les Princes et Pairs y séant en grand nombre, les gens du roi présentèrent un édit, daté du mois précédent, portant extinction totale de la société des Jésuites dans toute l'étendue du royaume de France et des pays, terres ou seigneuries de l'obéissance du Roi, permettant cependant à ceux qui étaient dans la dite société de vivre en particulier dans ses états sous l'autorité spirituelle des ordinaires des lieux, en se conformant aux lois de son royaume et se comportant en toutes choses comme ses.bons et fidèles sujets.

Cet édit fut enregistré purement et simplement ; mais il fut suivi d'un arrêt du Parlement portant que la cour, en délibérant sur le susdit édit et considérant qu'il importe à la tranquillité publique qu'elle ne néglige rien pour prévenir toute occasion de trouble au sujet de la permission accordée par ledit édit auy ci-devant soi-disant Jésuites de vivre dans le royaume, a ordonné que ceux d'entre eux qui seraient dans le cas de profiter de la dite permission seront tenus de résider dans le diocèse de leur naissance, et néanmoins ne pourront approcher de la ville de Paris plus près que 10 lieues, comme aussi de se présenter tous les six mois devant le substitut du procureur général du roi, aux bailliages et sénéchaussées dans l'étendue desquels ils feront leur résidence, lequel enverra certificat au procureur général du roi. Le tout à peine contre les contrevenants d'être poursuivis extraordinairement.

5 décembre. — Vers les 9 heures du matin, après neuf à dix jours de maladie, passa du temps à l'éternité, pauvre des

(1) On trouvera des dt'tails coinplëmontairos sur cette cérémonie dans un opuscule intitulé : Deux visites royales à la Bibliothèque de SAnte- Geneviève (1764-1771). Noies de Mercier de Saint-Léger, publiées par Maurice Tournoux, Paris, 1897, in-S", 14 pages. (Extrait du BuUetin de la Société de l'Histoire de Paris et de ClIe de France, 1897).

La seconde visite est celle du Gustave III, roi de Suède, en 1771.

biens de la terre, mais riche en vertus, messire Xicolas-Pierre Guéret, doyen de la faculté de théologie et de I\IM. les curés de Paris, curé de St Paul, âgé de 84 ans. Il possédait éminemment le talent de la parole ; son zèle infatigable, sa simplicité vraiment sacerdotale, sa charité immense et ingénieuse à prévenir les besoins des pauvres dont il se montra toujours le père et l'ami, son exactitude à remplir toutes les fonctions du saint ministère, la sagesse et la prudence qu'il employa dans le gouvernement de sa paroisse pendant 44 ans, lui avaient mérité l'estime et la vénération non seulement du peuple confié à ses soins, mais même du plus grand nombre des habitants de cette grande ville; il s'était acquis la confiance de feu M. le duc d'Orléans, fils du Régent ; ce prince, qui édifia les fidèles par une pénitence suivie pendant plus de 20 années, il l'avait aidé de ses lumières et soutenu par ses exhortations, lors de son retour à Dieu. Il fut choisi en 1757 pour accompagner au supplice, le malheureux (1) qui avait osé porter ses mains parricides sur la personne sacrée de notre monarque bien-aimé, et depuis la dissolution de la société des Jésuites, le ministère loi avait confié la place de confesseur de la Bastille, qu'avait avant lui le P. Griffet. Il fut inhumé le lundi suivant à 11 heures du matin avec beaucoup de pompe. La faculté de théologie en corps, plus de 40 curés tant de la ville de Paris que de la banlieue, et quantité de personnes de considération assistèrent à ses funértiilles où éclatèrent les témoignages les moins équivoques du regret sincère de tous ses paroissiens. Il leur avait encore rompu le pain de la parole le dimanche 27 novembre, quoiqu'il ressentit déjà les avant-coureurs de sa chute prochaine.

Il avait été appelé en 1721 de ia cure de Brie-Comte- Robert à celle de St-Paul par feu S. E. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui savait discerner les sujets, et qui le fit en même temps son vicaire général. M. de Beaumont l'avait mis aussi, en dernier lieu, du conseil qu'il établit pour le gouvernement du même diocèse, lorsqu'il fut exilé par le Roi à l'abbaye de la Trappe, au mois de janvier de la présente année. Il avait résigné six jours avant sa mort au sieur de Chemmery, docteur de la maison et société de Sorbonne, son premier vicaire, qui avait le vœu des paroissiens. La résignation n'ayant pu être admise

(1) Robert Fr an r as Daaiicns.

en cour de Rome, faute de temps suffisant, M. l'archevêque de Paris se pressa de nommer, malgré toutes les représentations qui lui furent faites, le sieur Midor, curé de Ste Marine (1), sa paroisse depuis 1758, lequel n'est gradué en aucune faculté et avait été sentencié pour refus schismatique de sacrements, fait sur la paroisse Ste-Marguerite dont U était vicaire alors. Il avait eu part à l'amnistie que le Roi accorda en 1755 à tous les ecclésiastiques qui avaient été décrétés ou bannis. Il prit possession le lundi après midi 31 du même mois, n'ayant le suffrage que d'un très petit nombre de paroissiens.

1 2 décembre, — I.e Roi fit choix pour son confesseur, à la place du P. Desmarets, j ésuite, du sieur Maudoux (2), curé de la paroisse de Brétigny, diocèse de Paris et près d'Arpajon.Cet ecclésiastique, âgé d'environ 40 ans et jouissant d'une très belle réputation, était fils d'un petit épicier du faubourg St-Antoine, lequel n'ayant pas réussi dans son commerce, fut aidé par les jésuites de la maison professe ; le sieur Maudoux avait aussi été petit sacristain chez ces Pères. Ayant fait ses études et pris les ordres, il fut pendant un certain temps prêtre habitué sur la paroisse St-Paul, de là passa à celle de St-Louis-en-l' Ile, où il était vicaire lorsqu'il fut nommé par M. l'archevêque de Paris à la cure de Brétigny, trois ou quatre ans avant d'être nommé confesseur du Roi.

17 décembre. — L'archevêque de Paris, qui s'était rendu le matin à Versailles pour saluer le Roi et le remercier d'avoir révoqué sa lettre de cachet, arriva le soir dans son palais. Malgré son retour, l'évêque de Sidon qu'il avait nommé vicaire général en son absence, ne laissa pas de faire l'ordination des Quatre-Temps. L'archevêque ne parut que le lundi suivant aux premières vêpres de Noël.

Le même jour, le Parlement, chambres assemblées, enregistra

(1) L'église de Sainte-Marine dans la Cité, vendue comme bien national lo 2 mars 1792, existait encore en 1811 et servait alors d'atelier de teinture ; elle n'a été démolie qu'en 1867, lors du nouvel alignement de la. rue d'Arcole.

(2) Iv'abbé Louis-Nicolas ilaudoux a été l'objet d'une importante notice, rédigée d'après ses papiers et ses mémoires (alors con:?ervés au Séminaire de Saint-Sulpice), par M. Antoine de Lantcnay, (l'abbé Bertrand, sulpicien), auteur de Mélanges de biographie et à' isioirc. (Bordeaux, librairie Feret et fils, 1895, in-S^), recueil tiré à 50 ex. d'articles parus diins la hcvue cat'toligue de Bordeaux.

un édit pour la liquidation des dettes de l'Etat, contenant 48 articles et qui, entre autres dispositions, soumettait à l'imposition du dixième généralement tous les effets royaux, les tontines, etc., et établissait une chambre au Parlement, dite Chambre de l'Edit qui devait s'assembler tous les samedis, et des bureaux pour viser tous les contrats de ventes et donner des titres nouveaux aux rentiers qui seraient remboursés par forme de loterie à commencer en janvier 1766.

10 janvier. — On jugea en la Chambre de la Tournelle du Parlement un procès des plus singuliers, par appel du présidial de la ville de Lyon. U s'agissait d'un hermaphrodite né à Grenoble au mois de novembre 1732, fils de J.-B. Grandjean et de Claudine Cordier. Il avait été baptisé sous le nom d'Anne, fille de Jean-Baptiste, etc. Le sexe féminin paraissait sans doute alors le sexe dominant chez lui. A l'âge de 14 ans, par avis de son confesseur, et sur ce qu'il s'était fait sur cette prétendue fille des changements qui semblaient la rapprocher beaucoup du sexe masculin, Anne prit des habits de garçon, et commença dès lors à se nommer Jean-Baptiste Grandjean. Après avoir eu quelques familiarités avec une fille nommée Legrand, il conçut de la passion pour une autre qui s'appelait Françoise Lambert, et étant passé avec cette dernière à Chambéry, ils s'y marièrent ensemble, le 24 juin 1761. Après une année ou environ de séjour à Chambéry, Françoise Lambert engagea son mari à aller à Lyon avec elle pour y fixer son domicile. Arrivés à Lyon, ils se placèrent chez un marchand fabricant en soie chez lequel ils menèrent pendant trois années la conduite la plus retenue. Leur tranquillité y fut troublée par l'arrivée de la nommée Legrand qu'il avait connue à Grenoble et qui aj^ant appris son mariage avec Françoise Lambert et ayant eu occasion de voir cette femme, lui témoigna de la surprise de .son mariage, lui disant que Grandjean était hermaphrodite. Françoise Lambert, étonnée de ce discours, fit des réflexions sur la stérilité de son union et croyant en trouver la cause dans la nouvelle qu'on venait de lui apprendre, sa conscience en étant alarmée, elle fut témoigner son inquiétude à son directeur qui lui conseilla de ne plus avoir de familiarités avec son mari.

Dans le moment où Grandjean, instruit des démarclies et des inquiétudes de sa femme qui le pénétrèrent de douleur parce qu'il l'aimait véritablement,venait de lui proposer d'aller ensemble faire confidence au grand vicaire de leur situation respective, afin de suivre les conseils qu'il leur donnerait, la nouvelle, divulguée par la nommée Legrand, avait été saisie avec avidité par le public et avec chaleur par la justice de Lyon, qui a déjà prouvé en plus d'une occasion combien elle se prévient et s'échaufîe facilement sur tout ce qui porte l'apparence d'un délit. Grandjean est décrété de prise de corps à la requête du procureur du roi et mis dans un cachot, les fers aux pieds, dans un temps où il attestait le ciel de son innocence, et où l'on ne pouvait imputer des torts qu'à la nature,

L'accusé fut visité, les témoins entendus, et les chirurgiens ayant cru pouvoir attester que le sexe prédominant chez lui était celui de la femme, l'accusé fut interrogé parle juge qui, loin de se laisser toucher par les traits de vérité, de candeur, de bonne foi qui sortirent de sa bouche et qui justifiaient son erreur, déploya contre l'accusé la sévérité la plus grande et le condamna par sa sentence à être attaché au carcan pendant trois jours avec écriteau portant ces mots : Profanateur du sacrement de mariage, à être fouetté par la main du bourreau et banni à perpétuité.

Grandjean ayant interjeté appel de ce jugement et ayant été transféré dans les prisons de la Conciergerie du Palais, il est intervenu arrêt le jour susdit, lequel relève ledit Grandjean de l'accusation de profanation du sacrement de mariage, lui enjoint de reprendre les habits de fille, comme étant le sexe décidé prédominant chez lui, déclare son mariage avec Françoise Lambert nul, lui défend, sous peine de punition corporelle de jamais avoir de liberté avec elle ni avec aucune autre personne de son sexe.

Cet arrêt fut rendu au rapport de M. de Glatigny, conseiller d'une des chambres des enquêtes de service à la Tournellc criminelle. M^ Vermeil, avocat au Parlement avait fait un mémoire qui fut imprimé (1), et qui intéressa tout le

(1) Le Alétnoire de Vermeil a tt^ imprimé en 1765 chez Cellot et réédité la m.ê!ue année avec une élégie d'Edouard-Thonias Simon, de Troyes, intitulée V Hermaphrodite ou Letirc de Grandjean à Françoise Lambert, sa femme, assez bizarremcat dédiée à M"'= G-... Un chirurgien de Lyon, nommé Champcau, a publié des Béflexion.i (fuaonymes) sur Zes hermaphrodites (Lyon 1705, in-S°) ou il discuta les assertions de Vermeil sur le sexe

monde par le ton de sagesse et de décence qui y régnait d'un bout à l'autre. J'ai cru devoir en extraire le portrait du héros de la pièce que je transcris ici mot pour mot :

Descriptio hermaphroditœ. Intra pudendi labra, supra meatum urinarium carnosa quœdam moles inspicitur, speciem virilis memhri prœ se ferens, sese arrigens cum delectalione in conspectu fœmina; et finna slans in colla ; crassitudlne diglti, cum arrecla est et extensa longltudine quinque transversorum digitorum quantltate ; In summilale mentulœ vcl membrl virilis, apparat glans cum prœpulio, scd non est glans perforata, ideoque nullum semen per liane emitti potest. Infra mentulam et in oriflcio vulvœ ambo apparent globuli testlculorum ad instar ; exiguum autem est vuliœ orificium pêne digitum admiltcns, nec per banc menstrua fluunt, nec uUa sensalione jucunda commovetur, nec semine femini-:o irriçatur.

23 janvier. — On publia une déclaration donnée au Conseil d'Etat le 19 du mois précédent par laquelle le Roi, vu l'indécence des procédés du canton de Schwyz, pendant dix-huit mois qu'ont duré leurs plaintes et leurs négociations et pour soutenir l'honneur et la dignité de sa couronne, ordonne à tous les Suisses, soit de la compagnie de Cent-Suisses de sa garde, soit du régiment, soit des châteaux, maisons et bâtiments de S. M., qui se trouveront être du susdit canton, de sortir du royaume sous un mois à compter du jour de la publication ; fait défense à tous ses sujets d'en retenir aucun à son service, sous quelque prétexte que ce puisse être et ordonne au comte de Noailles, gouverneur des ville et château de Versailles, au sieur de Courlanvaux, capitaine-colonel des Cent-Suisses, au sieur de Sartine, lieutenant de police de la ville de Paris, de tenir la m.ain à l'exécution de la présente déclaration. :- N. B. — Cent Suisses de ce canton défirent, en 1213,12.000 Autrichiens, au sortir d'un défilé, n'étant armés que de leurs sabres.

30 janvier. — On publia des lettres patentes enregistrées

nmbigii de son client, (cf. Julien-Michel Dufovu-. Questions illustres ou Bibliothèques des livres singuliers en droit), Paris, 1813, in-12, pp. 149-

Cette cause célèbre a été signalée aussi par Grimm dans sa Correspondance littéraire (éd. Garnier, t. VL, p. 185) et par Collé dans son Journal intime (éd. Bonhomme, tome m, p. 6).

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au Parlement pour l'établissement et construction d'un nouvel hôtel des Monnaies sur la place Louis XV au Pont-Tournant.

1 1 février — [Assassinat d'un boulanger et d'une boulangère de la rue de la Pelleterie].

14 février. — M^ Gerbier le jeune acheva sa plaidoirie dans l'affaire du sieur du Lau d'AlIemans, curé de St-Sulpice. Il crut relever quatre prétendus moyens d'abus, dans l'acceptation faite par M. de Montazet, archevêque de Lyon et primat de France, de la démission dudit sieur du Lau ; il donna beaucoup de fleurs de rhétorique et peu de raisons solides. Le même jour. Me Aubry, avocat du sieur Noguier, curé pourvu au temporel de la dite cure, commença son plaidoyer et quoiqu'il ne parlât que cinq minutes, il ne laissa pas d'enchanter un grand nombre des auditeurs.

15 février. — Ail heures du matin les chanoines réguliers de l'abbaye de St-Victor, firent célébrer pour la première fois la messe qu'ils avaient fondée pour la conservation de la personne sacrée du Roi et de la famille royale, en reconnaissance des 10.000 livres de retenue que S. M. avait bien voulu leur accorder pendant 16 ans sur la mense abbatiale, pour augmenter le bâtiment de la bibliothèque. M. l'archevêque de Paris officia pontificalement à cette messe, à laquelle assistèrent le nonce du pape,rarchevêque de Cambrai,les évêques de Béziers, d'Orléans, d'Avranches et de Sisteron ; le duc de Choiseul, ministre et secrétaire d'Etat, le duc de Fitz-James et le duc de Gontaut. M. le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris et représentant le Roi, était au milieu du chœur, devant un prie-dieu, un fauteuil derrière lui et ses gardes en deux haies des deux côtés ; il était revêtu du manteau et du collier de l'ordre du St-Esprit ; le doyen du chapitre de Notre-Dame et quantité de supérieurs de maisons religieuses assistèrent aussi à cette cérémonie pour laquelle les religieux avaient fait distribuer 1500 billets d'invitation par le courrier du clergé. J'assistai à cette messe et j'eus une place dans le chœur, étant connu de ^I. Lagrénée père, maître des novices.

16 février. — On publia deux f-rrêts du Parlement rendus, chambres assemblées, le 11 du même mois, le premier contre une bulle donnée par le pape Clément XIII en faveur de l'Institut des Jésuites et pour en confirmer tous les privilèges,

qui supprimait cette bulle et renouvelait tous les anciens règlements concernant les bulles, brefs ou autres expéditions venues de Rome. Dans le réquisitoire l'avocat général donnait à entendre que la cour de Rome ferait sagement de se conduire avec prudence dans les circonstances actuelles et de ne point trop se li\Ter aux impressions de certains génies turbulents et intéressés à troubler la paix entre elle et la cour de France.

L'autre ordonnait également la suppression de trois brefs adressés, le premier à l'évêque de Grenoble (Caulet) pour le féliciter d'un ouvrage qu'il avait fait en faveur des soi-disant Jésuites ; le second contre l'évêque d'Angers (de Grasse) qui avait reconnu les assertions, et le troisième contre l'évêque d'Alais (de Beauteville) qui avait reconnu les assertions et donné une magnifique instruction pastorale contre la morale perverse qu'elles contiennent.

21 février. — M^ Aubr>% avocat de M. Noguier, continua le plaidoyer qu'il avait commencé le jeudi précédent dans l'affaire de la cure de St-Sulpice ; le public se rendit au Palais en plus grand nombre qu'il n'avait encore fait jusqu'à ce jour. Les partisans du sieur Noguier furent enchantés de la manière dont le dit M<^ Aubry défendait sa cause. Il régnait dans tout son discours une clarté admirable et quoiqu'il eût pris le ton le plus modeste, il ne laissa pas de repousser très ingénieusement et avec finesse les raisonnements de son adversaii'e. 11 n'y eut que les partisans du sieur du Lau qui furent consternés d'avoir affaire à un aussi habile défenseur.

25 février. — M. de Sartine, lieutenant général de police, se rendit par ordre de la Cour aux écoles de la faculté de droit, muni d'un arrêt du Conseil qui ordonnait la radiation de l'adhésion de la dite faculté au concile de la province d'Utrecht, conformément à l'invitation qu'elle en avait reçue de la part de l'archevêque de cette ville d'Utrecht. Le sieur Lorry, l'un des professeurs en droit, se distingua, dit-on, dans cette occasion par le zèle et la force avec laquelle il fit valoir les droits de la faculté qui peut connaître de tout ce qui a rapport à la jurisprudence canonique, comme de ce qui regarde la jurisprudence civile.

9 mars. — ll fut rendu aux Requêtes de l'hôtel un jugement souverain qui casse et annule l'arrêt du Parlement de Toulouse

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•qui avait condamné à la roue et fait exécuter à mort le sieur Calas père, de la religion prétendue réformée, atteint et convaincu, suivant les procédures faites en premier ressort par les «apitouls de la sus dite ville et ensuite par appel au Parlement, d'avoir pendu lui-même un de ses fils, lequel jugement réhabilite la mémoire du défunt, et rend à sa veuve et à ses enfants l'honneur que ce jugement leur avait ôté. Des personnes qui étaient sur les lieux, lors de l'événement, se prétendent fondées à soutenir la validité du jugement du Parlement et l'injustice de l'appel de la veuve Calas.

10 mars. — Ail heures du matin, M. l'abbé de Talaru de Chalmazel, abbé commandataire de l'abbaye du Havre, ordre de Prémontré, et ci-devant archidiacre et grand vicaire du diocèse de Sens, nommé par le Roi à l'archevêché de Coutances, fut sacré dans l'église des Jacobins de la rue St-Dominique, faubourg St-Germain, par S. E. M. le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, assisté des évêques d'Autun et de Troyes (Bouille et de Barrai). Quatorze prélats, entre autres le cardinal de Gesvres, évêque de Beauvais, et l'archevêque de Toulouse (de Brienne)assistèrent à cette cérémonie à laquelle se trouvèrent aussi beaucoup de dames de la première qualité.

Le cardinal de Luynes donna ensuite chez lui un repas splen- •dide. La première table était composée de 50 couverts ; on avait acheté pour 2.000 francs de poissons et pour 600 livresde fruits.

20 mars. — Le nommé Louis-Michel Goulier, garçon boulanger, convaincu d'assassinats en la personne de J.-B. Raviot et en celle de la femme Raviot, enceinte de six mois et -demi, ainsi que du vol des hardes, argenterie, bijoux, deniers <;omptants appartenant aux dits Raviot et sa femme, ses maître et maîtresse, fut exécuté à mort à 6 heures du soir, •et vécut jusqu'au lendemain quatre heures du matin. Il n'avait été condamné au Châtelet qu'à être rompu vif ; et par arrêt du Parlement rendu à 9 heures et demi sur l'appel a minima, il fut condamné à faire amende honorable devant la principale porte de l'église de Paris, nu-pieds, en chemise, portant une torche et ayant unécritcau devant et derrière portant ces mots : Assassin et voleur et ensuite rompu vif en place de Grève. On n dit qu'il était mort dans des sentiments fort chrétiens et qu'il avait témoigné le repentir le plus sincère.

Le même jour le Roi fit à tout le Parlement de Rennes, mandé à Versailles, la réponse suivante :

« J'ai lu vos remontrances, elles sont écrites avec une chaleur que je désapprouve, et j'en défends l'impression. Vous y dites que je n'ai pas été instruit, rien n'est plus faux. J'ai lu tout ce que vous avez fait, et on ne vous a rien adressé que je n'aie ordonné moi-même. Retournez sans délai à Rennes ; que votre service soit repris dès le premier jour de votre rentrée. Je vous l'ordonne expressément. Je ne vous répondrai au reste que quand vous m'aurez obéi. C'est le seul moyen de mériter le retour de ma bienveillance. »

10 avril. — Le Parlement de Rennes adressa au Roi la lettre suivante :

« Sire,

« Obéir à son Roi est le premier devoir des sujets ; nous en donnons l'exemple par l'arrêté que nous avons l'honneur d'envoyer à Votre Majesté ; remettre des offices dans lesquels nous ne pouvons servir avec honneur ni le Roi, ni l'Etat, est le devoir des magistrats dont la voix est impuissante pour faire connaître au Monarque les droits de la nation, des magistrats avilis aux yeux des peuples par les imputations les plus accablantes sorties de la bouche du souverain. Telles sont, Sire, les circonstances qui, sans altérer nos sentiments d'amour et de respect pour votre personne sacrée, nous forcent de substituer à des efforts inutiles et désapprouvés nos vœux les plus ardents pour le rétablissement des droits et franchises de la province. Nous ne nous prêterons jamais à leur renversement ; nous sommes les dépositaires de la loi pour en être les défenseurs. Les magistrats c{ui nous remplaceront pourront être aussi attachés à leur devoir, aussi dévoués à Votre Majesté, aussi zélés pour le maintien du droit national, puissent-ils être plus heureux et mériter votre bienveillance par les mêmes causes qui nous l'ont fait perdre, et que nous avions cru devoir nous l'assurer. '

18 avril. — Le sieur Riballier docteur de la maison et société de Sorbonne, procureur du collège Mazarin, qui avait été autrefois successivement grand vicaire de la paroisse St-Landry et de celle de St-Paul, homme de beaucoup d'esprit et connu sans doute pour être capable de seconder les vues pacifiques relativement aux troubles qui agitent depuis si longtemps le diocèse

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de Paris, et la faculté de théologie elle-même, fut élu syndic de cette faculté, au moyen d'un ordre du Roi, dans l'assemblée générale des docteurs convoqués à cet effet. C'était pour remplacer le sieur Gervaise, docteur de la maison et société de Navarre et grand maître de ce collège, lequel ét?it décédé le 3 du même mois, âgé de 62 ans, après avoir été maintenu dans cette même place pendant un assez grand nombre d'années par des ordres particuliers de Sa Majesté,

19 avril. — A 10 heures du soir, fut inhumée avec beaucoup de pompe, chez les Carmélites du faubourg St-Jacques, dans la sépulture des princesses de la maison de Condé, Elisabeth- Alexandrine de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Sens, décédée le lundi précédent, au troisième jour de sa maladie, en son hôtel, rue de Grenelle, faubourg St-Germain, âgée de 59 ans, sept mois. Elle avait encore chassé avec le roi, le vendredi 12 du même mois. Ses héritiers sont : 1° Louise-Elisabeth de Bourbon-Condé, princesse douairière, mariée à Louis- Armand, prince de Conti, née à Versailles, le 29 novembre 1693, sa sœur ; 2° Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, abbé de St-Germain-des-Prés, né le 15 juin 1709, son frère ; 3^ Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, né à Paris, le 9 août 1736, son neveu.

[luceudie chez im épicier au coin de la rue Neuve des Petits- Champs et de la rue Richelieu].

24 avril. — Louis-François de Bourbon, prince de Conti, qui avait été la veille prévenir le Premier président que son intention était de dénoncer au Parlement une rec|uête présentée au Roi, signcc de 15 pairs laïques et des 7 pairs ecclésiastiques, tendante à séparer totalement la Cour des pairs de celle du Parlement et à priver le Parlement du droit de faire le procès aux pairs qui se seraient rendus coupables de quelques délits, prit séance à l'assemblée des chambres, y fit la susdite dénonciation et demanda qu'il lui en fût donné acte. Sur quoi intervint arrêt qui ordonnait que les princes et les pairs seraient convoqués le vendredi suivant, huit heures du matin, à reffet de statuer sur la demande de ce prince.

26 avril. — A 8 heures du matin, les princes et les pairs se rendirent au Parlement suivant la convocation qui leur avait été signifiée. Ils n'étaient qu'au nombre de treize, savoir :

M. le duc d'Orléans, M. le duc de Chartres, M. le prince de Conti, le C^^ de Lamarche, M. le prince de Condé (M. le Ct« de Clermont, incommodé de la goutte et ne pouvant, pour cette raison, se trouver à l'assemblée, avait envoyé une lettre d'adhésion à tout ce qui y serait conclu et arrêté), MM. les ducs de Biron, de La Vallière, de Villars Brancas, de Duras, de Richelieu, d'Aumont, de Grammont et d'Aiguillon. Il fut rendu arrêt portant que sans avoir égard au mémoire, ni à la requête qui en avait été la suite, la cour du Parlement de Paris demeurerait seule la cour des Pairs, et que le droit de faire le procès à un pair demeurerait inhérent à cette cour ; le même arrêt donnait acte à M. le prince de Conti de la dénonciation qu'il avait faite de la susdite requête.

Tout le monde attribua cette levée de bouclier au duc de La Vauguyon, gouverneur des enfants de France, qui avait suggéré l'année dernière au duc de Sully un mémoire sur les droits de la pairie, qui fut si mal accueilli des personnes qu'il intéressait et du souverain lui-même.

5 mai. — M. l'archevêque de Paris fit la cérémonie de bénir dans l'église de Notre-Dame une cloche pesant environ 5 à 6 milliers, qui était une des quatre qu'on appelle vulgairement les quatre coins. M^^e ja duchesse de Chevreuse, épouse du gouverneur, fut marraine et le Prévôt des Marchands à la tête du corps de ville fut parrain. La cérémonie fut des plus pompeuses, il y eut grande musique et l'archevêque traita le Corps de ville à dîner. L'étoffe d'or dont cette cloche était couverte fournit de quoi faire un magnifique ornement blanc.

21 mai. — On tint à l'archevêché l'assemblée provinciale pour nommer les députés à l'assemblée générale du clergé qui lurent pour le premier ordre : l'évêque de Chartres (de Fleury) et M. l'évêque de Blois (de Thémines), et pour le second ordre l'abbé Clément, aumônier du roi de Pologne, prédicateur du Roi, et l'abbé Lacorgne Delaunay, docteur de la maison et société de Sorbonne, archidiacre de Paris.

25 mai. — Les archevêques et évêques ainsi que les députés du second ordre qui devaient composer l'assemblée générale du clergé, s'assemblèrent pour la lecture des procurations chez l'archevêque de Reims, nommé par le Roi pour présider cette assemblée, en son hôtel de la rue des Sts-Pères.

31 mai. — L'ouverture de l'assemblée générale du clergé se fit aux Grands-Augustins, par la messe du St-Esprit et autres cérémonies d'usage ; l'archevêque de Toulouse (de Brienne), fit le discours dans lequel on remarqua beaucoup d'esprit, et qui contenait beaucoup de vœux pour la paix de l'Eglise. Les députés du premier ordre étaient : M. l'archevêque de Reims, grand aumônier de France, de La Roche-Aymon, président; M. l'évêque de Châlons-sur-Marne (de Juigné) ; M. l'archevêque d'Arles (de Jumilhac) ; M. l'évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux (de Lambert); M. l'archevêque devienne en Dauphiné (D'Hugues); M. l'évêque de Valence (Milon) ; M. l'archevêque de Tours (de Fleury) ; M. l'évêque de St-Brieuc (du Breignou) ; M. l'archevêque de Bourges (Phélipeaux) ; M. l'évêque de Limoges (d'Argentré) ; ÏVI. l'archevêque de Narbonne (Dillon) ; M. l'évêque de Béziers (de Roquefort) ; M. l'archevêque de Toulouse (de Brienne) ; M. l'évêque de Montauban (de Breteuil) ; M. l'évêque de Fréjus Cdu Bellay) ; M. l'évêque d'Apt (Bocon de Lamerlière) ; M. l'évêque de Cahors (Duguesclin) ; M. l'évêque de Rodez (Grimaldi d'Antibes) ; M. l'évêque de Lisieux (de Condorcet) ; M. l'évêque d'Evreux (de Marnésia) ; M. l'évêque de Nevers (Tinseau) ; M. l'évêque d'Auxerre (Champion de Cicc) : M. l'évêque de Chartres (de Fleury) ; M. l'évêque de Blois (de Thémines) ; M. l'évêque de Couserans (de Marnays) ; M. l'évêque de Tarbes (de la Romagère) ; M. l'évêque d'Angoulême (de Broglie) ; M. l'évêque de Luçon (Gautier) ; M. l'évêque de Chalon-sur-Saône (de Rochefort d'Ailly) ; M. l'évêque de Mâcon (Moreau) ; M. l'évêque de Glandève (de Tressemannes) M. l'évêque de Senez (de Voix).

Les députés du second ordre étaient : MM. les abbés de Malide, de Lestocq, de Lubersac, de Monval, d'Aurelle, de Boisse, de Hercé, Mauduit-Duplessis, de Molen, de Ribcyre, d'AUerey, de Villeneufve, de Cry, de Taurin, de Blacons, de Sabran, de Morangis, de Solminiac, de Joufïroy, de La Rochefoucauld, de Leyssin, de Villedieu, Clément, Lecorgne Delaunay, Despens, de La Feronnaye, de Gyrac, de Saint- Geyrac, de Bonneval, de Marnésia, de Ravel, de Savine.

Les anciens agents généraux du clergé étaient MM. les abbés de Broglie et de Beausset, et les nouveaux, MM. les abbés de La Luzerne et de Cicé.

2 juin. — Les députés à l'assemblée générale du clergé furent

Journal de Hardy I 2

présentés au roi à Versailles par M. le Cte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat; l'archevêque de Reims, président, porta la parole.

10 juin. — Les commissaires nommés par le Roi se transportèrent aux Grands- Augustins pour l'ouverture de l'assemblée du clergé et demandèrent huit millions de la part de S. M.

13 juin. — [L'assemblée générale du Clergé fait vers les 9 heures du matin la procession qu'elle est dans l'usage défaire tous les dix ans quand l'octave du Saint-Sacrement se trouve dans le cours de ses séances.]

23 juin. — [Assassinat rue de Nazareth, d'une dame âgée et de sa domestique].

4 juillet- — [Incendie chez un pâtissier de la rue Neuve St-Médéric].

M. Lenoir, lieutenant criminel au Châtelet de Paris, depuis la translation de M. de Sartine dans la place de lieutenant général de police, ayant acheté une charge de maître des requêtes, se retira et fut remplacé par Testart-Dulys, conseiller au Châtelet depuis environ vingt ans.

25 août. — Anne Cordelier, dite sœur St François, religieuse au monastère des Ursulines de St-Gloud près Paris, âgée de 68 ans, privée de la participation aux sacrements depuis plusieurs années, ainsi que neuf autres de ses sœurs, par un effet de la conduite de M. de Beaumont, archevêque de Paris, se trouvât en danger de mort à cause de l'augmentation prodigieuse et de l'ouverture d'un cancer qu'elle portait depuis fort longtemps, accompagné d'une enflure considérable des jambes et des cuisses. Après avoir fait toutes les démarches qui dépendaient d'elle auprès du sieur Beurré, chapelain de la maison, pour se procurer l'administration des derniers sacrements, elle se trouva enfin forcée,malgré son amour pour la paix, de présenter une requête au Parlement aux mêmes fins, munie qu'elle était d'un certificat du sieur Belletête, médecin de la faculté de médecine de Paris, médecin du monastère, et de faire faire au susdit chapelain sommation juridique de l'administrer dans les vingt-quatre heures.

26 août. — M. le Premier président, M. le Procureur général et M. le Cte de Saint-Florentin convinrent ensemble, pour éviter l'éclat, de faire administrer la susdite religieuse de St Gloud, au moyen d'un ordre du Roi qu'on signifierait à la supé-

rieure,et sur les offres que le sieur Lafont, doyen du chapitre de ce lieu, avait fait faire de se prêter à cette démarche.

27 août. — Vers les 8 heures du soir, le feu prit aux poudres du magasin du sieur Torré qui avait donné pendant tout l'été des spectacles d'artifice sur les boulevard»; ; le magasin sauta en l'air, deux hommes furent tués, un troisième mourut quelques jours après de ses blessures et plusieurs autres furent blessés. Les maisons voisines ne laissèrent pas que d'être endommagées par cette éruption, dont le bruit se fit entendre non seulement dans tout Paris, mais même dans les environs.

Le même jour, le sieur Lafont, doyen du chapitre de St- Cloud, rendit visite le matin à la supérieure des Ursulines (nommée Béga, dite de Ste Candide). Le soir à 5 heures, il se rendit au monastère accompagné du vicaire, d'un enfant de chœur et du Suisse, son domestique, pour administrer la religieuse malade. Il était de plus assisté d'un secrétaire de M. de Saint-Florentin et d'un huissier du Conseil. Sur le refus que fit la supérieure d'ouvrir les portes, on fut chercher M. l'abbé de Breteuil, chancelier de M. le duc d'Orléans, qui se trouvait pour lors au château de St-Clovid, imaginant qu'il pourrait peut-être déterminer la supérieure à se rendre ; mais malgré toutes les représentations qu'il put lui faire, elle persista dans sa première réponse, savoir qu'elle n'ouvrirait les portes que moyennant des ordres de M. l'archevêque de Paris, son supérieur ecclésiastique.

28 août. — Ce jour, fête de St Augustin, le refus de sacrement fait chez les Ursulines de St-Cloud, fut dénoncé au Parlement, chambres assemblée^ ; le sieur Lafont écrivit à l'archevêque la disposition où il était d'administrer la religieuse dans le cas où il en serait requis. Vers les 5 heures du soir, en conséquence de l'arrêt qui venait d'être rendu sur le champ, MM. Terray, conseiller-clerc en la Grand-Chambre et Goislard, conseiller-laïc, arrivèrent au couvent assistés de M^ Isabeau, l'aîné, greffier, et de Griveau, huissier de M. le procureur général, pour y procéder à l'information qui dura trois heures. Dans le même moment, le doyen du chapitre, qui se trouvait au couvent pour faire le salut, reçut une lettre de M. l'archevêque par laquelle le prélat lui ôtait tous pouvoirs quelconques qu'il pût avoir, et lui défendait expressément d'administrer la religieuse malade.

29 août, — En vertu de l'arrêt rendu le matin sur le vu de l'information faite la veille, les médecin et chirurgien du Parlement firent à 6 heures et demi du soir leur descente au monastère, à l'effet de constater l'état de la malade et d'en faire leur rapport le lendemain aux chambres assemblées. Ils étaient accompagnés de Griveau, huissier de M. le procureur général. Sommation fut faite le même soir au sieur Lovite, chanoine de la collégiale et desservant de la paroisse, d'administrer la religieuse malade dans les vingt-quatre heures et cela à la requête des religieuses du parti de la malade.

30 août. — La supérieure fut décrétée d'ajournement personnel et le sieur Beurré, chapelain, assigné pour être ouï. Le soir vers les 5 heures, M. Terray, conseiller, assisté de M" Isabeau l'aîné, greffier, et de Magnanville, huissier de la cour, vint lui signifier le décret et lui faire subir interrogatoire sur les charges et informations.

4 septembre. — Vers les 5 heures du soir, on vit arriver au couvent un fiacre dans lequel était M<^ Griveau, assisté de deux autres huissiers de la cour et d'un scribe. ; demiheure après arriva un autre carrosse dans lequel étaient MM. Terray, conseiller-clerc, Goislard, conseiller-laïc, Boullenois, substitut de M. le procureur général et Isabeau l'aîné greffier. Environ une demi-heure après M. de Sartine, lieutenant de police, s'y rendit aussi et tout de suite le sieur d'Hémery, inspecteur. La maréchaussée de Passy était sur la place, au bas de l'avenue du château. Les religieuses discoles furent mandées, on leur fit lecture de l'arrêt qui venait d'être rendu, par lequel il leur était enjoint de nouveau de remettre les clefs, pour qu'on put faire administrer leur soeur malade, et après le refus le plus constant et le plus opiniâtre de leur part, malgré tout ce qu'on put leur dire pour tâcher de les persuader, on se vit contraint d'employer le ministère du sieur Férau, serrurier de M. le duc d'Orléans, qui fit l'ouverture de la porte de clôture en abattant la gâche qui fut aussitôt rescellée par un maçon que l'on avait fait venir exprès, après quoi le sieur Lafont, doyen du chapitre, étant entré dans la maison, monta à l'infirmerie pour confesser la religieuse malade, après quoi il redescendit, fut chercher le saint sacrement à la paroisse et revint lui administrer l'extrême- onction et le viatique ; il entra seul avec celui qui portait la sonnctte.Pendant toute

cette opération les religieuses discoles se cachèrent et ne parurent point. Le saint sacrement ne fut reçu que par huit des sœurs de la malade qui après avoir demandé pardon à toutes ses sœurs des peines qu'elle pouvait leur avoir causées, fit sa profession de foi en ces termes : « Je crois tout ce que l'Eglise croit et je fais profession de la religion catholique, apostolique et romaine. » La rue était remplie d'une prodigieuse quantité de peuple et il s'en fallut presque du tout que les suffrages se réunissent en faveur de la conduite tenue par M. l'archevêque de Paris. Les gardes de la serrure de la porte de clôture furent changées sur le champ et les nouvelles clefs remises à la mère Ste-Thaïs, sur son récépissé. Le sieur Beurré, chapelain du monastère, avait aussi été décrété de prise de corps le même jour.

7 septembre. — Dans l'après-midi, M. le Cte de Saint-Florentin, ministre et secréraire d'Etat ayant le département de Paris, âgé d'au moins 65 ans, se trouvait à la chasse, avec le Roi du côté de Villepreux, dans le parc de Versailles, ayant changé de fusil pour poursuivre une pièce de gibier et ayant persisté à vouloir se servir de ce fusil, quoiqu'on lui ait représenté qu'il courait risque de se blesser, le fusil creva dan.s sa main gauche et lui brisa tous les doigts de manière qu'on fut obligé de lui faire le même jour l'amputation du poignet, ce qui n'eut point de suites fâcheuses.

8 septembre. — L'assemblée générale du clergé fut admise à l'audience du Roi et lui présenta des remontrances sur les entreprises des tribunaux séculiers contre la puissance ecclésiastique ; le Roi leur répondit qu'il respectait et respecterait toujours infiniment la religion et qu'il ferait examiner leurs remontrances dans son conseil.

20 septembre. — Vers 4 heures après-midi les nommés Antoine Magny et Jean Saigne, chaudronniers à Boulogne, près St-Cloud, coupables de l'assassinat commis le 13 du même mois (1), à qui le procès avait été fait et parfait, arrivèrent de Paris à Boulogne assistés des sieurs Aubry, curé de St-Louisen risle, et Papin, docteur de la maison et société de Sorbonne, On les conduisit dans la charrette du bourreau depuis le Grand

(1) Ils avaii'nt sur le chemin qui du Pont de Sù\ res alhut 4 celui de St-Cloud, tué à coups d'échalas, pour le dévaliser, leur camarade Jcssph Chaumet. (ïïardy.)

Châtelet jusqu'à la barrière du Cours, où, étant arrivés, on les mit dans deux carrosses qui prirent le chemin du Point-du-Jour et firent le tour des murs du bois de Boulogne pour arriver au village, à l'entrée duquel on les fit remonter dans la charrette jusqu'à la place de l'église où ils descendirent chez le procureur fiscal. Ils y demeurèrent depuis 4 heures un quart jusqu'à près de 6 heures et demi qu'ils furent rompus vifs et étranglés, étant sur la roue. Ils étaient escortés par six brigades de maréchaussées, deux conseillers au Châtelet suivaient, accompagnés d'un secrétaire du prévôt. L'exécution achevée, ils furent portés sur le grand chemin et exposés à l'endroit où ils avaient commis le crime : ils y demeurèrent trois jours et ensuite furent enterrés dans le même endroit par les paysans du canton.

27 septembre. — Le Roi adressa à l'assemblée générale du clergé une lettre dans laquelle, paraissant désapprouver ce qui s'était passé aux Ursulines de St-Cloud par rapport à l'administration du viatique à la Mère St-François, pour laquelle on avait été obligé de faire ouvrir les portes du couvent, S. M. annonçait qu'elle s'occupait sérieusement des moyens d'empêcher que pareille chose n'arrivât dans la suite, et ordonnait aux archevêques et èvêques de se séparer, leur permettant de se rassembler au mois de mai 1766, sans qu'il fût besoin d'autre convocation que celle que contenait sa lettre.

2 octobre. — M. l'archevêque de Paris quia droit par saplace d'assister trois fois à toutes les assemblées du clergé qui se tiennent en cette ville et à qui le Roi avait fait notifier par M. de Saint-Florentin au commencement et au milieu des séances de l'assemblée de ne pas s'y trouver, se rendit à celle de ce jour vers les 11 heures du matin, et y demeura pendant toute la séance. Il passa pour constant qu'il y avait adhéré à toutes les opérations de l'assemblée. Les évêques arrêtèrent, attendu la lettre du Roi qui les convoquait pour le mois de mai, de demeurer toujours assemblés et de rester à Paris ; ils se séparèrent cependant ce même jour et reçurent ordre de retourner chacun dsns leur diocèse. Vers ce même temps, M. de Noé, évêque de Lescar, qui avait été chargé par le Roi de faire l'oraison funèbre du feu duc de Parme à la cérémonie du catafalque qu'on projetait de faire dans l'église de Notre-Dame, ayant refusé de s'unir au corps des évêques qui composaient l'assemblée et d'adhérer à leurs actes, fut déchargé par le Roi du soin de faire

cette oraison funèbre, sur les représentations faites à S, M. par l'archevêque de Reims, grand aumônier de France et président de l'assemblée, par rapport aux difficultés qu'il imaginait que l'archevêque de Paris pourrait faire pour le licet, qu'il se verrait, lui, archevêque de Reims, forcé de lui donner en sa susdite qualité, ce qui fit prendre à M. l'évêque de Lescar le parti de retourner sur-le-champ dans son diocèse.

27 octobre. — M. de L'Averdy, contrôleur général des finances depuis le mois de décembre 1763, ayant été déclaré par le Roi ministre d'Etat, prit séance pour la première fois au Conseil d'Etat de Sa Majesté. ^

6 novembre. — Mourut à Paris, rue Montmartre, maison de Mlle Touvenot, près la petite porte de St-Eu§tache, dame Anne Cordelier, dite de St François de Sales, religieuse Ursuline du monastère de St-Cloud, transférée par ordre du Roi, le samedi 19 octobre précédent, chez la dite demoiselle. Elle fut transportée dans la nuit de ce même jour au jeudi suivant, toute ensevelie, sur un brancard et accompagnée d'un exempt de police, à l'auberge de la Pomme de Pin, rue des Prêcheurs, où un convoi de petit chœur fit la levée de son corps le lendemain entre 9 et 10 heures. Elle fut portée à St-hustache à la chapelle de la Vierge, où l'on chanta une grand'messe à la fin de laquelle on observa pourtant de faire les encensements et autres cérémonies usitées pour les religieuses, après quoi elle fut inhumée dans la fosse commune du cimetière des Innocents. Elle avait été administrée avant sa mort par le curé de Saint-Eustache (Secousse). Le tout fut fait ainsi par les ordres de M. le lieutenant général de police, qui dit en avoir reçu lui-même de la cour, de prendre les moyens d'éviter toute espèce d'éclat. Elle était âgée de soixante et huit ans. Un cancer qu'elle portait depuis nombre d'années fut cause de sa mort. On ne laissa pas dans le public que d'être scandalisé du peu de décence qui avait été gardé envers elle dans ces dernières circonstances, vu les ménagements dont on avait usé jusqu'alors.

8 novembre. — M. l'archevêque de Paris qui avait déjà fait plusieurs voyages depuis qu'on s'était aperçu que l'état de M. le Dauphin devenait plus dangereux, fit porter des billets dans les sacristies pour avertir de dire à toutes les messes qui se célébreraient les trois oraisons : Pro Serenissimo ûelphino infirma.

13 novembre. — L'abbé de Ste Geneviève reçut de grand matin des ordres de la cour de taire découvrir la châsse, et de commencer une neuvaine pour M. le Dauphin, dont on cachait depuis longtemps la maladie, par des raisons de politique que personne n'a pu pénétrer. L'abbé officia pontificalement à la messe qui fut chantée dans la matinée, à laquelle assistèrent les porteurs de la châsse. A midi, le duc de Bourbon, fils du prince de Condc. vint entendre une messe basse qui lut dite par un aumônier de ce prince. On avait aussi apporté vers 7 heures du matin de Fontainebleau un paquet de linge pour faire toucher à la châsse.

Le même jour, vers les 4 heures du soir, il arriva de Fontainebleau à l'archevêché un courrier chargé d'ordres du roi pour demander des prières publiques dans toutes les églises de Paris et des environs. M. l'archevêque ne se trouvant pas alors chez lui et personne ne pouvant dire où il était, on fut obligé d'attendre son retour jusqu'à 7 heures du soir. Alors le chapitre s'étant assemblé selon l'usage, et la délibération prise pour commencer les prières, on sonna les grosses cloches à huit heures et on exposa le St-Sacrement pour le salut auquel l'archevêque officia ainsi qu'à la grand'messe et au salut les jours suivants. Mgr le Dauphin avait reçu le même jour le saint viatique comme il parut par le billet envoyé dans toutes les églises par ^l. l'archevêque dont voici la teneur :

« Quoique Mgr le Dauphin se soit trouvé un peu plus soulagé ce matin que pendant la nuit précédente, qu'il avait passée avec beaucoup d'agitation, sa piété le porta à demander de recevoir le saint viatique. S. M. désirant que l'on fasse des prières publiques pour demander à Dieu le rétablissement de la santé de ce prince, M, l'archevêque de Paris ordonne que dans toutes les églises de la ville, faubourgs de Paris et autres villes de son diocèse, on commence demain les prières de quarante heures, lesquelles continueront pendant trois jours avec exposition du T. St Sacrement, que le soir de chaque jour il y aura salut et bénédiction dans toutes les dites églises. 11 exhorte aussi tous les fidèles à joindre leurs prières à celles du clergé pour demander à Dieu le prompt rétablissement de la santé d'un prince aussi cher à S. ]\I. que précieux à l'Etat. »

15 novembre. — Le guet qui a coutume de se distribuer dans les difîérents corps de garde de la ville et faubourgs de Paris,

fut doublé en nombre, de manière qu'il en restât moitié dans les corps de garde et que l'autre moitié fut occupée pendant tout le jour à des espèces de patrouilles dans les différents quartiers et dans presque toutes les rues, paraissant examiner les passants et écoutant avec attention tout ce qui se disait jusque dans les boutiques. On ne put démêler les motifs de précautions si singulières qui causèrent beaucoup d'ctonnement à la plupart des citoyens, mais qui, heureusement, ne jetèrent point l'alarme dans les esprits. On apprit les jours suivants que ces patrouilles étaient établies à perpétuité pour la plus grande sûreté publique; et qu'on avait doublé le nombre des soldats du guet, qu'on avait coutume de placer tous les jours dans les différents corps de garde, qu'afm qu'il s'en trouvât toujours un certain nombre en cas de besoin quand une partie serait en course de patrouille.

La Gazette de France de ce jour qui n'avait point parlé depuis plus de deux mois de la santé de M. le Dauphin, dont elle avait même annoncé le parfait rétablissement à la suite de l'espèce de dysenterie qu'il avait eue au retour de Compiègne, s'expliqua dans les termes suivants au sujet de sa maladie actuelle :

« La maladie dont IMgr le Dauphin est attaqué depuis quelque temps ayant fait des progrès, l'état de ce prince est devenu fort inquiétant la nuit du 11 au 12 de ce mois ; il a été encore très agité la nuit du 12 au 13 et quoiqu'il fût beaucoup plus tranquille, sa piété l'a engagé à demander le Saint Viatique, qui lui fut administré ce jour-là par le grand aumônier. S. M. a ordonné à l'abbé de Ste Geneviève de faire découvrir la châsse de cette sainte et a demandé aussi des prières publiques dans toutes les églises pour la conservation des jours de ce prince. »

18 novembre. — On reçut de Bretagne les nouvelles suivantes par rapport aux démissions du Parlement de cette province, dont l'affaire, depuis environ six mois, était demeurée comme dans une espèce d'assoupissement. Les premiers jours du présent mois, le plus ancien des deux avocats généraux qui était naturellement dans le cas de remplacer le procureur général, dont on projetait de se défaire, fut mandé à Fontainebleau. On vit ensuite arriver à Rennes M. de Broc, commandant de l'Etatmajor des troupes de la province. Les régiments qui étaient aux environs de la ville y entrèrent aussi, ce qui donna lieu d'attendre un événement funeste, et, effectivement, la nuit du 11 au 12,

les maisons des magistrats qu'on se proposait de faire arrêter furent investies de troupes. Les officiers du régiment d'Autichamp se transportèrent cliez MM.de Caradeuc de La Cliatolais, père et fils, procureurs généraux du Parlement, se saisirent du suisse, rompirent les portes et franchirent tous les obstacles qui se présentèrent à eux. M. de Caradeuc fils, éveillé par le bruit, courut au-devant de ces officiers, les pria de vouloir bien avoir quelque égard pour son épouse qui avait déjà eu cinq fausses couches, et qui se trouvait pour lors enceinte, prête d'accoucher, ce qu'il ne put pas obtenir, car à peine était-il passé dans sa chambre pour la prévenir, qu'on y fondit sur le ■champ avec la plus grande impétuosité. On s'empara militairement de tous ses papiers et de tous ceux de M. son père ; on mit le scellé, partout dans son hôtel et à sa terre. Des officiers et des dragons les conduisirent ensuite l'un et l'autre au fort du Taureau. Ce fort est en pleine mer ; on y habite dans des espèces de casemates, où l'on ne voit presque pas le jour; c'est l'endroit où l'on enferme les plus grands scélérats. Leur secrétaire fut aussi arrêté et conduit au château de Nantes. Plusieurs autres magistrats, MM. Picquet deMontreuil, Charette de La Gacherie et Charette de La Colinière, furent arrêtés également et conduits les uns au Mont-St-Michel, et les autres au château de Nantes, après qu'on eut mis les scellés, chez eux et qu'on se fut emparé de tous leurs papiers. On alla aussi au couvent des Jacobins où l'on mit le scellé sur tous les papiers du prieur, soupçonné d'avoir aidé ces Messieurs dans leur travail. Cette opération achevée, tous les autres membres du Parlement reçurent chacun une lettre de cachet qui leur ordonnait de se rendre en robe, rabat et bonnet carré dans la chambre où ils ont coutume de s'assembler à l'effet d'y recevoir les ordres du Roi, et qui leur défendait en même temps d'exercer en aucune manière leurs offices que ces ordres ne leur eussent été notifiés. Rassemblés en conséquence de cette première lettre de cachet, le Premier président leur en communiqua une seconde qui leur enjoignait d'enregistrer sur le champ, sans délibération et modification quelconque, la déclaration du Roi, qui fut mise sur le bureau, donnée à Fontainebleau, le 8 du même mois, à peine d'être réputés coupables de désobéissance. Il leur était aussi enjoint par cette même lettre de cachet de rendre la justice; qu'autrement il y serait pourvu par S. M. La lecture faite de la susdite déclaration, à la pb.ralité des suffrages, il fut conclu et arrêté

qu'on n'enregistrerait point et qu'on s'en tiendrait à l'acte de démission du 22 mai précédent, lequel fut renouvelé et signé de deux magistrats qui ne s'étaient point démis la première fois, de façon qu'à l'exception de huit membres de ce Parlement il y eut unanimité de la part de tous les autres, ce qui fit prendre en cour le parti d'envoyer un assez grand nombre de maîtres des requêtes et plusieurs conseillers d'Etat, tant pour faire le procès aux membres du Parlement qu'on avait arrêtés que pour rendre la justice aux lieu et place de ceux qui s'étaient démis.

22 novembre. — [Convocation des curés de Paris à l'archevêché pour l'affaire des cimetières. — Extrait de la Gazette de France concernant l'affaire des démissions du Parlement de Bretagne.]

27 novembre. — Le Parlement de Paris tint sa première assemblée des Chambres depuis la rentrée. H y fut statué sur trois objets, savoir : 1° que des commissaires, qui furent nommés sur le champ, s'assembleraient dès le soir même pour travailler à des remontrances sur l'état où se trouvait le Parlement de Bretagne, et que ces remontrances seraient lues le vendredi suivant ; 2» que le Procureur général se mettrait en état de rendre compte au commencement de décembre de tout ce qui s'était passé dans les bailliages et sénéchaussées du ressort, relativement aux actes de l'assemblée générale du clergé ; 3° qu'il serait fait au Roi des représentations au sujet de l'arrêt du conseU du 15 septembre précédent qui cassait celui que le Parlement avait fait rendre le 4 du même mois contre les dits actes.

29 novembre. — [Lecture faite, aux Chambres du Parlement assemblées, des remontrances arrêtées le 27 et parti pris en conséquence. — Procédés extraordinaires de la demoiselle Thouvenot envers la sœur St-François, Ursuline de St-Cloud, connus et manifestés. — Extrait d'une lettre contenant une courte description de l'abbaye de Voisins.]

2 décembre. — On sut que le Roi avaitfîxé au dimanche suivant 8 du même mois, la réception des remontrances de son Parlement de Paris, au sujet de l'alîaire de Bretagne ; on sut aussi que le même parlement ayant envoyé un de ses secrétaires à Mgr le Dauphin pour le complimenter au nom de la compagnie et savoir des nouvelles de sa santé, oe prince, qui le reçut dans son lit, étant à son séant, répondit : « Dites-lui que je suis mieux

depuis deux jours et que je le remercie. » La Gazette de France de ce jour, qui depuis le 15 du mois précédent avait exactement rendu compte de l'état de ce prince, n'en parla en aucune manière.

5 décembre. — Dans l'après-midi, les nommés Charles Gilbert, dit Lerouge, garçon cordier, et Charles Duhamel, dit Ovry, ouvrier gazier, âgés l'un de seize, l'autre de dix- sept ans, furent rompus en place de Grève pour avoir, dans la soirée du

29 novembre, attaqué sur le grand chemin de Gentilly à Bicêtre le nommé Jacques Revuete, qu'ils avaient vu changer quelques louis d'or chez un cabaretier des environs, l'avoir maltraité avec violence et volé; leurs corps après rexécution,furent portés sur le lieu où ils avaient commis le crime.

8 décembre. — Le Roi répondit à son Parlement de Paris qui s'était rendu à Fontainebleau pour lui présenter ses remontrances relativement à l'affaire du parlement de Bretagne et des actes de l'assemblée générale du clergé « qu'il ferait examiner ces remontrances dans son conseil et qu'il leur donnerait dans huit jours sa réponse. «

9 décembre. — La Gazette de France qui les deux ordinaires précédents avait gardé le silence sur la maladie de I\I. le Dauphin, en parla dans des termes entortillés et amphibologiques comme elle a presque toujours fait.

10 décembre. — • [Xeuvuine à l'ImmacuIt-c-Conception de la Vierge, pour le Dauphin, ordonnée par rarchevêque de Paris, qui en fait lui-même Touverture à Notre-Dame. — Assemblée des Chambres du Parlement, compte qu'y rend le sieur Joly de Fleury, avocat général, relativement aux actes de la dernière assemblée générale du clergé. Dénonciation de l'interdit prononcé par l'archevêque contre l'abbé Gilbert, chanoine de St-Médéric ; parti que prend le Parlement à ce sujet.]

1 4 décembre. — [Députation du Parlement relative à l'affaire de Bretagne contremandée à cause de l'état critique du Dauphin. — Evénement tragique dans l'église paroissiale de Saint-Paul.]

16 décembre. — il arriva dans la matinée deux courriers de Fontainebleau, l'un à l'abbaye de Ste-Geneviève et l'autre à l'archevêché pour demander que la châsse fut descendue et que toutes les églises de Paris y allassent en procession. Le Parlement ayant rendu l'arrêt nécessaire pour cela, et M. le lieutenant civil avec les gens du Roi du Ghâtelet, s'étant transportés

en l'église Ste-Genevicve pour le mettre à exécution, la châsse fut sur le champ descendue avec les cérémonies accoutumées et exposée à la vénération des fidèles sur l'autel de la chapelle Ste-Clotilde. M. l'archevêque donna le même jour un mandement qui ordonnait que toutes les églises de Paris, paroisses ou autres, se rendraient processionnellement à la susdite église depuis le lendemain mardi, jusqu'au jeudi inclusivement leur marquant à chacune une heure convenable pour éviter la confusion. Ce fut le chapitre de Notre-Dame qui commença le mardi 8 heures du matin, et qui y chanta la grand'messe ; l'archevêque assista à cette procession en habit de chanoine.

20 décembre. — Vers les 8 heures du matin, Louis, Dauphin de France, mourut à Fontainebleau, âgé de 36 ans, 3 mois et demi, d'une maladie de langueur qui durait depuis fort longtemps. Toute la cour qui y était depuis les premiers jours d'octobre en repartit sur le champ pour Versailles. Le corps de ce prince fut ouvert et embaumé le même jour par le sieur Andouillet, l'un des chirurgiens du roi. I\I. le duc de Fronsac lui tint la tête pendant toute l'opération, et reçut le cœur au sortir du corps On ne lui trouva pour cause unique de mort que la moitié des poumons rongée par des ulcères et l'autre moitié absolument desséchée. Il avait demandé par son testament que son cœur fut porté à l'abbaye royale de St-Denis et son corps à Sens, pour y être inhumé dans le chœur de l'église cathédrale au-dessus du lutrin. Sur ce qu'il s'éleva quelques difficultés, entre M. le duc de Choiseul, le premier gentilhomme de la Chambre, et le gouverneur de Fontainebleau, à qui donnerait tous les ordres relatifs à la pompe funèbre, le Roi fit expédier à M. le duc d'Orléans, premier prince du sang, des lettres patentes de lieutenant général pour toutes ces différentes opérations. Ce prince fut chargé de tout le cérémonial et tint une table de cinquante couverts pendant tout le temps du séjour à Fontainebleau.

21 décembre. — [Place Maubcrt dccouvcrle du cadavre d'un particulier tué d'un coup d'épée].

23 décembre. — Dans la nuit de ce jour au mardi suivant le feu prit rue des Blancs-Manteaux, dans l'hôtel du marquis de Lagrange, beau-frère de M. Joly de Fleury, procureur général du Parlement. Cet incendie ne laissa pas d'être considérable

puisqu'il dura douze heurer,, n'aj^ant été absolument éteint que le lendemain vers midi.

26 décembre. — Sur le soir, conformément aux dispositions^ testamentaires de M. le Dauphin, le cœur de ce prince qui avait été apporté de Fontainebleau avec un cortège très simple, jusqu'à la rue du Bac, faubourg St-Germain, par les nouveaux boulevards, y trouva plusieurs autres carosses accompagnés d'un détachement considérable de gardes du corps et de mousquetaires des deux compagnies, ainsi qu'un détachement du guet à cheval, beaucoup de valets de pied, des pages et des suisses^ portant tous des flambeaux. Ce cortège, s'étant mis en ordre, défila par le Pont-Royal, le Guichet-Neuf, les rues St-Nicaise. St-Honoré, de la Ferronnerie et St-Denis. M. le prince d& Condé et le duc de Coigny avaient été nommés pour accompagner le cœur et IM. de Roquelaure, évêque de Senlis, le portait dans un carrosse des plus magnifiques.

28 décembre. — Vers les 11 heures du matin, M. de La Roche- Aymon, archevêque duc de Reims, Grand aumônier de France,, fit à Fontainebleau la levée du corps de M. le Dauphin, qui y était demeuré exposé depuis le samedi précédent. Il fut mis sur un char pour être conduit à Sens, où il avait demandé à être inhumé dans le chœur de l'église cathédrale. Deux gardes du corps, suivis de 100 pauvres portant un morceau d'étoffe et des flambeaux, ou\Taient la marche du cortège. Ils étaient suivis d'un détachement de 50 mousquetaires de chacune des deux compagnies. M. le duc d'Orléans, qui devait faire tous les honneurs de la pompe funèbre, était dans un carrosse, accompagné de ses principaux officiers ; le Grand aumônier, le duc de Fronsac^ le curé de Fontainebleau et l'abbé Colet, confesseur de ce prince, étaient dans un autre. Les quatre ménins du prince étaient également dans un troisième carrosse, accompagnés d'un grand nombre de pages et de valets de pieds. Le convoi arriva à Sens le même jour, vers 7 heures du soir. Le corps fut présenté par le grand aumônier et reçu par le cardinal de Luynes, archevêque de cette ville, à la tête de son chapitre. Ce cardinal fit un discours fort long, mais qui ne fut nullement goûté des connaisseurs en pièces de ce genre. Le corps fut exposé au milieu du chœur pendant toute la nuit. Le lendemain les obsèques se firent avec la plus grande solennité, après quoi il fut déposé dans le caveau qui avait été préparé exprès.

10 janvier, — Le nommé Michel Camus, scieur de long et soldat au régiment des gardes françaises, âgé de 24 ans, fut rompu vif en place de Grève, en conséquence du jugement prévotal rendu contre lui la veille. Ce soldat, après avoir bu quelque temps dans un cabaret du faubourg St-Honoré avec le nommé Eustache Plainchamp, charcutier de Nanterre, la nuit du 30 au 31 décembre, et l'avoir accompagné sur le chemin du Roule, lui coupa la gorge et le vola ; il lui coupa ensuite le nez, les oreilles et les parties et mit le tout dans un mouchoir aux pieds du cadavre. Il fut arrêté le lendemain. Son jugement portait qu'il ne serait étranglé qu'après avoir demeuré une heure exposé vivant sur la roue, et qu'ensuite son corps serait porté sur le lieu où il avait commis le crime, ce qui fut exécuté.

17 janvier. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées vers les 11 heures du matin, il fut arrêté que les gens du roi se retireraient par devers S. M. pour savoir le lieu, le jour et l'heure où son Parlement pourrait aller recevoir sa réponse aux remontrances qu'il avait eu l'honneur de lui présenter à Fontainebleau, le 8 décembre précédent, relativement à l'afTaire du Parlement de Bretagne.

20 janvier. — La procession des 92 captifs, rachetés en 1765 par les religieux Mathurins et de la Mercy, se fit avec les cérémonies accoutumées, et continua, suivant l'usage, les deux jours d'après. La quête que l'on fit dans les rues de Paris par lesquelles passèrent les processions ne monta qu'à la somme de 6.000 livres. — Dans la nuit de ce jour au mardi suivant, le feu prit dans une maison rue de la Calandre, près le Palais, ce, dans l'appartement qu'y occupait le sieur Jean-Baptiste Claude Dehansy, huissier ordinaire du roi en sa Cour des aides, ancien marguillier de St-Germain-le- Vieux, sa paroisse, et frère du libraire du même nom, lequel était décédé le même jour. Le corps du défunt fut consumé par les flammes, et les restes qu'on put en retrouver étaient si peu considérables qu'il n'y eut point d'inhumation en règle, et qu'on fut obligé de faire faire un service solennel le vendredi suivant en la susdite

paroisse, avec des billets imprimés qui tinrent lieu de billets d'enterrement.

3 février. — Les Chambres du Parlement s'assemblèrent pour recevoir la réponse faite la veille parle Roi au Premier Président accompagné de deux présidents à mortier qui avaient été chargés de remettre à S. M. les secondes représentations arrêtées le 30 janvier précédent sur l'affaire du Parlement de Bretagne (ces représentations étaient de la plus grande force) Attendu que cette réponse portait en substance que le Parlement de Bretagne avait repris ses fonctions, et que S. M. était dans l'intention de lui confier le jugement du procès des accusés, il fut arrêté qu'on travaillerait à de nouvelles représentations qui seraient faites dans trois jours et on nomma sur le champ des commissaires pour les rédiger. Ces représentations furent effectivement lues, à l'assemblée des chambres du vendredi suivant 7 du même mois, et il fut arrêté que les gens du roi iraient en cour savoir le lieu, le jour et l'heure où elles pourraient être présentées à S. M.

7 février. — [Extrait de la Gazette de France, article de Rennes.]

9 février. — On apprit par des lettres de Metz que le mercredi 5 du même mois, le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, père de notre Reine, qui est actuellement dans sa 89^ année, et qui fait sa résidence -ordinaire à Lunéville, à 15 lieues de cette ville, venant à 7 heures du matin de finir ses prières qu'il fait toujours seul, s'étant levé pour poser sa pipe sur la cheminée, s'approcha si près du feu que sa robe de chambre fut enflammée à l'instant. Comme il est aveugle depuis quelque temps, il ne s'aperçut de cet accident que lorsqu'il en sentit les effets ; il appela du secours. Le nommé Sister, son premier valet de chambre, entra sur le champ, suivi de deux autres ; ils se jetèrent sur le roi, le mirent à terre, le dépouillèrent de force en lui arrachant sa robe, sa veste et sa culotte déjà en feu. Le roi fut blessé grièvement, cependant on crut pouvoir espérer qu'il n'en résulterait rien de funeste, les brûlures n'ayant formé que de simples cloches ou ampoules. Toute la jambe gauche, une partie de la cuisse gauche, la peau du bas ventre et une partie de la joue gauche ont été prises du feu ; il souffre beaucoup, mais la main gauche est ce qu'il a de plus endommagé et deux minutes plus tard S. M. était

brûlée vive. Le sieur Sister est estropié pour toujours ayant la main droite entièrement brûlée ; il lui reste la gloire d'avoir sauvé le roi puisque sans son adresse S. M. périssait.

1 1 février. — Le Parlement qui s'était assemblé la veille le matin et le soir, quoiqu'il ne soit pas d'usage d'entrer au Palais les jours gras, et cela sur des avis reçus que non-seulement la commission de Bretagne n'était point révoquée, comme le Roi le leur avait fait entendre dans sa dernière réponse, mais qu'au contraire elle continuait toujours ses opérations par rapport à l'instruction du procès des accusés, crut devoir faire des protestations contre tout ce que pouvait tenter ou entreprendre la dite commission, qu'on savait avoir été transférée à St-Malo par de nouveaux ordres, et arrêter en même temps, de nouvelles remontrances qui seraient présentées au Roi le jeudi suivant. La délibération fut tenue secrète, on eut même la précaution de faire retirer les huissiers hors de la Grand Chambre.

13 février. — ÎM. le Premier président s'étant rendu à Versailles assisté de deux présidents à mortier, en vertu de l'arrêté du mardi précédent, le Roi lui fît la réponse suivante : « ÎNIon Parlement aurait dû attendre avec respect et confiance l'effet de mes intentions que j'avais bien voulu lui faire connaître. Elles n'ont point changé. J'ai rappelé en conséquence la commission de St-I\îalo et j'ai laissé à mon Parlement de Bretagne la connaissance du procès criminel dont vous me parlez; au surplus, j'examinerai vos remontrances et vous ferai savoir le jour où je jugerai à propos d'y répondre. »

14 février. — (Compte-rendu au Parlement de la réponse du Roi par le Premier président : parti pris en conséquence.]

19 février. — Le Parlement informé que M. le chevalier de la Chalotais, chargé de solliciter à Paris en faveur de son père et de son frère, avait été arrêté à Versailles, conduit à la Bastille et de là transféré à St-Malo, et que Mlle de la Chalotais avait reçu des ordres de se retirer dans un couvent, ayant tout lieu d'ailleurs de soupçonner que les intentions du Roi, manifestées si formellement dans sa dernière réponse, n'avaient pas encore été effectuées, arrêta, toutes les chambres assemblées, qu'il serait nommé des commissaires qui travailleraient le soir même à de quatrièmes représentations, lesquelles seraient lues

Journal de Haedv I 3

le lendemain à rassemblée et portées le même jour à S. M. par les gens du roi.

Le même jour, le prince de Condé étant allé jouera la paume rue Mazarine, et ayant jugé à propos de s'y faire apporter à diner, ceux de ses gens qui étaient chargés des mets furent arrêtés par les suppôts de la police préposés pendant le carême pour veiller à ce qu'il ne se transporte point de gras dans les rues, et ayant fait résistance sur ce qu'ils appartenaient au prince, cela occasionna un bruit assez considérable, on se battit de part et d'autre, les plats furent renversés. Le peuple se rangea du côté des domestiques du prince, à qui on fut obligé défaire à dîner une seconde fois. Cette aflaire ne laissa pas que de causer de l'inquiétude au lieutenant de police.

20 février- — [Les gens du Roi sont chargés de porter à Choisy les nouvelles représentations lues dans rassemblée des chambres concernant l'afîaire de Bretagne. Réponse qui leur est faite de la part du Roi. — Dénonciation faite en la chambre du conseil du Châtelet d'un refus de sri.crcment au village de Montmagny, près St-Denis ; parti que prend cette compagnie.)

21 février. — [Le Procureur du roi au Châtelet rend compte à la compagnie de ses déinarches auprès de l'archevêque de Paris.]

22 février. — [Rapport de M. Duval, conseiller au Châtelet, des informations faites ù Montmagny ; parti pris par la compagnie sur le vu de ces informations.]

23 février. — Les gens du roi s'étant rendus à Versailles suivant l'ordre qu'ils avaient reçu le jeudi précédent à Choisy, pour y attendre la réponse du Roi, S. M. leur remit une lettre cachetée qui portait en substance qu'Elle ferait avertir son Parlement quand elle jugerait à propos de lui faire connaître ses intentions.

25 février. — (Parti pris par le Parlement, chambres assemblées, sur la lettre clause présentée par les gens du roi.]

26 février- — [Assemblée des Chambres du Parlement concernant l'affaire de Bretagne ; avis très fort contre le rapporteur et le Procureu'' général de la Com;nission. — Le sieur Duval, conseiller au Châtelet s^ transporte par ordre de sa compagnie au village de Montmagny pou^ faire administrer l.\ malade à laquelle on refusait les sacrements ; com" ment se fait cette administration ; rappel du curé de Montmagny exilé depuis 14 ans. F

27 février. — [Notification faite aux gens du roi par les chambres assemblées sur ce qu'ils ne s'étaient point trouvés au Parquet pour donner

leurs conclusions dont on avait besoin clans l'affuire de Bretagne. — Le Premier président reçoit des ordres de porter le lendemain à Versailles les protestations faites par le Parlement contre les entreprises de la commission nommée pour l'affaire de Bretagne.]

28 février. — On apprit par des lettres de Bretagne que le Parlement de Rennes, composé pour lors d'environ trente de ses membres, avait enregistré des lettres patentes qui lui enjoignaient de juger définitivement le procès des accusés, et que ce prétendu Parlement était extrêmement offensé des remontrances de celui de Paris, qui avaient été dénoncées par un des conseillers comme lui étant injurieuses. Sur quoi il avait été arrêté que les gens du roi seraient chargés d'en taire l'examen, et que, pendant ce temps, le Parlement de Paris serait sommé de déclarer s'il avouait les dites remontrances.

La Gazette de France de ce même jour annonça que Stanislas I", roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, père de notre reine, était mort à Lunéville, le dimanche au soir, 23 du même mois, des suites de l'accident qui lui était arrivé le mercredi 5. Les derniers sacrements lui avaient été administrés la veille par le cardinal de Choiseul, archevêque de Besançon. Il était dans sa 89^ année.

l^"" mars. — On fit dans l'église Notre-Dame la cérémonie du catafalque et un service solennel pour le repos de l'âme de M. le Dauphin. L'archevêque de Paris officia pontificalement. M. le Dauphin, fils du défunt était à la tête du deuil, dont le duc d'Orléans et le prince de Condé firent les honneurs. Trente six prélats, tant archevêques qu'évêques, assistèrent à ce service ainsi que toutes les cours et l'Université suivant l'usage. L'archevêque de Toulouse (de Brienne) prononça l'oraison funèbre. M. le Dauphin arriva à l'archevêché à 10 heures et demi du matin et y dîna, ne devant se rendre à l'église qu'à midi. Il était plus de 3 heures lorsque la cérémonie fut entièrement achevée. On laissa le catafalque illuminé pendant plus d'une heure, afin que le public pût jouir de ce spectacle qui fut trouvé des plus brillants.

Le même jour, à 7 heures du malin, les chambres du Parlement s'assemblèrent, jusqu'à l'heure où l'on partit pour Notre-Dame, où presque tout le Parlement se rendit. C'était pour recevoir la réponse que le Roi avait faite la veille au Premier président et aux deux présidents à mortier, qui lui avaient

porté, suivant les ordres reçus de S. M., les protestations du 11 février contre la commission de Bretagne en formes légales. Cette réponse portait que le Roi leur ferait incessamment connaître ses intentions. On ne sut point ce qui fut arrêté sur cette réponse.

2 mars. — Le Roi cassa dans son conseil l'arrêté pris par le Parlement de Paris le 1 1 février portant protestations contre tout ce qui s'était fait ou pouvait se faire par la commission de Bretagne.

4 mars. — Les Chambres du Parlement s'assemblèrent à 11 heures du matin, mais on ne put savoir le résultat de leurs délibérations.

Le même jour,dans l'après-midi, le Roi reçut dans sa chambre, étant dans son fauteuil, au milieu de ses ministres et des grands de sa cour, les nouvelles remontrances que lui apportait une députation de treize membres du Parlement de Rouen qu'il avait mandés. Après avoir pris ces remontrances, il leur dit de se retirer et qu'il allait tenir son conseil. Quelque temps après, il les rappela, leur fit une sévère réprimande et leur remit la réponse faite la veille au Parlement de Paris, qu'il leur ordonna <îe méditer, et à laquelle il leur enjoignit très expressément de se conformer, sous peine d'encourir son indignation. Ces députés qui avaient eu défense de passer par Paris, eurent ordre de s'en retourner sur le champ.

5 mars. — [L'archevêque de Paris reçoit des ordres du Roi de faire faire des prières de quarante heures pour le rétablissement de la santé de la Reine.]

6 mars. — Les Chambres du Parlement s'assemblèrent vers les 11 heures du matin, et cette assemblée dura jusqu'à 3 heures après-midi. Tout ce qu'on put savoir, c'est que les gens du roi avaient été chargés de se retirer sur le champ, par devers S. M. pour savoir le lieu, le jour et l'heure, où elle jugerait à propos de recevoir tout son Parlement en corps.

8 mars. — Les gens du roi qui s'étaient rendus la veille à Versailles, en conséquence de l'arrêté fait toutes les chambres assemblées, qui les chargeait de remettre au Roi les motifs par écrit de la députation que son Parlement demandait à lui faire, annoncèrent à l'assemblée des Chambres, qui se fit à 11 heures du matin, que S. M. ne voulait point que son Parlement vint en entier, qu'il recevrait seulement la députation de qua-

rante. Il fut arrêté, d'après la réponse des gens du roi, qu'il serait fait des représentations sur trois objets : 1° sur la surprise faite à Sa Majesté ; 2° sur la publicité de sa dernière réponse ; 3° sur ce que l'honneur de son Parlement se trouvait compromis par la manière précipitée avec laquelle il était venu lui faire connaître ses intentions ; et qu'on s'assemblerait le lendemain aprèsmidi chez M. le Premier président pour se rendre à Versailles, l'heure ayant été indiquée pour 7 heures du soir. Le Parlement se réserva de plus de continuer son travail sur la réfutation des phrases imprimées en lettres italiques dans la dernière réponse comme étant extraites de leurs remontrances.

10 mars. — Les Chambres du Parlement s'assemblèrent à 11 heures du matin pour recevoir la réponse faite la veille par le Roi à la députation de quarante. Elle était conçue en ces termes :

« Mes volontés sont faites pour être connues et publiques ; vos délibérations doivent au contraire être tenues secrètes. L'honneur de mon Parlement n'est pas compromis, c'est pour le conserver que j'ai été moi-même lui faire connaître mes intentions. Vous n'auriez pas dû me parler de surprise dans vos représentations après la démarche que j'ai faite moi-même par ma propre volonté et non par des impulsions étrangères.

« Mon Parlement doit compter sur mes bontés tant qu'il remplira ses devoirs envers moi et envers mes sujets. »

Il fut nommé des commissaires pour donner leur avis à la prochaine assemblée, sur le parti qu'il y aurait à prendre d'après cette réponse.

13 mars. — On fit, dans l'église Notre-Dame, la cérémonie du catafalque et du service solennel pour le repos de l'âme de don Philippe, duc de Parme, de Plaisance et de Guastalla, frère du roi d'Espagne et gendre de notre souverain ; M. le duc de Chartres, M. le duc de Bourbon et M. le Cte de La Marche tinrent le deuil et firent les honneurs. L'abbé de Beauvais, fils du sieur de Beauvais, archiviste du clergé, prononça l'oraison funèbre. Les cours souveraines, les corps de ville et l'Université, assistèrent suivant l'usage à cette cérémonie, mais en petit nombre, ainsi que plusieurs archevêques et évêques ; l'archevêque de Paris officia. On vit le catafalque allumé jusqu'à 5 heures et demi du soir.

19 mars. — On publia dans les rues de Paris une sentence rendue en la chambre criminelle du Châteîet, laquelle déclarait la contumace bien et valablement instruite contre les sieurs Jacques Flandrin et Nicolas-Claude Mercier, marchands d'étoffes de soie, rue des Bourdonnais, et en adjugeant le profit d'icelle, les déclarait dûment atteints et convaincus d'avoir fait à leurs créanciers une banqueroute frauduleuse qu'ils avaient méditée, projetée et concertée, notamment en soustrayant et recellant les deniers provenant des ventes et recettes par eux faites depuis le 15 octobre 17G4; d'avoir été infidèles dans la tenue des registres de leur commerce ; de s'être approprié au préjudice de leurs créanciers une partie du prix de toutes les ventes qu'ils faisaient et d'avoir à cet effet porté de faux prix de ces mêmes ventes sur le registre paraphé qui leur avait été remis par le commissaire ; d'avoir soustrait différentes marchandises, quoiqu'ils en fussent gardiens et dépositaires judiciaires. Et, à l'effet de tout ce que dessus, d'avoir fait une procédure collusoire : le tout, ainsi qu'il est mentionné au procès. Pour quoi les condamnait à être conduits aux Halles, au pilori, pour y être attachés et y demeurer depuis 1 heure jusqu'à 3, pendant trois jours consécutifs et chaque jour faire le tour du pilori, ayant chacun écriteaux devant et derrière portant ces mots : Banqueroutier frauduleux ; ce fait, conduits à la chaîne pour y être attachés, et servir le Roi comme forçats sur ses galères, pendant le temps et espace de 9 ans, préalablement flétris par l'exécuteur de la haute justice d'un fer chaud en forme de lettres : G. A. L. sur l'épaule droite; défense à eux faite de se retirer en aucun cas, même après le temps de leur condamnation expirée, dans cette ville de Paris, faubourg et banlieue d'icelle, ni à la suite de la Cour, sous les peines portées par les déclarations du Roi. La dite sentence recevait Laurent Dufour et consorts parties intervenantes, et faisant droit sur leur intervention, condamnait en outre les dits Mercier et Flandrin à payer solidairement aux dits Dufour et consorts, le montant de leurs créances en principaux, intérêts et frais d'iceux, condamnait les dits Mercier et Flandrin en 1.000 livres de dommages et intérêts par forme de réparation civile, applicable à la masse des créanciers et en tous les dépens et ordonnait que la susdite sentence serait imprimée, publiée et affichée en 300 exemplaires seulement, aux frais des dits Mercier et Flandrin, dans tous les lieux et carrefours accoutumés de la ville, faubourg et banlieue de Paris.

N. B. — La publication de cette sentence rendue le 30 janvier dernier avait été retardée par une procédure faite et jugée contre M^ Cornuau, procureur au Châtelet, procureur des dits Mercier et Flandrin, accusé d'avoir contribué de ses conseils à leurs malversations ; il fut déchargé de l'accusation.

20 mars. — [Assemblée des Chambres du Parlement : autre arrêté pris concernant la dernière réponse du Roi relativement aux affaires tîc Bretagne.]

26 mars. — Un huissier de la chaîne se transporta chez le sieur Lebreton, greffier de la Chambre de la Tournelle du Parlement, pour lui signifier des ordres du Roi de lui remettre sur le champ la minute des procédures commencées contre la dame de Laroche, laquelle avait été arrêtée dans le courant de l'année dernière pour les affaires de Bretagne et conduite à la Bastille. Une commission avait été nommée dans le temps pour la juger, et avait été presque aussitôt révoquée par des lettres patentes qui renvoyaient l'affaire par devant le Parlement de Paris. Les mêmes ordres portaient que, faute par le susdit greffier de remettre ces minutes, il serait sur le champ conduit en prison ; à quoi le greffier ayant répondu qu'il ne pouvait donner ce qu'on lui demandait, ne l'ayant point entre ses mains,et que, quant à la prison où il lui était enjoint de se rendre,il ne pouvait faire que préalablement on ne l'eût conduit chez M. le Premier président, et que M. le Procureur général n'en fût instruit. Ce que lui ayant été accordé, M. le Premier président et M. le Procureur général écrivirent conjointement à M. de Saint-Florentin, qu'ils répondaient du greffier, et qu'ils le représenteraient quand on jugerait à propos. D'après cette lettre, le sieur Lebreton fut renvoyé libre ; mais sur ce qu'on sut en cour que les papiers qu'on demandait étaient entre les mains de M. Goislard, conseiller de Grand Chambre et rapporteur du procès, on se transporta chez lui les jours suivants et on y enleva, quelques-uns ont dit toutes les procédures mentionnées ci-dessus, et d'autres ont dit seulement les originaux des deux lettres. Quoiqu'il en soit, il fut fait chez le Premier président un procès-verbal et des copies collationnées des pièces que l'on emporta. Ces pièces, s'il en faut croire le bruit public, pouvaient contribuer à la décharge de JNIM. de La Chalotais, père et fils, procureurs généraux du Parlement de Rennes. On remarqua qu'on avait profité pour faire cette expédilion de

la circonstance des vacances que le Parlement a coutume de prendre dans la quinzaine de Pâques.

31 mars. — [Extrait de la Gazelle de France concernant le Parlement de Grenoble mandé en Cour ; réponses du Roi à ce Parlement.]

5 avril. — Le sieur Joseph Madier, prêtre, originaire de la province du Vivarais, maître-es-arts en l'Université de Toulouse, lequel avait été nommé par M. l'archevêque de Paris, le mardi 25 mars précédent, à la cure de St-Séverin, vacante par le décès du sieur Daumet de Brimon, arrivé le 17 du même mois, prit possession de cette cure à 11 heures du matin, avec les cérémonies usitées en pareil cas, assisté du sieur du Lau d'Allemans, curé de la paroisse de St-Sulpice, commis par le sieur Malaret, chanoine de l'église de Paris, officiai et archidiacre de Josas. Ce M. ]\Iadier,qui avait été jésuite, pendant 10 à 12 ans, avait quitté la Société en 1757, et était venu se placer à la communauté de St-Sulpice, où il était habitué depuis ce temps-là et où il confessait beaucoup, même des personnes de la plus grande condition. Il fit le lendemain, dimanche de Quasimodo, son premier prône qui annonça beaucoup de talent, de la finesse et qui fut extrêmement pathétique. Ce même ecclésiastique avait été député par l'archevêque dans la semaine de la Passion, chez les religieuses hospitalières de St-Mandé, près Paris, pour les engager à adhérer aux actes de l'assemblée générale du clergé, ce qui inspira aux paroissiens le plus grande crainte de voir interrompre le cours de cette paix qui régnait au milieu d'eux depuis un temps immémorial, cai- il est à remarquer que depuis 145 ans, les archevêques de Paris n'avaient point nommé à cette cure.

6 avril- — [Lp Premier président mandé à Versailles avec deux présidents à mortier ; réponse du Roi sur un enlèvement de minutes relatives à l'affaire de Bretagne fait en vertu d'un arrêt de son Conseil.]

8 avril- — [Compte que rend le Premier président au Parlement toutes les chambres assemblées.]

1 1 avril. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées, il fut arrêté qu'il serait fait au Roi de très humbles représentations,tant sur l'enlèvement des minutes,que sur la réponse dudit seigneur Roi, du dimanche précédent, et que les gens du roi seraient chargés d'aller à Versailles, le même jour, savoir de S. M., le lieu, le jour et Theure où elle jugerait à propos de les recevoir.

La Gazette de France du même jour, annonça que IVI. le duc de Praslin, ayant demandé au Roi de lui retirer le département des Affaires étrangères, S. M. avait donné ce même département au duc de Choiseul, son cousin et avait retiré au duc de Choiseul celui de la Marine dont il était chargé pour le donner en place au duc de Praslin. On sut aussi que M. le duc de Praslin avait été nommé chef du bureau des finances, place qui n'avait point été donnée depuis la mort du duc de Béthune.

Le même jour on apprit par des lettres venues de Rennes, et datées du dimanche précédent , que le Parlement avait dû s'assembler le jeudi du présent mois, pour délibérer s'ils étaient nombre de juges compétents pour commencer l'instruction du procès des membres accusés, toujours détenus dans la citadelle de St-Malo.

Le même jour, à 8 heures du matin, l'archevêque de Paris partit pour se rendre à l'abbaye de la Trappe, où devait, dit-on, se rassembler une partie de sa famille. Il emmena avec lui un train assez considérable d'officiers de sa maison, et beaucoup de bagages, sans qu'on pût pénétrer le motif de ce voyage, et savoir si le séjour qu'il y ferait serait long ou s'il serait court. H avait installé à l'archevêché, avant son départ, AL Hachette Desportes, évêque de Sidon in partibiis, en qualité de son vicaire général, tandis qu'il serait absent.

Le même jour, on fut informé par la susdite Gazette de France que le lundi 24 mars précédent il y avait eu à Madrid en Espagne une sédition assez considérable occasionnée par la suppression des manteaux et des grands chapeaux, que le roi avait ordonnée, par les violences qu'avaient exercées les personnes préposées pour allumer les lanternes placées depuis peu dans la ville pendant la nuit, par une imposition établie sur le vin et les huiles et par la ferme nouvelle établie en général sur toutes les denrées ; que 30.000 personnes, tant hommes que femmes, s'étaient rassemblés, avaient d'abord été chez le ministre des finances (1), (qui s'était vu contraint de se sauver à Naples, avec toute sa famille) et de là au palais du roi, qui, s'étant montré sur un balcon, leur avait accordé toutes leurs demandes. Après quoi, il s'était retiré à Aranjuez avec les princes et princesses de la famille royale, ce qui mécontenta beaucoup le peuple, qui se calma pourtant quelque temps après, le roi étant

(1) Le Marqui;! de Squil'ace.

revenu à Madrid. Il n'y eut, suivant les nouvelles, que six à sept personnes de tuées dans cette émeute.

1 1 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement et représentation arrêtées sur l'enlèvement des minutes.]

13 avril. — Le Premier président et deux présidents à mortier s'étant rendus à Versailles, en conséquence de l'arrêté du vendredi précédent pour y porter au Roi les représentations sur l'arrêt du conseil du 22 mars et sur ce qui s'en était suivi, S. M. leur fit la réponse suivante :

« Il n'y a rien dans ce qui vient de se passer qui puisse mettre en danger l'Etat, la fortune et l'honneur de mes sujets ; mon Parlement ne peut ignorer l'attention avec laquelle je maintiens l'exécution des ordonnances à cet égard. J'ai voulu dans un procès important prévenir un conflit qui s'élevait entre deux de mes cours, et sur lequel, il n'appartenait qu'à moi de statuer. Les ordres que j'ai été obligé de donner, n'ont eu d'autre objet que la plus prompte exécution de l'arrêt de mon conseil. C'est ce que j'ai déjà bien voulu faire connaître à mon Parlement, et il ne doit lui rester aucune inquiétude à ce sujet. »

14 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement ; compte-rendu de la réponse du Roi par le Premier président: des commissaires sont noiîimés.]

15 avril. — [Assemblée des chambres du Parlement et injonction faite aux gens du roi, concernant les actes de la dernière assemblée générale du Clergé-]

18 avril- — [Nouvelles remontrances arrêtées par le Parlement chambres assemblées, sur le dernier enlèvement des minutes et sur celui de 1751.]

22 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement ; compte-rendu par les gens du roi concernant les actes de l'assemblée générale du Clergé, remontrances au Roi arrêtées en conséquence de ce compte.]

23 avril. — Le sieur André-François Lebreton, premier imprimeur privé du roi, syndic de la communauté des libraires,fut conduit à la Bastille pour n'avoir pas exécuté ponctuellement les conditions que le ministère lui avait imposées dans la distribution du Diciirnnaire encyclopédique, dont les derniers volumes venaient de paraître. Il n'y demeura que huit jours. (1).

(1 II sortit de la Bastille le 30 arrU.

2 mai. — L'assemblée générale du clergé qui avait interrompu ses séances au mois d'octobre de l'année dernière, en vertu d'ordres du Roi, les recommença en conséquence de la permission que S. M. leur en avait donnée, sans qu'il y eut aucun changement parmi les députés.

Le même jour on apprit que M^L du chapitre de Notre- Dame, supérieurs nés de l'Hôtel-Dieu, étaient rentrés dans tous leurs droits sur cet hôpital, en nommant trois de "SIM. les curés de Paris pour confesser les religieuses de cette maison, excessivement tourmentées par les confesseurs que j\L l'archevêque leur avait donnés, relativement à l'adhésion aux actes de l'assemblée générale du clergé. Ces trois curés sont : 1° celui de St-Gervais (Bouillcrot) ; 2° celui de St-Martin, faubourg St-Marcel (Poupart) ; 3° celui de la r\Iadeleine-en-la-Cité (Denoux), au refus de celui de St-Jacques-du-Haut-Pas (Cochin) que sa mauvaise santé avait empêché d'accepter. Au moyen de cet arrangement la tranquillité fut rendue aux religieuses de cet hôpital.

3 mai. — Entre 9 et 10 heures du soir, M. l'archevêque de Paris arriva en son palais, de retour du voyage qu'il avait fait à l'abbaye de la Trappe, et qui avait eu pour objet, à ce que l'on dit, un mariage de famille ; il avait couché la veille à Versailles. Son arrivée détruisit toutes les conjectures que le public avait formées sur son départ.

5 mai. — M. le O^ de Lally, lieutenant général des armées du Roi, grand croix de l'ordre roj^al et militaire de St-Louis, ci-devant commandant et généralissime des troupes de S. M. à Pondichéry, lequel avait été arrêté à Fontainebleau au mois d'octobre 1763 et conduit à la Bastille comme soupçonné d'avoir trahi la nation et livré cette place aux Anglais, et dont le procès avait été renvoyé par lettres patentes devant le Parlement de Paris, Grand'Chambre et Tournelle assemblées, ayant été transféré vers les 2 heures du matin de la Bastille à la Conciergerie, accompagné de M. de Roquemont, commandant du guet, du major de la Bastille, et de M. Griveau, huissier de M. le Procureur général, parut i\ 6 heures du matin à la Grand'Chambre pour y être interrogé sur la sellette. L'interrogatoire fut fort long, les juges ne se séparèrent qu'à près de midi et demi ; il y reparut de nouveau l'après-midi entre 3 et 4 heures, jusqu'à 7 heures du soir. M. le C^« d'Aché

et M. le Cte de Bussy furent aussi interrogés. Le concierge de la prison, en présence du greffier, lui avait ôté le cordon rouge, et décousu le Saint-Louis brodé en or sur son habit, avant qu'il parût devant les juges. On avait rouvert, pour le conduire de la Conciergerie à la Grand'Chambre, le passage d'un petit escalier donnant dans le parquet des huissiers, lequel n'avait point servi depuis le jugement du procès du maréchal de Biron qui fut condamné à avoir la tête tranchée au mois de juillet 1602. M. Pasquier, conseiller de la Grand'Chambre, rapporteur du procès, avait employé, depuis Pâques, 36 heures par semaine en huit séances pour faire ce rapport. Il se répandit un bruit que les conclusions du ministère public étaient pour qu'il fût condamné à être pendu.

Le même jour.on fut assuré que le Conseil du Roi avait nommé une commission, présidée par M. Daguesseau, conseiller d'Etat, pour faire l'examen de toutes les procédures commencées, tant à Rennes qu'à St-Malo, contre les sieurs de La Chalotais père et fils, et autres membres du Parlement de Bretagne, accusés et toujours détenus dans la citadelle de St-Malo, afin de statuer d'après cet examen sur le parti qu'on pouvait prendre à l'égard de ce procès, et, qu'en conséquence le Parlement de Bretagne avait reçu des ordes de surseoir entièrement cette affaire.

6 mai. — Entre 2 et 3 heures après-midi, messire Thomas Arthur Cte de Lally, grand-croix de l'ordre royal et militaire de St-Louis, ci-devant colonel d'un régiment irlandais de son nom, commissaire du roi et commandant en chef dans l'Inde, fut condamné à avoir la tête tranchée par l'exécuteur de la haute justice sur un échafaud qui, pour cet effet, serait dressé en place de Grève, comme étant atteint et convaincu d'avoir trahi les intérêts du Roi, de son Etat, et de la Compagnie des Indes, d'abus d'autorité, vexations et exactions envers les sujets du Roi et étrangers habitants de Pondichérj'. De trente-cinq juges qui opinèrent pour la confection (sic) de ce jugement, il n'y eut qu'un seul avis pour la prison perpétuelle, quelques avis pour le supplice de la roue et tous les autres pour qu'il fût décapité. On fut généralement scandalisé du peu de décence qu'il avait gardé dans son interrogatoire, de l'audacieux mépris qu'il avait fait paraître pour les juges et des expressions grossières dont il s'était servi envers le greffier qui le conduisait à des besoins qu'il avait demandés à satisfaire et qui l'avertissait d'une marche à descendre

qui aurait pu le faire tomber. Il fut reconduit le même soir à la Bastille, de la même manière qu'il en avait été amené le dimanche précédent.

9 mai. — Le O^ de Lally ayant été transféré entre 10 et 11 heures du soir, la veille, jour de l'Ascension, des prisons de la Bastille en celles de la conciergerie du Palais, fut conduit vers midi, par quatre guichetiers et plusieurs exempts de robe courte, à la porte de la Chapelle, Le sieur Premier, l'un des deux greffiers de la Tournelle, assisté des huissiers de la Cour, lui fit lecture de son arrêt, qu'il écouta avec assez de tranquilité jusqu'au moment où il entendit qu'il était condamné à avoir la tête tranchée. Entrant alors dans le plus affreux désespoir, il se précipita par terre avec la plus grande violence, on eut toutes les peines du monde à l'en faire relever. Quoique le sieur Aubry, docteur de la maison et société de Sorbonne, curé de St-Louis-en-l'Isle, lequel avait été appelé pour l'assister à la mort, employât les représentations les plus pressantes. Lorsqu'il fut entré dans la chapelle et placé dans le sanctuaire avec le confesseur, il se frappa par dessous la redingote qu'il avait demandé qu'on lui laissât, d'un compas qu'il avait caché dans la doublure de son habit. Les guichetiers qui, la veille, avaient «u la précaution de lui ôter les boucles de ses souliers et des jarretières de sa culotte, et généralement tout ce dont il pouvait faire usage pour se détruire, ne s'étaient point aperçus qu'il •eût mis ce compas en réserve. On fut sur le champ chercher un chirurgien pour panser la plaie qui ne se trouva pas mortelle. Quelques temps après ce premier incident, on s'aperçut qu'il faisait des mouvements qui semblaient annoncer envie de vomir, sur quoi on lui jeta une potée d'eau au visage, ce qui le saisit au point de lui faire rendre une espèce de cure-dent en argent qu'il avait avalé sans doute dans le dessein de s'étrangler. Tous ces différents accidents et les propos peu mesurés qu'il tenait, soit contre le Roi, soit contre le gouvernement et contre les juges, propos qu'on s'imagine qu'il pourrait bien encore renouveler avec encore plus de fureur quand il paraîtrait sur l'échafaud, déterminèrent M. le Premier président et M. le Procureur général à ordonner qu'on lui mit dans la bouche un baîllon construit cependant de manière qu'il pût se faire entendre de son confesseur. Les premières dispositions qui avaient été faites pour l'exécution furent aussi changées, car il avait été résolu qu'il ne

sortirait de la prison qu'aux flambeaux, qu'il serait conduit dans un carrosse drapé de noir avec le confesseur, un exempt et un valet de chambre, que l'exécuteur ne le toucherait qu'au moment du supplice, et qu'il serait déshabillé et enseveli par ses domestiques ; ce qui se passa bien difléremment puisqu'il partit de la prison à 4 heures et demi, dans un tombereau, les mains liées et garrotées, un bourreau derrière lui et un autre devant, toujours le bâillon dans la bouche. Arrivé dans la Grève, au coin de l'échafaud, il resta quelques minutes dans le tombereau ; pendant ce temps le confesseur lui faisait baiser le crucifix, mais il ne témoignait aucun repentir de ses crimes et regardait à droite et à gauche la multitude immense qui s'était rassemblée de tous les quartiers de Paris pour assister à son exécution, lorsqu'on vint l'avertir de descendre. Quand il se fut levé, il jeta encore un coup d'ceil général sur le peuple, il marcha ensuite avec fermeté jusqu'à l'échafaud, y monta seul, précédé d'un bourreau qui le conduisait par la corde dont il avait les mains liées. Le confesseur l'y suivait. Lorsqu'il fut arrivé au milieu de l'échafaud,on le fit placer de manière qu'il tournait le dos à l'Hôtel-deville ; le père des jeunes bourreaux lui coupa les cheveux sur la nuque du col, le fit mettre à genoux après lui avoir attaché les deux mains derrière le dos, le confesseur lui donna l'absolution, on lui banda les yeux et on lui ôta sa perruque, le confesseur lui fit ensuite baiser le crucifix et il se retira à un coin de l'échafaud. Le fils aîné de l'ancien bourreau qui était placé du côté gauche, en face de son père qui le regardait, prit le Damas qu'on lui tendait du bas de l'échafaud, et du même moment, sans mesurer son coup, le frappa au-dessous du crâne, beaucoup plus haut qu'il ne fallait, le père sur le champ prit le Damas des mains de son fils frappa le second coup et acheva de couper les chairs, ce qui fut fait en un instant. Il n'y avait point de billot et le corps était pour lors à terre. Le confesseur dit un De profiindis et se retira. On n'aperçut aucun mouvement dans le corps après le premier coup. Les exécuteurs placèrent la tête auprès du col, la face tournée vers le ciel, de manière que tout le monde pouvait la voir. Il était vêtu d'un habit de drap de Silésie couleur de lilas, doublé de soie blanche, à boutons d'or, la veste et la culotte pareilles, et des bas de soie blancs. Environ une demi heure après l'exécution, les bourreaux apportèrent un drap de toile jaune neuf, le déshabillèrent décemment et l'ensevelirent. On fit ensuite approcher un fiacre dans lequel le

cadavre fut placcS et conduit par un des bourreaux sous les charniers de la paroisse de St-Jean-en-Grève. Deux seigneurs r.rrivcrcnt quelque temps après, qui demandèrent à signer l'extrait mortuaire comme témoins. Cet extrait fut rédigé dans les mêmes termes que celui de Moriac, décolé, il y a environ 29 ans. On lui fit im convoi honnête. Il fut inhumé dans la cave de la chapelle de la Communion et l'on célébra des messes basses le lendemain toute la matinée à cinq autels pour le repos de son âme. Il était âgé d'environ 66 ans . Il y eut des patrouilles du régiment des gardes françaises pendant l'exécution : un détachement de 120 hommes de guet à pied se plaça en 4 corps aux quatre coins de l'échafaud et un détachement du nouveau guet du Chevalier de l'Etoile et les gardes de la robe courte formaient l'enceinte. Plusieurs brigades du guet à cheval allaient et venaient.On ne souffrit pas qu'aucun carrosse, même bourgeois, traversa la Grève, pour éviter les accidents, attendu la grande quantité de peuple. Toutes les croisées de la Grève avaient été louées des prix fous,on avait découvert les toits de plusieurs maisons pour construire des échafauds et l'on voyait des hommes jusque sur les souches des cheminées. On observa qu'il y avait au moins autant de monde qu'à l'exécution de Damiens en 1757. Ainsi finit cet homme qui s'était vu pour ainsi dire souverain dans l'Inde et que son ambition, jointe à la férocité naturelle de son caractère, avait rendu le tyran du militaire et celui des peuples dans toute cette contrée. Je fus témoin de ce triste spectacle d'une croisée du troisième étage chez le marchand de vin, près l'Arcade Saint-Jean.

9 mai.— [Assemblée des chainLres du Paricment ; plusieurs dénonciatious faites par un de Messieurs.]

10 mai. — La Grand'Chambre et la Tournelle assemblées comme pour le jugement du C'^ de Lally procédèrent à celui des sieurs Armand-Antoinc-François Frétard de Gardeville, cidevant maréchal de logis de l'armée du Roi dans l'Inde, Jacques- Hugues de Chaponay, ci-devant capitaine au régiment de Lally, Jacques Poullj', ci-devant prévôt del'arméedu roi dans l'Inde, auquel il avait été suisis jusqu'après l'exécution dudit sieur C<e de Lally qui, heureusement pour eux ne les chargea point. Les deux premiers furent mandés aux pieds de la cour où après qu'on les eût fait mettre à genoux et nu-tête, le Premier président leur dit à chacun séparément : « La Cour te blâme, te déclare

infâme, et à jamais incapable àê jamais posséder aucune charge dans l'Etat, retire-toi. » Le troisième fut également mandé et étant debout à la barre de la Cour, le Premier président lui dit : « La cour vous admoneste et vous enjoint d'être plus circonspect à l'avenir, retirez-vous ». L'arrêt du Ct^ de Lalh' avait été imprimé et crié dans toutes les rues le jour de l'exécution ; celui-ci le fut de même.

12 mai. — Les archevêques et évêques qui composaient l'assemblée générale du clergé, commencée l'année dernière et prorogée par permission du roi, firent célébrer dans l'église du couvent des Grands-Augustins un service solennel pour le repos de l'âme de Mgr le Dauphin, auquel assistèrent près de 60 prélats, entre autres l'archevêque de Paris, le cardinal de Luynes, l'évêque d'Orléans et le nonce du pape, ainsi que quantité de personnes de la première distinction de l'un et l'autre sexe ; entre autres, M. le duc de La Vauguyon, gouverneur des Enfants de France. L'archevêque, duc de Reims, grand aumônier de France et président de l'assemblée, officia pontificalement à cette cérémonie et M. l'évêque d'Auxerre (Champion de Cicé) prononça l'oraison funèbre. On remarqua la singularité du catafalque qui formait comme une espèce de salle, dont l'architectare était figurée sur de la tenture noire avec des galons d'argent faux ; on n'y voyait clair que par la multitude des bougies rangées avec beaucoup d'art. Le dessin de tout le catafalque était de l'invention du sieur Guillaumont, tapissier du clergé, jeune homme de beaucoup de goût.

13 mai- — [Assemblée des chambres du Parlement sur affaires concernant l'archevêque de Paris, les actes de l'assemblée générale du Clergé et sur les remontrances par rapport à l'enlèvement des minutes qui se trouvaient achevées.]

14 mai. — Sur ce qu'on ne vit point paraître le matin comme à l'ordinaire le R. P. gardien des Capucins du faubourg St- Jacques, on fut à sa cellule qui se trouva fermée en dedans, et regardant à travers la porte, on aperçut un corps nu et beaucoup de sang répandu, ce qui détermina les religieux à faire avertir M. le lieutenant criminel (Testart-Dulys), lequel se transporta sur le champ au couvent,fit faire ouverture de la porte,et trouva effectivement le cadavre du P. gardien, percé de plusieurs coups de couteau et baigné dans son sang. M. le lieutenant criminel retourna l'après-midi au couvent et y fit encore une nou-

vclle descente le lendemain. On avait fait la veille la cérémonie de bénir une cloche chez ces pères, il y avait eu un souper auquel le parrain, M. de Paulmy d'Argenson, avait assisté et le Père gardien y avait paru assez gai. Ce R. P. était âgé de quarante et quelques années, fort bel homme et devait être, suivant le bruit public, élu gardien du couvent St-Honoré à un chapitre qui devait se tenir dans le courant de la semaine. Sur ce triste événement, les uns disaient qu'il s'était tué luimême, et d'autres que quelqu'un de ses religieux était coupable de sa mort ; le temps seul peut éclaircir la vérité qui ne sera peut-être jamais publiquement manifestée.

Le même jour, à 5 heures du soir, le nommé Jean Migny, dit Choisy, brocanteur dans les ventes, atteint et convaincu : d'avoir assassiné dans sa chambre, à l'hôtel du Saint-Esprit rue Gallande, le nommé Pujol, qui avait exigé un intérêt trop considérable d'une somme d'argent qu'il lui avait prêtée, en l'assommant d'un coup de manche à balai sur la tête, d'avoir enfermé ce cadavre dans une armoire, de l'y avoir laissé pendant cinq jours, fut confronté avec le cadavre et avoua tout. Ce jeune homme, ayant environ trente et quelques années, ayant demandé qu'on l'exécutât promptement, fut rompu après quatre jours de prison. Il fit une fin des plus chrétiennes. On l'étrangla avant de lui donner les coups. Cette exécution se fit en place de Grève.

16 mai.— [I-e sioar Dufour de Villeneuve, maître des requêtes, lieutenant civil duChâtelct de Paris, sur la démission du sieur d'Argouges fils, est fait conseiller d'Etat.]

17 mai- — [lùilèvement de plusieurs religieuses hospitalières du conveut de St- Mandé, près Vincennes, fait par ordre du Roi.]

26 mai- — [Le promoteur de l'officialité se transporte par ordre de l'archevêque de Paris à l'hôpital de St-Mandé pour y faire procCder ik l'élection d'une nouvelle supérieure. — Les députés de l'assemblée générale du clergé reçoivent un paquet de la Cour contenant trois arrêts du Conseil, le premier pour la réforme des ordres religieux ; le second concernant le réquisitoire du sieur de Castillon, avocat général du Parlement d'Aix, contre les actes de l'assemblée, et le troisième sur les droits respectifs de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle.]

28 mai, — Dans la nuit de ce jour au jeudi suivant,le nommé Guerlin, maître pâtissier demeurant rue St-Nicolas, vis-àvis la rue de Seine, près l'hôpital de la Pitié, homme adonné au vin et qui pour cette raison avait avec sa femme de fréquentes

JOURXAL DE HaKDY I 4

querelles, l'ayant menacée plusieurs fois de la brûler elle et ses enfants dans leurs lits, jugea à propos d'exécuter en partie cette menace, en rassemblant tout ce qu'il avait de meubles et de bardes sur son lit et mettant le feu à sa paillasse après s'être enfermé dans sa chambre. On sonna le tocsin à l'abbaye St- Victor et après avoir éteint promptement le feu, on s'assura de la personne du susdit Guerlin qui fut constitué prisonnier au Grand- Châtelet. Sa femme et ses enfants avaient eu la précaution de se mettre à l'abri des suites de cet événement.

31 ruai- — [L'archevêque de Paris obtient une lettre de cachet contre l'abbé Lafitte, prêtre habitué à St-Eustache, qu'il avait d'abord interdit.]

5 juin. — Les députés du premier et du second ordre à l'assemblée générale du clergé, se tenant par prorogation aux Grands- Augustins, firent la procession qu'ils avaient faite l'année dernière et qu'ils sont toujours dans l'usage de faire le dernier jour de l'octave du St-Sacrement. Ils sortirent de l'église des Augustins entre 9 et 10 heures du matin dans l'ordre qui suit : 1° plusieurs soldats du guet à pied pour faire ranger le monde ; 2° 100 domestiques des différents députés à l'assemblée ; 3° la croix des Augustins avec deux acolytes, suivie d'une vingtaine d'ecclésiastiques du séminaire St-Nicolas en surplis, lesquels précédaient tous les religieux Augustins, vêtus les uns de tuniques, les autres de chappes et d'autres de chasubles; 4° les thuriféraires, au nombre de 12, et les fleuristes, en même nombre, revêtus d'aubes avec chacun une ceinture de soie bleue, ou rouge, à franges d'or ; 5° le St-Sacrement porté par M. de La Roche- Aymon, archevêque-duc de Reims, grand aumônier de France et président de l'assemblée, accompagné de deux députés du second ordre faisant office de diacre et sous-diacre et suivi immédiatement de l'abbé Lecorgne-Delaunay, archidiacre de Paris, aussi député du second ordre, et faisant fonction de prêtre assistant. Le dais porté par six députés du second ordre en tuniques. A la suite du dais et immédiatement derrière le St Sacrement les agents généraux du clergé anciens et nouveaux, suivis des archevêques et évêques de l'assemblée, accompagnés chacun d'un ecclésiastique portant leur cierge. Après eux les députés du second ordre en soutane noire, manteau long et bonnet carré, portant aussi chacun un cierge, les prélats en soutane, rochet 9t camail violets. Indépendamment des archevêques et évêques qui composent l'assemblée, comme tous ceux qui se trouvent à

Paris sont maîtres d'assister à cette procession on y en compta 37. La marche était fermée par un détachement du guet à pied. La procession descend le quai , prend la rue des Augustins, la rue Christine,la rue Dauphine et rentre par le quai.On avait dit une messe basse pour les députés de l'assemblée à leur chapelle du cloître avant la procession.

12 juin. — On fit dans l'église Notre-Dame la cérémonie du catafalque et du service solennel pour le repos de l'âme de Stanislas Ie^ roi de Pologne,duc de Lorraine et de Bar,père de notre reine, décédé à Lunéville le 23 février dernier. Le Corps de ville, toutes les cours souveraines et l'Université y assistèrent suivant l'usage. M. le Dauphin, accompagné du duc d'Orléans et du prince de Condé, était à la tête du deuil et fit les honneurs. On y compta cinquante deux tant archevêques qu'évêques, en y comprenant ceux qui composaient l'assemblée générale du clergé se tenant par prorogation aux Grands-Augustins. Parmi ces prélats, on remarque M. Badj'er, évêque de Babylone, consul de France à Bagdad en Perse (sic), qui se trouvait pour lors à Paris. Sa physionomie fut trouvée des plus respectables. Il portait une barbe grise fort longue et était vêtu partie à la française et partie à la turque. M. de Cicé, évêque de Lavaur, prononça l'oraison funèbre, qui fut aussi bien rendue par ce prélat qu'elle parut bien composée. i\L l'archevêque de Paris officia,quoiqu'il fut indisposé depuis plusieurs jours, et qu'U eût fait la veille dans son appartement une chute occasionnée par un étourdissement. Ce prélat fut saigné deux fois le lendemain. La cérémonie ne finit qu'à 4 heures après-midi. Il y avait à l'archevêché une table de 60 couverts. Le catafalque fut jugé beaucoup plus beau que celui qui avait été fait pour M. le Dauphin le l^"" mars précédent. On le vil illuminé jusqu'à 6 heures du soir.

13 juin. — [Assemblée des chambres du Parlement dans laquelle on ne statue sur rien, Messieurs ne se trouvant pas en nombre suffisant ; prorogée au 27.]

22 juin. — M. de La Roche-Aymon,archevêque-duc de Reims, grand aumônier de France, et président de l'assemblée générale du clergé, fit dans l'église des Grands-Augustins la cérémonie du sacre de M. l'abbé de Broglie, ancien agent du clergé, nommé par le Roi à l'évêché de Noyon. Tous les archevêques et évêques qui composaient l'assemblée, beaucoup d'autres prélats qui se trouvaient à Paris et quantité de personnes de la

première distinction assistèrent à cette cérémonie qu'on s'était appliqué à rendre des plus brillantes et des plus pompeuses.

24 juin. — [Un nègre, âgé de 18 ans, est baptisé en l'église paroissiale et archipresbytérale de St-Séverin.)

25 juin- — (Le nommé François Taillant, terrassier, est rompu vif et jeté au feu, place et hors la porte St-Antoine pour avoir assassiné le curé du village de Combault-en-Brie.]

27 juin. — [Assemblée des chambres du Parlement ; édit du Roi portant qu'on ne pourrait plus à l'avenir placer de l'argent au-dessus du denier vingt-cinq, examiné et enregistré.]

29 juin. — Les archevêques, évêques et autres députés à l'assemblée générale du clergé eurent audience du Roi à Versailles,et dans cette audience ils remirent à S. M. les cahiers de l'assemblée. 11 ne transpira rien de leurs discours, ni de la réponse que le Roi y avait faite.

8 juillet. — Victoire-Marie- Anne de Savoie, douairière, veuve de Victor-Amédée, prince de Carignan, mourut à Paris, en son palais, rue de Vaugirard, près celui du Luxembourg, âgée de 76 ans. Son corps fut embaumé et porté le jeudi suivant dans l'église des religieuses de la Visitation Sainte- Marie, rue Saint- Antoine, près la Bastille, où il fut inhumé.

10 juillet- — [Assemblée des chambres du Parlement ; l'affaire des adhésions aux actes de l'assemblée générale du clergé entamée, ainsi que celle de l'enlèvement des religieuses de St-Mandé et celle de l'interdiction des RR. PP. Mirasson et Navarre, barnabites, Jaubert, prêtre de la doctrine chrétienne, et Muchamblé, jacobin : parti pris sur ces différentes affaires.]

1 1 juillet- — [Assemblée des chambres du Parlement ; les religieux interdits par l'archevêque de Paris y comparaissent et donnent leur déclaration.]

18 juillet. • — [Assemblée des chambres du Parlement ; les informations prises dans l'affaire de St-Mandé sont communiquées, à quoi on se détermine en conséquence.]

19 juillet. — M. de Montazet, archevêque de Lyon, primat de France, lequel avait été nommé par le roi en 1764 à l'abbaye de Saint-Victor-les-Paris, dont il s'était proposé d'occuper par lui-même le logement abbatial qui, depuis plus de 150 ans, était demeuré en la possession des religieux, parce qu'aucun abbé n'y avait fait de résidence pendant tout ce temps, y coucha

pour la première fois, toutes les réparations s'y trouvant achevées. II officia le lendemain dimanche pontifîcalement aux premières vêpres de Saint- Victor et le lendemain à tout l'office du matin et du soir, en vertu d'un licet que les religieux avaient demandé à M. l'archevêque de Paris.

22 juillet. — M. Bernard de Boulainvillîers, président de la 2^ chambre des enquêtes du Parlement, fut installé au Grand Châtelet, en qualité de Prévôt de Paris, au lieu et place de M. de Ségur, par des députés du Parlement. La cérémonie fut des plus pompeuses. Il y eut plus de 800 hommes sous les armes. Il s'y éleva une difficulté entre les commissaires au Châtelet et les huissiers du Parlement, ceux-ci s'étant placés dans le banc qu'ont coutume d'occuper les commissaires, de manière qu'ils étaient restés debout. De quoi le procureur du roi s'étant aperçu, il requit IMM. du Parlement présents de vouloir bien maintenir les commissaires dans leurs droits. Sur quoi, après que l'on eût été aux opinions, il y eut sur le champ un arrêt rendu par lequel il fut ordonné aux huissiers de céder leurs places aux commissaires sauf à justifier dans la suite de leurs droits respectifs, On dit que le repas qui se donna le même jour à l'hôtel du nouveau prévôt de Paris coûta 50.000 livres.

23 juillet. — [Assemblée des chambres du Parlement ; les curés de St-Séverin et de St-Barthélemy, le vicaire de St-Sulpice et celui de St- Jacques-du-Haut-Pas, décrétés de prise de corps pour l'afïaire de St- Mandé.]

24 juillet. — [Assemblée des chambres du Parlement au sujet de nouvelles lettres patentes données contre les magistrats accusés du Parlement de Bretagne ; commissaires nommés pour travailler sur le champ à des représentations, arrêté rédigé en conséquence, et contenant les différents objets de ces représentations.]

26 juillet. — [Assemblée des chambres du Parlement : les gens du Roi chargés de savoir le lieu où S. INI. voudrait recevoir la députation pour les sus dites représentations.)

28 juillet- — [Assemblée des chambres du Parlement ; réponse que rendent les gens du roi de la part de S. M.]

I" aoiit. — [Assemblée des chambres du Parlement; compte que rend le Premier président de la réponse du Roi aux représentations.]

5 août, — Les chambres du Parlement s'étant assemblées et les commissaires nommés à l'assemblée précédente, ayant fait leur rapport,il fut arrêté qu'il serait lait au Roi d'itératives remontran-

ces, qu'on y travaillerait sur le champ, et qu'elles seraient lues à l'assemblée du vendredi suivant.

8 août. — [Assemblée des chambres du Parlement ; les gens du roi, chargés de savoir le lieu où S. j\I. voudrait recevoir la députation et les itératives remontrances de son Parlement.]

1 1 août- — [Assemblée des chambres du Parlement, les gens du roi y rendent compte de la réponse de S. M.]

14 août. — Le sieur abbé Couret, qui avait été pourvu par résignation en cour de Rome du canonicat de Notre-Dame, qu'avait avant lui l'abbé de Vernouillet, et à qui M. l'archevêque de Paris avait constamment refusé son visa, sous prétexte qu'il soupçonnait de la simonie dans sa résignation, s'était pourvu au Parlement par appel comme d'abus du dit refus de Disa. Sur lequel était intervenu arrêt qui,déclarant qu'il y avait abus dans le refus de visa de l'archevêque de Paris, l'autorisait à se retirer près l'archevêque de Lyon en sa qualité de primat, à l'efîetde requérir de lui un y/sa.L'ayant obtenu de ce prélat dans le courant de la semaine, il assista pour la première fois dans le chœur à tout l'office, en habit de chanoine. Il ne se trouva aucun chanoine qui voulut, suivant l'usage, l'accompagner chez les différents membres du chapitre dans les visites qui doivent précéder la prise de possession, à laquelle, même, pas un ne voulut assister, ce qui le mit dans le cas d'employer le ministère de deux notaires. Le chapitre fit aussi refus de recevoir 300 livres que chaque récipiendaire est dans l'usage de payer pour son enterrement, lorsqu'il se fait recevoir.

18 août. — [Assemblée des chambres du Parlement ; point de réponse définitive aux itératives remontrances concernant l'affaire de Bretagne.]

22 août. — [Assemblée des chambres du Parlement ; les gens du roi chargés de solliciter la réponse de S. M.]

31 août. — Le Parlement eut l'honneur de présenter au Roi, qui s'était rendu de Compiègne à Choisy, des remontrances relatives aux prétentions des pairs ecclésiastiques, par rapport à la prestation de serment des officiers municipaux des villes de leurs districts. Il sollicita de nouveau la réponse de S. M. à ses itératives remontrances sur l'affaire de Bretagne.

Le même jour, M. l'archevêque de Paris, assisté des évêques d'Orléans et de Béziers (de Jarente et de Roquefort), fît dans réglise paroissiale de Saint-Roch la cérémonie du sacre de

l'abbé de Bausset, ancien agent du clergé, nommé parle Roi à révêché de Fréjus, de l'abbé de Malide, l'un des députés du second ordre à la dernière assemblée du clergé,nommé par le Roi à révêché d'Avranches et de l'abbé de Girac, également député du second ordre à la dernière assemblée générale du clergé, nommé par le Roi à l'évêché de Saint-Brieuc. Cette cérémonie fut des plus pompeuses, le chœur de l'église était tendu du haut en bas en damas cramoisi, grand nombre de personnes de distinction y assistèrent et M. l'archevêque de Paris donna chez lui le même jour un très grand repas auquel 22 prélats assistèrent.

\^^ septembre. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées, le Premier président rendit compte de ce qui s'était passé la veille à Choisy, où la députation s'était rendue, savoir que le Roi leur avait fait l'honneur de leur dire qu'il ferait examiner dans son Conseil les remontrances de son Parlement et que, quant aux dernières sur l'affaire de Bretagne, il jugeait à propos de différer à lui rendre sa réponse jusqu'après la St-Martin.

13 septembre. — On enferma à la Bastille le sieur Trébose, libraire de Bayonne, qu'un exempt et un commissaire envoyés sur les lieux par ordre de la cour avaient arrêté et conduit ici après avoir saisi chez lui une édition qu'il imprimait, de l'Apologie de la conduite des Jésuites dans le dernier soulèvement arrivé en Espagne, comme aussi une édition de la dernière instruction pastorale de M. l'archevêque de Paris en leur faveur, traduite en espagnol (1). Le ministère espagnol qui avait été informé de ces ouvrages en avait donné avis à l'ambassadeur de cette cour à celle de France.

23 septembre. — Le nommé Lévesque, parfumeur, rue de la Grande Truanderie, passant pour être fort bien dans ses affaires, était allé le vendredi 5 du même mois à Suresnes, voir un de ses enfants qui y était en nourrice, rentra chez lui le même jour, vers les 9 heures du soir. S'étant mis en veste et ayant ôté sa montre et son argent de son gousset, il dit à sa femme qu'U allait sortir pour un instant et ne revint point.On n'en avait eu depuis ce temps aucune nouvelle,quoiqu'on eut épuisé tous les

(1) Entré à la Bastille le 16 septembre 17G6, François Trébose en sortit le 15 novembre suivant.

moyens imaginables pour y parvenir, jusqu'au jour présent que le principal locataire de la maison du cabaret des Deux- Poules, qui est vis-à-vis celle du sieur Lévesque, s'étant aperçu que l'eau de son puits, mitoyen avec une maison sise rue St- Denis, s'empuantissait depuis quelques jours, en a averti le propriétaire. Le propriétaire envoya un cureur de puits, lequel s'étant mis à l'ouvrage vers les 8 heures du matin, et ayant au premier abord aperçu des jambes dans ce puits, remonta, disant qu'il ne ferait rien qu'on n'eût été chercher le commissaire Machurin qui, n'étant pas pour lors chez lui, ne put venir que longtemps après, accompagné du sieur Lusy, chirurgien juré du Châtelet. On aurait eu beaucoup de peine à reconaître le cadavre pour celui du sieur Lévesque si l'on n'eut pas trouvé dans ses poches des lettres à son adresse et sa tabatière. On le reporta dans sa boutique après qu'on eût dressé procèsverbal ; on lui fit le même jour un fort beau convoi ; il fut inhumé en l'église St-Eustache, sa paroisse ; il était âgé de trente et quelques années.

30 septembre. — Marie-Victoire de Noailles, comtesse douairière, veuve de Louis-Alexandre de Bourbon, mourut à Paris à l'hôtel de Toulouse, près la place des Victoires, d'hydropisie de poitrine à l'âge de 78 ans. Elle occupait, depuis environ quatre mois, l'hôtel qu'avait anciennement occupé le duc de Chaulnes, rue d'Enfer, près les Chartreux, On avait fait à son occasion des dépenses considérables dans cet hôtel, sur la porte duquel on avait inscrit en lettres d'or sur marbre noir: Hôtel de Toulouse. On avait aussi construit exprès une arcade traversant la rue, de l'hôtel aux Feuillants, formant une tribune pour entendre la messe et les offices. Elle avait quitté ce nouvel hôtel pour aller suivre la maladie du prince de Lamballe, son petit-fils, qui avait été attaqué de la petite vérole à l'ancien liôtel de Toulouse. Elle y tomba malade elle-même et y languit pendant plus de six semaines. Elle fut exposée à visage découvert dans un lit de parade le jour de sa mort, et les jours suivants dans le cercueil, après avoir été embaumée, jusqu'au dimanche au soir où elle fut transportée à Rambouillet, où est un château superbe dans lequel mourut François pr en 1547. Cet endroit a le titre de duché-pairie. Il appartient au duc de Penthièvre, son fils. Elle fut inhumée le lendemain dans l'église de ce lieu où est la sépulture de la maison de Toulouse.

13 octobre. — On apprit par la Gazette de France que le Roi venait de créer six places de conseillers d'Etat surnuméraires en faveur de MM. Ogier, ancien président du Parlement de Paris, revenu depuis peu de l'ambassade de Danemarck, où il s'était distingué et où il avait passé 14 ans, Lescalopier, maître des requêtes, intendant de Tours, Bernage de Veaux, maître des requêtes, intendant de Metz, Maynon d'Invault, maître des requêtes, intendant d'Amiens, de Blaive de Boismont, maître des requêtes, intendant de la province du Hainaut, et de Trudaine, aussi maître des requêtes.

17 octobre. — On apprit par la Gazette de France que le Roi venait de nommer le sieur de Galonné, ancien procureur général du Parlement de Douai et maître des requêtes, à l'intendance de Metz, sur la démission du sieur Bernage de Veaux. C'est ce M. de Galonné qui est devenu si odieux au public par le rôle qu'il a joué dans la malheureuse affaire de MM. de La Chalotais,père et fils, procureurs généraux du Parlement de Bretagne.

24 octobre- — [Nouvelles particulières concernant les jésuites d'Espagne.J

26 octobre. — Le sieur Febvrier, procureur au Ghâtelet, retiré depuis plusieurs mois dans une maison de campagne d'Auteuil, ayant eu dispute avec son épouse au sortir de table, elle lui donna plusieurs coups de pincettes sur la tête. Gelui-ci tout ensanglanté se sauva dans le jardin, et ayant crié au meurtre il s'amassa beaucoup de monde et les voisins et voisines, lesquels ayant frappé à la porte furent fort étonnés de la trouver fermée à double tour. La dame Febvrier vint leur ouvrir, elle leur dit que son mari avait une maladie qui l'obligeait à se battre la tête contre les murailles quand ses accès le prenaient. Le mari profita de l'ouverture de la porte pour se sauver chez un voisin. Le nommé Bombine, commis h la police, était chez elle lorsque cette scène se passa; on l'a dit arrêtée et les scellés apposés chez elle.

28 octobre. — [Lettre circulaire adressée par l'archevêque de Paris à tous les curés de la ville et de la banlieue.)

1" novembre. — [Refus de communion fait à la Saintc-Tablc par le chapelain des religieuses hospilaîières de St-Mandc ù une fille domestique de la maison.]

13 novembre. — [Lettre de cachet contre le chapelain de St-Mandé et la domestique à laquelle il avait refusé la communion.)

i7 novembre. — il se tint à Versailles un Grand Conseil relativement à l'affaire de MM, de La Chalotais et autres accusés du Parlement de Bretagne. Ce conseil n'était que la continuation de celui tenu le samedi précédent où les avis avaient été extrêmement partagés, les uns opinant pour la prison perpétuelle, d'autres pour l'exil, quelques-uns pour l'envoi de l'affaire au Parlement de Bordeaux ou à celui de Douai ; quelques autres pour l'établissement d'une nouvelle commission La même division et le même combat d'opinions ayant régné dans celui-ci, 11 fut remis au samedi suivant à prendre un parti définitif.

20 novembre. — Vers les 6 heures du soir, après le salut et pendant qu'on faisait la prière dans l'église paroissiale de St- Etienne-du-Mont, un voleur força le tabernacle de la chapelle de la Vierge qui est derrière le chœur, emporta la robe et une petite couronne qui tenait à la croix du St Ciboire. Cette couronne était garnie de pierres fausses et n'avait coûté que 18 francs. Dès qu'on se fut aperçu de cet événement, on envoya chercher un commissaire qui en dressa procès-verbal.

Le même jour dans l'après-midi un particulier portant des bas blancs et passant sur le Pont-Neuf avec une dame à laquelle il donnait le bras, un autre particulier descendant d'un fiacre, ayant par mégarde éclaboussé celui-ci, il le traita de maladroit, en se servant d'expressions dures et grossières, sur quoi l'autre qui avait commencé par faire des excuses, ayant répliqué qu'il n'était pas si maladroit qu'on pouvait se l'imaginer, et ayant forcé l'autre de mettre l'épée à la main, celui qui avait été éclaboussé fut enfilé après deux ou trois bottes, et jeté sur le carreau. La dame qui l'accompagnait s'était éclipsée sans qu'on s'en fut aperçu, de manière que le cadavre fut porté à la Morgue où il ne fut reconnu que le lendemain qu'il fut inhumé à St-Germain-l'Auxerrois.

22 novembre. — [Grand Conseil tenu à Versailles par conlinuation pour l'affaire de MM. de la Chalotais. — Arrêt résultant de ce conseil. MM. de La Chalotais et autres membres accusés du Parlement de Bretagne amenés en conséquence au château de la Bastille.]

26 novembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, larrêt du Conseil nouvellement rendu dans l'affaire de Bretagne dénoncé, commissaires nommés.]

27 novembre. — On fit dans l'église de Notre-Dame la cérémonie du catafalque et le service solennel pour le repos de l'âme

d'Elisabeth Farnèse, reine douairière, veuve de Philippe V de France, roi d'Espagne ; le Corps de ville, les Cours souveraines et l'Université y assistèrent. M. le Dauphin et INIesdames de France tinrent le deuil et firent les honneurs. On y remarqua aussi grand nombre de prélats. L'archevêque de Paris officia. L'oraison funèbre ne fut point prononcée parce que M. Poucet de La Rivière, ancien évoque de Troyes, qui en était chargé et qui l'avait répétée la veille,fut attaqué dans la nuit d'un crachement de sang ; ce qui donna lieu à beaucoup de conjectures hasardées de la part du public. M. le Dauphin repartit pour Versailles ; mais les Dames de France dînèrent à l'archevêché d'où elles ne partirent qu'à 6 heures du soir.

28 novembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, objets des remontrances arrêtés et fixés ; lettres-circulaires adressées à tous les conseillers absents.]

30 novembre. — [L'abbé Vojant nommé desservant de St-Séverin, -et l'abbé Dantrecourt nommé vicaire par l'archevêque de Paris.]

4 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, on y lit les remontrances arrêtées sur l'arrêt du Conseil rendu dans l'affaire de Bretagne, les gens du roi chargés de savoir où S. M. jugerait h propos de les recevoir.]

5 décembre- — [Assemblée des chambres du Parlement : les gens du roi y notifient les intentions de S. M. par rapport aux nouvelles remontrances sur l'affaire de Bretagne. — Révocation de la lettre de cachet qui avait été obtenue contre une fille domestique de l'hôpital de St- Mandé.]

9 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, compterendu par le Premier président de ce qui s'était passé la veille à Versailles «n portant les remontrances.]

1 1 décembre. — On apprend que la veuve Amaulry, libraire, Grande Salle du Palais, ainsi que la dame Lemoine, sa fille, et le sieur Padeloup, relieur (1), avaient été arrêtés, avec plusieurs autres personnes pour avoir distribué des exemplaires du Journal de tout ce qui s'est passé en Bretagne depuis un an, ainsi qu'un ouvrage très fort et très bien fait contre les commissions.

Le même jour, on apprend aussi que M. de La Chalotais

(1) La veuve Amaulry et sa fille, aiTôtées le H décembre 176P, furent relâchées l'une le 22 janvier et l'autre le 6 mais 1767. M. Funck-Brentano ne signale pas rincarcératioii du troisième inculpé ; il s'agit sans doute de J. B. Padeloup, relieur et colporteur qui, arrêté le 8 juillet 1769 pour «n délit de librairie, fut exilé aux coloaics en 1772.

avait été interrogé par M. Lenoir, maître des requêtes, nommé rapporteur après des protestations préalablement faites ainsi qu'ù Rennes et à Saint-iSIalo contre des juges incompétents, et qu'il avait pris pour conseil M^ de Lalourcé, avocat ; que M. Lepaige, bailli du Temple, était conseil de M. de La Gacherie et M« Doultremont celui de M. Picquet de Montreuil.

12 décembre. — La Gazette de France annonce que M. le duc d'Aiguillon avait pris congé du Roi et était parti pour la Bretagne, à l'effet d'y tenir les Etats indiqués pour le 25 du même mois.

13 décembre. — On apprit que Mlle de La Chalotais avait eu permission de voir la veille M. son père à la Bastille, mais que la grande faiblesse occasionnée par sa maladie l'avait mise hors d'état d'user de cette permission; que M. de La Chalotais le père se portait assez bien, mais que le fils s'ennuyait beaucoup et était fort changé ; que tous les prisonniers étaient traités avec beaucoup d'égards et de distinction de la part de M. de Jumil'nac, gouverneur ; que la nouvelle instruction du procès se poursuivait avec la plus grande vivacité ; qu'il avait été nommé de nouveaux experts et que plus de trente personnes étaient arrivées de Bretagne pour être entendues en déposition.

15 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, réponse du Roi aux remontrances qui lui avaient été adressées sur l'arrêt du Conseil rendu dans l'affaire de Bretagne ; parti pris en conséquence de cette réponse.]

1 6 décembre. — [Le procès qui durait depuis plusieurs années entre l'archevêque de Lyon et l'archevêque d'Autun, relativement à différentes coupes de bois, terminé et conclu.)

17 décembre. — Le Premier président du Parlement ayant reçu la veille à 11 heures du soir des ordres de se rendre le lendemain à Versailles à la tête de la Compagnie pour 10 heures du matin, en robe noire, fit avertir Messieurs de se trouver au Palais à 6 heures du matin, où ils se trouvèrent effectivement au nombre de soixante, sans y comprendre les gens du roi et les huissiers. Ils partirent pour Versailles à 7 heures en quarante carrosses et lorsqu'ils furent assemblés dans la chambre du grand lever, où ils furent introduits par M. le Ct« de Saint- Florentin, le Roi étant dans son fauteuil, le vice-chancelier à sa droite et au milieu des princes, des pairs et de ses ministres,

leur lut lui-même les paroles suivantes, transcrites sur un papier qu'il leur remit ensuite.

« Ma réponse à vos dernières remontrances aurait du calmer vos inquiétudes. Cependant vous avez demandé des conclusions sur un acte émané de ma propre personne et vous avez voulu intéresser les princes de mon sang et les pairs de mon royaume dans une délibération qui ne concerne pas les droits de la pairie.

« Je vous défends de donner aucune suite à votre arrêté, et à mon procureur général de prendre des conclusions en cette partie. «

Le Parlement arriva de Versailles sur les 2 heures aprèsmidi, mais Messieurs n'ayant pas jugé à propos de s'assembler le même jour, il fut convenu qu'on s'assemblerait le lendemain à 10 heures du matin.

18 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement ; sur ce qui s'était passé la veille à Versailles ; commissaires nommés pour travailler à de nouvelles représentations. — L'abbé de Ste-Geneviève, le P. Delorme, bénit le plus gros des deux bourdons qui venait d'être refondu.]

19 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement ; on y fait lecture des nouvelles représentations ; les gens du roi chargés de savoir le lieu où S. M. jugerait à propos de les recevoir.]

20 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement, les gens du roi y rendent compte de leur mission.)

22 Décembre. — M. de Sartine fut faire la visite du bâtiment de la Nouvelle halle aux grains, construit sur le terrain de l'ancien hôtel de Soissons, et qui venait d'être achevé, après quatre années entières de travail. Il en prit possession et fixa le jour de l'ouverture du grenier et de l'apport des grains au lundi 12 janvier suivant.

22 décembre. — [Le Parlement se rend à Versailles en corps de Cour, mandé par le Roi, réponse de S. M. concernant l'affaire de Bretagne ; parti singulier pris en définitif par le Conseil sur cette aJTaire.]

30 décembre. — [Assemblée des chambres du Parlement : parti pris sur la réponse du Roi du 22. — Un de Messieurs dénonce le refus de sacrement fait au sieur Nègre de Laborde, par le cure de Monlesson: parti pris à cet égard.]

7 janvier. — [Assemblée des chambres du Parlement, remise à statuer sur l'affaire de Montesson au vendredi suivant.]

9 Janvier. — Les Cham])res du Parlement s'étant assem-

blées en vertu de l'arrêté pris le 7, le curé et le vicaire de Montesson furent décrétés de prise de corps.

Le même jour, on publia dans les rues deux arrêts du Conseil d'Etat du roi, datés du 1^"^ janvier. Par le premier de ces deux arrêts, le Roi établissait une Caisse d'escompte pour remplir aux lieu et place du sieur Laborde, son banquier, tous les objets dont il avait été chargé jusqu'alors ; la dite caisse administrée par les sieurs Micault d'Harvelay et Savalette de Magnanville, gardes du trésor royal, Thomas de Pange et de Boullongne, trésoriers généraux de l'extraordinaire des guerres ; de Meulan père, Boutin fils, Richard, Baujon et Paris de Treffond, receveurs généraux des finances ; Roslin, Donet, Gauthier et Magon de la Balue, fermiers généraux ; Devins, secrétaire du Roi (beau-frère du sieur de L'Averdy, contrôleur général) et le sieur de Laborde. Par cet arrêt, le Roi créait de plus 60.000 actions au porteur, au capital de 1000 livres chacune, garnies de dix coupons de 40 livres chacun pourtant intérêt à 4 %. La dite Caisse d'escompte ne devait avoir lieu que jusqu'au 1" janvier 1777, et pendant ces dix années il devait être fait tous les ans un tirage pour différents lots, dont le principal serait de 200.000 livres ; la dite caisse obligée de donner chaque année sur ses bénéfices la somme de 150.000 livres à l'Hôpital des Enfants-Trouvés, sur les quittances du trésorier dudit hôpital. Par le second arrêt le roi établissait un dépôt volontaire des actions intéressées sur la susdite caisse,^ lesquelles seraient remises au sieur Hariague que S. M. commettait à cet effet.

10 janvier- — [Assemblée des chambi-es du Parlement, arrêt rendu sur les conclusions des gens du roi, à l'occasion du refus de sacrement fait à RIontesson, iwrtant règlement contre les faits de schisme.]

12 Janvier. — Le froid qui avait commencé à se faire sentir^ très violemment, le lundi 5 de ce mois, veille des Rois, n'était à 8 heures du matin qu'à un degré de celui de 1709, suivant le thermomètre du sieur Passemant, demeurant au Louvre, un des plus habiles en ce genre. On fut même persuadé que pendant plusieurs heures de la nuit il pouvait avoir été au même degré.

15 janvier. — [Le sieur Jolivet, curé de Gonesse, décrété d'ajournement personnel par le Châtelet pour refus de sacrement et autres faits.}

16 janvier. — [Assemblée des chambres du Parlement, arrêt rendn

contre une conclusion capitulairc du chapitre de l'église de Paris faite en faveur de l'abbé de Brcmont, chanoine, décrété de prise de corps par le Parlement. — Autre arrêt concernant toutes les procédures faites en matière de refus de sacrements depuis 1757.]

1 7 janvier. — [ incendie de !a maison d'un boulanger, cloître St- Jacquesde-la-Boucherie.]

22 Janvier. — L'Académie française tint sa séance publique pour la réception du sieur Thomas, ci-devant professeur au collège de Beauvais, actuellement secrétaire de M. le duc de Praslin, et interprète pour les cantons Suisses ; il succédait à M. Hardion, garde du cabinet des Dames de France. Le prince Louis de Rohan, évêque de Canope et coadjuteur de Strasbourg, présida à cette séance à laquelle assistèrent vingt-deux académiciens, parmi lesquels on remarqua M. le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, M. de Montazet, archevêque de Lyon, M. le duc de Nivernais, I\I. Bignon, prévôt des marchands, M. Séguier, second avocat général du Parlement. M. le Cte de Clermont, prince du sang, aurait du, comme directeur, faire la réponse au discours du sieur Thomas, mais le dérangement de sa santé l'en empêcha. On remarqua qu'il y avait dans l'assemblée beaucoup plus de dames qu'il n'a coutume de s'y en trouver ordinairement. Le discours du récipiendaire, dans lequel il peignit l'homme de lettres citoyen, fut fort applaudi, ainsi que quelques morceaux de son poème épique sur le czar Pierre, dont il fit part au public. La réponse du prince Louis fut trouvée fort ingénieuse. J'assistai à cette séance qui dura plus de 2 heures.

23 janvier. — [Assemblée des chambres du Parlement : rejet d'une requête présentée par l'abbé de Brcmont, chanoine de l'église de Paris.)

26 janvier. — Vers le midi la débâcle des glaces se fit avec assez de violence, du côté du Pont-Marie, et fut occasionnée par une crue de la rivière de Marne. Elle fit un dégât qui ne laissa pas d'être considérable. Plusieurs boutiques de poissons furent brisées, ainsi qu'un gi'and bateau de blanchisseuses, dans lequel il ne périt qu'une seule femme. Il périt aussi plusieurs bateaux chargés de charbons et de bois.

Le même jour, la Vve Amaulry, libraire au Palais, qui avait été mise à la Bastille au commencement du mois de décembre dernier pour avoir vendu des ouvTages faits en faveur de MISL de La Chalotais, fut élargie sans autre peine qu'injonction de

ia part du lieutenant de police d'être plus circonspecte à l'avenir.

27 janvier. — Les chambres du Parlement s'étant assemblées et les commissaires nommés le vendredi précédent pour l'examen des nouveaux édits bursaux, ayant fait leur rapport, il fut fait un arrêté qui motivait les raisons de l'impossibilité où se trouvait la Compagnie d'enregistrer ces cdits, qui furent remis au parquet pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre.

Le même jour, il fut arrêté par rapport à l'exil de MM. de La Chalotais, qu'on travaillerait à de nouvelles représentations.

Le même jour, on apprit que les jours précédents, le sieur Guy, associé de la Vve Duchesne, libraire rue St- Jacques, avait tenté de faire rentrer pendant la nuit à Paris un chariot, couvert d'un tapis aux armes d'un grand seigneur, rempli des plus mauvais livres, et entre autre d'un ouvrage fait contre i\L le Cte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, par le duc de Lauraguais, intitulé Les Sabathines ; tous lesdits livres, imprimés à Nancy, avaient été surpris et conduits au château de la Bastille (1).

29 Janvier. — On publia un arrêt du Conseil pour autoriser les étrangers à placer des fonds à la nouvelle Caisse d'escompte, établie par arrêt du l^r du même mois.

Le même jour, tous les princes du sang et un grand nombre de pairs, tant ecclésiastiques que laïques, se rendirent au Palais vers les 10 heures du matin pour la réception de MM, les ducs de Noailles, de Villeroy, de Fronsac, et de ^L de Broglie, évêque de Noyon. L'archevêque de Paris s'y trouva.

30 janvier — [Assemblée des chambres du Parlement : remise à statuer sur différents objets et notamment sur le jugement définitif de l'abbé de Brémont. — Un gentilhomme irlandais, juge par le Châtelet et le Parlement, pendu à la Croix du Trahoir pour crime de fausse monnaie.]

3 février- — [Assemblée des chambres du Parlement : procès de l'abbé de Brémont repris et non terminé.]

4 Février. — Ce jour, il fut célébré dans l'église royale de St-Paul, un service des plus solennels pour le repos de lame de Messire François-Victor Nègre de Laborde, écuycr, avocat au

(1) Pierre Guy fut relaxé 1? 26juillet .saivant, p:'é:ii:-m ^ntsur un ordre contresigné, selon l'usage, par Saint Florentin.

Parlement, décédé au château de Laborde, paroisse de Montesson, le 24 décembre précédent, et auquel le curé et le vicaire de cette paroisse avaient refusé les derniers sacrements, quoiqu'il menât le genre de vie le plus saint et la conduite la plus édifiante. Grand nombre de personnes de tout état et de toute condition assistèrent à ce service ainsi qu'aux messes basses qui furent dites pendant toute la matinée. M. Midor, nouveau curé de la paroisse, officia lui-même à ce service, pour lequel la famille avait fait distribuer 1.700 billets d'invitation. Ce M. Nègre a trois frères, dont un mousquetaire, un conseiller à la Cour des aides, (1) un autre conseiller au Grand Conseil (2) et une sœur, mariée à M. Louvel de Repainville, conseiller au Parlement. L'assemblée qui assista à cette cérémonie fut tout à la fois des plus nombreuses et des plus édifiantes.

6 février- — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêt définitif rendu contre l'abbé de Brémout, l'abbé Cussac, chanoine de St-Cloud, et l'abbé Lebis, chapelain des Ursulines du même lieu. — Les conseillers rapporteurs des afYaires relatives aux difTcrents faits de schisme depuis 1757 invites à se mettre en état de les rapporter au plus tôt.]

8 février. — [Refus de sacrement fait à St-Séverin pour l'abbé J.-A. de Corcelle- Vincent, demeurant rue des Anglais.]

9 Février. — a une heure et demie après-midi, une maison sise rue de la Huchette, vis-à-vis de la rue Zacharie, tenant à main droite à la maison du sieur Delastre, marchand mercier, la dite maison connue sous le nom de Cabaret des Bons Enfants, s'étant subitement écroulée, ensevelit sous ses ruines environ 25 personnes, dont une douzaine au moins moururent sur le champ. Aussitôt ce malheur arrivé, on fut à la paroisse chercher le bon Dieu et l'extrême-onction qui furent déposés pendant 6 heures dans une maison voisine. On fut enchanté du zèle que témoignèrent dans le premier instant les voisins et les passants pour aider à débarrasser les malheureux qui étaient sous les ruines. On travailla toute la nuit à fouiller les décombres, qu'on chargeait à mesure dans des tombereaux et qu'on portait au Parvis Notre-Dame, afin qu'on pût chercher dedans les effets qui s'y trouveraient. Les bois de charpente furent portés au Marché-Neuf.

12 février. — [Mort de la demoiselle de La Chalotais, fille du procureur général du parlement de Bretagne, son inhumation.]

13 février- — [Prône répréhcnsiblc du sieur Jolivet, curé de Go-

(1) M. Nègre de Boisboutron. (2) M. Nègr>^ des Rivières.

Mes Loisins. Tome L 5

nesse, dénoncé par un conseiller du Châtelet à sa compagnie. — Assemblée des chambres du Parlement à l'occasion de différents arrêts cassés par le Conseil du roi.]

18 février. — Les chanoines réguliers de l'Abbaye royale de St- Victor célébrèrent pour la troisième fois la messe solennelle qu'ils ont fondée pour la conservation des jours précieux du Roi et de la famille royale. M. de Montazet, archevêque de Lyon, primat de France et titulaire de cette abbaye, officia pontificalement. La messe commença à midi et ne finit qu'à 1 heure 1/2. Cette messe qui aurait dû se dire le dimanche précédent, jour de la naissance du Roi, avait été reculée par S. M. elle-même au 18, afin que les ministres pussent y assister. Parmi les personnes de distinction on remarqua plusieurs cordons bleus, MM. les ducs de Praslin, de Gontaut, de Fitz- James, de Nivernois, M. le prince de Tingry, M. le chevalier de Montazet, quatre évêques : M. de Jarente, évêque d'Orléans, M. de Noé, évêque de Lescar, M. d'Anteroche, évêque de Condom, M. Moreau, évêque de Mâcon, l'abbé de Ste-Geneviève, les supérieurs des Rénédictins, des Oratoriens, Mme la duchesse de Gramont, la duchesse de Fitz- James, la duchesse de Praslin. L'archevêque de Lyon donna à dîner dans son abbatiale aux personnes les plus qualifiées de cette assemblée.

20 février. — [Assemblée des chambres du Parlement : dernière réponse du Roi relative à l'exil de MM. de La Chalotais enregistrée ; arrêté pris par rapport à l'état où se trouvait le parlement de Bretagne.]

22 février. — [incendie chez un vitrier de la rue de la Verrerie.]

25 février. — [Mort de la dame de la Colinière et du sieur C'^ de Kerguesec, leur inhumation.]

6 mars. — [L'archevêque de Paris ordonne de dire à toutes les messes les trois oraisons pour la Dauphine. — Assemblée des chambres du Parlement : réponse du Roi aux remontrances sur l'enregistrement d'une déclaration portant établissement de nouveaux droits ; ordres d'enregistrer ; nouvelles représentations arrêtées.]

7 mars. — En vertu d'ordres du Roi adressés à l'abbé de Ste- Geneviève, on découvrit la châsse seulement par le pied et on commença des prières et une neuvaine à laquelle les porteurs de la châsse assistèrent.

9 mars. — Conformément aux ordres du Roi, apportés la

veille au soir de Versailles par M. l'archevêque de Paris, le St- Sacrement fut exposé à 10 heures du matin dans l'église de Notre-Dame et on commença les prières de quarante heures pour Mme la Dauphine. Le prélat officia pontificalement à la grand messe et au salut ce jour et les jours suivants. Les ordres furent envoyés le même jour dans toutes les églises séculières et régulières ; la princesse avait reçu le saint viatique, la veille au matin, des mains de M. le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, son premier aumônier, en présence du sieur Allart, curé de la paroisse Notre-Dame.

Le même jour, les chambres du Parlement s'étant assemblées vers les 11 heures du matin, il fut rendu arrêt portant suppression d'un mémoire du sieur Bontoux, avocat au Parlement et es Conseil du roi, comme étant le dit mémoire injurieux à la Compagnie. Ce mémoire avait été fait dans la reprise d'instance au Conseil de la part de la veuve de La Pouplinières, pour faire casser les deux arrêts du Parlement qui lui avaient été défavorables. On fut assuré le même jour que le procès de cette dame ayant été mis sur le bureau au Conseil, elle avait -été déboutée de toutes ses demandes, et que l'exécution des arrêts du Parlement avait été ordonnée.

10 mars M. le Prévôt des marchands et leséchevins commencèrent en l'église de Ste-Geneviève une neuvaine pour le rétablissement de la santé de Mme la Dauphine.

12 mars. — m. l'archevêque de Paris envoya dans toutes les églises une seconde ordonnance portant continuation des prières à faire après les grand'messes et après les vêpres, sans nouvelle exposition du St-Sacrement.

13 mars. — Vers les 8 heures du soir mourut à Versailles Marie- Josèphe de Saxe, dauphine douairière, née à Dresde le 4 novembre 1731. Elle avait presque toujours été languissante depuis le décès du Dauphin, son époux, arrivé à Fontainebleau le 20 décembre 1765. Toute la Cour partit sur le champ pour Marly.

15 mars Le corps de Mme la Dauphine, qui n'avait point

été vue à visage découvert à cause de sa trop grande difformité, fut ouvert en présence des médecins et chirurgiens. On lui trouva toutes les parties nobles très saines, mais les lombes gau-

ches du poumon totalement ulcérés, une espèce de fusée avait gagné le foie qui n'était pas encore attaqué. Il fut embaumé selon l'usage, mis dans le cercueil et déposé dans une chapelle ardente, puis transporté à Sens auprès de celui de son époux. Suivant le bruit qui s'en répandit dans le public, elle n'avait recommandé au roi [que trois personnes, savoir : M. Tronchin, premier médecin de M. le duc d'Orléans, qui l'avait traitée pendant les derniers mois de sa maladie, son premier valet de chambre et M. de Nicolaï, évêque de Verdun, son confesseur et premier aumônier en survivance.

16 mars. — [Assemblée des chambres du Parlement: enregistrement de la déclaration du Roi portant prolongation du second vingtième conclu et arrêté.]

17 mars. — Les chambres du Parlement s'étant assemblées pour l'affaire de Bretagne, conformément à la délibération prise le 20 février dernier, il fut arrêté qu'il serait fait au Roi de nouvelles remontrances, pour supplier S. M., avec toutes les instances possibles, de réintégrer son parlement de Bretagne et de rendre sa confiance à MM. de La Chalotais ; il fut nommé des commissaires pour y travailler.

Le même jour, le procès intenté à la requête du Procureur général contre le curé et le vicaire de Montesson pour le refus des sacrements fait à M. de Nègre de Laborde, à l'occasion duquel ils avaient été décrétés de prise de corps, le 9 janvier dernier, fut réglé ce qu'on appelle à l'extraordinaire.

Le même jour, la Cour prit le deuil pour 6 mois à l'occasion de la mort de Mme la Dauphine.

18 mars. — Madame la Dauphine ayant désiré que son cœur fût porté à l'abbaye royale de Saint-Denis, pour y être enfermé à côté de celui du Dauphin, son époux, il y fut déposé avec les cérémonies ordinaires par M. le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, son premier aumônier. Madame la C^^^ de Lamarche fut nommée par le Roi pour accompagner le cœur à St- Denis.

Le même jour, un jeune prêtre de La Rochelle, âgé de 27 ans, nommé l'abbé Legeai de Larivoirc, ex-jésuite, étant en pension au Collège des Grandmontains, rue Mignon, qu'on a dit avoir beaucoup de dettes, et ne sachant comment y satisfaire, ayant envoyé le matin, d'assez bonne heure, son domestique à un de ses amis au séminaire de St-Sulpice, avec une lettre et

sa montre pour la lui remettre, la lettre portant entre autre choses : au moment que vous lisez la présente, je n'existe plus, profita de cet intervalle de temps qu'il fut seul pour se tirer un coup de pistolet chargé à deux balles au travers du visage, étant assis en face de sa cheminée devant une table sur laquelle il avait placé un miroir avec un flambeau, et une lumière de chaque côté, ayant eu de plus la précaution d'y poser de la poudre, du plomb et un autre pistolet tout chargé, sans doute en cas qu'il vint à manquer son coup avec le premier. Il était arrivé la veille de la campagne et avait soupe dans une auberge où, n'ayant pas eu assez d'argentpour payer son écot, son domestique avait été obligé d'avancer ce qui lui manquait. On ne s'aperçut de ce tragique événement que parce que l'amorce du pistolet ayant mis le feu à la manche de sa robe de chambre, un voisin qui vit sortir beaucoup de fumée par la fenêtre vint avertir. On monta chez lui, il n'était pas encore tout à fait mort, mais il expira peu de temps après. Il fut inhumé le lendemain à 7 heures du matin, par un ordre du lieutenant criminel, en l'église de St-Côme, sa paroisse.

21 mars. — m. de Nicolaï, évêque de Verdun, premier aumônier en survivance, fit à 6 heures du matin à Versailles, la cérémonie de lever le corps de Madame la Dauphine qui fut placé dans le char destiné à le porter à Sens. Le convoi se mit en marche dans l'ordre qui suit : deux gardes du corps, 60 pauvres portant des flambeaux, plusieurs carrosses des personnes composant le deuil, 50 mousquetaires de la première compagnie et 50 de la seconde, 50 chevaux légers, un premier carrosse du roi rempli par le chevalier d'honneur et le premier écuyer, deux autres carrosses du roi occupés par les dames de la suite, un quatrième carrosse du roi dans lequel étaient la C**^ de Lamarche, la duchesse de Brancas, la O^^ de Tessé, la duchesse de Sully et la C^^^ de Sabran, dames de la compagnie !^ de la C^'^ de Lamarche ; un cinquième carross* dans lequel étaient l'évêque de Verdun, le confesseur de la princesse et le curé de la paroisse de Notre-Dame de Versailles. Les pages de la Dauphine, les pages de la Reine, 24 pages du Roi, et plusieurs écuyers de Leurs Majestés, 4 trompettes des écuries, les hérauts d'armes, le Grand Maître et le Maître des cérémonies, ensuite le char aux quatre coini^ duquel étaient les 4 chapelains en rochet et à cheval portant les cordons,

les Cent-Suisses de la garde du roi, et un nombre de valets de pied environnant le char, derrière lequel marchait un détachement de gardes du corps, suivi de 50 gendarmes de la garde. Toutes les troupes portaient des flambeaux. Le corps arriva le même jour à Fontainebleau et fut déposé dans la chapelle du château où il passa la nuit.

23 mars. — Le convoi de la Dauphine étant arrivé la veille de Fontainebleau à Sens, vers les 7 heures du soir, et le cardinal de Luynes, archevêque de cette ville, ayant reçu à la porte de la cathédrale le corps de la princesse, qui lui avait été présenté par l'évêque de Verdun, le cercueil ayant été porté dans le chœur et les prières ordinaires chantées, y étant resté déposé pendant toute la nuit, on fit un service solennel, auquel le cardinal de Luynes officia, et après lequel le corps fut inhumé dans le même caveau où celui de M. le Dauphin avait été placé le 29 décembre 1765.

1'^'' avril. — Les Chambres du Parleinent s'étant assemblées, il fut fait lecture d'une requête présentée par les marguilliers de la paroisse de St-Nicolas-des-Champs. Ces marguilliers munis d'une consultation signée de trois des plus habiles avocats du Parlement de Paris qui les déclarait bien fondés à faire cette démarche, demandaient par la susdite requête à être autorisés à se pourvoir par devant qui ils aviseraient bon être, à l'effet de se procurer un nouveau curé aux lieu et place du sieur de Lécluse, contumace par arrêt de la cour en 1759. Délibération prise sur cette requête, il fut arrêté qu'elle serait communiquée aux gens du roi, lesquels donneraient leurs conclusions sur icelle le vendredi suivant à l'assemblée des chambres.

2 avril. — Ce jour, dans l'après-midi, 4 mousquetaires sortant de chez le successeur de Landelle, fameux traiteur, rue de Bussy, l'un d'eux ayant été éclaboussé par un homme traînant une charrette à bras, jugea à propos de lui donner un coup de canne sur les épaules. Le charretier, se sentant frappé, répondit par un coup de pied qu'il allongea au mousquetaire, lequel le maltraita de nouveau ; dans le même moment passait un officier du guet à cheval, en habit bourgeois, lequel ayant apostrophé durement les mousquetaires sur la manière dont ils traitaient ce pauvre misérable, fut lui-même injurié et mal- , traité par eux, au point que quoiqu'il eût tiré son épée, il fut

trop heureux de s'esquiver, sans quoi il eût succombé sous les coups. Comme on avait crié au guet pendant la bagarre, deux escouades étaient survenues qui avaient déjà été mises en déroute par les mousquetaires dont le nombre s'était accru ; il en arriva d'autres escouades contre lesquelles les mousquetaires se défendirent avec le plus grand acharnement, au point qu'un sergent du guet se crut obligé d'ordonner à un de ses soldats de faire feu sur eux. Le coup de fusil porta dans la boutique d'un marchand de meubles; la balle ayant brisé une glace vint tomber auprès de la marchande qui était dans son comptoir. Plusieurs soldats furent blessés à coups d'épée et comme ils avaient été contraints de mettre baïonnette au bout du fusil, un des mousquetaires, parent à ce qu'on dit de i\I. de Jumilhac, leur commandant, fut dangereusement blessé d'un coup de baïonnette dans le flanc. Il fut dressé procès-verbal de cette scène par différents commissaires, tant de la part des mousquetaires que de celle des officiers de la justice.

2 avril. —Assemblée des chambres du Parlement : un de Messieurs dénonce les assemblées clandestines que tenaient les évêques qui se trouvaient à Paris : arrêt qui enjoint à ces prélats de retourner dans leurs diocèses.]

3 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêt rendu en faveur des marguilliers de St-Nicolas-des-Champs et l'affaire continuée à huitaine. — Edit concernant la perception du centième denier présenté à l'enregistrement.]

4 avril- — [Arrêt rendu au Conseil des dépêches qui casse et annule celui du Parlement contre les évêques ; réponse que le Roi fait à leurs représentations sur l'arrêt du Parlement.]

7 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement : compte rendu par les gens du roi qui avaient été mandés à Versailles de ce que S. M. leur avait dit au sujet de l'arrêt contre les évêques ; représentations arrêtées en conséquence.]

8 avril. — Les chambres du Parlement s'étant assemblées relativement à l'édit portant perception annuelle du centième denier sur toutes les charges, il fut arrêté qu'il serait fait au Roi de très humbles remontrances.

9 avril. — Le nommé Léonard La Chapelle, dit Capelle, ouvrier en tapisserie, âgé de 74 ans, fut pendu en Place de Grève, pour avoir violé, il y avait environ 4 mois, de la manière la plus outrageante à la nature, une fille de 12 ans. Par sentence

du Châtelet de Paris, il n'avait été condamné qu'au fouet, à la marque et aux galères perpétuelles ; l'arrêt du Parlement qui, sur l'appel a minima du Procureur général, le condamna à la mort, avait été rendu à la Chambre de la Tournelle le 2 de ce mois.

1 1 avril. — M. le Contrôleur général (de Laverdy) informé que le Parlement avait rédigé de très fortes remontrances au Roi, à l'occasion de l'édit portant perception annuelle du centième denier sur toutes les charges, présenté pour la seconde fois à l'enregistrement, se détermina à le retirer absolument. Il transpira dans le public que la première phrase de ces remontrances était conçue à peu près dans les termes suivants : « Sire, jusques à quand ira-t-on fouiller dans la poussière des bureaux de vos finances, pour y chercher des cdits cent fois présentés à votre Parlement et autant de fois rejetés ? »

12 avril- — [Les gens du roi vont à Versailles pour les nouvelles remontrances du Parlement sur l'exil de MM. de La Chalotais.]

13 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêt qui juge la contumace contre les cure et vicaire de Montesson ; démarche faite par les marguilliers de St-Nicolas-des-Champs auprès de l'archevêque de Lyon, primat de France ; ce que leur dit ce prélat.]

16 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement : lecture de remontrances sur différents arrêts du Conseil qui avaient cassé plusieurs de ses arrêts. — Nouvelle de l'expulsion des jésuites du royaume d'Espagne.]

20 avril- — Distribution de la sanction pragmatique du roi d'Espagne contre les Jésuites. — Extrait de la Gazette de France concernant leur expulsion.]

26 avril. — j\L de Royère, grand vicaire du diocèse d'Arras, nommé par le Roi depuis plus de six mois à l'évêché de Tréguier en Bretagne, fut sacré dans l'église des religieuses du Calvaire, rue de Vaugirard, par M. l'archevêque de Paris assisté des évêques d'Arras et de Senlis (de Bonneguise et de Roquelaure). Il prêta le lendemain à la messe du Roi le serment de fidélité.

27 avril- — [Réponse de l'archevêque de Lyon aux marguilliers de St-Nicolas-des-Champs. — Extrait de la Gazette de France concernant l'expulsion des Jésuites de la ville de Cadix.]

29 avril- — [Assemblée des chambres du Parlement : dénonciation de l'affaire des Jésuites d'Espagne. Les g'ms du roi chargés de donner

des conclusions. — Ouverture du nouveau marché construit sur le terrain du prieuré de St-Martin-des-Champs.]

2 mai. — [L'abbé Parent, curé d'Attainville, prend possession de la cure de St-Nicolas-des-Champs.]

4 mai- — [Faits concernant la lettre de cachet obtenue par l'archevêque de Paris contre les Religieuses hospitalières de la place Royale.]

5 mai- — [Le sieur Parent, cure de St-Nicolas-des-Champs, requis de paraître à l'assemblée des chambres du Parlement du même jour. — Délai accordé aux gens du roi pour leurs conclusions dans l'affaire des Jésuites d'Espagne.]

6 mai. — Ce jour, le Roi fit dans la plaine des Sablons la revue du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses ; M. le Dauphin et M. le O^ de Provence et M. le Cte d'Artois y assistèrent, ainsi que ^Imes Adélaïde, Victoire et Sophie. On ne jugea pas à propos, on ne sait trop par quelle raison, de se servir cette année du Champ-de-Mars, que l'on avait préparé les années précédentes sur le terrain qui borde la rivière au-dessus des Invalides, en face de l'Ecole militaire, quoiqu'il se trouvât pour lors entièrement achevé. On en fut d'autant plus surpris que ce Champ-de-Mars avait été imaginé et construit précisément pour ces sortes d'exercices.

8 mai- — [Assemblée des Chambres du Parlement : conclusions des gens du roi relativement à l'afîaire des Jésuites d'Espagne ; paquet venant de la Cour par eux mis sur le bureau.]

9 mai. — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêt célèbre rendu sur le réquisitoire des gens du roi contre les ci-devant soi disant jésuites, relativement à tout ce qui venait de se passer en Espagne.]

10 mai. — Un particulier inconnu monte en chaire à Versailles, dans la chapelle du Roi, au moment que S. INL sortait du salut et semble annoncer par ses gestes qu'il va faire un discours. Il est arrêté sur le champ et on ne peut parvenir en aucune manière à savoir la suite de cette aventure.

12 mai- — [Assemblée des chambres du Parlement: le Premier président rend compte d'un voyage fait à Versailles relativement à l'affaire de Bretagne. — Mémoires imprimés pour la justification des membres de ce Parlement accusés et exilés.]

15 mai- — [Assemblée des chambres du Parlement : plainte rendue par le procureur général contre 8 jésuites. — Arrêt interprétatif de celui rendu le 9 du même mois contre les ci-devant soi-disant jésuites. — Ecclésiastique conduit ù la Bastille.]

16 mai. — On distribua dans Paris un imprimé rédigé sur les papiers trouvés dans les maisons des jésuites en Espagne, lors de leur expulsion de ce royaume, et traduit sur l'espagnol, contenant un dénombrement général des maisons des jésuites dans toute l'Europe, collèges, séminaires, maisons professes et assistances, suivant lequel le nombre des jésuites, prêtres ou non prêtres, se trouvait monter à 22.000 et celui des associés ou affiliés à 60.000.

1 7 mai. — [Arrêt du Conseil contre MM. de La Chalotais et autres membres accusés du Parlement de Bretagne.]

20 mai. — On sonna à son de trompe et on placarda chacun au lieu de leur domicile, les sieurs Madler, archiprêtre, curé de St-Séverin, Gavât, curé de St-Barthélemy, Vétard, vicaire de St-Sulpice, de St-Macquer, vicaire de St- Jacques du Haut- Pas, et Delagrange, chapelain des Religieuses hospitalières de St-Mandé près Vincennes ; tous 5 décrétés de prise de corps, le 25 juillet 1766, pour avoir vexé et tourmenté ces religieuses, en exigeant d'elles l'adhésion aux actes de la dernière assemblée générale du clergé.

Le même jour il fut notoire dans Paris que M. l'archevêque, sur le compte duquel on faisait courir depuis plus d'un mois différents bruits de retraite, soit par démission, soit autrement, avait donné ses ordres pour que l'on travaillât dans son palais à un grand nombre de réparations, les unes de nécessité, les autres en genre d'embellissement, ainsi que pour la restauration et décoration d'une chapelle qui lui avait été concédée dans l'église de Notre-Dame par délibération du chapitre pour la sépulture de sa famille, la dite chapelle sise dans le pourtour du chœur, près la petite porte du cloître à main gauche, ce qui semblait détruire absolument tous les discours du public.

22 mai- — [Assemblée des chambres du Parlement contre les cidevant soi-disant jésuites réfractaires à leur serment.]

24 mai. — Le Parlement, qui, les jours précédents avait travaillé, toutes affaires cessantes, à des remontrances pour supplier le Roi de donner un édit portant expulsion totale générale des ci-devant soi-disant jésuites dans tout le royaume, alla en députation à Marly,pour les présenter à S. M. On ignore quel effet elles produiront.

25 mai. — [Assemblée des chambres du Parlement : délibération

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sur l'enregistrement de nouveaux cdits, commissaires nommés. — Lettres patentes du Roi pour la construction d'un marché, aux lieu et place du prieuré de la Culture Ste-Catherine, enregistrées.]

27 mai- — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêté que le Roi serait supplié de retirer les nouveaux édits. — Rupture des états de Bretagne sans avoir rien conclu. — L'abbé Guyot, aumônier du duc d'Orléans, ex-jcsuite et prédicateur du Roi, interdit.]

1*^' juin. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées, le Premier président rendit compte de la réponse que le Roi avait faite la veille à Marly, aux dernières remontrances concernant l'affaire du Parlement de Bretagne, Cette réponse portait en substance que S. M. avait déjà dit plusieurs fois à son Parlement que cette affaire ne le regardait pas et que c'était une affaire finie, qu'il devait toujours compter sur sa bonté. Il fut nommé des commissaires auxquels cette réponse fut remise pour aviser au parti qu'il y aurait à prendre sur icelle.

Le même jour, l'abbé de Ste-Geneviève (Vialet) s'étant transporté au Prieuré royal de la Culture Sainte-Catherine, en exécution des lettres patentes de translation données à Marly, le 23 mai précédent, fut processionnellement, avec tous les religieux dudit prieuré et un commissaire nommé par le Roi, prendre possession de l'église et de tous les bâtiments de la maison professe des ci-devant soi-disant jésuites, rue St- Antoine.

3 juin. — [Assemblée des chambres du Parlement :. réponse des gens du roi concernant les représentations relatives aux nouveaux édits.]

6 juin. — [Placards affichés en différents endroits du bourg de St- Cloud contre le sieur Mayer, curé en possession civile ; détails relatifs à la position de ce curé.]

12 juin. — [Mort funeste et tragique du fds unique du sieur Ayette, marchand, rue St-Denis.]

13 juin. — [Nouveaux placards infâmes affichés à St-Cloud contre le curé.]

15 juin. — Les chambres du Parlement s'étant assemblées et le Premier président ayant rendu compte de la réponse que le Roi avait faite la veille aux représentations qui lui avaient été adressées au commencement du mois, relativement à l'enregistrement des deux nouveaux édits, cette réponse portant en substance que S. I\I. avait besoin d'argent et voulait être

obéie. En délibérant sur ladite réponse, il fut arrêté que M. le Premier président serait chargé de représenter au Roi de vive voix que l'enregistrement des deux édits avait été rejeté à l'unanimité.

18 juin. — Le Premier président s'étant rendu à Versailles, en conséquence de l'arrêté pris la veille, par le Parlement, pour faire au Roi les sus-dites représentations, il reçut un accueil très peu favorable et S. M. lui parut fort mécontente.

19 juin- — [Assemblée des Chambres du Parlement: enregistrement forcé de l'édit portant établissement d'un nombre de privilégiés dans tous les corps et communautés d'arts-et-métiers.]

20 juin. — [Incendie rue St-Antoine, près la rue de Fourcy, maison du sieur Gervais, chirurgien accoucheur.]

22 juin. — [Assemblée des chambres du Parlement : édit du Roî portant prolongation du second vingtième pour deux années, à commencer au 1" janvier 1768, enregistré.]

3 juillet. — [Assemblée des chambres du Parlement continuée au 17 du même mois.]

7 juillet. — Dans l'aprés-midi, une dame de condition dans son équipage, accompagnée d'un nègre, passant rue St-Honoré, près la barrière des Sergents, un grand chien qui précédait son carrosse ayant sauté au col du cheval d'un cabriolet, 2 jeunes mousquetaires qui étaient dans ce cabriolet ayant donné quelques coups de fouet au chien et le cocher de l'équipage ayant à son tour donné des coups de fouet aux mousquetaires, ils descendirent de leur voiture, et percèrent de leur épée ce malheureux cocher qui mourut 2 heures après. Ils furent arrêtés sur le champ et conduits avec la dame chez le commissaire, chez qui l'on transporta aussi le corps du blessé moribond.

17 juillet. — [Assemblée des chambres du Parlement : arrêté relatif à l'archevêque de Paris ; affaire des intendants de Tours et de Lyon. — Orage furieux. Abatis faits place du Vieux-Louvre près la rue Fromenteau.]

22 juillet- — [Assemblée des chambres du Parlement : parti pris relativement à l'affaire de l'intendant de Lyon et à celle de l'intendant de Tours.]

28 juillet. — [Un gagne-denier jugé par le baiUiage du chapitre de l'église de Paris, pendu pour vol dans la place du Parvis-Notre-Dame. 1

4 août. — Messire Mathieu Faulte de Ribières, chapelain

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de Notre-Dame, curé de la paroisse de St-Landry en la Cité depuis 1740, fut inhumé dans les caves nouvellement pratiquées sous la nef de l'église de Notre-Dame. Il était mort le vendredi précédent à 6 heures du matin, dans une des maisons du cloître chez un chanoine, et avait été sur le champ transféré dans son presbytère, où il fut exposé à visage découvert pendant 24 heures, suivant l'usage observé pour tous les curés de Paris. Il avait fait une résignation en faveur du sieur abbé de Chémery, docteur de la maison et société de Sorbonne, premier vicaire de la paroisse St-Paul, le même à qui feu M. Guéret, curé de cette église, avait également résigné en 1764. La résignation n'eut point lieu parce qu'on se servit du courrier ordinaire qui n'arriva pas assez tôt. Il n'y eut que 5 curés de Paris qui assistèrent à son enterrement, en soutane et en manteau long et non en surplis et en étole, ce qui se pratique toutes les fois que le chapitre de Notre-Dame a droit de iaire les cérémonies de l'inhumation. Son corps avait été mis dans un cercueil de plomb. Il eut pour successeur le sieur abbé de Larichardière, habitué de la paroisse de St-Louis-en-l'Ile.

12 août. — On apprend que M. le Premier président avait été mandé à Compiègne, relativement à l'enregistrement du nouvel édit du Roi portant suppression des droits aliénés à la ville de Paris par différente déclarations et emprunt de 8.000.000 par forme de loterie, et que le Roi lui avait dit qu'il trouvait fort extraordinaire que son Parlement voulût s'ingérer de faire rendre compte aux officiers de la ville de Paris, que cela le regardait seul, qu'il défendait à son Parlement de plus se mêler de cette affaire et lui ordonnait d'enregistrer son édit sans aucun délai, et que sur le compte qui avait été rendu de cette réponse aux chambres assemblées par le Prcmiier président, il avait été arrêté des remontrances.

!9 août. — [Asscinlilce des chambres du Pariement : enregistrement de l'cdit du Roi ])ortant la suppression des droits aliénés à la ville de Paris, et emprunt de 8.000.000 en faveur de l'Hôtel de la dite ville par forme de loterie ; modification de cet enregistrement. — Une jeune fille, nommée Choiscul, conduite à la Grève, pour y être pendue est ramenée dans les prisons du Grand Châlelet.]

23 août. — [Arrêts du Conseil concernant les professimis d'arts et métiers qui ne sont point en jurande.]

27 août. — [Arrêt du Parlement rendu toutes les chambres assemblées contre une nouvelle édition de la Vie de Sl-Vinccn( de Paul.]

3 septembre. — Toute la Cour n'étant arrivée de Compiègne que le 31 août, on avait différé jusqu'à ce jour la cérémonie du catafalque et du service solennel pour le repos de l'âme de Mme la Dauphine, qui se fit dans l'église Notre-Dame, en la manière accoutumée ; Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie, M. le Dauphin, M. le C^e de Provence et M. le C^^ d'Artois tinrent le deuil et firent les honneurs. Le Corps de ville, les Cours souveraines, l'Université, quantité de personnes de distinction, et le plus grand nombre de prélats qui se trouvaient à Paris y assistèrent. L'archevêque de Paris officia, et M. de Cicé, évêque de Lavaur, prononça l'oraison funèbre. Les dames de France dînèrent à l'archevêché et n'en sortirent qu'à près de 6 heures du soir pour retourner à Versailles.

5 septembre. — Le Parlement, Grand'Chambre et Tournelle assemblées, rendit un arrêt pour l'exécution de lettres patentes du Roi qui ordonnaient l'exécution d'un règlement concernant le collège de Louis-le-Grand et collèges y réunis, règlement arrêté par le Roi en son Conseil, pour l'administration du dit collège et collèges y réunis, le 20 août dernier, registre en Parlement le 4 du présent mois. On ne fut pas content de ce règlement qu'on regarda comme surpris en Cour par les intrigues du sieur Gardin, principal du dit collège, et l'Université fit des démarches pour s'opposer à son exécution.

8 septembre- — [Accès de folie d'un nommé Frcmont, fils de l'ancien notaire et secrétaire du Roi, dont le cerveau était dérangé par la trop grande application qu'il avait donnée à l'éfude des mathématiques. A Notre-Dame, pendant l'office du matin, durant la procession à laquelle l'archevêque de Paris assistait à cause de la fête de la Nativité de la Vierge, il entre dans le choeur, tire son épée et bénit le peuple. Il est arrêté par quatre huissiers à verge, interné dans les prisons du baillage de la barre du Chapitre, puis transféré par les soins de sa famille dans une maison sauve. Le bruit, qui tomba bientôt, se répandit dans Paris qu'on avait voulu assassiner l'archevêque. ]

13 septembre. — [Arrêt du Conseil interprétatif de celui du 23 août précédent concernant les professions qui ne sont point en jurande.]

19 septembre. — [Les deux arrêts du Conseil concernant les professions d'arts et métiers qui ne sont point en jurande dénoncés à la chambre des vacations du Parlement. — Le P. Lavalette, de la société des cidevant soi-disant jésuites, arrêté à Toulouse, par ordre du Roi.]

21 septembre. — [Arrêt du conseil contre le sieur de Chanvalon, ci-devant intendant dans l'île de Cayenne et autres particuliers employés sous ses ordres.]

23 septembre. — [Le cadavre du nommé Jolivet, coupable d'assassinat, pêche près le pont de Sèvres et rapporté à Paris.]

28 septembre. — Entre 8 et 9 heures du matin, le nommé Hourlier, frère et complice de celui qui, par arrêt du Parlement du 9 mars dernier, avait été condamné à être pendu à la Croixdu-Trahoir, pour vol avec effraction, chargé assez considérablement par son frère le jour qu'il avait été exécuté, cependant condamné par le Châtelet à un plus amplement informé et garder prison, sur l'appel a minima du procureur général du roi, condamné au Parlement à la question, lors de laquelle il avait tout avoué, et après laquelle il avait rétracté son aveu comme lui ayant été arraché par la violence des tourments, en conséquence de laquelle rétractation, il avait été également prononcé au Parlement un plus amplement informé d'un an et garder prison ; s'étant sauvé la veille par stratagème, lui douzième, de la Conciergerie du Palais, n'eut rien de plus pressé que d'aller au jardin du Luxembourg pour y déterrer de l'argent provenant de différents vols. Cet argent était enterré au pied d'un arbre, près de l'allée du milieu et fort peu éloigné du grand café. Comme cet argent était enfermé dans un vieux bonnet de velouis, à moitié pourri par l'humidité de la terre, le bonnet s'étant percé, l'argent se répandit et pendant qu'il était occupé à le ramasser et à le mettre dans ses poches, il fut aperçu par des ouvriers qui travaillaient à remplir l'allée des- Chartreux. Ces ouvriers ayant appelé les Suisses, le firent arrêter ; on lui trouva, dit-on, 127 louis d'or, et un nombre d'écus de 6 livres.

5 octobre. — Le nomme Pierre. Scard, dit Mansard, coiffeur de dames et marchand forain, jugé par le Châtelet et le Parlement, pendu à la Croix-du-Trahoir pour crime de fausse monnaie.]

7 octobre. — [Aventure tragique d'un garçon marchand de vins du cabaret faisant le coin de la rue de la Boucherie, près le Petit-Châtclct.]

9 octobre. — La Gazette de France annonça que M. de Sartine, lieutenant général de police depuis le 21 novembre 1759, et qui depuis ce temps remplissait les fonctions de cette charge importante à la satisfaction commune de tous les citoyens, venait d'être nommé par le Roi conseiller d'Etat surnuméraire, à l'occasion de la mort de M. de Fontanieu, conseiller d'Etat en exercice ; ce qui commença à faire appréhender

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qu'on ne lui donnât bientôt un nouveau successeur dans la place de lieutenant de police.

23 octobre- — [Démarches de l'abbé Biunet, chanoine de St-Benoît, pour se procurer le canonicat de l'église de Paris dont était pourvu l'abbé de Brémont, banni du royaume par arrêt du Parlement qu'il avait impétré en cour de Rome.]

30 octobre. — [Affaire entre l'archevêque de Paris et l'abbé Tandeau, archidiacre de Brie, à l'occasion de la visite de son archidiaconc. — Ce qui se passe à la chambre syndicale de la librairie pour la réception des douze privilégiés du Roi. — Arrêts du conseil concernant les arts et métiers et les vagabonds, mendiants et gens sans aveu.]

4 novembre. — [La nommée Thérèse Choiseul pendue en place de Grève pour vol avec effraction.]

6 novembre. — On apprend que la Reine avait été très inccommodée dans la nuit de jeudi, d'une indigestion considérable, et qu'il était venu consécutivement de Versailles 5 courriers pour chercher des médecins de la Faculté, que S. M. crachait du pus, que le bourrelet et l'enflure commençaient à se former dans les reins. Cependant le résultat de la consultation fut qu'elle n'était attaquée que d'un tubercule aux poumons, dont il était possible qu'elle guérit au moyen de l'expectoration.

12 novembre. — [Le sieur Lambert l'aîné, conseiller au Parlement devient maître des requêtes — L'abbé Brunet, chanoine do St-Benoît se désiste de ses prétentions sur le canonicat de l'abbé de Brémont. — Il est question de M. Ogier, conseiller d'Etat, pour aller tenir les Etats de Bretagne.]

22 novembre. — M. l'archevêque de Paris officia pontiflcalement le matin dans l'église paroissiale de St-Roch, et pendant la procession, il fit la bénédiction des deux chapelles nouvellement construites dans les deux portes collatérales de cette église, l'une sous l'invocation de St-Denis et l'autre sous celle de Ste-Geneviéve des Ardents. Feu M. le Dauphin, et feue Mme la Dauphine avaient posé la première pierre de ces deux chapelles. Sept évêques et M. l'archevêque de Bourges (Phélipeaux) qui officia l'après-midi, assistèrent à cette cérémonie qui attira beaucoup de monde. Les deux chapelles furent admirées de tout le monde.

23 novembre. - — [Harangues pour la rentrée du Parlement. — Suicide commis dans l'intérieur du château de la Bastille, comment et pourquoi.]

27 novembre. — [Présentalion au Parlement de plusieurs édits concernant la liquidation des dettes de l'Etat et nomination de commissaires.]

2 décembre. — Le pain, qui depuis le mois d'août précédent qu'on le payait 2 sols 6 deniers la livre, avait toujours été en augmentant, fut vendu au marché sur le pied de 3 sols 3 deniers, quoique la récolte n'eut pas été mauvaise cette année, ce qu'on attribua à la trop grande exportation des blés hors du royaume ; sur quoi il est à observer que malgré les levées considérables qui se faisaient pour l'armée pendant la guerre commencée en 1756 et terminée par la paix de 1762, qui dure encore, le prix n'excéda jamais 3 sols la livre.

3 décembre. — Les princes du sang furent mandés à Versailles pour assister à la cérémonie de l'administration du St- Viatique qu'on s'était proposé de faire sur le soir à la Reine qui était alitée depuis le dimanche précédent ; mais comme cette princesse se trouva mieux, l'administration n'eut point lieu.

Le même jour, on apprend qu'on avait arrêté depuis peu, dans le quartier des Halles, une pauvre femme venant de voler un pain de 8 livres, que cette femme ayant été conduite chez un commissaire et interrogée sur ce qui pouvait l'avoir déterminée à prendre le parti de voler ce pain, elle avait répondu que si on voulait prendre la peine de se transporter chez elle, on y trouverait son mari et 4 enfants dans la dernière misère, et que sur cette réponse le commissaire ayant cru devoir, pour éclaircir la vérité, faire ce que la femme proposait, il avait, en arrivant au lieu de sa demeure, trouvé le mari qui venait de se pendre en présence de ses 4 enfants. Cet homme avait appris que sa femme, qui était sortie disant qu'elle allait chercher du pain, venait d'être arrêtée pour en avoir volé, et n'avait pu survivre à son désespoir. Le commissaire relâcha cette pauvre femme et paya lui-même le pain à celle à qui elle l'avait pris.

Le même jour, il y eut en Sorbonne une assemblée qui fut assez tumultueuse, et qui n'était qu'une suite de celle du 1er du même mois, dans laquelle la faculté de théologie n'avait point voulu reconnaître et avouer pour son ouvrage la censure du Bélisaire de M. Marmontel, de l'Académie Française, à cause des retranchements que les sieurs Riballier, syndic, et Mes Loisirs. Tome L 6

Xaupy, doyen de la faculté, avaient cru devoir y faire pour ne point déplaire au gouvernement. Ces retranchements roulaient sur l'article de la puissance royale par rapport à la tolérance civile à l'égard des mécréans. Les sieurs Lecorgne Delaunay, chanoine et premier archidiacre de l'église de Paris, et Lelarge» supérieur du séminaire St-Nicolas, parlèrent dans cette assemblée avec beaucoup de véhémence et s'échappèrent jusqu'à dire sur cette matière des choses fort répréhensibles»

4 décembre- — [Ordonnance de l'archevêque de Reims contre l'cvêque de Boulogne, son suffragant, dans l'affaire du sieur Miellet, ancien curé du village de Sorgues. — Asemblée des Chambres du Parlement, nouvel édit et nouvelle déclaration du Roi relative à la liquidation des dettes de l'Etat enregistrées.]

6 décembre. — On s'aperçut au collège de Navarre, Montagne Ste-Geneviève, qu'on avait fait dans la sacristie de ce collège un vol d'argenterie qui fut évalué environ à la somme de 10 à 12.000 livres, et on reconnut que l'auteur de ce vol était le sous-sacristain, homme marié et jouant du serpent à St-Etienne-du-Mont. Ce particulier avait conduit cette entreprise avec beaucoup de finesse et l'avait menée de fort loin. Comme il avait été metteur en œuvres, et que par conséquent il savait travailler les métaux, il avait eu l'adresse de substituer au pied du soleil qui était de vermeil, un autre pied de cuivre doré qu'il y avait adapté. Il avait fondu en différents temps l'argenterie provenant de ses vols et en avait fait des lingots. Lorsqu'il aperçut qu'il allait être découvert, il demanda à sa femme, comme un troublé, qu'elle lui allât chercher du poison, parce qu'il avait fait un mauvais coup, et qu'il n'avait point d'argent pour se sauver, sur quoi sa femme lui donna sa montre et sa tabatière et le détermina à partir sur le champ, ce qu'il fit. On n'a plus entendu parler depuis de cette affaire et on prétendit dans le public que, comme sa mère avait nourri le fils de M. le duc de Chevreuse, gouverneur de Paiis, il avait été aidé de la protection de ce seigneur pour se mettre à couvert des poursuites de la justice.

11 décembre. — Vers les 6 heures du matin, les 12 emballeurs de l'Hôtel-Dieu, qui ont coutume de conduire au cimetière de Clamart le chariot des morts de cet hôpital, ayant insulté le long du chemin le prêtre qui les accompagnait, et se faisant un plaisir de courir fort vite pour lui faire pièce, cet

ecclésiastique en ayant porté ses plaintes à un sergent du détachement du guet qu'il rencontra sur la route, le sergent du guet leur ayant représenté qu'ils devaient aller plus doucement, ils lui répondirent par des injures et l'envoyèrent promener, disant qu'ils se moquaient de lui. Ce sergent, piqué de leur insolence, fit rassembler sur le champ un certain nombre de soldats des difîérents corps de gardes les plus voisins pour les attendre au retour, et comme ils tournaient la rue Gailande pour enfiler celle du Petit-Pont, le sergent s'étant présenté devant eux pour les arrêter, celui qui portait la sonnette lui en donna un coup au travers du visage, sur quoi le sergent qui se sentit blessé ayant crié à ses soldats de faire main basse, les 12 emballeurs se battirent contre le guet pendant un espace de temps assez considérable et ne se rendirent que lorsque 3 d'entre eux ayant été blessés assez dangereusement, ils furent enfin conduits chez le commissaire de la place Maubert qui en envoya 2 en prison ; les autres furent renvoyés à l' Hôtel- Dieu.

14 décembre- — [Dcmarchcs de l'évêque de Boulogne contre les ordonnances de l'archevêque de Reims, son métropolitain, dans l'affaire Miellé t.]

17 décembre. — [visa donné par l'archevêque de Lyon au sieur Beauregard, curé de ]\Iaine, pourvu en cour de Rome d'un canonical de St- Cloud.]

17 décembre. — [Aventure d'un musicien de l'Opéra, suivi vers minuit par un particulier qui lui demande l'aumône et n'accepte que 6 livres sur les douze que lui offrait le musicien.]

18 décembre. — Les chambres du Parlement s'étant assemblées, et un de Messieurs ayant dénoncé les lettres patentes sur lesquelles le jugement du procès du sieur de Clianvallon, (ci-devant intendant de l'île de Cayenne) et consorts, avait été évoqué à la personne du Roi, et confié en conséquence à une commission, qui, suivant les mêmes lettres patentes, devait agir sous les ordres du sieur Chardon — maître des requêtes, cidevant lieutenant particulier au Châtelet où il avait eu plusieurs démêlés, envoyé depuis aux îles Sainte-Lucie d'où on l'avait rappelé, — comme étant les sus dites lettres patentes contraires au bien commun de tous les citoyens, comme n'ayant été enregistrées suivant l'usage ordinaire par aucun tribunal, pas même par celui de la Commission, et comme le procès ayant été instruit contre le dit sieur Chanvallon et consorts,

sans qu'au préalable il ait été prononcé contre eux aucun décret, qui est la première et comme la plus essentielle des formes qui ont coutume de s'observer dans toute procédure criminelle : la matière mise en délibération, il fut arrêté que le sieur Chardon serait invité de venir prendre séance en l'assemblée des Chambres, le lendemain matin pour s'y disculper sur les soupçons qu'on avait conçus de sa conduite dans cette affaire, à l'effet de quoi, il lui serait envoyé un huissier de la Cour.

19 décembre.^ — [Assemblée des Chambres du Parlement, compte-rendu par le Procureur général concernant l'affaire du sieur Chardon, maître des Requêtes; nouvelle dénonciation de faits personnels au dit sieur Chardon : arrêté pris en conséquence.]

22 décembre. — ■ [Assemblée des Chambres du Parlement : une grande députation mandée par le roi se rend à Versailles. Discours de S. M. à cette députation ; compte-rendu de ce discours, remise à statuer.]

23 décembre. — Ce jour, on apprend que le sieur Cœur-de- Roi, Premier président du Conseil souverain de Lorraine, établi à Nancy, qui avait ouvert l'avis de donner l'expulsion à tous les Jésuites de cette province, et le second président qui ayant opiné le premier, s'était opposé à cet avis et avait été suivi de toute la chambre, étaient mandés l'un et l'autre à la suite de la Cour sur les plaintes formées contre cette démarche par la Reine, dangereusement malade, qui avait témoigné au Roi sa surprise de ce qu'on avait pas pour elle le ménagement d'attendre qu'au moins elle eut les yeux fermés pour procéder contre ces Pères dans cette province.

23 décembre. — [Assemblée des Chambres du Parlement ; arrêt vigoureux contre le sieur Chardon maître des requêtes, imprimé et publié. — Le Premier Président du conseil souverain de Lorraine mandé à la suite de la Cour. — Mort funeste du sieur Rogeault.]

29 décembre. — [Le Parlement mandé par le Roi se rend à Versailles en corps de cour et porte ses registres à S. M. qui y bâtonne elle-même l'arrêt rendu contre le sieur Chardon, maîtres des requêtes — Arrêt du conseil qui casse et annule cet arrêt.]

30 décembre- — [Assemblée des Chambres du Parlement sur ce qui s'était passé la veille à Versailles, commissaires nommés.]

5 janvier. — [Les Magistrats du Grand Conseil reprennnent l'exercice de leurs fonctions ; l'enregistrement qu'ils font de lettres patentes pour leur rétablissement contraire aux droits du Parlement.]

8 janvier. — Dans la nuit de ce jour au vendredi suivant, 3 femmes furent brûlées dans leur chambre pour s'être endormies sur des chaufferettes, attendu la rigueur du froid, l'une sur la paroisse St-Eustache, l'autre sur la paroisse St- Benoît et une autre sur la paroisse St-Paul.

1 2 janvier.— [Assemblée des Chambres du Parlegnent : compte-rendu des lettres patentes portant rétablissement du Grand Conseil ; arrêté pris en conséquence.]

13 janvier. — La débâcle des glaces commença vers les 11 heures du matin avec un fracas horrible. Elle fut occasionnée par une crue d'eau de 5 pieds, des plus subites. Elle fut telle que depuis longtemps personne ne se souvient d'en avoir vu une semblable. Grand nombre de bateaux furent brisés et l'on perdit beaucoup de denrées de toute espèce. Elle ne finit pas le même jour et ne s'acheva que le vendredi suivant, 15 du même mois, vers les 9 heures du soir. Comme le froid qui avait commencé la nuit du 21 au 22 décembre précédent avait été très considérable jusqu'au lendemain des Rois et, suivant certains thermomètres, avait excédé les derniers jours d'un degré celui de 1709, les glaçons avaient 10 pouces d'épaisseur et s'unirent souvent ensemble de manière qu'ils ressemblaient à d'énormes blocs de pierre les plus gros qu'on tire des carrières. On fit déménager par ordre tous ceux qui demeuraient près les ponts et on craignit beaucoup surtout pour le pont Marie et pour le pont Notre-Dame. Le pont de Sèvres eut beaucoup à souffrir, celui de Neuilly fut mis dans un état à ne plus permettre aux voitures de passer, ce qui détermina le Conseil du roi, attendu le projet de nouvelle construction de ce pont et de celui de Sèvres, à donner des ordres pour qu'il fût pris dans St-Cloud des alignements à l'effet d'aviser aux moyens d'y établir la grande route de Normandie et de Bretagne.

18 janvier. — [Affaire assez sérieuse entrcle lieutenant du roi delà ville de St-Quentin et le lieutenant criminel de la même ville.]

|er février. — Il se répand dans le public que M. le duc de Fronsac, fils du maréchal duc de Richelieu, veuf depuis quelque temps, qui avait conçu la passion la plus vive pour une jeune demoiselle très jolie, fille d'un ancien marchand de la rue St-Honoré, qu'il suivait depuis fort longtemps, et qui se trouvait, fêtes et dimanches, à la même messe que la mère et la fille avaient coutume d'entendre dans l'église des religieuses de la Madeleine de la Ville-l'Evêque, au sortir de laquelle église il prit une fois sur lui de les accoster toutes deux et de faire à la mère différentes propositions, se répandant beaucoup en éloges sur la beauté de la fille, propositions que la mère avait constamment rejetées et qui lui firent même prendre le parti d'aller entendre la messe dans d'autres églises ; ce qui n'avait pas empêché que le duc de Fronsac s'obstinât toujours à la suivre comme auparavant, jusqu'à ce qu'enfin, las de faire de vaines poursuites, il se détermina à user d'un stratagème assez singulier qui fut d'aller un soir assez tard, avec un nombre de gens appostés crier au feu près du logis de cette dame, cherchant à lui persuader que le feu était chez elle, pour l'engager à sortir de son appartement avec sa fille, faisant même plus, les déterminant à descendre dans la rue pour observer où était le feu. Ce qui réussit assez bien pour que la demoiselle s'étant trouvée un instant sans madame sa mère, on saisit l'occasion pour lui jeter une couverture sur la tête, l'enlever et la placer dans un carosse qui n'était pas loin de là. La mère revenue de son effroi et cherchant en vain sa fille qu'elle avait crue remontée chez elle, après avoir fait inutilement toute perquisition possible dans le voisinage, fut porter ses plaintes à M. le Lieutenant de police, qui mit sur le champ son monde en campagne pour découvrir ce que la jeune personne pouvait être devenue. On la trouva chez une femme de mauvaise vie ; elle donna les preuves de la plus vive douleur à l'exempt qui fit cette découverte, annonçant qu'elle était une fille perdue et déshonorée. M. le lieutenant de police ayant fait en Cour son rapport sur cette affaire, les ducs et pairs s'assemblèrent plusieurs fois, pour aviser au parti qu'il y aurait à prendre sur un délit aussi grave, commis par un d'entre eux. Pendant leurs assemblées et avant qu'ils eussent statué, des personnes de considération s'employèrent pour négocier un accomodement et persuadèrent aux père et mère de la demoiselle qui d'abord paraissaient bien décidés à poursuivre la réparation d'un outrage aussi

sanglant partout où il serait convenable de le faire, de renoncer à toutes poursuites et de recevoir comme par forme de dommages-intérêts, une somme de 100.000 livres, suivant quelques personnes, d'autres ont dit 12.000 livres de pension viagère et 24.000 livres d'argent comptant. On chercha ensuite à étouffer l'affaire entièrement en tenant dans le public que le fait était faux. On ne laissa pas néanmoins que de le tenir pour certain et de gémir en secret de voir demeurer impuni, dans la personne d'un grand, un crime horrible qui eût fait éprouver les châtiments les plus rigoureux à tout autre particulier qui eût eu le malheur de s'en rendre coupable.

8 février. — On apprend que M. Ogier, conseiller d'Etat, venait de partir pour se rendre à St-Brieuc et assister aux Etats qui devaient s'ouvrir en cette ville le jeudi 18 du même mois. On se flatta qu'il était chargé d'une négociation secrète pour procurer l'arrangement de toutes les affaires de Bretagne.

1 1 février- — [Quatre religieuses Hospitalières de St-Mandé transférées, par ordre du Roi, chez les Hospitalières du faubourg St-Marcel.]

15 février. — Les chanoines réguliers de l'abbaye royale de St- Victor firent célébrer, selon leur usage depuis l'année 1764, la messe solennelle pour la conservation des jours précieux du Roi. Il y eut, à l'ordinaire, grande invitation et M. de Roquelaure, évêque de Senlis, offlcia en l'absence de M. l'archevêque de Lyon, abbé commandataire de cette abbaye. Les personnes distinguées qui assistèrent à cette cérémonie furent : M. le duc de Biron, M. le duc de Gontaut, M. le duc de Fitz- James, M. le prince de Tingry, M. le prince de Beau- Veau, M. le baron de Montmorency, M. le C*^ de Stain- Ville, M. le C^^ de St-Florentin, M. de La Chaise, commandant des mousquetaires, M. de Sartine, lieutenant de police, M. Feydeau de Marville, conseiller d'Etat, M. de Saint- Julien, caissier du clergé ; M. le cardinal de Choiseul, évêque de Besançon ; MM. les évêques d'Orléans, (de Jarente), de St-Omer (Conzié) et M. Dillon, archevêque de Narbonne. Les dames furent: la duchesse de Grammont.la duchesse de Choiseul, la princesse de Tingry, la duchesse de Fitz- James, la C^^*^ d'Egmont. De toutes ces personnes, il n'en resta que 4 à dîner avec les religieux.

17 février- — [I-e sieur (^hapaux, curé de St-Gerniain-rAuxerrois, contraint de monter en chaire à cause de l'interdit lancé par l'archcvcque

de Paris contre le prédicateur de carême. — Le feu prend quai de la Tournelle, maison de la veuve Mazois, faïencière.]

21 février. — [L'abbé Lechanteux, aumônier du duc d'Orléans et prédicateur estimé, interdit par l'archevêque de Paris.]

26 février. — [Assemblée des Chambres du Parlement : compte-rendu d'un bref du Pape Clément XIII contre le duc de Parme ; réquisitoire des gens du roi à ce sujet ; arrêt sur leurs conclusions ; arrêté pris sur la même matière.]

29 février- — [Banqueroute du sieur de Beaune, riche marchand de bois du quai de la Tournelle.]

2 mars. — La maladie dont la Reine était attaquée, depuis quelque temps, ayant fait un progrès considérable, qui donnait les plus grandes inquiétudes, et la piété de cette princesse l'ayant engagée à demander le St- Viatique, il lui fut administré avec les cérémonies d'usage en pareil cas par M. de Fleury, évêque de Chartres, son premier aumônier. Le Roi adressa des ordres à l'archevêque de Paris qu'on fut obligé d'aller avertir à Conflans, et eru conséquence de ces ordres le St-Sacrement fut exposé à Notre-Dame à 6 heures du soir. On chanta le salut auquel l'archevêque officia ainsi qu'aux grands messes et aux saluts des jours suivants et on resserra ensuite le St-Sacrement qu'on n'a coutume de ne laisser exposé pendant la nuit que pour le Roi seulement. M. l'archevêque rendit une ordonnance qu'il adressa dans toutes les églises, pour les prières des quarante heures qui commencèrent le lendemain. Cette ordonnance portait en substance que, puisque la maladie de la Reine n'annonçait pas un danger pressant, la piété de S. M. l'avait engagée à demander des prières, qu'il exhortait les curés et différents supérieurs à recommander à tous les fidèles confiés à leurs soins de prier pour une princesse si chère à la religion.

Le lendemain, à 5 heures du matin, l'abbé de Ste-Geneviève, qui ne reçut point de la Cour d'ordres particuliers, fit découvrir la châsse seulement par les pieds et commença une neuvaine de prières pour la Reine, à laquelle les porteurs de la châsse assistèrent suivant la coutume.

3 mars. — [Arrêt du Parlement, rendu toutes les Chambres assemblées, concernant la perception des décimes.]

8 mars. — [incendie cul-de-sacSt-Martial, prés le Palais. — Les Etats de Bretagne demandent de faire au Roi des représentations, S. M. leur répond favorablement.]

10 mars. — [Un graveur en bijoux d'or meurt de la rage.]

12 mars. — Le pain, qui depuis environ un mois ne s'était vendu au marché que 12 sols 1/2 les 4 livres, fut remis à 13 sols comme il était au mois de janvier. On apprit que M. le lieutenant de police avait fait aux boulangers les défenses les plus expresses d'excéder ce taux, sous peine de prison, d'amendes considérables et d'avoir leur boutique fermée ; il se répandit aussi que le prix n'en serait diminué qu'après la récolte.

Le même jour, on apprend qu'on venait de découvrir une compagnie de 40 petits voleurs, dont le plus âgé n'avait que 18 ans ; qu'on en avait arrêté 6 les jours précédents, entre les deux barrières de Picpus, où ils s'étaient creusé en terre une caverne couverte de fumier pour s'y retirer pendant la nuit, et 3 autres sur les toits des maisons rue St-Martin, le soir aux flambeaux.

14 mars. — [Sentiments du Roi par rapport aux remontrances du Parlement concernant l'affaire des droits domaniaux, celle du bref contre le duc de Parme, et l'arrêt portant règlement pour la perception des décimes. — Projets de conciliation dont s'occupent les Etats de Bretagne. I

26 mars. — [Assemblée des Chambres du Parlement, édit du Roi concernant la réforme des ordres religieux, enregistré purement et simplement, observations sur cet édit.]

28 mars. — On apprend qu'il y avait eu à Rouen le mardi précédent et le jeudi 24, par continuation, une révolte assez considérable, occasionnée par la cherté du pain qui s'y vendait 4 sols la livre, que la plus grande partie des manufactures étaient fermées et les ouvriers ne travaillant pas et manquant de pain et d'argent pour s'en procurer, s'étaient livrés à différents excès ; qu'ils avaient enfoncé les portes du couvent des Cordeliers, qu'ils avaient pillé, ainsi que d'autres endroits où ils soupçonnaient qu'il pouvait y avoir du blé, que le Parlement s'étant assemblé avait rendu un arrêt pour enjoindre à la bourgeoisie de prendre les armes qu'on lui avait ôtées il y a quelques années, que les boutiques étaient demeurées fermées pendant plusieurs jours, qu'on avait envoyé au Havre pour demander des secours, qu'au Havre on avait fait réponse qu'on avait besoin des troupes qui y étaient. On avait ensuite pris le parti de rassembler toutes les maréchaussées des envi-

rons qui étaient tombées sur la populace à coups de sabres, qu'il y avait plusieurs personnes de tuées de part et d'autres et nombre de blessés, que l'on avait arrêté 22 des plus mutins, ce qui n'avait pas encore calmé tout-à-fait cette émotion ; qu'on avait écrit en Cour pour demander des troupes. On rapporta aussi qu'un curé du diocèse et des environs de la ville de Rouen, dont les paroissiens soulevés et pleins de fureur s'étaient rassemblés dans le cimetière et étaient prêts à partir pour aller piller ou mettre à contribution les monastères les plus voisins, était parvenu à les calmer. Pour appuyer ses remontrances et les rendre plus efficaces, il avait eu la générosité de les faire passer tous devant lui et de leur distribuep des écus de 6 livres, de 10 en 10, ce qui faisait 10 sols pour chacun, ce qui lui revint à la somme de 400 livres.

31 mars. — [incendie dans le monastère des religieuses Bcnédiclines de la Présentation, rue des Postes ; différentes pièces ayant rapport à cet incen'lie.]

l*""" avril. — M. l'archevêque de Paris, avant l'office des Ténèbres, confirma un jeune homme d'environ 28 ans ; on ne sut point son nom. Le prélat fit ensuite la cérémonie de bénir un calice et deux patennes.

8 avril. — On apprend que M. Ogier, conseiller d'Etat, de retour de St-Brieuc où il avait été envoyé en qualité de commissaire du roi, pour assister aux Etats qui s'y étaient ouverts le 18 février précédent, avait eu une audience particulière du Roi, dans laquelle, il avait rendu compte à S. M. de tout ce qui s'était passé pendant la tenue des dits Etats ; que le Roi avait témoigné du mécontentement de ce que les remontrances qui lui avaient été présentées contenaient de relatif à la conduite du duc d'Aiguillon. Ces remontrances qui contenaient les choses les plus fortes contre ce seigneur commandant de la province de Bretagne avaient été inscrites sur les registres des Etats, mais S. M. n'en avait point ordonné la radiation.

Le même jour, on apprend que le C^^ de Sade, gentilhomme du prince de Condé, allié même à ce prince par Madame sa mère (Maillé de Brezé) qui demeurait Cour des Carmélites, faubourg St- Jacques, ayant rencontré le jour de Pâques, 3 du même mois, comme il était sur le point de rentrer (sic) dans une maison près la place des Victoires, une jeune femme de 32 ans, qu'on a dit être veuve d'un Allemand mort à l'Hôtel-Dieu, qui

lui demanda l'aumône, il lui avait dit qu'elle faisait là un métier auquel elle ne paraissait pas avoir été destinée ; qu'il serait beaucoup plus expédient pour elle de chercher à travailler, si •elle en avait le talent, et de tâcher de trouver quelque place de femme de charge dans un château ou maison de campagne ; que, quand il lui donnerait un écu de 3 livres, cela ne pourrait la soulager que pour un court espace de temps. A quoi cette jeune femme ayant répondu qu'elle mourait de faim et que, quoi qu'elle se sentit en état de travailler et de remplir le genre de place dont il venait de lui parler, elle ne connaissait personne à qui elle pût s'adresser pour lui en procurer une semblable, le O® de Sade avait répliqué que sans aller plus loin, si elle voulait se trouver dans l'après-midi, au lieu et à l'heure qu'il lui indiquerait, il la conduirait à une maison de campagne qu'il avait assez prés de Paris, et que, si sa condition lui convenait, elle serait libre d'y demeurer ou d'en sortir ; que cette femme qui acquiesça à sa proposition s'étant rendue au lieu convenu, il l'avait effectivement conduite dans un carrosse de place jusqu'à la Croix d'Arcueil ; que pendant la route, il ne lui avait tenu que les discouis les plus décents, les plus honnêtes et les plus obligeants, ne lui laissant rien apercevoir qui pût annoncer la moindre apparence de mauvais dessein ; qu'arrivé à la Croix d'Arcueil, il avait renvoyé sa voiture, disant qu'il était inutile de traverser tout le village, et qu'ils entreraient par une porte verte, qui donnait dans le jardin et qu'il lui fit voir de loin; qu'étant entrés l'un et l'autre par cette porte, il lui avait montré le jardin, dans un des murs duquel elle avait remarqué une brèche, dont elle n'imaginait pas être sitôt dans le cas de faire usage ; qu'il l'avait menée ensuite dans le salon, dans l'office, dans la cuisine, lui indiquant où l'on plaçait tout ce qui pouvait être utile pour le service ; de là, aux appartements du premier étage, lui disant qu'il allait lui montrer la chambre qu'il lui destinait. Cette chambre, assez obscure parce qu'elle n'était éclairée que par un jour de souffrance, était parquetée et boisée dans tout son contour; il n'y avait d'autre meuble qu'une commode, une armoire, quelques chaises et un lit composé seulement d'une paillasse, d'un matelas et d'une courte pointe ; que lorsqu'ils furent entrés dans cette chambre, le C^ de Sade en ayant fermé la porte à double tour, lui avait ordonné de se déshabiller toute nue; qu'effrayée de cette proposition, elle lui en avait témoigné sa surprise, annon-

çant qu'elle n'en ferait rien, que sur son refus, il avait tiré son épée, et l'avait menacée de la lui passer au travers du corps, si elle hésitait plus longtemps ; que, voj^ant qu'elle ne se laissait point abattre par ses menaces, il l'avait jetée précipitamment sur le lit, l'avait ensuite dépouillée avec violence de ses habits jusqu'à la chemise exclusivement, qu'il avait encore exigé d'elle qu'elle ôtât elle-même, à quoi n'ayant voulu consentir, il l'avait déchirée par morceaux, en la lui arrachant, après quoi il lui avait attaché les deux mains, lui avait mis dans la bouche un morceaii de bois en guise de bâillon, pour empêcher qu'elle ne pût se faire entendre en criant, l'avait renversée en devant, et après avoir été chercher dans la commode deux fortes poignées de verge, il les lui avait usées sur le corps ; que cette première opération achevée, il avait tiré de l'armoire une espèce de canif ou grattoir, de la lumière et de la cire d'Espâgne,qu'il lui avait fait des incisions dans les parties du corps les plus charnues, écartant soigneusement chacune de ses incisions avec les deux doigts pour y insinuer plus facilement la cire qu'il faisait fondre à mesure à la chandelle (quelques personnes ont prétendu que c'était un baume ou élixir dont il cherchait à faire l'épreuve) ; que cette seconde opération terminée, il l'avait déliée et lui avait dit d'un air fort tranquille de se r'habilleret de reprendre des forces; que sur ce qu'elle déplorait son sort de se voir exposée à mourir dans un tel état sans consolation et sans secours, il avait pris une chaise pour s'asseoir auprès d'elle, et s'était offert à la confesser, si elle le jugeait à propos ; que cette pauvre malheureuse lui ayant témoigné la plus grande horreur d'une semblable proposition, il lui avait dit qu'elle ne mourait pas encore de cela, qu'elle n'avait qu'à recommander son âme à Dieu, et que dans 3 heures, il reviendrait pour l'achever, après quoi il était sorti de la chambre et l'y avait enfermée. Que livrée pour lors à elle-même et réfléchissant sur le sort affreux qui l'attendait, elle s'était couverte du mieux qu'elle avait pu de la courte pointe qui était sur le lit, et que devenue ingénieuse sur les moyens de se soustraire à une fin cruelle, elle avait si bien fait son compte, qu'elle était parvenue à s'esquiver dans le jardin ; que n'ayant pas oublié la brèche qu'elle avait aperçue si heureusement dans la muraille en y entrant, elle s'était sauvée à l'aide de cette brèche dans le jardin voisin, où ayant trouvé une échelle double près d'un mur, elle s'en était servie pour franchir ce

mur et descendre dans une ruelle (le jour commençait à tomber) ; que comme elle se sauvait, le C^*' de Sade, qui était revenu plus tôt qu'il ne l'avait annoncé et qui s'était aperçu de son évasion, avait envoyé à sa poursuite un domestique qui l'avait appelée d'assez loin en lui montrant une bourse ; qu'après avoir marché jusqu'à la fontaine d'Arcueil (la maison du comte était à Cachant, petit village qui tient à Arcueil et ne forme avec ce lieu qu'une seule et même paroisse), ayant rencontré une bonne femme qui venait y puiser de l'eau, elle lui avait demandé dans quel pays elle était et où il lui serait possible de se retirer ; que la bonne femme étonnée de son accoutrement, et lui ayant demandé d'où elle pouvait sortir dans un semblable équipage, elle avait entr'ouvert la courte pointe qui la couvrait et lui avait montré ses cicatrices ; que la bonne femme l'ayant emmenée chez elle, avait envoyé chercher le sieur Lecomte, chirurgien du lieu, pour la panser et que cet événement ayant fait un certain bruit dans l'endroit, M. Pinon, président à mortier du Parlement, actuellement président de la chambre de la Tournelle, qui y a aussi une maison de campagne où il se trouvait pour lors, l'apprenant, en avait conçu la plus grande indignation ; que le sieur de La Bernardière, commandant de la maréchaussée de Bourg-la-Reine, ayant été averti, avait reçu la plainte de la femme mal traitée et avait dressé son procèsverbal qu'il avait, suivant l'usage, déposé au greffe du Grand Châtelet ; que la famille du comte, instruite de cette malheureuse affaire, avait envoyé sur le champ quelqu'un pour négocier un arrangement ; que M^ Boyer, procureur du Parlement, qui s'était chargé de la négociation, était enfin parvenu à faire désister la pauvre infortunée de sa plainte, moyennant la somme de 2400 livres, qu'il lui avait comptée, son traitement payé jusqu'à parfaite et entière guérison, et 4 louis pour la femme qui avait exercé l'hospitalité en sa faveur; que par de puissantes sollicitations, on avait obtenu qu'au moyen d'ordres du Roi, le Cte de Sade fût conduit et enfermé au château de Pierre-en-Cize. Quelques personnes soutinrent, au contraire, qu'on l'avait fait passer en pays étranger. Quoiqu'il en soit, ce trait aussi singulier, qu'il est infâme et révoltant, si la justice n'en prend connaissance et n'en fait un châtiment exemplaire, fournira à la postérité un exemple de plus de l'impunité qui suit d'ordinaire, dans notre siècle les crimes les plus abominables, dès que ceux

qui les commettent ont le bonheur d'être grands, riches ou accrédités.

15 avril. — [Première séance du Grand Conseil qui depuis son rétablissement n'avait encore fait aucun exercice de ses fonctions. — Cause en la Grand Chambre du Parlement entre les religieuses de l'Abbaye de IMalnouë, transférées au Prieuré de N.-Dame de Bon-Secours et la dame de Saillant, abbesse de N.-Dame de Nevers, nommée prieure de Bon-Secours et coadjutrice de l'abbaye de Malnouë ; Maître Legouvé avocat i)laide dans cette cause.]

18 avril. — [Assemblée des Chambres du Parlement ; compte que rend le Premier président de la réponse du Roi à des remontrances de cette compagnie sur différents objets. Le sieur Léger, curé de St- André-des-Arts, refuse d'entendre en confession le sieur N^on fils, libraire, qui avait coutume de s'adresser à lui ; comment et pourquoi.]

19 avril. — [Parti que prend la Chambre de la Tournclle du Parlement dans l'affaire du C'*^ de Sade.]

22 avril. — [Assemblée des Chambres du Parlement, déclaration du Roi concernant les droits domaniaux enregistrée. — L'information faite à Arcueil dans l'affaire criminelle du C'^ de Sade vue en la chambre de la Tournelle ; ce que cette chambre détermina en conséquence. — M<^ Laget, avocat, plaide en la Grand Chambre contre les religieuses de Malnouë, en faveur de la dame de Saillant.]

23 avril. — [Nouvelles tentatives du sieur Mayer, curé en possession civile de la cure de St-Cloud, auprès de l'archevêque de Paris pour obtenir son visa.]

26 avril. — [Comment on s'y prend pour procurer sans éclat les derniers sacrcmejits de l'église à l'abbé Boullemer, diacre d'office de la paroisse de St-Séverin et suspect à l'archevêque de Paris ; sa place donnée par les marguilliers.]

28 avril, — M. l'archevêque de Paris fit à Notre-Dame la cérémonie de la bénédiction des drapeaux du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses, au nombre de 39 en tout. Le cortège était nombreux et brillant, une grande partie des grenadiers et un détachement considérable de soldats des différentes compagnies, tous ba'ionnettes au bout du fusil, presque tous les sergents, tous les musiciens, grand nombre de tambours, un détachement des travailleurs, etc. Tous les officiers, tant du régiment des gardes françaises que de celui des gardes suisses, étaient à cheval, l'épée nue à la main ; ceux du régiment des gardes françaises portaient ce jour-là, pour la première fois, un nouvel uniforme des plus riches et qu'on disait avoir coûté 1500 livres. Chaque officier porte-drapeau mit

à l'offrande, suivant l'usage, un louis d'or, et cette ofTrande tourne au profit de la sacristie, des huissiers du cliapitre et des diflérents officiers de la maison de l'archevêque, qui eut dans son palais 3 tables toutes dressées, de 50 couverts chacune,, où furent servis et traités tous les officiers qui jugèrent à propos de s'y trouver.

28 avril.— Nouvelles de Rome concernant les démarches faites auprès du pape C.lément XIII par les ambassadeurs de France, d'Espagne, de. Naples et de Portugal, à l'occasion du bref contre le duc de Parme. — Réponse de Sa Sainteté à ces ambassadeurs.]

29 avril- — [Maître Vulpian, avocat, plaide en la Grand Chambre pour l'archevêque de Paris intimé dans la cause d'entre les religieuses de Malnouë et la dame de Saillant. — On commence à démolir l'ancien hôtel de Conti pour y construire l'hôtel des Monnaies.]

30 avril. — On tint aux écoles de la Faculté de droit, rue. St-Jacques-de-Beauvais, l'assemblée définitive pour nommer à la chaire de professeur vacante par le décès du sieur Lorry, arrivée en octobre 1766. Elle fut donnée au sieur Bouchaud„ agrégé en ladite faculté, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres et connu par plusieurs ouvrages. Au moyen de cette nomination, le sieur Saboureux de La Bonneterie, l'un des contendants, aussi agrégé et protégé de M. le duc de la Vauguyon, gouverneur des enfants de France, qui, dès le commencement du concours, avait indiscrètement annoncé un crédit suffisant pour se procurer cette place, au moyen d'une lettre de cachet, se trouva en quelque sorte justement déchu de ses espérances.

2 mai. — La Gazette de France de ce jour annonçait que le Roi, par une déclaration du 2 avril précédent, venait de fixer la pension des Oblats, c'est-à-dire officiers ou soldats invalides que les abbayes, prieurés ou autres monastères de religieux avaient été chargés de nourrir sous tous les règnes précédents et sous le sien même, à la somme de 300 livres, au lieu de celle de 150 livres seulement, qu'elles avaient été portéesjusqu'alors, pour être ladite somme payée par quartier au receveur des Invalides à compter du l^r janvier précédent.

Le même jour on apprend par des lettres particulières que le sieur Audouart, subdélégué de l'Intendant de Rennes, qui avait joué le plus grand rôle dans toutes les affaires de Bretagne, parce qu'il avait été l'agent principal du duc d'Aiguillon, venait

d'être ignominieusement dépossédé de sa place le 25 avril précédent et que le scellé avait été apposé sur tous ses papiers.

3 mai- — [Assemblée des Chambres du Parlement concernant la cherté du pain ; petite députation mandée par le Roi à Versailles ; ce que S. M. dit à cette députation et ce qui se passe à cette occasion.]

6 mai. — On apprend que le mercredi précédent, le Roi, qui avait couché la veille au château de la Muette, s'était rendu vers les 4 heures après-midi à la prairie des Sablons où il fit la revue du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses. Le Ct^ de Pauli, qu'on a dit être fils d'un conseiller au Parlement de Bretagne, âgé d'environ 45 ans, monté sur un très beau cheval blanc, s'étant placé sur un terrain que les gardes-chasses entouraient pour en garantir le gibier, ces gardes-chasses lui ayant fait signe de se retirer, et lui, ayant pris le grand galop et traversé la multitude qui se trouvait aux environs, son cheval avait culbuté et blessé plusieurs personnes et que quelques cavaliers du guet ayant couru sur lui pour l'arrêter, il s'était précipité entre 2 carrosses, de telle manière, que son cheval avait eu le poitrail crevé par la flèche d'un de ces carrosses et que lui étant tombé par terre, avait eu la tête fracassée et était mort de cette chute peu de temps après.

Le même jour, à 8 heures 1/2 du matin, mourut au château de Luciennes, près Versailles, Louis- Alexandre- Joseph- Stanislas de Bourbon, prince de Lamballe, grand veneur de France, âgé de 20 ans 8 mois, d'une maladie longue et cruelle, fruit de ses excessives débauches, Il avait reçu les derniers sacrements de l'Eglise, le mercredi 20 avril précédent et avait donné des marques non équivoques de la douleur la plus profonde et du repentir le plus sincère de ses égarements. Il avait aussi souffert avec patience et résignation, les douleurs les plus vives et les plus aigiies. M. le duc de Penthièvre, son père, prince de la plus grande piété, ne le quitta point pendant toute sa maladie et fit si bien, par ses prières et ses bonnes œuvres en tout genre, qu'il obtint du ciel la conversion de son fils. Il avait été marié au mois de janvier 1767 à Marie-Thérèse-Louise de Carignan, née le 8 septembre 1749. Son corps fut transporté à Rambouillet, lieu de la sépulture de sa famille, le dimanche suivant à 11 heures du soir. Il ne laisse point d'enfant. Le 10 du même mois,on prit à la cour le deuil pour 10 jours seulement,

à l'occasion de cette mort. Son convoi ne fut composé que de 100 pauvres et d'un nombre de valets de pied portant des flambeaux et de 3 carrosses à 6 chevaux. Il arriva à Rambouillet le lundi, vers 6 heures du matin. M. de Marbeuf, l'un des gentilshommes du prince, qu'il déclara avoir provoqué et favorisé son dérangement, fut ignominieusement chassé de l'hôtel et le chirurgien qui l'avait traité de la maladie vénérienne à l'insu du duc de Penthièvre, son père, et sans l'en avertir, fut également disgracié.

6 mai. — [Assemblée des Chambres du Parlement ; conclusions données par les gens du Roi dans l'affaire de St-Séverin. Le sieur Séguier, avocat général, parle dans l'affaire des religieuses de Malnoue et de la dame de Saillant ; arrêt rendu sur ses conclusions.]

13 mai- — [Edit du Roi, concernant l'augmentation des portions congrues des curés et vicaires, enregistré au Parlement.]

19 mai- — [Grande députation du Parlement mandée à Versailles, au sujet de l'arrêt du Conseil qui cassait plusieurs arrêtés de cette compagnie contre le sieur Tardif, avocat au Conseil ; réponse que fait le Roi à ces remontrances.]

20 mai. — A 6 heures du soir, me promenant sur le chemin qui conduit du port de Sèvres à la Verrerie avec M. Michel Duboc, oncle de mon épouse, un courrier, venant de Versailles au grand galop, nous ôta son chapeau et nous dit sans s'arrêter : « Messieurs, la Reine vient de mourir dans l'instant, d ce qui se trouva faux. Elle avait eu seulement une espèce de léthargie, qui avait duré plusieurs heures, et son état paraissant devenir beaucoup plus inquiétant, le cardinal de Rochechouart, son grand aumônier, lui avait administré le sacrement de l'extrême onction.

21 mai. — A 6 heures du matin, sur les ordres adressés par le Roi à l'archevêque de Paris, on sonna les bourdons de Notre- Dame, et on y exposa le Saint-Sacrement pour de nouvelles prières de quarante-heures à l'occasion de la situation critique où se trouvait la Reine. Ces prières furent également ordonnées par M. l'archevêque dans toutes les églises de la ville et du diocèse. L'abbé de Ste-Geneviève, sur des ordres qu'il reçut en même temps de la Cour, fit aussi découvrir la châsse seulement par les pieds et commencer une neuvaine.

23 mai- — [Assemblée des marguilliers de l'œuvre et fabrique de St- Cloud, à l'occasion du vol d'une chasuble.]

Mes Loisirs. Tome L 7

98 JOURNAL DE HARDY [17é8J

2 juin- — [Querelle du curé et des chanoines à la procession du St-Sacrement de l'église de St-Benoît.]

S iuiiîo — On apprend qu'il y avait à St-Brieuc en Bretagne une espèce d'émotion populaire à l'occasion d'un enlèvement de blé qu'on avait voulu faire, pour l'embarquer sur des vaisseaux qui étaient dans le port; que nombre de femmes avaient ramassé du bois, des étoupes et d'autres matières combustibles, pour mettre le feu à ces vaisseaux ; qu'on en avait arrêté plusieurs et que le Parlement de Rennes, surnommé le bailliage d'Aiguillon, instruisait leur procès avec chaleur et avait même déjà fait faire quelques exécutions, charme de trouver une occasion si favorable de se venger du peu de confiance et de la haine que le peuple témoigne à ce Parlement depuis la malheureuse affaire de î\OI. de La Chalotais.

Le même jour, on apprend que le Parlement de Rennes ayant fait arrêter le gentilhomme normand, auteur de la Lettre d'un [soi-disant] gentilhomme breton à un noble espagnol, dont il s'est fait deux éditions, avait voulu faire son procès et le condamner à avoir la tête tranchée, mais que la Cour avait expédié des ordres pour le faire enlever des prisons et le faire conduire au château de Vincennes, près Paris.

19 juin. — J'apprends qu'à l'élection des syndics et adjoints de la communauté des libraires qui s'était faite tout nouvellement, M. le lieutenant de police (de Sartine) avait exhibé une lettre de M. le vice-chancelier, garde des sceaux (de Maupeou), par laquelle ce magistrat demandait que le sieur Knapen fût nommé adjoint aux lieu et place du sieur Lottin l'aîné, quoique celui-ci eût eu déjà les voix à l'élection précédente ; au moyen de quoi il fut inséré dans l'acte de nomination que c'était seulement pour obtempérer aux ordres de M. le vice-chancelier qu'on faisait choix du sieur Knapen, au préjudice du sieur Lottin l'aîné, et tous les opinants, en motivant leur avis, ne manquèrent pas de répéter cette même clause qui ne laissa pas de mortifier le sieur Knapen.

21 juin Le Premier président ayant été mandé à Versailles,

avec deux présidents à mortier, le Roi lui dit qu'il avait adressé à son Grand conseil une nouvelle déclaration pour être enregistrée qui terminait tout et qu'il comptait que son Parlement ne s'occuperait plus de cette affaire.

21 juin. — [Le sieur Roger, marchand mercier, mis au pilori par arrêt du Parlement pour banqueroute frauduleuse.]

23 juin. — L'état ciitique où se trouvait la Reine paraissant annoncer une fin prochaine, il n'y eut point, ainsi qu'il est d'usage la veille de la fête de la St Jean, de feu d'artifice devant l'Hôtel-de- Ville. On se borna à allumer seulement, vers les 7 heures du soir, le feu de bois et la cérémonie ne fut accompagnée que d'une seule décharge des boîtes et des canons.

24 juin. — Ce jour, entre 10 et 11 heures du soir, mourut à Versailles, à la suite d'une longue maladie, Marie, princesse de Pologne, fille de Stanislas Leckzinski, roi de Pologne, duc de Lorraine, et de Catherine Opalinska, sa femme, reine de France, âgée de 65 ans 1 jour. Elle avait fait un testament par lequel, entre autres dispositions, elle demandait que son cœur fût porté à Notre-Dame-de-Bon-Secours, près Nancy en Lorraine, lieu de la sépulture de ses père et mère, et, par un efïet de la modestie qui faisait son caractère principal, elle demandait aussi que ses obsèques se fissent avec la plus grande simplicité. Elle instituait M™^ ]\îarie- Adélaïde de France, sa fille aînée, sa légataire universelle avec substitution du même legs universel aux 3 autres princesses ses sœurs, aux clauses et conditions, néanmoins, de continuer les mêmes aumônes et les mêmes pensions qu'elle faisait pendant sa vie. Elle fut vue exposée dans son lit à visage découvert une partie de la journée du samedi et jusque sur le soir que son corps fut ouvert pour être embaumé dans la salle du jeu, en présence des médecins et chirurgiens suivant l'usage. On lui trouva l'un des lobes du poumon entièrement anéanti, et l'autre légèrement endommagé, quelques tubercules au foie, et lorsque on eût fait l'ouverture de la tête on remarqua que la dure-mère ainsi que la pie-mère étaient ossifiées en plusieurs endroits.

Lorsque on apporta son corps sur la table pour en faire l'ouverture, M™^ la duchesse de Noailles, sa première dame d'honneur, s'évanouit et fut obligée de se retirer dans la pièce voisine. Quand son corps eut été embaumé et mis dans le cercueil, il fut placé sur un lit de parade pour y demeurer exposé pendant 9 jours. On observa qu'il y avait eu, de la mort de la Dauphine à celle de la Reine, le même intervalle de 15 mois que de celle du Dauphin à celle de la Dauphine, et que tous trois étaient décédés un vendredi, savoir : le Dauphin le vendredi

20 décembre 1765 ; la Dauphine, le vendredi 13 mars 1767 et la Reine, le vendredi 24 juin. Il n'était point mort de reine dt France depuis l'épouse de Louis XIV en 1685.

24 juin. — [Extrait de la Gazette de France sur la manière dont le C'« de Rochechouart s'était emparé d'Avignon au nom du Roi.]

25 juin. — [Assemblée des Chambres du Parlement, le Premier Président j- notifie la mort de la Reine. — Ordonnance de police concernant les corps et communautés d'arts et métiers. — Suicide du curé de Villabbé, près Corbeil, dans un accès de fièvre chaude.]

I^"" juillet. — Le chapitre de l'église de Paris fit célébrer un service solennel pour le repos de l'âme de la Reine. L'archevêque officia pontificalement à ce service auquel le clergé assista ainsi qu'un grand nombre de personnes de distinction ; il y eut un mandement du prélat sur la lettre qui lui avait été adressée par le Roi pour demander des prières, qui ordonnait qu'il serait pareillement célébré dans toutes les églises de la ville et du diocèse de Paris un service solennel pour le même objet.

2 juillet. — Tout étant prêt pour le départ du convoi de la Reine, l'évêque de Chartres (de Fleury), premier aumônier de S. M., fit, à 8 heures du soir, la cérémonie de levée de corps, qui après le De profundis chanté par la musique du roi, fut placé dans le char destiné à le porter à l'abbaye royale de St-Denis. Le convoi se mit en marche peu de temps après dans l'ordre suivant : un détachement des gardes du corps ; un grand nombre de pauvres vêtus de robes de drap gris, portant des flambeaux ; des officiers des offices de la Reine, en deuil, portant aussi des flambeaux ; d'autres officiers en manteau à cheval ; une partie des carrosses des personnes principales qui composaient le deuil ; la seconde compagnie des mousquetaires de la garde du Roi, ainsi que la première compagnie ; les chevauxlégers de la Garde ; 2 grands carrosses du Roi drapés de violet, 3 autres grands carrosses du Roi drapés de noir avec des caparaçons qui cou\Taient entièrement les chevaux ; ces carrosses attelés de 8 chevaux et éclairés par un grand nombre de gens à cheval étaient occupés par la Ctesse (je Lamarche, Mademoiselle et les dames d'honneur, d'atours et dames du palais de la Reine ; marchaient ensuite les pages de la Reine, les pages de la grande et petite écurie du Roi, et des écuyers de leurs Majestés ; les trompettes de la chambre et écuries, les hérauts d'armes; le Roi d'armes, le marquis de Dreux, grand-

maître, le sieur de Nantouillet, maître, et le sieur de Watronville, aide des cérémonies. Venait ensuite le char qui portait le corps ; il était attelé de 8 chevaux caparaçonnés de velours noir avec des croix de moire d'argent aux armes de la Reine en broderie, conduit par le cocher et le postillon, vêtus de velours noir et entouré des valets de pied de la Reine et des Cent-Suisses de la garde. Les 4 coins du poêle étaient portés par 4 aumôniers de la Reine à cheval. Le C*^ de Saulx-Tavannes, chevalier d'honneur et le C*^ de Tessé, premier écuyer de S. M., étaient à cheval à droite et à gauche du char derrière lequel marchaient des gardes du corps et ensuite les gendarmes de la Garde. Cette compagnie était suivie de carrosses drapés de noir où étaient les femmes de chambre de la Reine. La marche était fermée par des carrosses des princesses, du grand aumônier de la Reine et des dames d'honneur et du palais de S. M.

Le convoi par Sèvres et le pont de Sèvres traversa le bois de Boulogne et suivit le grand chemin qui conduit à St- Denis, où il arriva le lendemain vers les 4 heures et 1/2 du matin. On sonna les cloches des églises sur toute la route. Je vis ce convoi à minuit sur le chemin qui conduit à la porte des Princes, étant à la campagne à Boulogne. Les religieux de l'Abbaye et tout le clergé, tant régulier que séculier, de la ville de St-Denis vinrent sur le chemin de St-Ouen recevoir le corps de la Reine. Ils marchèrent processionnellement devant le char jusqu'à l'église à la porte de laquelle l'évêque de Char très, aumônier de la Reine, présenta au Prieur de l'abbaye le corps de S. M. qui fut exposé dans le chœur de l'église. On chanta les prières ordinaires auxquelles assistèrent les princesses du sang et toutes les personnes qui s'étaient trouvées au convoi. Le corps de la Reine fut transporté dans la chapelle haute de l'église où il devait rester en dépôt jusqu'au jour de l'inhumation. On chanta chaque jour dans cette chapelle une grand' messe à laquelle assistaient plusieurs dames de la Reine, ainsi qu'un grand nombre d'officiers de la maison de S. M. Le cœur fut mis en dépôt avec le corps dans la même chapelle, en attendant qu'on le transportât à Notre-Dame-du-Bon-Secours, en Lorraine, ainsi que S. M. l'avait demandé par testament. La Cour avait pris le deuil le mercredi précédent 29 juin pour 6 mois seulement, à l'occasion de la mort de cette princesse. Tous les spectacles furent aussi interrompus pendant trois semaines.

102 JOURNAL DE KARDY [1768

6 juiliet. — Dans la matinée, environ une quarantaine de femmes du bourg de St-Cloud, près Paris, présentèrent à M. le duc d'Orléans qui s'y trouvait depuis quelques jours dans son château, un placet pour le supplier de vouloir bien employer son crédit auprès du Roi, à l'effet d'obtenir la diminution du pain qui venait encore d'augmenter. Le pain de 12 livres commun se vendait 40 sols, ce qui faisait un peu plus de 3 sols 3 deniers la livre de pain pour le pauvre. Ce prince les accueillit avec bonté et leur promit de leur faire rendre réponse.

Le même jour, les chanoines réguliers de l'abbaye royale de St- Victor firent célébrer un service solennel pour le repos de l'âme de la Reine, auquel l'archevêque de Lyon (de Montazet), primat de France et titulaire de cette abbaye, et qui se trouvait pour lors à Paris où il était arrivé mandé par le Roi, officia pontificalement.

12 juiilet- — [Assemblée des Chambres du Parlement, plusieurs ecclésiastiques de la paroisse de St-Séverin décrétés d'assigné pour être ouïs relativement à l'affaire du refus de sacrement fait au sieur Boullemer.]

15 juiilet. — Ce jour, vers les 5 heures du soir, des archers de r Apport-Paris voulant arrêter un jeune homme pour dettes, rue St-Honoré, près l'Oratoire, et ce jeune homme s'étant réfugié dans la boutique d'un marchand qui voulut favoriser son évasion, les archers fondirent avec lui dans cette boutique et maltraitèrent de la manière la plus révoltante le marchand et surtout la femme qui s'opposait courageusement à leur passage. Un garde du corps, témoin de la scène et indigné de voir traiter ainsi cette dame, mit l'épée à la main et tomba à corps perdu sur les archers, ce qui ayant augmenté le tumulte et plusieurs autres particuliers s'étant mis de la partie, la bagarre devint très considérable et dura plus de 3 heures, quoiqu'il se fut rassemblé des différents quartiers plusieurs escouades de guet. On fut obligé d'aller avertir M. le lieutenant criminel qui assistait pour lors dans les Quinze- Vingts à la levée des scellés apposés au mois de décembre dernier après la banqueroute frauduleuse du sieur Rémi, marchand de drap de la rue St-Honoré, arrivée le 2 du même mois. Tout ce fracas n'empêcha pas que le jeune homme ne fut repris le même soir et constitué prisonnier ; on arrêta aussi quelques-uns des archers de l'Apport-Paris et quelques autres furent blessés.

17 juillet- — [Fête solennelle et centenaire en l'église paroissiale de St- Marlin, faubourg St- Marcel, pour réparation du vol sacrilège et de la profanation du saint-ciboire commis en 1G68. Procession du St-Sacrcment à laquelle assiste l'archevêque de Paris.]

18 juillet- — [Un cocher bourgeois sans condition pendu en place de Grève en vertu d'un jugement prévotal pour vol, après avoir été précédemment trois fois repris de justice.]

20 juillet. — On pend en place de Grève, en vertu d'arrêts du Parlement rendus le 18 du même mois, les nommés Jacques- François Noyon, praticien ; Jean-François Verdelet, domestique sans condition ; Jean- François Luce, apprenti fondeur ; Julien-François Devert, faiseur de peignes ; Pierre Leroux, compagnon serrurier ; Edme Hutinet, palefrenier, et Jacques- Nicolas-François Marville, apprenti batteur d'or ; les 2 premiers après avoir fait amende honorable, ayant écriteaux devant et derrière, portant ces mots : « Voleurs de vases sacrés avec efïraction dans les églises », et tous après avoir été préalablement appliqués à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir révélation de leurs complices. Ces criminels arrivèrent à la Grève entre 4 et 5 heures du soir. Le premier des 7 fut exécuté à 7 heures 1/2, 3 autres successivement jusque vers 11 heures qu'on pendit le cinquième, et le sixième, le dernier, ne fut pendu que vers 4 heures du matin. Le feu qui avait consumé les 2 derniers brûlait encore à 8 heures. Ils envoyèrent chercher plusieurs complices à Bicêtre. On assura que de mémoire d'homme, on ne se souvenait pas d'avoir vu mettre à mort à Paris 7 personnes à la fois, même du temps des Cartouche, des Nivet et des Rafiat, ce qui se trouva vrai par le compukoir qu'on fit des registres du Châtelet. Le même arrêt prononçait un sursis jusqu'après l'exécution, à l'égard de 12 autres coaccusés détenus dans les prisons.

Le même jour, j'apprends à la campagne, où j'étais pourlors, que dans l'affaire malheureuse et tragique arrivée à Arcueil, le jour de Pâques 3 avril précédent, la contumace avait été bien et valablement instruite contre le Ct« de Sade ; que ce seigneur avait été condamné au banissement et à des dommages-intérêts considérables envers la partie lésée et que le Roi avait de nouveau confirmé les ordres déjà expédiés pour le faire enfermer de manière qu'il ne parût plus dans le monde.

26 juillet- — [Edit du Roi, enregistré au Parlement toutes les Cham-

bres assemblées, portant établissement de dix nouvelles parties de rentes et de vingt offices de payeurs ; après de vaines et itératives remontrances, l'enregistrement conçu dans les termes les plus forts.]

28 juillet. — La Chambre de la Tournelle du Parlement rendit un arrêt par lequel, sur l'appel à minimà du procureur général, elle condamnait le nommé Pierre Lefiot, notaire royal en la ville de Nevers, à être attaché au carcan pendant 3 jours consécutifs, dans la place publique de la dite ville, et chacun des dits jours y demeurer depuis 10 heures jusqu'à midi ayant écriteaux devant et derrière, portant ces mots : « Père inhumain et dénaturé envers sa fille » et le dernier jour battu et fustigé nu de verges par l'exécuteur de la haute justice, ayant la corde au col, dans les lieux et carrefours accoutumés de la dite ville, et, en l'un d'iceux, flétri d'un fer chaud en forme des lettres : G.A. L.,sur les 2 épaules, ce fait, mené et conduit es galères du roi pour y être détenu et servir en icelles comme forçat le dit seigneur roi à perpétuité; et à l'égard de la nommée Marie Dufour, femme du dit Pierre Lefiot, la bannissait à perpétuité du ressort de la Cour. L'arrêt imprimé, publié et affiché partout où besoin serait, et pour mettre l'arrêt à exécution, renvoyait le dit Pierre Lefiot prisonnier pardevant le juge de la justice et pairie de Nevers (La femme était absente). La nature et l'espèce du délit étaient détaillées en tête de l'arrêt dans les termes suivants : « Pour avoir, conjointement avec sa femme, traité inhumainement tous les jours, depuis sa tendre jeunesse, Anne Lefiot, leur fille, et lui avoir causé la mort en lui refusant les aliments nécessaires pour sa sub sistance ». N. B. — Il parut dans le public un mémoire imprimé pour la justification du sieur Lefiot, composé par M^ Pernon, avocat au Parlement, mais on trouva que ce mémoire ne justifiait aucunement l'accusé; l'arrêt ci-dessus en est la preuve.

3 août. — [Quatre voleurs pendus en place de Grève, par continuation du procès fait aux sept exécutés le mois précédent.]

5 août- — [Refus de sacrement fait en la paroisse St-Séverin, au sieur abbé Galiot, prêtre du diocèse de Nantes, âgé de 88 ans.]

6 août- — [Assemblée des Chambres du Parlement, dénonciation du refus de sacrement fait à S-Séverin, information ordonnée.]

9 août- — [Assemblée des Chambres du Parlement, le vicaire et un porte-Dieu de saint Séverin, décrétés de prise de corps ; l'archevêque de Paris interdit l'abbé Bonnet, qui s'était présenté au Parlement, pour justifier le même refus.]

17 août. — On célébra dans l'église de l'abbaye royale de St-Denis le service solennel qui devait précéder les obsèques de la Reine. Le corps, qui depuis le jour du transport en cette église était resté en dépôt dans la chapelle haute, fut mis sur un magnifique catafalque élevé au milieu de la fausse église qu'on avait construite en charpente dans le chœur. Toute l'enceinte intérieure de la nef était tendue de noir jusqu'à la voûte, avec les armes de France et de la Reine. Le chœur était aussi entièrement tendu de noir. Le mausolée qui formait un parallélogramme au sommet duquel s'élevait un ange, en or, de grandeur naturelle, était placé à l'entrée du chœur, et orné de 4 principales figures symboliques de marbre blanc, de grandeur naturelle, représentant l'une la Piété royale, l'autre la Sagesse chrétienne, la troisième la Méditation, et la quatrième la Foi catholique. Le mausolée était couvert d'un magnifique pavillon d'où sortaient 4 grands rideaux de drap noir, ornés de fleurs de lys brodées en or, et de larmes en argent. L'architecture qui décorait le chœur était composée de 15 arcades partagées par des arrières-corps et des pilastres d'ordre ionique. Tout l'édifice était aussi orné de figures symboliques, avec les armes de France et de la Reine. Le jubé formait un grand amphithéâtre dont les degrés étaient couverts de drap noir. Trois cordons de lumière régnaient autour du chœur. Le sanctuaire était séparé par 5 degrés, entre 2 corps de balustrades de marbre et de bronze et l'autel élevé sur 4 marches était couvert d'un dais richement décoré, dont la queue était traversée par une croix d'étoffe d'argent avec les armes de la Reine. Les pentes de velours étaient garnies de franges et de galons d'argent, et chargées aussi en dedans et en dehors des armes de S. M. Cette pompe funèbre a été ordonnée par le duc de Fleury, pair de France, et conduite par le sieur Papillon de LaFerté, Intendant et contrôleur général de l'argenterie, sur les dessins du sieur Michel-Ange Challe, peintre ordinaire de S. M. Le clergé, le Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides, la Cour des monnaies, l'Université, le Châtelet, le Corps de ville et l'Election, qui avaient été invités de la part du Roi, arrivèrent vers les 11 heures du matin. Le Parlement, l'Université, le Châtelet et l'Election furent placés à droite ; la Chambre des comptes, la Cour des aides, la Cour des monnaies et le Corps de ville eurent leurs places à gauche. Mn»e Adélaïde et M™es Victoire et Sophie

étant les princesses du deuil, Mgr. le Dauphin, Mgr le C*" de Provence et Mgr le Cte d'Artois menèrent les princesses à l'offrande. L'évêque de Chartres, premier aumônier de la Reine (de Fleury) célébra pontificalement la messe qui fut chantée par la musique du Roi. Il était assisté des évêques de Montpellier (de Durfort), de Meaux (de Caussade), de Saint-Pol-de- Léon (d' Andigné), et de Saintes (de La Châtaigneraie). Après l'offrande, l'évêque du Puy (Lefranc de Pompignan) prononça l'oraison funèbre qui dura 5 quarts d'heure, et qui parut au plus grand nombre des assistants froide et languissante. La messe étant finie, l'évêque de Chartres et les 4 évêques assistants firent les absoutes, les prières et les encensements ordinaires autour du corps, lequel fut ensuite levé par les gardes du corps du Roi et porté au caveau de la sépulture de la maison royale. Les 4 coins du poêle étaient tenus par les sieurs de Maupeou, Premier président, d'Aligre, d'Ormesson et de Saron, présidents au Parlement. Lorsque le corps fut descendu dans le caveau, le roi d'armes de France (le sieur Bronod de Lahaye) s'en approcha et dit aux hérauts d'armes : « Venez faire vos charges ». Après tout^s les cérémonies qui ont coutume de se pratiquer en pareil cas et la proclamation d'usage faite par le roi d'armes, le roi d'armes se retira et les hérauts d'armes saluèrent le caveau, l'autel, etc. et retournèrent ensuite près du catafalque pour reconduire les princesses à leurs appartements.

Après la cérémonie, le clergé, les cours souveraines et les autres corps qui y avaient assisté furent magnifiquement traités par la maison du Roi. La table du clergé, dressée dans la salle capitulaire de l'abbaye, était de 40 couverts, celles du Parlement, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides, dont la première était de 80 couverts, la seconde de 60 et la troisième de 40, étaient placées dans une grande salle, vis-à-vis celles du Chapitre ; celles de la Cour des monnaies, de l'Université, du Châtelet, du Corps de ville et de l'Election, toutes de 20 couverts, étaient dressées dans le grand réfectoire. Les évêques officiants et les officiers des cérémonies avaient aussi, suivant l'usage, une table de 30 couverts. On avait placé dans le jardin sous une tente une table de 120 couverts pour la musique du Roi. Toutes ces tables furent servies à la même heure avec magnificence et il y régna le plus grand ordre et la plus gi-ande décence.

Les tables ordinaires de la Reine furent servies en même temps, ainsi qu'une table d'honneur qui fut tenue par la Ct^^^e de Noailles et à laquelle furent invitées toutes les personnes que le Roi avait nommées pour accompagner les princes et les princesses, ainsi que celles qui avaient porté les queues de leurs mantes et de leurs robes.

Le cœur de la Reine fut déposé le même jour dans la chapelle du maréchal de Turenne, pour y demeurer encore pendant 6 semaines, avant d'être transporté à Notre-Dame-de-Bon- Secours, prés Nancy.

21 août- — [Orage considérable ; le tonnerre tombe sur le clocher des Célestins.]

25 août. — On couronne à l'assemblée de l'Académie française, qui a coutume de se tenir tous les ans à pareil jour (1), la Lettre d'un fils parvenu à son père laboureur, par M. l'abbé de Langeac, épître en vers, dont le dit abbé de Langeac ne passa nullement dans le public pour être auteur, mais qui fut attribuée au sieur de Marmontel, de l'Académie française, auteur de Bélisaire. Sur quoi il est bon de remarquer que cet abbé est fils naturel de M. le Ct« de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat et de M«ie Sabatin, devenue depuis Mme (Je Langeac. Dans la pièce qui n'eut que l'accessit et qui était du sieur Fontaine, ayant pour titre : Epître aux Pauvres, on fut touché singulièrement du morceau qui avait un rapport direct à la cherté du pain qui était à peu près de trois sols et demi pour le pauvre.

5 septembre. — [Un voleur, complice des onze précédemment exécutés à mort, pendu en place de Grève.]

6 septembre. — On fait à Notre-Dame le service solennel pour le repos de l'âme de la Reine, dans le magnifique catafalque qui y avait été construit à cet effet. M. le Dauphin, M. le Cte de Provence et M. le De d'Artois, ainsi que Mn^ea Adélaïde, Victoire et Sophie tinrent le deuil. Le Parlement assista à cette cérémonie, en robes rouges, comme il est d'usage aux obsèques des rois et reines seulement, ainsi que la Chambre des comptes, la Cour des aides, l'Université et le Corps de ville suivant la coutume. Le plus grand nombre des prélats qui se trouvaient pour lors à Paris et quantité de personnes de la

(1) Fête de S' Louis.

première distinction s'y rendirent aussi. M. l'archevêque de Paris officia pontiflcalement et M. l'ancien évêque de Troyes (Poncet de La Rivière) prononça l'oraison funèbre. On laissa le catafalque illuminé pendant plus d'une demi-heure après la cérémonie achevée pendant lequel temps le public eut permission d'y entrer. Il se tua un serviteur de l'église qui tomba du haut d'une échelle en éteignant les bougies. Il y eut plusieurs tables servies à l'archevêché pour les prélats et autres personnes qui avaient assisté à la cérémonie.

H septembre. — Le Roi chassant dans la plaine de Boulogne avec le prince de Soubise et plusieurs autres seigneurs, les habitants de Saint-Cloud et de Boulogne qui avaient préparé des mémoires en forme de placets sur la cherté du pain dans l'intention de les présenter au Roi en se jetant à ses pieds, ne purent les remettre qu'aux principaux officiers de la maréchaussée ou des chasses qui les passèrent au duc de Villeroy, capitaine des gardes du quartier, au moment que le Roi montait en carrosse au bout du pont de Sèvres, vers 5 heures du soir ; 12 femmes de Meudon s'étaient aussi mises à genoux, la veille, sur le chemin de Bellevue et l'une d'entre elles avait fait voir au Roi un morceau de pain noir comme de l'encre.

16 septembre- — [Le duc de Duras nommé commandant en Bretagne, aux lieu et place du duc d'Aiguillon.]

19 septembre. — On fut assuré par la Gazette de France que le sieur de Maupeou, fils du vice-chancelier, garde des sceaux, premier président du parlement de Paris depuis la Saint-Martin 1764 et âgé de 54 ans, avait été nommé par le Roi, chancelier et garde des sceaux ; que M. d'Aligre, président à mortier, avait été nommé premier président et qu'ils avaient l'un et l'autre prêté la veille à Versailles entre les mains du Roi, le serment accoutumé, — suit le détail des faits qui se répandirent sur cette promotion. Le sieur de Lamoignon qui avait succédé à feu M. Daguesseau en 1750, et qui depuis 4 ans était exilé à sa terre de Malesherbes, étant tombé malade assez dangereusement pour recevoir les derniers sacrements, on profita de cette occasion pour le solliciter de donner sa démission (car il avait plusieurs fois refusé de se prêter aux intentions de la cour à cet égard), ce qu'il fit aux clauses et conditions que son successeur serait chargé de payer pour lui 400.000 livres de

dettes, qu'il jouirait le reste de ses jours d'une pension de 400.000 livres payables de mois en mois, attendu son âge de 80 et quelques années, et qu'il serait rappelé à Paris et occuperait jusqu'à son décès l'Hôtel des chanceliers de France, place Vendôme. Le sieur de Maupeou fils obtint de son côté un brevet de retenue de 400.000 livres sur le président d'Aligre qui vendit sur le champ sa charge de président à mortier au sieur Joly de Fleury, frère du procureur général, et qui avait cessé à la dernière rentrée du Parlement d'exercer la charge de premier avocat général. Lorsque la démission du sieur de Lamoignon eut été donnée, le Roi, la première fois qu'il vit le sieur de Maupeou père, garde des sceaux et vicechancelier depuis la disgrâce du dit sieur de Lamoignon, le nomma chancelier pour qu'il ne fût pas dit que son fils eut été revêtu de cette place à son préjudice ; mais il ne posséda cette dignité que pendant 4 jours, après lesquels il supplia le Roi, vu son grand âge et ses infirmités (il avait 80 ans et était fort goutteux), de vouloir bien lui retirer même les sceaux. On fut obligé de chercher un hôtel qui fût à louer pour le nouveau chancelier, qui était contraint lui-même de céder l'hôtel de premier président au sieur d'Aligre pour la Saint-Martin suivante.

23 septembre. — On fait lever par un commissaire un placard au coin de la rue des Noyers, contenant des menaces relatives à la cherté du pain, qu'on payait pour lors au marché 15 sols les 4 livres. On en avait levé le mercredi précédent un autre au coin de la rue St-Jean de Beauvais, même rue des Noyers, injurieux au Roi, au duc de Choiseul, ministre, et au contrôleur général des finances (de Laverdy). On en avait encore levé d'autres dans différents quartiers de Paris. Le bruit se répandit dans le même temps qu'on en avait répandu auparavant à Versailles et jusque dans la chambre du Roi. M. le lieutenant de police notifia, à peu près dans le même temps,aux supérieurs de différentes congrégations religieuses, des ordres de la cour de faire voiturer incessamment au carreau de la Halle la provision de blé qu'ils sont obligés d'avoir toujours chez eux pour 3 années, destinée à servir dans les temps de disette.

26 septembre. — M. le Cte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, se transporta par ordre du Roi au château de Neuville, à 8 lieues de Paris, où était pour lors le sieur de Laverdy, contrôleur général des finances depuis le mois de

décembre 1763, qu'il avait été tiré du Parlement pour occuper cette place, et lui déclara que ses services n'étant plus agréables à S. M., elle jugeait à propos de lui nommer un successeur qu'on sut peu de temps après être le sieur Maynon d'Invau, conseiller d'Etat et ancien intendant d'Amiens. On raisonna diversement sur cette disgrâce dont les causes ne furent véritablement connues que des ministres qui y eurent part ; mais on assura qu'il avait encore assisté la veille au conseil où il avait présenté un tableau de l'état des finances et qu'il avait fait des démarches pour être nommé garde des sceaux. Il n'eut que la demi pension de 200.000 livres et ne fut pas même nommé dans la Gazette de France, lorsque on y annonça la nomination de son successeur.

26 septembre. — [Extrait d'un arrêt de la cour des Aides du 5 juillet précédent, lequel infirmait une sentence de l'élection de Paris qui avait condamné un orfè^Te de cette ville à être pendu.]

30 septembre- — [Service solennel pour le repos de l'âme de la Reine célébré en l'église de St-Jean-en-Grève aux frais du Corps de ville.]

I^^ octobre. — [Le sieur Ma^er, curé de St-Cloud, en possession civile, se dispose à demander l'audience à la rentrée du Parlement pour faire juger l'appel comme d'abus par lui interjeté du refus de visa persévérant de l'archevêque de Paris.]

3 octobre. — [Deux particuliers pendus en place de Grève pour avoir fabriqué de faux billets d'Alsace.]

6 octobre. — [Députation faite au lieutenant de police par la communauté des boulangers àToccasion de la cherté du blé, bien accueillie par ce magistrat.— Ordres aux commissaires des différents quartiers de prendre les noms de tous les pauvres connus. — L'archevêque de Paris dépose chez le curé de St-Eustache une somme de 30.000 livres pour être distribuée aux pauvres des différentes paroisses de la ville et des faubourgs.)

13 octobre. — [Suicide d'un commis dans les vivres. Procès fait à son cadavre qui est traîné sur la claie.]

17 octobre. — On est informé par la Gazette de France que le cœur de la Reine qui était arrivé de Saint-Denis à Toul le 22 septembre précédent, avait été transporté le même jour à Notre-Dame-de-Bon-Secours, près Nancy, et que le lendemain 23, après un service solennel, atiquel l'évêque de Chartres, premier aumônier de S. M., avait officié pontificalement et auquel avaient assisté les compagnies supérieures et les personnes les plus distinguées de la ville de Nancy, ce cœiu- avait été déposé

dans le caveau où repose le roi Stanislas, son père, et à côté de celui de ce prince. M^e la ct^sse de La Marche, princesse du sang, tint le deuil et fit les honneurs de cette cérémonie.

19 octobre. — -[Représentation de la Chambre des vacations du Parlement de Paris à l'occasion de la cherté du pain. — Lettre en forme de supplication adressée au Roi sur le même objet par le Parlement de Rouen. |

20 octobre. — Dans l'après-midi les religieuses Jacobines du monastère de la Croix de Charonne, faubourg St- Antoine, où j'ai une tante religieuse, âgée de 82 ans, reçoivent chez elles 2 religieuses et une postulante du couvent des Jacobines de Dijon, toutes 3 sœurs. Les afTaires de ce couvent avaient été dérangées par les supérieures, au point de mettre les religieuses dans le cas de faire, au mois de mars dernier, une banqueroute qu'on assura être de 320.000 livres. Le Parlement de Bourgogne qui avait pris connaissance de l'affaire, après avoir puni les deux religieuses les plus coupables du blâme, les avoir fait revêtir d'un voile vert, et renfermer pour toute leur vie dans la maison du refuge de la dite ville de Dijon, avait ordonné que toutes les religieuses qui étaient au nombre de 33, seraient transférées dans différents monastères et que tous leurs biens seraient vendus au profit des créanciers.

20 octobre. — Opposition formée à la prise de possession par la dame de Saillant du prieuré de Bon-secours.]

21 octobre. — Sur le soir Christian VII, roi de Danemarck et de Norvège, âgé de 19 ans, marié depuis fort peu de temps à une sœur du Roi d'Angleterre (1), et qui venait de voyager en Hollande et en Angleterre, arriva à Paris, rue Jacob, faubourg St-Germain, à l'hôtel d'York, qu'on avait loué et meublé à neuf exprés pour lui. Il avait à sa suite environ 80 personnes. Il fit en arrivant le tour de la place des Victoires, de celle de Vendôme et de celle de Louis XV. Le Roi avait nommé pour l'accompagner pendant son séjour à Paris le duc de Duras, et en l'absence du duc de Duras, lorsqu'il irait tenir les Etats de Bretagne en sa qualité de commandant de cette province, le duc de Fronsac. Le lendemain samedi il alla à la Comédie Française et le dimanche suivant il se promena pendant 3 quarts

(1) Caroline-Mathildp, sœur de George III, née en 1751. mariée en 176G, morte en 1775. Christian VII mourut en 1808, ayant perdu la raison depuis plus de trente ans.

d'heure dans le Jardin des Tuileries avant l'Opéra auquel il assista le même jour. Le lundi il se rendit à Fontainebleau où la cour était alors. Il y arriva vers les 5 heures du soir, fut saluer le Roi, le Dauphin, le C^e de Provence et le O^ d'Artois, se rendit au jeu de Madame et de là fut conduit à l'appartement qui lui avait été préparé dans le château, où il reçut la visite des seigneurs de la cour. A 8 heures du soir, il alla souper avec le Roi. Le mardi, on lui donna grand spectacle et le mardi il revint à Paris. On plaça une garde à la porte de son hôtel.

21 octobre. — [Mariage du sieur Roger, mis au pilori le 21 juin précédent, avec sa fille de boutique dont il avait eu cinq enfants].

23 octobre. — [Réponse du Roi aux représentations de la Chambre des vacations sur la cherté du pain.]

24 octobre. — [Arrêté de la Chambre des vacations sur la réponse du Roi. — Un particulier assez bien vêtu se met à décrotter sur le trottoir du Pont-Neuf].

25 octobre. — On affiche rue Aumaire, rue St-Denis et ailleurs des placards séditieux portant, les uns, menaces de mettre le feu aux quatre coins de Paris, d'autres, de le mettre aux hôtels des ministres si le pain ne diminuait pas dans un certain délai fixé. Le lendemain mercredi, marché le plus prochain, le pain augmente encore et fut porté à 15 sols et demi les 4 livres.

26 octobre. — [Arrêt rendu par la Chambre des vacations du Parlement portant règlement pour le corps des marchands de vin de la ville de Paris, à l'occasion de quelques enharrements de vins. — Incendie porte St-Denis, près des boulevards].

29 octobre. — Le pain qui, le mercredi précédent, avait été porté dans tous les marchés à 15 sols et demi les 4 livres, fut porté à 16 sols ; à Fontainebleau où la Cour était pour lors, on ne le payait que sur le pied de 3 sols la livre.

31 octobre. — Dans la matinée, le commissaire Roland, de la rue des Noyers, assisté du guet à pied et à cheval, leva à la porte St- Jacques un placard qui y avait été affiché dans la nuit précédente. Ce placard qui était fort long portait entre autres choses à peu près ce qui suit : « Que sous Henri IV, on avait éprouvé ime cherté de pain occasionnée par les guerres, mais que dans ce temps on avait un Roi ; que sous Louis XIV, on avait également éprouvé plusieurs autres cherté de pain, produites tantôt par les guerres, tantôt par une disette réelle qui

avait pour cause l'intempérie des saisons, mais qu'on avait encore un Roi. Qu'au temps présent, on ne pouvait attribuer la cherté du pain ni aux guerres ni à une disette réelle de blé, mais qu'on n'avait point de Roi, parce que le Roi était marchand de blé ».

Le même jour, le duc d'Orléans va par ordre du Roi, vers l'heure de midi faire visite au roi de Danemarck en son hôtel rue Jacob, faubourg St-Germain. S. M. Danoise rend sur le champ la visite et dine au Palais-Royal avec ce prince. Les autres princes du sang firent consécutivement la même choseles jours suivants, n avait été quelques jours auparavant à la manufacture royale des Gobelins où il avait donné 50 louis aux ouvriers, 10 louis à ceux qui tendaient les tapisseries et 4 louis aux pauvres. M, le duc de Duras qui l'accompagnait et qui avait eu sans doute des ordres du Roi à ce sujet, lui proposa de la part de S. M. la tenture d'Esther et d'Assuérus qui avait paru lui plaire infiniment et qu'il accepta. Ce prince donnait partout les preuves de la plus grande générosité, ce qui lui méritait de toutes parts les applaudissements du peuple à qui il faisait d'ailleurs faire journellement à sa porte des distributions d'aumônes. 11 repartit pour Fontainebleau le mercredi suivant, après avoir été aux Invalides où il donna 2 louis à un soldat qui avait eu tout le visage fracassé des blessures reçues au service du Roi.

Le même jour mourut à Paris entre 10 et 11 heures du soir, en sa maison rue St-Jacques, après 3 semaines de maladie, messire J.-B. Coignard, d'abord libraire imprimeur ordinaire du Roi et de l'Académie française, adjoint, syndic de la Communauté et consul, puis ensuite écuyer secrétaire du Roi, Maison, couronne de France et de ses finances, conservateur des hypothèques, administrateur de l'hôpital des Cent filles, et marguillier non comptable de l'église archipresbytérale de St- Séverin, sa paroisse, âgé de 75 ans. Son corps fut mis dans un cercueil de plomb et déposé le mercredi suivant à 7 heures du soir, dans le caveau de la deuxième chapelle, à main gauche en entrant par la porte du cimetière, qu'il avait acquis en la susdite église et où avait été inhumée son épouse quatorze ans auparavant.

3 novembre. — On trouva encore de nouveaux placards affichés en différents endroits le long de la rue de Richelieu, où est situé l'hôtel du duc de Choiseul ; ces placards contenaient

Mes Loisirs, Tome i. 8

des menaces contre ce ministre et portaient à ce qu'on assura ces mots : Pour dernière publication.

5 novembre. — Le pain qui n'avait pas augmenté au marché du mercredi précédent comme on l'avait appréhendé parut être fixé au taux de 16 sols les 4 livres. On publia le même jour et on afficha dans les rues un arrêt du Conseil d'état du Roi rendu à Fontainebleau le lundi précédent, ouï le rapport du sieur Maynon d'Invau, conseiller d'Etat et nouveau contrôleur des finances, lequel ordonnait l'exécution de la déclaration du 25 mars 1763, concernant la libre circulation des grains dans le royaume et accordait des gratifications à ceux qui feraient venir des grains de l'étranger.

9 novembre. — Dans la matinée on trouva à la Halle un nouveau placard abominable et séditieux qu'on avait eu la précaution d'appliquer avec de la colle forte sur une planche qu'on avait ensuite collée à la muraille. Il était si affreux que le commissaire qui en fit la levée crut devoir le faire couvrir d'un linge pendant qu'on détachait la planche, pour qu'on ne pût pas le lire plus longtemps. Le pain n'augmenta pas au marché de ce jour, mais il demeura toujours au taux de 4 sols la livre.

10 novembre. — On pose à l'entrée du quai des Orfèvres, le long du jardin de l'hôtel du Premier président, une grille de fer portant environ 8 à 10 toises de largeur, avec une sortie sur ce quai, aux lieu et place de plusieurs petites maisons qu'on avait démolies et qui masquaient absolument la vue de cet hôtel, au moyen de quoi le Premier président se procurait à lui-même l'agrément de voir de ses appartements tout ce qui se passait sur le quai des Orfèvres et sur celui des Augustins, de l'autre côté de la rivière, et au public celui d'avoir sous les yeux, en allant et venant, l'agréable point de vue de son jardin.

1 2 novembre- — [Messe de rentrée du Parlement, dite la Messe rouge. — Lettres patentes du Roi présentées, concernant le monopole du blé et les placards affichés dans Paris ; commissaires nommés pour les examiner, repas somptueux chez le nouveau Premier Président. — Lettre de cachet exilant à Noyon le P. Courton, procureur général de la congrégation de Ste-Geneviève. — Lettre du sieur Bertin, ministre et secrétaire d'Etat, au Parlement de Rouen du 23 octobre. — Remontrances de la Cbambre des vacations du même Parlement du 29 octobre].

i3 no'embre. — On trouve de nouveaux placards séditieux

affichés aux faubourgs St-Antoine et à la place Maubeit, portant en substance : Nous sommes 50 déterminés à tout. Nous mettrons le feu aux quatre coins de Paris et nous commencerons par le mettre chez le lieutenant de police qui n'a qu'à bien prendre garde à lui si le pain ne diminue.

13 novembre. — [Nouveaux placards séditieux affichés au faubourg St-Antoine et à la place Maubert].

17 novembre. — On apprend que l'un des jours précédents on avait trouvé affiché à la porte des Quinze- Vingts, rue St- Honoré, vis-à-vis celle de Richelieu où demeure le duc de Ghoiseul, ministre et secrétaire d'Etat, un placard représentant en fort mauvais dessin, le Roi tenant une tasse et demandant l'aumône à ce duc que le bourreau se disposait à monter à une potence. On assura aussi, dans le même temps, qu'on avait affiché dans une église, au-dessus du bénitier, un placard conçu en ces termes : Priez Dieu pour le Roi qui est sourd, aveugle et muet.

21 novembre. — On fit au Palais, suivant l'usage, les harangues pour la rentrée du Parlement ; le discours qui tendait à inspirer aux avocats l'amour de la vérité comme devant les conduire à celui du véritable honneur dont ils devaient être jaloux et qu'ils devaient seuls ambitionner dans l'exercice de leur profession, fut prononcé par M. Joly de Fleury, troisième avocat général, fils de M. Joly de Fleury, ancien avocat général et tout nouvellement président à mortier, auquel il avait succédé l'année dernière. Ce discours ne fit pas beaucoup plus de sensation que celui de M. d'Aligre, nouveau Premier président, qui fut trouvé très médiocre. On fut singulièrement frappé des termes dans lesquels était conçu le court éloge que le premier de ces deux magistrats fit du sieur de Maupeou fils, ancien premier président et garde des sceaux par le Roi, sur la démission du sieur de Lamoignon et la retraite du sieur de Maupeou, son père.

N.-B. — Par l'acquisition que M. Joly de Fleury venait de faire de la charge de président à mortier, M. Pinon, président de la Tournelle, montant à la Grand'chambre, M. de Gourgues se trouve président de la Tournelle, assisté de M. Lepelletier et de M. Joly de Fleury.

23 novembre. — Ce jour, on apprend que M. le duc de Penthièvre, prince du sang, animé des sentiment de charité et de

commisération pour les malheureux, qui le caractérisent et le distinguent, faisait distribuer par le curé de St-Eustache, sa paroisse, des cartes à tous les pauvres honteux ou autres, moyennant lesquelles ils ne payaient le pain que deux sols la livre, chez dilïérents boulangers qui leur étaient indiqués, ce prince se chargeant de payer aux-dits boulangers tout le surplus.

23 novefnbre. — [Billets distribués clans les marchés à toutes les boulangères, portant défense du lieutenant de police d'augmenter le prix du pain. — Assemblée des Chambres du Parlement, compLe-rendu de la réponse du Roi aux remontrances qui lui avaient été prcsentces la veille ; dernières lettres patentes retirées ; ce qui se passe dans cette assemblée par rapport au monopole du bic; elle est continuée au vendredi suivant].

24 novembre. — M^ Gcrbier, le jeune avocat au Parlement (1), célèbre par son talent pour la plaidoirie, devant présenter à l'enregistrement, suivant l'usage ordinaire, les lettres patentes de M. de Maupeou fils, nouvellement chancelier, garde des sceaux de France (le Parlement ayant enregistré le samedi 12 un édit du Roi portant réunion de la commission du garde des sceaux à la charge de chancelier), le Roi de Danemarck profita de cette occasion pour venir au Palais. Il arriva vers 9 heures du matin à l'hôtel du Premier président, comme avait fait en 1717 le czar Picrre-le-Grand, et on suivit à son égard la même étiquette observée dans ce temps-là. ïl se rendit ensuite à la Grand-Cham.bre, accompagné du Premier président, du duc de Duras et des seigneurs de sa suite, par le corridor de la Tournelle. Il fut placé dans la lanterne à main droite, dont on avait ôté les jalousies et qu'on avait garnie d'un tapis de velours galonné en or; celle des dames qui est à gauche était décorée de la même manière. Les présidents étaient en fourrures et tous Messieurs en robes rouges ; il s'y trouva grand nombre d'honoraires ; le Premier président de la Chambre des Comptes (Nicolaï) et celui de la cour des Aides (de Lamoignon de Malesherbes) assistèrent aussi à la séance. Les magistrats n'arrivèrent qu'après S. M. danoise, qui s'étant tenue debout, ainsi que les magistrats, pendant un léger intervalle, fit trois salutations après lesquelles on s'assit de part et d'autre et le sieur Gerbier commença son discours qui fut un chef-d'œuvre d'éloquence et pendant lequel on battit des mains plus de vingt fois. Il fit

(1) Né eu 1725, Gerbier avait alors 43 ans.

l'éloge de l'ancien et celui du nouveau chancelier, et adressa au roi de Danemarck un compliment qui frappa singulièrement ce prince et tous les auditeurs et qu'on trouva très ingénieux. M. Séguier, premier avocat général, parla ensuite pour requérir l'enregistrement des susdites lettres patentes et dirigea la marde son discours à peu près sur celle qu'avait tenue le sieur Gerbier avec cette différence qu'il parut se rapporcher autant de la vérité dans ses éloges que le sieur Gerbier s'en était écarté dans les siens. Son discours, quoique très beau, ne fit pas la même impression sur le public que celui du sieur Gerbier, il ne fut applaudi qu'une seule fois lorsqu'il adressa son compliment au Roi de Danemarck. Les exempts et la compagnie des soldats de robe courte, sous les armes, gardaient le Palais, et toutes les avenues de la Grand-Chambre furent interdites aux particuliers. Tous les avocats avaient le chaperon sur l'épaule, afin qu'on pût les distinguer d'avec les procureurs. Pour éviter le désordre on n'ouvrit pas, suivant l'usage ordinaire, les portes de la Grand- Chambre au public lorsque l'audience commença, ce qui n'empêcha pas qu'elle ne se trouvât absolument remplie. M^ Legouvé, avocat, qui plaidait contre M^ Gerbier dans la cause dont on fit l'appel ce jour-là, et qui regardait l'ambassadeur de Naples à notre cour, ne put faire le compliment qu'il avait aussi préparé pour le roi de Danemarck, parce que ayant commencé par entrer dans les détails de sa cause, le premier président crut devoir l'interrompre en ordonnant de faire retirer l'audience, ce qui mortifia beaucoup cet avocat. Le roi de Danemarck alla ensuite à la buvette où il demanda le sieur Gerbier avec lequel il causa, dit-on, quelques instants. On assura qu'il lui avait demandé son discours en lui disant qu'il lui tardait d'être de retour dans ses Etats pour faire ressentir à ses peuples les effets des sentiments qu'il venait de lui inspirer. Il suivit pour retourner chez le Premier président le même chemin qu'il avait pris pour venir à la Grand-Chambre. Du Palais, il se rendit à la Sorbonne, où il fut reçu par l'archevêque de Paris, en sa qualité de proviseur, et par le duc de Richelieu, comme descendant du cardinal du même nom, fondateur de cette maison. On le conduisit à l'église, de l'église à la bibliothèque, où on lui présenta un exemplaire du Testament du cardinal de Richelieu (1) relié en maroquin

(1) Il s'agit de l'édition intitulée Maximes d'Etat on Testament 'politique (VArm,and Diiplcssis, cardinal de Richelieu, Paris, Le Breton, 1764, 2 vol. in-8, donnée par Claude Marin et accompagnée de la Lettre de Lauréarlt

avec ses armes, et de la bibliothèque à la salle des actes qu'on avait eu soin de décorer magnifiquement et où on lui avait préparé une place distinguée sous un très beau dais. On lui présenta aussi une thèse imprimée sur satin blanc doublée de satin bleu, garnie de franges d'or. Celui qui soutenait la thèse et celui qui y argumentait lui adressèrent chacun un compliment en latin, après quoi il fut reconduit par les mêmes personnes qui s'étaient trouvées à son arrivée.

Le soir du même jour, le duc d'Orléans lui donna un magnifique souper auquel assistèrent six cent-soixante six personnes qui furent divisées en douze tables dont la première à laquelle était le roi de Danemarck, M. le duc d'Orléans, Mademoiselle, le prince de Condé, les ministres, etc., était de 90 couverts.

M. le duc de Chartres faisait les honneurs de la seconde table qui était de 99 couverts. On avait loué six cents domestiques pour servir les personnes invitées à ce repas ; on avait travaillé dans les cuisines et dans les offices huit jours auparavant cette fête, et pour cet effet, on avait construit des fourneaux tout le fong de la grille du jardin du duc de Chartres ; adossés à cette grille, et dans ce jardin on avait élevé deux escaliers fort larges, partie en bois, partie en maçonnerie, en haut desquels on avait formé un petit bâtiment de planches avec deux portes pour faire le service dans la galerie à travers deux croisées dont on avait ôté les balcons. On servit au dessert, sur la table du roi de Danemarck, la ville de Copenhague, avec toutes les maisons de campagne qui sont aux environs, le tout était en sucre et fait de manière à s'y reconnaître. Après le souper, il y eut bal paré qui dura jusqu'à cinq heures du matin ; le roi de Danemarck ouvrit ce bal avec Mademoiselle à qui, on l'assura, il fit auparavant présent d'une aigrette de diamants de deux cent mille livres. Toute cette fête fut dirigée et exécutée par les soins du sieur Lepage, contrôleur de la bouche. Le prince de Soubise avait aussi donné à S. M. danoise le mardi précédent une très belle fête. L'intérieur de son palais avait été décoré par le sieur Guillaumont, tapissier de la ville, du clergé et du Parlement, et le péristyle en colonnes de la première cour avait été illuminé dans le meilleur goût par le sieur Torré. On avait

de Fonccmagne réfutant les dires de Volta're contre l'authenticité de ce document. Les arguments de Foncf>magne ont été repris et corroborés de nos jours par la critique historique mieux armée qu'elle ne pouvait l'être au milieu '^.u x%aii« siècle.

construit sous la colonnade différentes boutiques de marchands pour imiter le Vauxhall anglais. Il y avait eu, à ce qu'on prétendit, deux mille personnes au bal.

24 novembre. — On apprend que le Parlement de Bretagne, venait d'adresser au Roi de très belles remontrances pour demander le rappel de tous ses membres, ce qui fit concevoir quelque espérance que le nouveau chancelier chercherait à se faire honneur de l'arrangement de cette malheureuse affaire.

26 novembre- — [La cause du sieur Mayer, curé en possession civile de la cure de St-Cloud, contre l'archevêque de Paris pour l'appel comme d'abus de son refus de visa, placée enfin sur le rôle].

28 novembre. — [L' Assemblée dite de grande police se tient en la Grand Chambre ; arrêté qui en est la suite].

29 novembre- — [Assemblée des Chambres du Parlement, remise à statuer sur l'arrêté de celle de grande police. — L'Université en corps fait célébrer aux Cordeliers du Grand-Couvent un service solennel pour le repos de l'âme de la Reine].

30 novembre. — [Vol de la garniture du siège archiépiscopal et d'autres objets précieux dans l'église de Notre-Dame].

1er décembre. — Ce jour, le Roi de Danemarck revint de Chantilly où le prince de Condé lui avait donné une superbe fête, qui avait duré depuis le lundi précédent, que le prince était allé au devant de Sa Majesté danoise, accompagné de 250 personnes de la noblesse. On lui donna pendant les 3 jours différents spectacles, le premier jour par les comédiens français, le second par les comédiens français et italiens ; le troisième jour il y eut bal masqué auquel assistèrent plus de 2500 personnes. La magnifique illumination du château et de la forêt ne put avoir lieu à cause de la pluie. Il y eut aussi tous les jours les repas les plus splendides servis à 8 tables différentes. Le prince de Condé fit les honneurs de la première table qui n'était que de 40 couverts et à laquelle assistèrent le Roi de Danemarck, le duc d'Orléans; le C' de Clermont, prince du sang et oncle du prince de Condé fit les honneurs de la seconde. Le prince de Condé étant Grand Maître de la Maison du Roi, les officiers de la bouche du Roi servirent toutes les tables. On procura aussi à S. M. danoise le divertissement de la chasse et on lui fit voir tout ce qu'il y avait de curieux dans le château et aux environs.

2 décembre- — [Fausses nouvelles concernant le cadavre du sieur de Verh-, fermier général. ■ — Nouvelles d'une révolte arrivée à Lyon].

4 décembre. — [L"autel du chœur de l'église paroissiale de SL-Nicolas du Chardonnet tout nouvellement réédifié et décoré, consacré solennellement par l'archevêque de Paris].

6 décembre. — [Remise au Roi de représentations arrêtées en la Grand'Chambre et promesse par le Roi d'y répondre le 11 du même mois.

7 décembre. — Le pain de 4 livres ne fut vendu au marché pour la première fois que 15 sols et demi, ce qui fit concevoir quelque espérance d'une plus grande diminution.

9 décembre. — [Le roi de Danemarck part de Paris pour retourner dans ses états. Détails sur sa route en France jusqu'à Strasbourg. — Extrait de la lettre écrite par l'archevêque de Lyon au chancelier en faveur des malheureux prisonniers qui avaient eu part à la révolte du 27 novembre précédent].

12 décembre. — On apprit par la Gazette de France de ce jour que le sieur INIaynon d'Invau, nouveau contrôleur général, qui venait d'épouser ]Mlie de Fourqueux, fille du procureur général de la Chambre des Comptes, sa cousine, issue de germaine, avait été nommé ministre d'Etat.

Î3 décembre. — [Découverte d'un projet de révolte des malfaiteurs renfermés dans les cabanons du château de Bicêtre].

14 décembre- — [Nouvelle diminution sur le prix du pain].

ÎS décembre. — La gelée qui avait commencé la nuit du samedi au dimanche précédent du même mois, avait été si forte que la rivière charriait déjà considérablement à 8 heures du matin, mais à midi un dégel complet s'annonça par une pluie qui ne fut d'abord qu'une espèce de verglas, mais qui tomba ensuite avec assez d'abondance pendant presque toute la soirée.

16 décembre- — Nouvelle de la détention du sieur Ormansay, colporteur de livres, mis depuis peu à la Bastille pour l'impression et distribution du Procès de MM. de la Chalotais et autres membres accusés du Parlement de Bretagne, 3 vol. in-12].

19 décembre. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées pour recevoir la réponse du Roi aux représentations faites conformément au vœu de l'assemblée de police générale, tenue le 28 novembre précédent, et cette réponse, qui était très longue, portait en substance, suivant ce qu'on put en savoir

dans le public, que la cherté du pain n'avait point été occasionnée par l'exportation des grains ; que, d'ailleurs, la déclaration qui permettait cette exportation était une loi qui n'avait pas seulement été faite pour le ressort du Parlement de Paris, mais pour tout le royaume, et que S. M. ne pouvait rien changer aux dispositions de cette déclaration, qu'elle n'eût auparavant reçu les difïcrents avis de tous les Parlements qu'elle avait consultés à ce sujet. Il fut arrêté que cette réponse serait remise à des commissaires qui furent nommés sur le champ pour l'examiner, et donner leur avis sur le parti qu'il con\iendrait de prendre en conséquence.

22 décembre. — Il se répandit dans le public qu'il y avait à la Cour de grands mouvements relativement à la présentation de la C^esse du Barry depuis le mois de juillet précédent ; cju'elle avait été produite par le sieur Lebel, premier valet de chambre de S. jSI., qui était mort peu de temps après ; que cette présentation, vivement sollicitée par le duc de Richelieu, le duc d'Aiguillon et M. Bertin, ministre et secrétaire d'Etat, était fixée suivant les uns au mardi 3 jan\'ier suivant, jour de la fête de Ste Geneviève, suivant d'autres, au jeudi 12, du même mois, et serait l'époque de la disgrâce du duc de Choiseul, ministre et secrétaire d'Etat, ayant le département de la Guerre et celui des Affaires étrangères ; peut-être même de celle du Qte de St-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat ayant le département de Paris. Cette C'^sse ^u Barry, après avoir été maîtresse de différents particuliers, était devenue celle du C*^ du Barry, qui s'était enfin déterminé à l'épouser, dans l'espérance que son esprit d'intrigue pouvait lui être d'une grande ressource pour son avancement personnel. On la disait âgée de 36 ans, très jolie, fort libre en paroles, et employant les jurements à tout propos.

Le même jour on est informé que les astrologues s'occupaient avec la plus grande assiduité, d'observer les astres le jour et la nuit dans les différents endroits de la ville destinés à cette sorte de travail relativement à l'inquiétude que causait la disparition subite de Saturne, la première des 7 planètes et le changement extraordinaire arrivé dans le cours du soleil qui se levait le matin 14 minutes plus tôt que de coutume, et se couchait le soir 14 minutes plus tard, ce qui semblait devoir annoncer quelque révolution singulière dans la nature.

23 décembre. — L'édition qui venait de paraître, en 3 volumes in-12, du procès de MM. de Caradeuc de La Chalotais, procureurs généraux du Parlement de Bretagne, fut supprimée par un arrêt du Conseil d'Etat du Roi, comme contenant des pièces falsifiées et des imputations calomnieuses tendant à difîamer des personnes revêtues de l'autorité du Roi et que S. M. avait honorées de sa confiance.

Le même jour on commence à entendre dans différents quartiers de Paris le bruit des cors des charretiers qui conduisaient les voitures d'eau clarifiée puisée à la pointe de l'île St-Louis, au moyen d'une machine en bois qu'on se proposait de construire en pierres suivant le nouveau prospectus répandu dans le public, par lequel on s'engageait à fournir la voie d'eau de 36 pintes à tous ceux qui s'abonneraient à raison de 2 sols dans la ville et de 2 sols 6 deniers dans les provinces. Les charretiers, ainsi que les porteurs d'eau attachés à la nouvelle entreprise, étaient distingués par une veste et une culotte bleues garnies de boutons jaunes et sur leur bonnet ils portaient une plaque de cuivre où étaient gravées les armes du Roi et de la ville. Les tonneaux qui renfermaient ces eaux étaient peints en dehors, marqués également aux armes du Roi et de la ville et cadenassés, la clef des cadenas ne sortant jamais des mains du commis préposé à cet égard. Le bureau général des tonneaux pour ces eaux clarifiées était établi rue et île St-Louis, près de l'arcade de l'hôtel Bretonvilliers. Un des principaux avantages de ce nouvel établissement était que pour procurer un plus long secours en cas de feu, la nouvelle compagnie s'engageait à tenir en réserve un certain nombre de voitures qui se rendraient tous les soirs après avoir satisfait aux besoins du public dans les quartiers indiqués par la police avec leurs tonneaux ordinaires remplis de la même eau, afin qu'elles pussent servir en cas de besoin aux incendies nocturnes.

28 décembre. — Le pain ne fut vendu au marché que sur le pied de 14 sols les 4 livres, et il s'y en trouva à 13 sols pour les ouvriers et pour les pauvres.

29 décembre. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées, sur la dénonciation qui fut faite par un de Messieurs d'un ouvrage imprimé depuis peu, portant pour titre : Mélanges historiques et critiques, contenant des pièces relatives à l'histoire de France, 2 vol. in-12, tendant à prouver l'inutilité de l'enre-

gistrement des édits, ou déclarations du Roi dans les différentes cours souveraines, et singulièrement la nécessité de détruire absolument les Chambres des Comptes, ainsi qu'à établir un ancien despotisme, le dit ouvrage attribué à M. de Puységur (1) et se débitant chez Dehansy le jeune, libraire, rue St- Jacques, il fut arrêté que le dit Dehansy serait mandé pour le lendemain vendredi à 11 heures du matin à la barre de la Cour.

29 décembre. — [Trois religieuses du couvent de l'Assomption, rue St-Honoré, transférées par lettre de cachet à l'abbaye de Lettré, diocèse d'Evreux. — Nouvelles de Bretagne contenant les opérations du duc de Duras, nouveau commandant aux Etats de cette province].

30 décembre. — [Assemblée des Chambres du Parlement. Le sieur Dehansy le jeune, libraire, y comparait ; l'ouvrage qu'il avait fait imprimer remis aux gens du Roi pour donner leurs conclusions. — Lettre du C'8 de St-Florentin, adressée le 26 du même mois au duc de Duras qui tenait les Etats de Bretagne. Parti pris par le Parlement de Paris pour procurer l'arrangement des affaires de cette province].

2 janvier. — [Délibération par les Etats de Bretagne assemblés à St-Brieuc ; arrêté des dits Etats. — Lettres des Etats au Roi].

6 janvier. — [Mariage du duc de Chartres avec Mademoiselle de Penthièvre arrêté et publié].

13 janvier. — On est assuré par la Gazette de France de la vérité du mariage projeté entre le duc de Bourbon, fils du prince de Condé, prince du sang, et Mademoiselle, fille du duc d'Orléans, premier prince du sang, que le Roi avait déclaré le dimanche précédent, sans qu'il parut y avoir aucun temps fixé pour ce mariage.

15 janvier. — Les bruits qui avaient couru au mois de décembre précédent sur la présentation de la C'^^^e du Barry N. M. D. R, (2) et sur la disgrâce du duc de Choiseul, qu'on assurait

(1) Les Mélanges publiés non par Puyst'gur mais par Dannens de Gomiconrt, ont été l'objet de doux a%'is de suppression, l'un émanant de la Chambre des Comptes (23 décembre 1768), l'autre du Parlement (3 février 1769), celui-ci portant d'ailleurs que la Chambre des Comptes « avait agi dans la cin^onstance sans pouvoir ni juridiction ».

(2) NouveHe mcîtroaso du Iloi.

devoir en être la suite, se renouvelèrent encore. Il passa même pour certain que le Roi venait d'acheter du prince de Tingry, moyennant la somme de 700.000 livres, la principauté de Lutz, située dans le Bigorre, pour en revêtir la susdite Comtesse et la faire ensuite présenter plus aisément à la cour comme princesse étrangère et que la baronne de Montmorency voulait bien se charger de la présentation. D'un autre côté on débitait ciue le duc de Choiseul, cherchant à s'appuyer et à culbuter la Ctesse (Jq Barry, faisait l'impossible pour produire en son lieu et place la femme d'un médecin nommé Millin, jeune et jolie, mais cependant moins belle que la Comtesse.

18 janvier. — Les bruits qui avaient couru au mois de décembre précédent d'une prétendue disparition de Saturne, ainsi que d'un prétendu changement arrivé dans le cours du soleil parurent absolument détruits. Le temps qui avait été fort doux depuis le dégel du 15 décembre arrivé après 5 ou 6 jours de froid seulement, tourne encore à la gelée et il gela à glace dans la nuit de ce jour au suivant, mais cette gelée ne dura pas plus de 5 à 6 jours, comme la précédente.

19 janvier. — [Nouvelles des Etats de Bretagne qui se tenaient à St- Brieuc, discours du duc de Duras aux dits Etats. — Lettres du Roi au duc de Duras et aux Etals, autre lettre du Roi à l'ordre de la noblesse. — Nouvelle de l'installation de la dame de Saillant dans le prieuré de Bon-Secours, nonobstant l'opposition des religieuses, et en vertu d'un arrêt du Parlement].

20 janvier. — [Arrêt du Parlement rendu sur les conclusions des gens du Roi, toutes les chambres assemblées, concernant la police des grains].

24 janvier. — [Arrêt du Conseil contre l'arrêt du Parlement concernant la police des grains. Cet arrêt dénoncé à l'assemblée des Chambres du Parlement ; commissaires nommés pour l'examiner, observations sur cet arrêt].

26 janvier. — [Un brocanteur rompu vif, à la grille du Grand-Cours, pour assassinat commis le 11 août précédent dans le bois de Boulogne].

28 janvier. — On trouve au pont St-Michel un nouveau placard séditieux qui y avait été sans doute affiché pendant la nuit ; ce placard portait des menaces de mettre le feu aux 4 coins de Paris si le pain ne diminuait ; il fut levé par un commissaire qui en dressa son procès-verbal, qu'il fit signer des voisins et de plusieurs autres personnes qui l'avaient vu. On n'avait point entendu parler de placards depuis ceux affichés

le dimanche 13 novembre précédent et quelques jours après le pain se vendait toujours au marché sur le pied de 14 sols et demi les 4 livres, et loin d'entrevoir une prochaine diminution, on se croyait plutôt fondé à pouvoir appréhender de l'augmentation, ce qui désolait le peviple et fournissait aux gens mal intentionnés un prétexte pour chercher à le soulever en échauffant les esprits.

28 janvier- — [Procès du sieur Dardet, curé de l'Isle-St-Denis en France. — Nouvelles de Lyon concernant la révolte arrivée dans cette ville et le châtiment qui en avait été la suite. — Nouvelles de St-Brieuc concernant le désagrément qu'avait eu l'évêque de Rennes aux Etats].

30 janvier. — On plante dès le grand matin en la place de Grève une potence pour l'exécution d'une fille domestique atteinte et convaincue d'avoir fait un vol de la valeur de 6 ou 7 francs ; mais comme cette fille avait eu le crédit d'obtenii de M. le procureur général un sursis à son arrêt, la potence fut retirée et l'exécution n'eut pas lieu.

31 janvier. — Par arrêt du Parlement rendu la veille, confirmatif de la sentence du Châtelet du 27 du même mois, le nommé Rémy Bailli, ci- devant valet de chambre, âgé d'environ 30 ans, et complice du nom.mé Simon Baudier, dit Boilo, exécuté à mort le 26 du même mois, fut rompu vif à la grille de Chaillot ou du Grand-Cours, comme dûment atteint et convaincu des mêmes crimes que son susdit compagnon, mais encore comme ayant été trouvé parmi ses eiïets, lors de sa capture une espèce d'assommoir, composé d'une peau d'anguille renfermant plusieurs balles de plomb dont il avait rendu mauvais compte.

31 janvier. — [Assemblée des Chambres du Parlement, rapport des commissaires sur l'arrêt du Conseil qui avait cassé celui de cette Compagnie concernant la police des grains, arrêt vigoureux et confîrmatif du précédent, observations sur cet arrêt. — Second mariage du premier président d'Aligre avec M'i« de Bauldry. — Bruits concernant une requête du duc d'Aiguillon au Roi].

4 février. — Le Roi chassant dans la forêt de St-Germain, son cheval s'abattit et S. M. tomba si rudement sur le bias droit, que ressentant la douleur la plus aiguë, elle s'écria, dans le premier moment de sa chute qu'elle avait le bras cassé, ce qui effraya beaucoup tout le monde et donna les plus grandes inquiétudes. On transporta d'abord le Roi chez M. le duc de Noailles à St-Germain sur un brancard qu'on arrangea sur le

champ avec des échelles et des matelas et qui fut porté par 8 personnes tant des seigneurs de la suite que gardes du corps de S. M., lesquels se relayaient d'intervalle en intervalle, mais il ne voulut point qu'on le touchât, ni qu'on le deshabillât qu'il ne fût à Versailles au milieu de tout son monde ordinaire. On l'y conduisit au grand galop et le plus promptement qu'il fut possible, couché dans la gondole ; mais lorsque MM. de La Martinière, Andouiller et autres chirurgiens ordinaires de S. M. eurent examiné le mal, après avoir été obligé de couper ses habits parce que le bras était fort enflé, il se trouva que ce n'était qu'une forte contusion accompagnée d'un petit dérangement dans l'articulation de l'épaule. Cet accident n'empêcha pas le Roi d'assister le lendemain à son Conseil d'Etat, ou du moins la Gazette de France du vendredi suivant l'annonça-t-elle ainsi. Il y eut à Paris, suivant l'usage ordinaire, différentes éditions de cet événement. Suivant les uns, le bras était cassé en deux endroits ; suivant d'autres, c'étaient le bras et la jambe ; suivant d'autres encore la jambe et la cuisse. Quelques personnes assurèrent aussi que cette chute avait été la suite d'une légère attaque d'apoplexie, de manière que les personnes qui étaient dans le cas de ne pouvoir savoir le vrai avaient peine à se tranquilliser sur la situation de ce monarque bien-aimé. Dans ce même temps on débitait que la C*''^^^ du Barry, qui avait dû être présentée le mercredi précédent, veille de la Chandeleur, devait l'être le dimanche gras qui était précisément le lendemain de l'accident, ou le lundi suivant, que le duc de La Vauguyon, gouverneur du Dauphin, s'était chargé de cette présentation. On continuait aussi d'annoncer toujours un changement total dans le ministère, mais on ne nommait aucun de ceux qu'on supposait devoir remplacer les ministres actuels, si ce n'est le duc de Nivernois, qu'on prétendait devoir être nommé au département de la Guerre.

6 février. — [L'archevêque de Lyon arrive dans son abbatiale de St- Victor. — Nouvelles de représentations adressées au Roi par les restes du Parlement de Bretagne pour demander le rappel de l'universalité des membres de ce Parlement].

8 février. — [Mort du marquis de Lostanges, neveu de l'archevêque de Paris, son inhumation à Notre-Dame].

10 février. — [Assemblée des Chambres du Parlement, arrêt rendu sur les conclusions des gens du Roi portant suppression de l'ouvrage

intitulé : Mélanges historiques et critiques. — Sept personnes écrasées sous une pile de bois du port St-Nicolas].

13 février. — Ce jour, on apprend que M. le duc d'Aiguillon avait retiré la requête qu'il avait présentée au Conseil pour demander une commission par devant laquelle il pût se justifier des imputations calomnieuses contenues dans différents libelles qui se répandaient contre lui dans le public.

15 février. — Les chanoines réguliers de l'abbaye royale de St- Victor célébrèrent la messe solennelle fondée à perpétuité en 1764 pour la conservation du Roi et de la famille royale. L'archevêque de Lyon (de Montazet) abbé commandataire de cette abbaye qui se trouvait à Paris, officia pontificalement à cette cérémonie aux lieu et place du prélat Giraut, archevêque de Damas, originaire de Lyon, fils d'un négociant de cette ville et nonce du Pape, lequel avait été d'abord invité à le faire, mais qui avait cru devoir s'en dispenser, attendu les nouvelles de la mort de Sa Sainteté qu'il avait reçues le lundi précédent à minuit. L'archevêque de Lyon était allé la veille à Conflans demander à M. l'archevêque de Paris le licet, sans lequel il n'aurait pu officier, et avait dîné avec ce prélat. Les personnes distinguées qui y assistèrent furent : M. le baron de Montmorency, M. le duc de Fitz- James, M. le duc de Gontaut, M. le C*^ de Broglie, M. le prince de Tingry, deux autres cordons bleus dont je ne pus savoir le nom, et le sieur de St- Julien caissier du clergé. L'archevêque de Bourges (Phélipeaux), l'évêque de Belley (Cortois de Quincey), l'évêque de Toul (Drouas de Boussey), celui de Dijon (d'Apchon), celui de Vabres (de la Croix de Castries) et celui du Mans (de Grimaldi). L'abbé de Ste-Geneviève (le P. Vialet) était placé à côté de ces prélats. On remarqua que c'était la première fois qu'il ne s'y était trouvé aucun ministre, ni aucune dame de la Cour. L'archevêque de Lyon donna à dîner dans son abbatiale aux évêques et au nonce du Pape qui, quoiqu'il n'eût point paru à la messe, ne laissa pas de se rendre à l'invitation qui lui avait été faite pour le dîner. Il avait déjà pris le deuil, son carrosse était drapé et tous ses gens en noir.

17 février. — Ce jour et suivant la Gazette de France, il paraissait qu'on pouvait absolument se tranquiliser sur la situation où se trouvait le Roi, relativement à la chute du 4 de ce mois.

l'enflure étant beaucoup moins considérable et la résolution se trouvant presque achevée. Quoique d'autre part on assurât que la main était toujours enflée jusqu'au bout des ongles, que S. M. avait un peu de fièvre et qu'on la veillait toutes les nuits.

17 février. — [Extrait de la Gazette de France concernant la mort du pape Clément XIII, notifiée au Roi par le Nonce. — Extrait de la même gazette concernant la chute que le Roi avait faite].

18 février. — [Arrêt du Conseil portant ordre à tous payeurs généralement quelconques, d'exiger des duplicata de capitation de tous ceux à qui ils paieraient quelques rentes ou arrérages, quels qu'ils fussent].

20 février. — Ce jour, il se répand dans le public que le Roi ne s'était pas trouvé bien la veille, qu'on appréhendait qu'il ne se formât dans le bras un dépôt de sang extravasé, dont on serait peut-être forcé de faire l'ouverture, ce qui faisait qu'on n'était pas sans inquiétude sur son état, dont la Gazette de France ne parlait en aucune manière.

21 février. — [Assemblée des chambres du Parlement: l'arrêt du Conseil concernant les duplicata de capitation dénoncé ; commissaires nommés pour l'examiner ; parti que prend le contrôleur général à l'égard de cet arrêt. — Placards affreux affichés dans Paris].

22 février. — [Arrêt de la Chambre des comptes contre un arrêt du Parlement crié dans les rues].

23 février. — Ce jour, les anciens bruits qui avaient couru relativement à la présentation de la C**^^®'' du Barry se renouvellent au point qu'on assurait que cette présentation aurait lieu le lendemain, jour de St Mathias et que tout était prêt pour cela, jusqu'à la robe qu'elle devait porter. J'ai cru qu'une anecdote qui m'est parvenue par une voie sûre concernant cette présentation dont on parle depuis plusieurs mois, devait d'autant mieux trouver ici sa place qu'elle prouve à merveille les grandes espérances que les Jésuites et leurs partisans fondaient sur l'autorité et le crédit que cette comtesse pouvait acquérir à la Cour ; la voici :

La veille de la Chandeleur, 1" du présent mois, un ecclésiastique étant allé dîner dans une maison de Paris qu'on ne m'a point nommée, trois autres ecclésiastiques qu'il ne connaissait en aucune manière, et qui sans doute avaient été comme lui invités à dîner s'y trouvèrent également. Au milieu du repas, un de ces trois ecclésiastiques ayant proposé à la compagnie de boire à la présentation, celui qui était arrivé le pre-

mier ne comprenant pas trop ce que signifiait un pareil propos, demanda à quelle présentation il fallait boire, et si c'était à celle de Notre-Seigneur au Temple qui devait se célébrer le lendemain ? A quoi l'autre réplique : « Non, c'est à celle qui a eu lieu hier, ou qui doit avoir lieu aujourd'hui, à la présentation de la nouvelle Esther qui doit renverser Aman (le duc de Choiseul) et tirer le peuple juif de l'oppression » (c'est-à-dire les Jésuites). Celui-ci, étrangement surpris de ce discours, se proposa bien de faire en sorte de savoir par qui il avait été tenu, et ne fut pas moins étonné d'apprendre que c'était par un ex-jésuite ; les trois ecclésiastiques en question étaient membres de cette société. En conséquence des bruits relatifs à la présentation de la Ctesse d^ Barry, ceux concernant différents changements dans le ministère qu'on annonçait devoir en être comme une suite indispensable se renouvellaient également, et on débitait que le département des Affaires étrangères serait donné à l'archevêque de Toulouse (de Brienne), ce prélat si remuant, si fécond en projets de toute espèce, et qui était à la tête de la commission établie par le conseil pour l'examen des ordres religieux qu'il molestait furieusement.

23 février- — [Assemblée des Chambres du Parlement, réquisitoire du sieur Séguier, premier avocat général, arrêt rendu sur ses conclusions contre l'arrêt de la Chambre des Comptes. — Témoins décrétés au bailliage du Palais dans l'affaire du curé de l'ile St-Denis].

26 février. — [Arrêt du Conseil crié dans les rues, qui détruisait celui précédemment rendu concernant les duplicata de capitation].

27 février. — Suivant la Gazette de France de ce jour, le Roi qui, pour prendre l'air, s'était promené pendant 2 heures, le jeudi précédent, dans le parc du petit Trianon, et qu'on espérait pouvoir être en état d'aller passer 2 jours à Choisy dans le cours de cette semaine, souffrait toujours de son bras qui continuait d'être enflé et était agité toutes les nuits, d'où l'on pouvait inférer qu'il n'était peut-être pas sans fièvre.

Le même jour, Messire Antoine-Raymond- Jean-Gualbert- Gabriel De Sartine, né à Barcelone, ville d'Espagne, reçu Conseiller au Châtelet en 1752, pourvu de la charge de lieutenant criminel le 12 avril 1755, et de celle de Maître des Requêtes en novembre 1759, et Conseiller d'Etat surnuméraire, ce magistrat équitable et bienfaisant, si cher aux Parisiens dont il s'est concilié tous les cœurs, est reçu dans l'assemblée de la Faculté Mes Loisirs, Tome I. 9

des droits, agrégé d'honneur de la dite Faculté, aux lieu et place de Messire Daniel-Charles de Trudaine père, conseiller d'Etat ordinaire et au Conseil Royal, intendant des finances, décédé rue des VieUles-Haudriettes, et inhumé en l'église de St-Nicolasdes-Champs, sa paroisse, le 20 janvier précédent.

28 février. — Par sentence rendue au parc civil du Châtelet, sur les conclusions de M. Gilbert de Voisins, avocat du Roi, et à la pluralité de dix contre trois des treize magistrats qui siégeaient, y compris M. le lieutenant civil (Dufour de Villeneuve) dans la cause d'entre le sieur Natoire, peintre du Roi, chevalier de l'ordre de St-Michel, défendeur, contre le sieur Adrien Mouton, ci-devant l'un des élèves à la dite Académie royale, demandeur, le sieur Mouton fut admis à la preuve des six derniers faits contenus dans la dernière requête (cette requête en articulait douze), le sieur Natoire tenu dans un mois de les accorder ou contester, et, en cas de dénégation de la part du dit sieur Natoire, permis au sieur Mouton d'en faire la preuve, tant par titres que par témoins, par devant le commissaire Trudon ; et le sieur Natoire tenu de faire la même chose de son côté par devant le commissaire Carlier, dépens réservés.

Les conclusions du sieur Natoire tendaient à ce que le sieur Mouton fût déclaré non recevable dans sa demande, que le libellé injurieux répandu avec profusion, et même réimprimé récemment sous un nouveau format, fût supprimé avec les qualifications qu'il méritait ; que le sieur Mouton fût condamné en dix mille livres de dommages-intérêts applicables aux pauvres de l'église royale de St-Germain-1'Auxerrois, paroisse de l'Académie royale d'architecture ; enfin que le jugement à intervenir fût imprimé et affiché au nombre de cinq cents exemplaires aux frais du sieur Mouton, sauf à MM. les gens du Roi à prendre telles conclusions qu'ils a\âseraient bon être pour la vindicte publique ; M^ Gaillard était avocat du sieur Natoire.

Celles du sieur Mouton tendaient à ce que le sieur Natoire fût tenu également de lui faire réparation d'honneur, et condamné à CO.OOO livres de dommages-intérêts envers lui pour lui avoir fait perdre sa place et son état. M" Target, qui était avocat du dit sieur Mouton, avait fait le samedi précédent un dernier plaidoyer par forme de réplique qui avait paru admirable et dont tout le monde avait été enchanté.

N.-B. — Le sieur Mouton avait été expulsé de notre Académie de Rome, faute par lui d'avoir soi-disant représenté un billet de communion à Pâques, au curé de la paroisse de l'Académie, ce qui l'avait mis (suivant l'usage établi dans cette capitale du monde chrétien) dans le cas d'encourir l'excommunication, qui n'avait pourtant pas été prononcée contre lui. Il était parlé de cette affaire dans les Nouvelles ecclésiastiques, feuille du 4 juillet de l'année dernière, où l'on rendait compte d'un mémoire à consulter, signé de plusieurs avocats, donné par le dit sieur Mouton.

2 mars- — [Un particulier, qui s'était dit le grand sultan de Constantinople, rompu à la place et hors la porte St-Antoine pour assassinat prémédité commis au village de Créteil].

3 mars. — Suivant la Gazette de France de ce jour, le Roi continuait de se porter de mieux en mieux, quoiqu'il ne se servit encore qu'avec peine de son bras. M. de Beringhen, premier écuyer, avait fait faire une voiture extrêmement légère dans laquelle S. M. pouvait suivre la chasse du cerf. On parlait d'un voyage de Choisy pour la semaine suivante.

7 mars. — [Mort de Dom Parchappe de Vinay, chef et général de l'ordre des Prémontrés, élu général en 1758. — Livre nouveau sur la sainteté et les devoirs de l'épiscopat mis en vente chez la veuve Pierres et Humblot, libraires (3 vol. in-12). — Extrait d'une lettre adressée par le C'o de St-Florentin au général des bénédictins de la congrégation de St-Maur].

8 mars. — Le pain de 4 livres commence à ne plus se vendre aux marchés que 14 sols au lieu de 14 sols 6 deniers, ce qui n'empêchait pas qu'on ne désirât beaucoup une plus grande diminution, sans qu'on crût pouvoir se flatter qu'elle dût de longtemps avoir lieu.

9 mars- — [Démarches attribuées au Procureur général du Parlement dans l'affaire du curé de l'île St-Denis]

10 mars. — Ce jour, on apprend qu'une fdie qu'on regardait comme une illuminée de premier ordre, demeurant au village de Draveil, à 3 lieues de Paris, laquelle feignant sans doute d'être inspirée, se mêlait d'annoncer des événements futurs ayant rapport au gouvernement, qui communiait très exactement tous les jours de la main du curé ou du vicaire de cette paroisse, qu'on assurait donner dans le plus parfait quiétismc

et qui paraissait avoir de très grandes liaisons avec plusieurs ex-jésuites, mais surtout avec le P. Bieginski, confesseur de la feue Reine Marie Leczinska, qui, demeurant dans le même canton, la visitait fort souvent, avait été arrêtée depuis peu et conduite au château de la Bastille.

10 ITîarS- — [On commence à plaider en présence des Chambres du Parlement assemblées la cause de dame de Sesmaisons, prieure perpétuelle du prieuré de St-Nicolas de Pontoise, contre la demoiselle Lecoq, fille très dévote en apparence, arrêtée au village de Draveil, près Paris. — L'abbé Jouanot, de St-Séverin, administre les sacrements au sieur abbé Valé, ancien professeur du collège d'Harcourt, sur le refus du second ^^icaire. — Démarches du sieur abbé Bilhères, qui avait été substitué à l'abbé d'Antrecourt dans la place de premier N-icaire de cette paroisse, auprès du sieur de Challerange, conseiller au Parlement. — Le duc de Duras arrive à Paris après la clôture des Etats de Bretagne.]

13 mars. — [Prêtre accusé de vol, arrêté sur la paroisse St-Leu. — Témoins arrêtés et mis en prison pour l'affaire du curé de St-Denis. — Ser- \ace solennel en l'abbaye Ste-Geneviève du Mont pour le repos de l'âme du feu pape Clément XIIL]

17 mars. — La cause pendante en la grand'chambre du Parlement, entre IVI. le duc d'Orléans et les évêques et chapitres d'Orléans et de Chartres, relativement à une espèce de cadastre ou dénombrement de biens et à certains droits honorifiques que ce prince exigeait, fut appointée, et main levée fut accordée aux dits chapitres des dilïérentes saisies faites par le prince, qui n'avait pas manqué d'assister très exactement à toutes les audiences, en quoi plusieurs personnes trouvèrent qu'il s'était en quelque sorte compromis, ne pouvant se flatter d'un plus grand succès dans cette affaire. M^ Gaillard était son avocat, et Me Gerbier le jeune l'était des chapitres. Les conclusions de M^ Séguier, avocat général, n'étaient pas non plus favorables à AL le duc d'Orléans qui parut fort mécontent et qui murmura beaucoup en sortant de la grand'chambre.

18 mars. — [Un soldat du régiment des gardes françaises, pendu en place de Grève, pour meurtre.]

20 mars. — • [On retrouve dans la rivière, au-dessous du Pont Royal, le cadavre du feu sieur de Verly, fermier général, qui avait disparu depuis plusieurs mois. — Députés de l'abbaye de Prémontré pour annoncer en cour la mort du général de l'Ordre.]

21 mars. — Les 4 nouvelles cloches de l'église paroissiale de la Madeleine-en-Gité sont bénies par le curé (le sieur Dénoue)

qui reçoit le même jour l'abjuration du père et de la fille convertis à la religion catholique par le vicaire de la même paroisse, touchés de la conversion de la mère qui était morte entre les mains de ce vicaire, après avoir également fait abjuration. Il y eut sermon par M. l'abbé Gaj^et de Sansale, docteur de la mai son et société de Sorbonne, conseiller au Parlement.

Le sieur Ravault, banquier expéditionnaire en cour de Rome et administrateur des hôpitaux, nomma une des susdites cloches, avec l'épouse du sieur Demure, notaire, parvis Notre- Dame. Les trois auties cloches furent aussi nommées par différentes personnes de la bourgeoisie du même canton dont je ne pus savoir les noms.

24 mars. — On apprend que l'archevêque de Paris, qui d'abord avait refusé de fulminer la dispense obtenue en cour de Rome pour le mariage de S. A. S. ]Mgr le duc de Chartres avec Mlle de Penthièvre, sa cousine, issue de germaine, par la raison que M. le duc d'Orléans avait jugé à propos de faire viser cette dispense au Parlement pour obtempérer à l'arrêt de cette cour du 26 février 1768, formalité à laquelle ce prélat ne voulait pas absolument qu'on se soumît, s'était enfin déterminé à porter lui-même à ce prince un des jours de la semaine précédente tous les papiers expédiés en bonne et due forme, sur ce qu'on avait annoncé que s'il persistait dans son refus, on prendrait le parti de se passer de lui en faisant célébrer le mariage à St-Cyr, qui est dans le diocèse de Chartres, au lieu de le célébrer à Versailles, comme on se l'était proposé tout d'abord.

Le même jour, on apprend que le Parlement, chambres assemblées, avait nommé des commissaires pour travailler à de nouvelles remontrances sur la cherté du pain.

26 mars- — [L'abbé Bllhères, premier vicaire de St-Séverin, qu'on croyait parti, reparait dans cette église.]

29 mars. — Ce jour, on commence à voir arriver à Notre- Dame des voitures, remplies de marbres noir et blanc destiné à paver la nef et les deux grandes croisées de cette église où sont les chapelles de la Vierge et de St-Denis, ce qui semblait annoncer qu'on allait enfin commencer cet ouvrage projeté depuis si longtemps. On avait préparé dans les basses nefs du côté de St Christophe un atelier assez grand, fermé par des cloisons de planches, avec une porte à chaque bout pour y perfec-

tionner les marbres qui étaient encore bruts. Pendant le carême, on avait élevé deux magnifiques tambours de menuiserie, aux deux portes collatérales donnant dans la cour de l'archevêché et dans le cloître et on avait substitué des portes neuves aux anciennes. On avait de plus érigé à feu son Eminence Mgr le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, un monument en marbre avec une très belle épitaphe, tenant au pilier près duquel est placé le roi Phiiippe-le-Bel, vis-à-vis la chapelle de la Vierge, au pied de laquelle ce prélat avait été inhumé en 1729, au désir de son testament. En même temps on commençait au palais archiépiscopal une réparation qu'on assurait devoir monter à plus de 80.000 livres. C'était dans toute la partie de ce palais qui tient à la chapelle. M. l'archevêque avait déjà dépensé en 1767 plus de 60.000 livres en diverses autres répations.

29 mars. — [Mort simultanée des frères Belisle, religieux de Ste- Geneviève, ensevelis dans la même bière.]

4 avril. — On est informé que le Roi, à qui le Premier président, accompagné de deux présidents à mortier, avait eu l'honneur de présenter le mercredi-saint, 22 mars précédent, les nouvelles remontrances arrêtées sur la cherté du pain (qu'on disait être conçues dans les termes les plus forts), avait répondu qu'il ferait examiner ces remontrances dans son Conseil et adresserait la réponse au Parlement.

5 avril. — M. le duc de Chartres épouse dans la chapelle du château de Versailles, Mlle de Penthièvre. L'archevêque de Reims, grand aumônier de France (de La Roche- Aymon) leur donne la bénédiction nuptiale, en présence du sieur Allart, curé de la paroisse. Cette cérémonie fut des plus brillantes. Le prince et la princesse avaient chacun sur eux, à ce qu'on assure, pour près d'un million de diamants, et tous les seigneurs de la cour étaient habillés avec la plus grande magnificence.

13 avril- — [Conclave tenu à Rome pour l'élection d'un nouveau pape.]

19 avril. — Ce jour, le curé de la paroisse de St-Sulpice (Dulau d'Allemans) qui d'abord avait fait refus d'administrer les derniers sacrements de l'église au prince de Baufîremont, lieutenant général des armées du Roi, demeurant rue de Taranne, s'appuyant sur les défenses qu'il disait avoir reçues de M. l'archevêque de Paris, est contraint de remplir son devoir

à cet égard par M. le Premier président, qui, l'ayant envoyé chercher, lui avait parlé en ces termes : « Monsieur le curé, je suis infoimé que vous avez refusé d'administrer M. de Bauffremont qui est malade sur votre paroisse et qui vous a fait demander les sacrements : si cette administration n'est pas faite dans la journée, demain matin, quoiqu'il ne doive pas y avoir d'assemblée de chambre, j'en convoquerai une, exprès pour vous faire décréter de prise de corps, réfléchissez à ce que je vous dis et retirez-vous ». Efïrayé sans doute d'un pareil discours et n'osant pas faire une plus longue résistance, il administra lui-même vers 4 heures après-midi.

Ce jour, on sonne à son de trompe et on placarde, chacun au lieu de leur ancien domicile, les sieurs abbé Lebrun d' Antrecourt, \icaire de St-Séverin et Picancel, porte-Dieu de la même paroisse, décrétés tous deux de prise de corps le 9 août 1768, pour le refus de sacrements fait au sieur abbé Galliot, prêtre du diocèse de Nantes.

19 avril. — [Elargissement des témoins arrêtés pour l'aflaire du curé de l'île St-Denis.J

20 avril. — Le chapitre général des religieuses professes de l'abbaye de Prémontré jouissant seul du droit d'élire l'abbé de cette abbaye qui, en même temps est chef et général de tout l'Ordre du même nom, se tient dans la susdite abbaye située dans le bois de Voy au terroir de Coucy et à 5 lieues de la ville de Soissons (elle est du diocèse de Laon). M. l'archevêque de Narbonne (Dillon) et M. l'intendant de Soissons (Lepelletier de Morfontaine) y assistent en qualité de commissaires du Roi. Ce chapitre fut aussi tranquille que celui de 1758 avait été tumultueux à cause des intrigues du P. Richard, alors procureur-général et aujourd'hui abbé de Villers-Cotterets qm, quoique invité d'assister à ce chapitre, ne jugea pas à propos de s'y rendre, en quoi on trouva qu'il avait agi fort prudemment; car, M. l'archevêque de Narbonne, dans le petit discours qu'il fit à l'ouverture du chapitre, dont on fut très content, après avoir déclaré que le Roi n'entendait nullement gêner ni contraindre la liberté des suffrages, insinua que l'intention du Roi était qu'on ne songeât point à cet abbé pour le généralat et que les deux sujets qui lui seraient les plus agréables étaient les PP. Mannouri et I\léalet. Effectivement, vers les 3 heures de i'après-midi et au premier scrutin, le P. Mannouri, prieur.

curé de Renncmoulin, diocèse de Paris, fils d'un perruquier de Normandie, âgé de 55 ans, qui n'était point docteur en théologie, et qui n'avait jamais gouverné dans l'Ordre en qualité de prieur de maison, fut élu unanimement, en apparence, puisque des onze compromissaires il eut la voix de neuf. Le P. Duboe, docteur en théologie, prieur du collège de Paris depuis 1756, oncle paternel de mon épouse, et le P. Méallet, secrétaire du feu général, n'eurent chacun qu'une seule voix. On regarda cette élection comme l'ouvrage du P. Desmaugues qui fut aidé de la protection et du grand crédit de l'archevêque de Narbonne. Ce religieux, qui ne pouvait se flatter de parvenir à se faire nommer général, par des raisons connues, imagina de réunir ses partisans à ceux du P. Mannouri et du P. Méallet, espérant que si, de trois partis, il pouvait réussir à n'en former qu'un, il ferait tomber nécessairement le choix sur le P. Mannouri qui le conserverait dans sa place, ou du moins y comptait-il, avantage dont il eut peut-être craint de ne pas jouir sous un autre gouverneur. Ce chapitre ne fut composé que de 60 vocaux, une quinzaine de religieux au moins ayant cru devoir s'en abstenir dans la crainte, disaient-ils, des habits bleus, c'est-à-dire des cavaliers de la maréchaussée. Il y avait eu deux brigades au précédent chapitre, mais on n'en commanda point pour celui-ci. Il ne s'y trouva que 4 abbés réguliers, de 6 qui auraient dû naturellement s'y rendre, savoir les 3 premiers pères abbés de l'Ordre qui sont : les abbés de Cuissy, deFloret et de Dommartin. L'abbé de Vigogne remplaça celui de Villers-Cotterets, mais les abbés de Beaulieu et de Bonne-Espérance n'y assistèrent point. Les trois scrutateurs furent les PP. Pochet, prieur curé de Michery, diocèse de Sens, Langlet, prieur curé de Serbonne, même diocèse, et Déboîte, procureur de la maison d'Auxonne. Les onze compromissaires choisis pour élire le général conformément à l'ancien usage de l'Ordre étaient les PP. Vérin, doyen des Profès de Prémontré, âgé de 89 ans ; Moramc, prieur curé de Chambourcy, près Joj^anval ; Duboc, prieur du Collège de Paris ; Mannouri, prieur curé de Rennemoulin ; Delsart, procureur de l'abbaye de Prémontré ; de Donainville, prieur de la maison de Joyenval ; Desmaugnes, procureur général, Méallet, secrétaire du feu général ; Lelong, prieur de la maison d'Auxerre ; Beslin, professeur de l'abbaye de Prémontré et Dubois, prieur de la même abbaye. Les PP. Mannouri et Duboc eurent chacun 57 voix pour être du nombre

des compromissaires. Le nouveau général arriva à Paris le jeudi suivant 27 du même mois en carrosse à 6 chevaux, ayant avec lui les PP. Duboc, Méallet et Desmangnes. Il fut mis en possession de son abbatiale de la rue Hautefeuille ; il fut présenté au Roi à Versailles le samedi suivant. 11 fit les plus belles promesses au P. Duboc qui d'ailleurs était son ami de tous les temps et qui lui avait résigné en 1759 la cure de Rennemoulin. Il y avait alors 600 Prémontrés réformés.

20 avril- — [Mort et inhumation du sieur Gilbert de Voisins, conseiller d'Etat.]

21 avril- — [Arrêt rendu en la Grand' Chamijre en faveur de la dame de Saillant, prieure perpétuelle du prieuré de Bon-Secours et coadjutrice de l'abbaye de Malnouë. — M^ Racine, avocat, achève son plaidoyer en faveur de la dame de Sesmaisons à l'assemblée des Chambres du Parlement.]

22 avril. — La C'esse du Barry est enfin présentée à S. M., à Mesdames, à M. le Dauphin et aux enfants de France, par la Ctesse (Je Béarn ; on avait parlé pendant près de 6 mois de cette présentation et depuis quelque temps les bruits paraissaient s'être ralentis sur cet article. Cet événement excita de grands murmures à Paris comme à Versailles. Quelques personnes s'en réjouissaient par intérêt, mais le plus grand nombre était dans la consternation. Le lendemain dimanche, elle assista à la messe du Roi, dans la chapelle du château, à la même place qu'avait occupée avant elle la feue marquise de Pompadour. Elle était superbement vêtue et des plus riches en diamants. On remarqua qu'il y avait ce jour-là à la suite du Roi fort peu de seigneurs et de dames de la Cour, mais qu'en récompense, S. M, était accompagnée d'un cortège d'évêques assez nombreux, et en tête desquels était l'archevêque duc de Reims, son grand aumônier, à qui il parla plusieurs fois pendant la messe. Le Roi fit deux fois le signe de croix de la main gauche, ce qui semblait annoncer qu'il ne pouvait se servir que difficilement de sa main droite qu'il portait toujours dans sa veste. Après la messe, la comtesse parut au couvert de Mesdames et à celui de M. le Dauphin. Suivent les noms et qualités de cette comtesse de très nouvelle date: Jeanne Gomard de Vaubernier, fille légitime de Jacques Gomard de Vaubernier, intéressé dans les affaires du Roi, et d'Anne Bécu, dite Cantigny, ses père et mère, née à Vaucoulcurs au mois de mai 1746 ; avait épousé.

le l^r septembre 1768, à 5 heures du matin, en l'église paroissiale de St-Laurent à Paris, Guillaume, C*'' du Barry, capitaine d'infanterie et chevalier de St-Louis, âgé de 36 ans. Elle avait été :jl maîtresse, et celle du marquis du Barry, son frère, avant que de devenir sa femme, et elle ne se détermina à ce mariage qu'à la sollicitation du marquis du Barry qui l'ayant fait donner au Roi pour G'^^^^ du Barry, appréhendait qu'on ne vint à découvrir qu'il en avait imposé, sans parler des avantages qu'il imaginait bien devoir résulter pour lui et toute sa famille d'une semblable alMance. On était dans l'attente des différents changements dans le ministère qu'on prétendait toujours devoir être la suite nécessaire et indispensable de cette présentation.

24 avril. — Le duc de Nevers et le duc de La Rochefoucault sont reçus ducs et pairs et prennent séance au Parlement en cette qualité. L'archevêque de Paris assiste à cette cérémonie, ainsi que l'archevêque de Rouen (de La Rochefoucault) qui n'avait été reçu conseiller d'honneur que le samedi précédent, quoiqu'il possédât depuis le décès du cardinal de La Rochefoucault, arrivé en 1757, l'abbaye de Cluny qui lui donnait le droit d'acquérir cette prérogative.

27 avril. — Le Roi fait à la plaine des Sablons la revue du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses. M. le Dauphin, M. le C'e de Provence, M. le C^^ d'Artois et j\Imes Adélaïde, "Victoire, Sophie et Louise assistèrent à cette revue à laquelle ne se trouva point la G^esse d^ Barry, comme quelques personnes l'avaient prétendu. Le Roi et Mesdames soupcrcnt au château de la Muette et en partirent vers les 10 heures du soir pour retourner à Versailles. Il y avait à cette revue une si prodigieuse quantité de voitures, de piétons et de chevaux qu'il y arriva plusieurs accidents sur lesquels il ne me parvint aucun détail. On trouva le Roi extrêmement vieilli et tout changé de ce qu'il était l'année précédente, et on remarqua qu'il se tenait courbé sur son cheval.

28 avril- — [M^ Favé, avocat, finit en présence des Chambres assemblées son plaidoyer en faveur de la demoiselle Lecocq contre la dame de Sesmaisons, prieure du prieuré perpétuel de St-Nicolas de Pontoise.]

3 mai. — [Etablissement d'une commission pour procéder à la séparation des chapitres de St-Benoît, de St-Médéric et de Ste-Opportune d'avec les paroisses.]

5 mai. — Il me tomba entre les mains une pièce aussi satyrique que singulière qui avait rapport à l'état critique où venait de se trouver tout récemment la Compagnie des Indes en faveur de laquelle le Roi avait autorisé un emprunt d'environ 11 millions, par forme de loterie pour empêcher sa ruine totale. On attribuait cette pièce, dont suit la teneur, à M. le duc de Lauraguais, déjà connu par plusieurs autres ouvrages du même genre.

Prospectus de la pompe funèbre de feue très haute, très puissante très excellente princesse. Madame la Compagnie des Indes, Souveraine de la presqu'île de l' Inde, et ci-devant des iles de France, de Bourbon et du port de Lorient.

La dite pompe dirigée par les soins du duc de Duras, pair de France, premier gentilhomme de la chambre du Roi, syndic de la dite dame et exécutée sur les dessins de M. Boulin, intendant des finances.

Il n'y aura point de tenture au portail de l'hôtel, mais seulement des affiches qui indiqueront l'heure et le lieu de la cérémonie.

Au fond de la salle qui représentera le palais des Idées, on verra un grand fronton enrichi de diamants de Golconde et de topazes d'Orient avec un cartel où seront les armes de la compagnie couronnées de cyprès s' échappant des mains de plusieurs génies qui s'empressent de les soutenir.

Au bas du cartel, on verra la figure de l'Inde qui regarde d'un air indigné les Génies et qui étend une main protectrice sur les îles de France et de Bourbon et sur le port de Lorient.

Au milieu de la salle, sur un gradin fort élevé sera un lit à quatre colonnes sur lequel on verra le corps de la princesse couchée et appuyée sur le coude, un mouchoir de mousseline à la main et la vue tristement attachée sur le livre de caisse à l'article des échéances.

Aux quatre coins du lit, les quatre plus anciens directeurs en grand deuil abattus et prosternés, l'un sur une balle de coton, l'autre sur une balle de soie, un autre sur une balle de café, un autre sur une caisse de thé ; le tout vide.

Sur les dernières marches du gradin, en devant, debout et tourné vers l'assemblée, le cinquième directeur tenant d'une main une urne lacrimatoire, de l'autre une tirelire. On verra à ses pieds les livres de commerce, négligemment jetés.

Au haut des marches latérales du gradin, près du lit de la prin-

cesse, tournés vers elle et lui parlant, M. d Espréménil, soutenu par la métaphysique et présentant à la princesse le catéchisme de Montpellier ouvert au chapitre des vertus théologales dont il lui fera un commentaire fort éloquent.

De l'autre côté, M. Necker, appuyé sur l'Intérêt, tenant d'une main une multitude de projets et tendant la main à la princesse dans une attitude équivoque qui ne laisse pas démêler s'il veut lui donner du secours ou en recevoir des bienfaits, la soutenir ou la renverser. Chef-d œuvre de sculpture.

Il paraîtra assis sur un nuage et entouré de vapeurs sombres qui se répandront sur toute sa personne.

Derrière le chevet du lit seront couronnés qucdre génies, dont l'un représentant la compagnie d' Angleterre, l'autre la compagnie de Hollande : un autre le génie de la France appuyé sur la Liberté, Vautre le génie du Commerce prêt à monter sur un vaisseau sans gouvernail et retenu par la Prudence, chacun dans une attitude de joie caractérisée.

Dans le bas, aux qucdre coins du mausolée assis : M. le comte de Lauraguais, une main appuyée sur la Vérité, montrant de Vautre Vombre de M. Dupleix, représenté au plafond de la salle avec les attributs qui caractérisent le prophète.

M. Ponchaud, feuilletant un livre de Banque relié à Vanglaise.

M. Dupan paraissant estimer les diamants et les pierreries du fronton vers lequel il a les yeux fixés.

M. de la Rochette calculant en marge du projet de la caisse d'Escompte qu'il a sur les genoux.

L'oraison funèbre sera prononcée par M. de Bruns de Lyon, syndic. Il prendra pour texte ce passage de Jérémie : Hereditas nostra versa est ad aliéna, domus nostra ad extraneos et sera soufflé par M. Duvandier, adjoint.

Le convoi se fera avec les cérémonies accoutumées, le deuil s'assemblera dans V appartement de M. Lemoine. Il marchera dans V ordre suivant : —

Le suisse de la Compagnie avec sa hallebarde renvoyant les créanciers de la Princesse à la caisse d' Escompte.

Les garçons d' cmtichambre et de bureau avec des torches.

Les chefs de bureaux ) , , • j

^ en manteau et rabat.

Les commis. )

Le caissier de la Compagnie portant un coffre vide et renversé

couvert de crêpe.

Immédiatement avant le corps :

Au milieu : M. Clouard, syndic, portera le testament de la Princesse sur un coussin.

M. Lhéritier portant le bilan.

M. Morin liscuit un plan d'expéditions dont les feuillets seront mouillés de ses larmes.

Le Corps.

11 sera porté par quatre banquiers désignes, administrateurs de la Caisse d' Escompte.

Les quatre coins du poêle seront portés par MM. de Lani, des

Essarts, Marion et Belin.

Le deuil :

M. le duc de Duras ),,.,,.,.

' en habit de cérémonie.

M. Boulin. \

M. le duc de Duras aura pour écuyer M. de Mairobert.

Les cinq directeurs portant ensuite chacun les livres relatifs à son département.

Les actionnaires suivront deux à deux.

La marche sera fermée par un détachement des officiers de la Marine de la Princesse, en pleureuses.

Le convoi marchera jusqu'à la Caisse d'Escompte ou le corps sera reçu par les négociants, et y restera en dépôt jusqu'à nouvel ordre, à la garde de MM. Ponchaud, Dupan, et La Pochette, sans garantie.

Requiescat in pace.

S mai- — [Plaidoyer de M« Barentin, avocat général, aux Chambres assemblées du Parlement, dans la cause de la dame de Sesmaisons, prieure des hospitalières de Pontoise et la demoiselle Lecocq, arrêt rendu sur ses conclusions.]

8 mai- — [Nouvelles vacances qu'arrêtent de prendre à l'avenir MM. de la Grand Chambre du Parlement. — Démarches infructueuses de l'archevêque de Paris contre l'abbé Tandeau, archidiacre de Brie, qui avait confessé le prince de BaufEremont.]

10 mai- — [Diminution sur le prix du pain au marché. — Le procèsverbal de l'assemblée de police générale tenue le 28 novembre précédent, à l'occasion de la cherté des grains, se répand imprimé dans le public]

12 mai- — [Un garçon limonadier pendu en place de Grève pour vol, après avoir été antérieurement repris de justice.]

13 mai- — [Mort et inhumation du prince de Bauffremont.]

14 mai- — [Nouveau desservant nommé à St-Séverin aux lieu et place du sieur abbé Bilhôres, qui s'était retiré.]

17 mai. — Pour transmettre à la postérité un exemple du faste de la bourgeoisie dans ce siècle, j'ai cru devoir insérer ici un petit détail des folles dépenses faites à l'occasion du mariage célébré aujourd'hui en l'église paroissiale de St-Nicolas-des- Champs, entre le sieur Trudon, fils aîné du sieur Trudon, marchand épicier tenant au village d'Antony, près Paris, une célèbre manufacture de bougies et demeurant à Paris, rue de l'Arbre-Sec et demoiselle Jouanne, à qui la mère, remariée en secondes noces au sieur Nicque, contrôleur des rentes de l'Hôtel de-Ville, et qui n'avait eu de son premier mariage que cette fille et un fils, donnait pour dot la somme de 80.000 livres. Les présents faits à la demoiselle consistaient quant aux bijoux : 1° En une montre d'or garnie de diamants ; 2° un étui d'or aussi garni de diamants ; 3° une boîte à mouches d'or également garnie de diamants ; 4° une tabatière de cristal de roche garnie d'or ; 5° deux couteaux à manche d'or, dont un pour la viande et l'autre pour le fruit ; 6° des boucles d'oreilles de diamants de la somme de 6.000 livres ; 7° une applique de diamants avec la croix branlante à la plus nouvelle mode ; 8° une bague de diamants de 6.000 livres ; 9° des bracelets de diamants, des boucles de souliers de diamants et des agrafîes de corps en de diamants ; 10° un trousseau des plus complets en toutes sortes d'ajustements, de très belles dentelles et trois robes dont la première, qui était en gros de Tours, avait coûté 40 livres l'aulne et la seconde 30 livres. Indépendamment de tous ces bijoux et du trousseau dont la famille du mari avait voulu faire tous les frais, on lui donna encore le lendemain du mariage, une bourse de 200 louis, pour fournir, lui dit-on, à ce qu'on pourrait avoir oublié qui eût pu lui faire plaisir. Le repas de noces coûta 3.000 livres et on mit à chacun des cierges de l'offrande quatre louis, sur quoi il est bon d'observer qu'au mariage de M. le duc de Chartres avec Mlle de Penthièvre, célébré dans la chapelle du château de Versailles le 5 avril précédent, il n'en avait été mis que cinq. Il ne faut pas non plus passer sous silence que le sieur Trudon embrassait le même état que son père chez lequel il devait être nourri, lui, sa femme et deux domestiques, l'espace d'une année, pendant lequel temps il avait été convenu de lui donner de ses fonds 121/2 % d'intérêt, après quoi il serait associé seulement pour un tiers dans le commerce de son père qui lui cédait sa boutique, rue de l'Arbre-Sec pour aller occuper une partie du magnifique bâtiment que le

sieur Brochant, secrétaire du roi, venait de faire construire sur une partie de la rue des Fossés-St-Germain.

20 rnai- — [Nouvelles de Rome concernant ce qui se passait dans le conclave pour l'élection d'un nouvetu pape.]

25 mai. — Ce jour, entre 7 et 8 heures du soir, le Roi arriva au cliâteau de Bellevue pour y souper, après avoir entendu le salut dans la chapelle du château de Versailles ; Il avait invité à ce souper un grand nombre de seigneurs et huit dames de la cour, à ce qu'on disait pour consoler un peu la Ctesse du Barry qui, dans une colique violente dont elle avait été attaquée, lui avait fait des plaintes amères par le mépris que les dames de la cour lui témoignaient. On remarqua parmi les seigneurs invités, le prince de Soubise, le duc de Gontaut, le duc de Choiseul, ministre et le C^c de St-Florentin, ministre.

25 mai. — [Un particulier paralytique depuis 7 ans, demeurant rue de la Harpe miraculeusement guéri à la procession du St-Sacrement de la paroisse de St-Côme.

29 mai. — Ce jour, il me tomba entre les mains un exemplaire imprimé du compliment des habitants de Saint-Cloud, à IMgr le duc et à M"ie la duchesse de Chartres, le jour de leur arrivée au dit lieu qui était le 24 avril précédent. Ce compliment avait été composé en fort peu de temps par M. Christophe-Barthélémy Mayer, licencié en théologie de la Faculté de Paris et curé en possession civile, lequel n'avait pu se refuser aux pressantes et vives sollicitations de ces habitants de devenir l'interprète de leurs sentiments pour le prince et la princesse, sentiments qu'il partageait avec eux. Ce compliment parut plaire beaucoup à M. le duc d'Orléans, ainsi qu'à M'"° la duchesse de Chartres qui se le firent lire plusieurs fois.

29 mai. — [La Gazette de France annonce la proclamation du cardinal Ganganelli, élu pape sous le nom de Clénaent XIV. Le sieur de Marville, conseiller d'Etat, est nommé pour remplacer le sieur Gilbert de Voisins dans les opérations de la commission contre les moines. — Parti pris et arrêté au bureau de la Ville de supprimer les maisons de dessus les ponts. — Compliment des habitants de St-Cloud à la duchesse de Chartres ; deux lettres, l'une du sieur de Sartine et l'autre d'un écolier pensionnaire au collège de jMontaigu, adressées au sieur Mayer, curé de St- Cloud, en possession civile, auteur de ce compliment.]

4 juin. — Le nonce du pape (Giraud) officia pontificalement en l'église des Cordeliers du grand couvent, à la messe solennelle

et au Te Deum que ces religieux faisaient célébrer en actions de grâces et pour se réjouir de l'exaltation du cardinal Ganganelli, religieux de leur ordre, au pontificat.

8 juin. — Le bruit court à Paris que le nouveau pape était mort subitement, ce bruit se maintient pendant plusieurs jours, on débitait même que le nonce ne recevait aucune nouvelle de Rome. On assura que ce qui avait donné lieu à ce bruit c'était l'annonce que le Roi avait faite un jour à son lever de la mort du nommé Lepape, soldat décédé aux Invalides âgé de 100 ans.

9 juin. — Ce jour, sur le soir, M. le duc d'Orléans tomba de cheval, en chassant le cerf au Raincy, autrement dit à Livry, nouvelle terre dont il venait de faire acquisition ; on envoya un courrier à M™e la duchesse de Chartres qui était du voyage de Marly. La princesse vient à Paris le lendemain matin et retourna le soir à Marly, ce qui annonça que la chute n'avait point été grave et n'avait eu aucune suite fâcheuse.

A peu près vers le même temps, on avait appris aussi que le prince Louis de Rôhan, épêque in partibus, et coadjuteur de l'évêché de Strasbourg, avait eu un os de la cheville du pied cassé à la chasse d'un coup de pied de cheval, et que quoique cet os eut été parfaitement bien remis, il ne laisserait pas de boiter un peu le reste de ses jours.

10 juin- — [Arrêt de la Chambre de la Tournelle contre l'abbé Lovitte, chanoine de St-Cloud, pour sévices sur un maçon.]

17 juin. — • [Procès-verbal et lettre adressée au Roi par les conseillers du conseil souverain du Port au Prince. — Lettre du Parlement de Bordeaux pour appuyer les plaintes des membres de ce conseil.]

24 juin. — [Lettre venue de Rome contenant des notices sur le caractère du pape Clément XIV.]

26 juin- — [Mort et inhumation de l'abbé Mancel, chapelain de l'église de Paris.]

27 juin- — [Le domestique du sieur Caqué, architecte, pendu à la Croix-du-Trahoir, pour avoir volé son maître.]

28 juin. — Ce jour, il se répand que les religieuses de l'Hôtel Dieu tenant leur chapitre pour l'élection d'une prieure, les trois années de la mère de Lamarre qui gouvernait pour lors étant expirées, et les suffrages s'étant réunis pour que ladite

mère de Lamarre fut encore continuée pendant trois ans, les sieurs abbé Lucker, grand chantre, et Lucas, chanoine de Notre Dame, supérieurs de cet hôpital, qui assistaient au chapitre étant parvenus, on ne sait trop comment, à changer le scrutin, avaient par ce moyen réussi à en faire élire une autre. Les religieuses qui ne furent pas peu surprises d'une nomination si contraire à leurs vues protestèrent de nullité contre l'élection et, après avoir pris l'avis de plusieurs avocats au Parlement, se déterminèrent à porter leurs plaintes à MM. du chapitre de Notre-Dame, supérieurs nés de leur maison, contre les deux membres de ce chapitre qui avaient tenu une conduite irrégnlière.

Le même jour, on est assuré que le cintre de la voûte du haut perron du magnifique escalier du Palais royal qui n'était achevé que depuis environ un an, menaçait déjà juine, par la faute des entrepreneurs, qu'il était étayé, mais qu'on s'occupait sérieusement des moyens de réparer et effectivement cette réparation fut achevée à la fin de l'été.

Le même jour, messire Sébastien Gex, prêtre licencié ès-lois, ancien syndic de la chambre ecclésiastique et ancien promoteur général du diocèse, nommé en 1740 curé de la paroisse de St- Pierre aux-Bœufs, en la Cité, attaqué de paralysie depuis plusieurs années et âgé d'environ 75 ans, meurt en sa maison presbitérale ; il n'est inhumé que le samedi suivant l^r juillet à 11 heures du matin dans le lieu de la sépulture ordinaire des curés de cette paroisse. M. l'archevêque de Paris, collateur de cette cure, et assez heureux pour n'être pas même gêné dans son choix par les grades qui n'ouvraient que le !«'' juillet, nomma à sa place le premier vicaire de la paroisse de St-Nicolasdes-Champs, nommé Brières.

2 juillet- — [Nouvelles de Bretagne concernant le rétablissement projeté du Parlement de cette province. — Requête présentée par les curés et paroissiens des églises de St-Benoît, St-Médéric et Ste-Opportune, pour la translation des chapitres, publiée et affichée.]

3 juillet. — On est assuré par la Gazette de France que M. le marquis d'Aubeterre, ambassadeur à Rome, avait eu du pape son audience de congé, qu'il se préparait à revenir en France et que le cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, était nommé pour le remplacer.

On est également assuré par la même Gazette de la conquête de l'île de Corse faite par M. le O^ de Vaux, lieutenant général Mes Loisirs. Tome 1. 10

des armées du Roi, parti, il y avait environ 4 ou 5 mois, pour commander aux lieu et place de M. de Marbeuf ; que cette conquête ne coûtait à la France que 11 officiers et 80 soldats de tués, 20 officiers et 100 soldats blessés, et que le fameux Paoli, chef des rebelles, s'était sauvé sur une frégate anglaise et était débarqué à Livourne.

4 juillet. — Par arrêt du Parlement rendu, Grands Chambres de Tournelle assemblées, le 0**= et la O^^^^ de Louanne (1) sont condamnés à avoir la tête tranchée et leur fils à un plus amplement informé d'un an et garder prison, pour avoir fait rébellion à main armée, étant à leur château près Montargis, contre les huissiers et cavaliers de la maréchaussée envoyés pour exploiter et saisir chez eux. Il y avait eu de leur part trois personnes de tuées et leur cocher, qu'ils avaient placé en embuscade au dehors du château et qui avait tiré un coup de fusil, lequel avait raté, avait aussi été tué par les archers. Ils étaient prisonniers à la Conciergerie depuis plus de 18 mois. Aussitôt l'arrêt rendu, ils furent mis au secret et l'on renvoya le domestique qui les servait. M^ Darigrand, avocat au Parlement, avait fait pour leur justification un mémoire imprimé qui, quoique écrit dans le plus beau style, leur fut plus préjudiciable qu'utile en ce qu'il s'avisa de mettre en cause le fermier du bail judiciaire, qui fournit la preuve de 12 rebellions faites à main armée en différents temps dont il administra les procès-verbaux. Heureusement pour eux qu'une personne qui se donna sur le champ les plus grands mouvements, ayant découvert que le roi était ce jour-là au château de St-Hubert avec la Ct^sse (j^ Barry, eut recours à la C'e^s*^ de Béarn qui s'étant rendue fort promptement à St-Hubert, usa de scn crédit et de celui de la C'^^^*^ du Barry auprès du Roi et obtint de S. M. des lettres de surséance indéfinie qui furent apportées au procureur Guidol dans la nuit même. Le chancelier de Maupeou, qui était leur parent et qui sans doute ne voulait point paraître contribuer à leur procurer grâce, avait fait fermer sa porte et refusant d'écouter aucunes sollicitations. On se flattait d'obtenir sous peu une commutation de peine par le moyen de M™^ la C^esse du Barry. Effectivement

(1) Sur cette affaire criminelle et sur le rôle que joua M™» Du Barry dans la remise de la peine capitale dont les coupables avaient été frappés, Toyez C'h. Vatel, Histoire de M"« Du Barry, tome l", pp. 241-253. Le Téritablenom de cette famille était Du Pé de Louesme et non de Louanne, «omme l'a écrit Hardy.

on assura quelque temps après qu'ils avaient été conduits à la citadelle de Besançon par des ordres du Roi.

5 juillet. — Le Roi se rend du château de St-Hubert à l'Ecole militaire et fait entre 5 et 6 heures du soir la cérémonie de pose de la première pierre de l'église qu'on y élevait. S. M. est reçue par M. l'archevêque de Paris, à la tête des ecclésiastiques, docteurs de Sorbonne, préposés à la desserte de cette école, et part de là pour Choisy où elle devait demeurer jusqu'au vendredi suivant.

7 juillet. — M. Bertin, ministre et secrétaire d'Etat, se transporte en l'église de Notre-Dame, où il est reçu par les doyens et les chanoines pour y voir la nouvelle décoration de tout l'espace d'entre les deux portes collatérales de l'archevêché et du cloître totalement réparé en marbres noir et blanc, provenant de la carrière du Bourbonnais (commencée à exploiter en 1760, suivant les conseils du sieur Soufflot, architecte) donnés par le Roi et pour faire la comparaison de ces marbres avec ceux de la chapelle St-Denis qui venaient d'être remis à neuf.

8 juillet. — M. le C^^ de St-Florentin, M. Bertin et M. l'archevêque de Paris posent la première pierre du bâtiment de la communauté des prêtres de la paroisse de St-Laurent à Paris qu'on construisait près du presbytère, dans la grande rue du faubourg.

10 juillet- — [Le cuisinier de la cuisine des officiers de l'Hôtel-Dieu pendu en place de Grève pour vols considérables faits dans cette maison.

— Le duc de Duras part pour Rennes, cliargé de mettre à exécution un nouveau plan d'arrangement pour les affaires du Parlement. — Refus de sacrement fait d'abord au C"= d'Harcourt par le curé de St-Sulpice, sur ce qu'il allait à confesse au sieur abbé Tandeau ; comment ce curé se détermine enfin à administrer ce seigneur.]

13 juillet- — [Arrêt rendu en la Chambre de la Tournelle du Parlement dans l'affaire du sieur de La Luzerne et du sieur de Lamangerie. — • Remontrances de l'archevêque de Paris au Roi contre l'administration du collège de Louis-le-Grand.]

16 juillet- — [Démarches du sieur Mayer, curé de St-Cloud, en possession civile, et des marguilliers auprès du doyen du cliapitre de ce même lieu. — L'archevêque de Paris donne la confirmation à St-Séverin.

— Bruits d'une lettre adressée par le pape Clément XIV à toutes les puissances.]

21 juillet. — Ce jour on est informé par des lettres particu-

lières arrivées de Bretagne que le Parlement était totalement réintégré, que le samedi précédent 15 du même mois il avait repris l'exercice de ses fonctions au grand contentement de toute la province et en particulier des habitants de cette ville qui avait donné dans cette circonstance si intéressante pour eux les témoignages les plus éclatants de leur joie et de leur satisfaction ; que MM. de la Gascherie, Picquet de Montreuil et de Kersalaun, rappelés de leur exil, étaient aussi rentrés au parlement; mais que, quand à MM. .de la Chalotais père et fils, procureurs généraux, ils étaient toujours à Saintes, lieu de leur exil, attendu qu'ils avaient cru devoir ne point souscrire aux propositions qui leur avaient été faites par la cour, imaginant peut-être avoir tout à craindre de leurs ennemis s'ils venaient à se dépouiller eux-mêmes de leur état, en donnant leur démission. Les mêmes lettres portaient qu'à l'arrivée de M. le duc de Duras à Rennes, comme on savait qu'il était porteur de la nouvelle du rétablissement du Parlement, le peuple était allé au devant de lui et avait voulu dételer les chevaux de son carrosse pour le traîner lui-même ; qu'il y avait eu des illuminations dans toute la ville et que comme ceux des magistrats non démis connus et qualifiés sous le nom des Ifs n'avaient point illuminé, le peuple les avait menacés de mettre le feu à leurs maisons s'ils n'illuminaient pas comme tout le monde, mais qu'à peine avaient-ils fait placer des lumières qu'on les forçait de les éteindre en leur disant qu'ils n'étaient pas dignes de participer à la joie publique.

23 juillet- — [Nouvelle démarche du sieur Mayer, curé de St-Cloud, en possession civile et des marguilliers au sieur Lafont, doyen du chapitre, pour parvenir à un accorderaent.]

28 juillet- — [Nouvelles de Rome relatives à la société des Jésuites. — Les chanoines de St-Benoît et ceux de St-Médéric appellent comme d'abus de l'ordonnance de l'archevêque concernant leur séparation d'avec les paroisses ; demande formée par ceux de Ste-Opportune. — L'abbé Galliot, prêtre du diocèse de Nantes, à qui l'on avait refusé l'année dernière les sacrements à St-Séverin, administré par l'abbé Jouannot, prêtre interdit de la même paroisse. — Consultation d'avocats à l'occasion de l'interdit d'un vicaire de la paroisse de Dunkerque par l'évêque d'Ypres. — Déclaration du Roi enregistrée au Parlement portant règlement pour les nourrices et pour les bureaux de recommandaresses. — Publication de nouvelles lettres patentes du Roi concernant l'insinuation de tous dons en cas de survie faits dans les contrats de mariage.]

I^"' août. — [Les curés et marguilliers de la paroisse de St-Séverin gagnent leur procès contre les curés et marguilliers de celle de St-Sulpice pour le terrain des Chartreux et une portion de la rue d'Enfer.]

2 août. — M. l'archevêque de Lyon, primat de France, qui était arrivé à Paris le 6 février précédent et dont on distribuait le portrait gravé par Littret dans le goût du beau Vintimille de Drevet, part de son abbaye de St- Victor pour se rendre à Lyon, d'où il devait revenir à Paris après la St-Martin.

2 août- — [Jugement du bailliage du Palais en faveur du curé de l'Ile St-Denis.]

4 août- — [Les nommés Bompart et Dumay rompus vifs en place de Grève pour assassinat prémédité. • — Le grand chantre de l'église de Paris se désiste de sa supériorité de l'Hôtel-Dieu.]

9 août. — Ce jour, entre 10 et 11 heures du soir, un orage sec et furieux s'annonça par des éclairs considérables et dura une grande partie de la nuit. Les coups de tonnerre furent si prodigieux que personne ne se souvenait d'en avoir entendu d'aussi violents. Le tonnerre tomba au moins en cinq ou six endroits, soit au château, soit au parc St-Cloud, où j'étais pour lors à la campagne, rue des Ursulines, maison de la demoiselle Barat, entre autres, sur la cheminée de l'appartement du sieur Liébaut, contrôleur des Menus de M. le duc d'Orléans, dans le corps de bâtiment qui tient au manège ; il renversa cette cheminée en grande partie, pénétra ensuite dans l'appartement où il fendit une glace et brisa quelques porcelaines ; de là passa le long de l'avenue du château, où il maltraita plusieurs arbres, les dépouilla en partie de leur écorce et gratta un peu la terre au pied de chacun de ces arbres. Il tomba encore sur un autre arbre dans le chemin qui conduit au Mail et ne fit pas d'ailleurs grands dégâts. Il tomba aussi dans une des cheminées du sieur Boizart, concierge du château, bâtiment du commun, passa de cette cheminée dans celle de l'appartement du sieur Aubin, écuyer cavalcadour, passa sur son lit où il était couché avec son épouse, y laissa beaucoup de sable et de gravier et en fut chassé par la couverture que le sieur Aubin eut la présence d'esprit de lui jeter, ce qui fut cause qu'il reprit le chemin par lequel il était venu, sans faire de mal à personne. On sut le lendemain matin qu'il était encore tombé à Passy sur l'église, qu'il avait emporté la dorure de tout un côté du tabernacle, fondu deux chandeliers de cuivre et transporté un autre chandelier fort loin de sa place.

qu'il avait brûlé une partie du parement du maître-autel, et qu'on évaluait tout son dégât à 1000 ou 1200 livres.

9 août. — [Différentes circonstances du rétablissement du Parlement de Bretagne extraites de plusieurs lettres arrivées de Rennes.]

12 août- — [La dame de Sesmaisons, prieure du prieuré de St-Nicolas de Pontoise, obtient une lettre de cachet contre une de ses religieuses.]

14 août. — On est assuré que le nommé Ormansay, maître cordonnier et colporteur de livres, qui avait été constitué prisonnier au château de la Bastille le 13 décembre de l'année dernière, pour l'impression et distribution du procès de MM. de La Chalotais et autres, (3 vol. in-12), était enfin élargi depuis quelques jours,

18 août. — [Mort du sieur de Latosse, curé de St-Hyppolite, remplacé par l'abbé Brute, doyen de St-Fargeau (Yonne), neveu du curé de St-Benoit. — Un jeune cordonnier rompu au pont de Chatou pour vol de grand chemin.]

1 9 août. — Un de messieurs dénonce au Parlement, chambres assemblées, l'arrêt du Conseil d'Etat du Roi, rendu depuis peu, lequel portait suspension du privilège exclusif delà O" des Indes pour le commerce pendant un temps illimité, permettait à tous les négociants de faire le commerce de cette compagnie et néanmoins maintenant en place, jusqu'à nouvel ordre, toutes les personnes employées dans les différentes colonies et dans les différents comptoirs, sur quoi l'on arrête qu'il serait tenu à la grand-chambre le lundi suivant une assemblée de commissaires à laquelle seraient mandés les directeurs de la dite compagnie à l'effet d'être entendus.

Le même jour, il se répand que le Roi venait de faire adresser au Parlement de Bretagne des lettres patentes et un arrêt du Conseil qui déclarait les sieurs de Caradeuc de La Chalotais père et fils, Picquet de Montreuil, Charette de La Gascherie, Euzemon de Kersalaun et Charette de La Colinière, magistrats de ce Parlement, faussement accusés et les déchargeait de l'accusation ; que le même arrêt du conseil cassait l'arrêt de ce parlement rendu avant la réunion de ses membres contre la dame Moreau et son fils dans l'affaire concernant la gravure des Ifs et l'empoisonnement projeté contre M. de La Chalotais père et condamnait le sieur Desfourneaux en tous les dépens, et de plus évoquait l'affaire au conseil quant au fond. On ignorait

ce qui avait été décidé par rapport au sieur abbé Clemenceau, prêtre, ex-jésuite, supérieur de l'hôpital de St-Méen à Rennes, en faveur du quel il s'était distribué dans le public un mémoire à consulter, délibéré à Paris le 10 juillet précédent, de 254 pages in-4, imprimé chez Lebreton, rue de la Harpe, signé de sept avocats au Parlement, MM^s Gilet, Rigaud, bâtonnier. Cellier, Muyart de Vouglans, Thévenot, d'Essaules, Delaune et Caillard. Ce mémoire tendait à maintenir le bien jugé de l'arrêt de la chambre des restes du Parlement de Bretagne contre la veuve Moreau et son fils.

31 août- — [Deux particuliers justiciés au village et dans la place près le pont de Sèvres. — Arrêt du Parlement de Rouen contre les auteurs de l'assassinat du C^ de Réville, publié à Paris.]

P^ septembre. — On apprend que la fille de M. de La Chalotais fils, âgée de 4 ans, s'était jetée aux pieds de M^^^ la duchesse de Duras, la priant de vouloir bien employer ses bons offices auprès du Roi pour procurer le retour de son grand-papa et celui de son papa, qu'elle n'avait pas encore eu le bonheur de voir depuis sa naissance, et que M^^ de Duras lui avait répondu : « Ma petite, j'espère que vous aurez dans peu cette satisfaction ».

4 septembre. — Ce jour, on fait l'ouverture de cinq bureaux établis aux abords du Pont-Neuf, où l'on fournit au public des parasols pour être à l'abri du soleil en passant ce pont. On donnait pour chaque parasol 6 deniers qu'on payait en le prenant et on le rendait à l'autre bout du pont. Deux de ces bureaux étaient sur la place des Trois-Maries, l'un à droite, et l'autre à gauche, un devant la statue de Henri IV et deux au coin de la rue Dauphine. La direction de cet établissement nouveau, dont le bureau était rue St-Denis près la rue du Hurleur, au Magasin d'Italie, se proposait de n'employer à cette distribution que des gens honnêtes et attentifs à servir le public. Si l'établissement plaisait, la direction était autorisée à en former de semblables au Pont-Royal, à la place Louis XV et aux autres endroits où on le jugerait nécessaire.

5 septembre. — [Ouverture du chapitre général tenu aux Cordeliers du grand Couvent par ordre du Roi.J

14 septembre- — [Ouverture du chapitre général des chanoines réguliers de la congrégation de Ste-Geneviève, convoqué par ordre du Roi.]

16 septembre. — Ce jour, on commence à distribuer des parapluies aux gagne-deniers, au l:)ureau de la direction, rue St- Denis ; ces parapluies étaient de tafîetas vert et numérotés, on devait cesser le lendemain le service de ces parasols pour le Pont-Neuf et ne le reprendre qu'à la belle saison. En établissant ces parapluies publics pour la nuit comme pour le jour, on se proposait de procurer aux habitants une commodité de plus dans la ville et aux gagne-deniers, une facilité de gagner leur vie. Ceux de ces derniers qui devaient porter des parapluies pendant la nuit devaient les tenir du bureau de la direction où ils devaient être enregistrés par signalement, noms et demeures, ainsi que chez le sieur Heancre, inspecteur de police, et au bureau de la Sûreté. Ils devaient aussi porter une petite lanterne sur la porte de laquelle serait découpé le numéro du parapluie, non pour servir de falot, les lanternes à réverbère étant plus que suffisantes, mais pour qu'on puisse reconnaître le porteur du parapluie.

19 septembre. — Le Roi allant de Versailles à Choisy et passant par le château de Bellevue pour voir à quoi en étaient les travaux qui avaient été commencés dès l'année dernière, et qu'a avait déjà visités à son retour de Compiègne, n'y ayant point trouvé d'ouvriers et ayant témoigné sa surprise au gouverneur, il lui fut répondu que les ouvriers s'étaient retirés, attendu qu'on ne les payait pas, à quoi le Roi n'avait pas répliqué un seul mot et avait continué sa route pour Choisy.

24 septembre- — [Gênée de Brochot, procureur général des requêtes de l'Hôtel, arrêté et conduit à la Bastille pour un mémoire remis à Mme Du Barry contre Maynou d'Invau. — Arrêt du Parlement de Grenoble crié à Paris contre un Conseiller de ce Parlement qui avait assassiné un officier en se battant en duel avec lui.]

27 septembre. — Ce jour, le P. Duboc, prieur du collège des Prémoutrés de la rue Hautefeuille depuis 1756, et oncle paternel de mon épouse, reçoit par la poste et sous le timbre de la viille d'Amiens, une lettre soi-disant adressée par les Jésuites au pape Clément XIV. On lisait à la suscription de cette lettre, moins spirituelle que singulière, dont ce prieur avait eu d'abord l'idée de déposer l'original entre les mains de M. le lieutenant de police et que des vues de prudence le déterminèrent ensuite à anéantir par le feu : à Monsieur, Monsieur le prieur des Grands Prcmontrés de la rue Hautefeuille, à Paris.

30 septembre. — Ce jour, on apprend que le jeudi précédent, dans la soirée, le corps de très haut et très puissant seigneur, Michel-Ferdinand d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes, pair de France, chevalier des ordres du Roi, lieutenant général de ses armées, gouverneur et lieutenant général pour S. M. en la province de Picardie, Pays reconquis et d'Artois, gouverneur particulier des villes et citadelles d'Amiens et de Corbie, capitaine lieutenant des chevaux-légers de la garde du Roi et honoraire de l'Académie royale des sciences, décédé, âgé de 55 ans, après une maladie d'environ 2 mois, avait été présenté le jeudi en l'église de St-Jacques-du-Haut-Pas sa paroisse, dont il était marguillier d'honneur depuis environ 7 mois et ensuite transporté en celle de St-Sulpice, où il avait été inhumé dans la sépulture de sa famille, et que son cœur avait aussi été transporté le lendemain chez les religieuses Carmélites, de la rue Chapon, au Marais. Ce Seigneur, édifiant et beaucoup plus distingué par sa piété que par ses titres et sa haute naissance, occupait depuis fort peu de temps un hôtel qu'il venait de faire construire rue d'Enfer, sur un terrain appartenant aux religifjses Carmélites, qu'il avait pris à bail emphytéotique sur sa tête et celle de son épouse, par continuation du bail précédemment fait au sieur de Lafrenaye. Il avait pris beaucoup de chagrin de la mauvaise conduite du duc de Pecquigny, son fils, qui par ses écarts multipliés, avait encouru la disgrâce du Roi, dont il s'était montré peu jaloux de mériter les bontés, ce qui l'empêcha de pouvoir succéder à son père dans aucune de ses places, quoiqu'il eût épousé une Chevreuse, car, on fut assuré par la Gazette de France du vendredi 29 septembre, que le duc d'Aiguillon, ce seigneur qui s'était rendu si odieux dans toute l'afîaire de Bretagne avait eu l'agrément du Roi pour l'acquisition de la charge de capitaine lieutenant des chevaux-légers de la garde de S. M., moyennant la somme de 1.300.000, sur la démission qui en avait été faite par le duc de Chaulnes la veille de sa mort, et que le C^*^ de Périgord avait obtenu le gouvernement de Picardie.

30 septembre- — JLettre circulaire du lieutenant de police aux curés de Paris, par rapport à l'enlèvement des pauvres. — On cesse de les enlever.— Mort et inhumation du duc de Chaulnes par le curé de St-Jacquesdu-Haut-Pas qui fait un discours au transport de son cœur et de son corps. J

3 octobre. — [Arrêt de la Chambra des vacations du Parlement dans l'afîaire du curé de l'île St-Denis.J

5 octobre. — Le Roi qui était arrivé la veille au château de Fontainebleau avec toute la Cour, soupe pour la première fois chez la C'esse du Barry qui venait, suivant le bruit public, de refuser les honneurs du Lou\Te qui lui avaient été offerts, disant que son mari était assez distingué par sa naissance pour qu'elle ne dût les accepter que comme duchesse.

6 octobre- — [Mort et inhumation de l'abbé Dagoult, doyen de l'église de Paris.]

12 octobre. — [Bruits fâcheux répandus dans le public sur la solvabilité du sieur Joly de Fleury, troisième avocat général du Parlement.]

13 octobre, — On fait courir le bruit que M. le duc de Duras commandant pour le Roi dans la province de Bretagne, venait de partir pour Fontainebleau, très disposé à faire les derniers efforts pour procurer le rappel de MM. de La Chalotais qui continuaient toujours à être retenus à Saintes par ordre du Roi.

Le même jour, on apprend qu'on venait d'exhumer depuis peu de jours et qu'on venait de porter à St-Cosme tous les corps inhumés dans le caveau de la chapelle du collège de Grandmont, dit autrefois le collège Mignon, qu'on venait d'ôter aux religieux Grandmontins, sécularisés en vertu des arrangements faits par la commission établie pour la réforme des ordres religieux, et dont le Roi avait accordé la jouissance au collège de Louis-le-Grand par lettres patentes données à Compiègne le 25 juin précédent et enregistrées au Parlement le 14 juillet aux conditions y portées. Le sieur Simon, imprimeur du Parlement, demeurant rue de la Harpe, venait d'acheter ce collège, pour en avoir la possession pendant sa vie, et ses héritiers dix ans après sa mort, moyennant une somme de 30.000 livres comptant qu'il s'engageait de payer à l'Université avec une rente annuelle de 1.600 livres pour forme de location, s'obligeant à faire à ses frais tous les arrangements et toutes les réparations qui lui seraient nécessaires. Il avait fait choix de la chapelle pour y établir son imprimerie, et en conséquence, on en avait détruit tous les ornements pour la séparer en deux et y construire un plancher qui put former un rez-de-chaussée et un premier étage ; cette chapelle, qui n'était construite que depuis environ 25 ans, était des mieux décorées et l'on murmurait beaucoup d'une métamorphose si singulière.

15 octobre. — Ce jour, M™^ la duchesse de Chartres est ino-

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culée au château de Raincy, par M. Tronchin, médecin de M. le duc d'Orléans ; cette inoculation ne produit pas grand'chose, la princesse a très peu de boutons et donne de l'inquiétude pendant un seul jour. Tout le monde, maîtres et domestiques, est nourri dans le château, et personne n'en sort tant que dure le traitement.

15 octobre- — [L'abbé Maupoix est nommé desservant de la paroisse St-Séverin, aux lieu et place du sieur abbé Gérard qui retourne à St- Cosme.]

16 octobre. — Le feu prend vers midi au village de Chaillot dans la grange du fermier décimateur du curé du lieu ; cet incendie consume trois maisons et tous les bâtiments de ce fermier, le feu brûle pendant 5 jours et on a toutes les peines du monde à l'éteindre. On prétendit qu'il avait été brûlé pour 22.000 livres de blé, et que le curé perdait pour sa part environ 500 écus de sa disme ; ce curé, nommé de Besnières, docteur de la maison et société de Sorbonne, se comporta très bien dans cette circonstance, il travailla lui-même au feu et encouragea les ouvriers en leur distribuant de l'argent et des vivres. Tout ce qu'on put savoir de la cause de cet incendie, ce fut qu'on disait avoir vu vers 10 heures du matin, le même jour, un particulier vêtu d'une veste grise et portant un bonnet blanc, lequel de dessus une meule de blé avait jeté quelque matière combustible qui avait excité l'embrasement peu de temps après.

20 octobre. — Ce jour, on est instruit que M. l'Archevêque de Narbonne (Dillon) dînant à Athis, près Choisy-le-Roi, le lundi 9 du même mois, dans la magnifique maison de campagne de M. de Mazade, trésorier général des pays d'Etat, avait dit à table et dans une nombreuse assemblée, que le Parlement de Rennes, après la rentrée, adresserait au Roi de nouvelle remontrances pour demander le rappel de MM. de La Chalotais, que ces remontrances auraient leur eflet et qu'aussitôt que les procureurs généraux seraient rétablis par S. M., ce Parlement rendrait de vigoureux arrêts contre les membres des ci-devant soi-disant Jésuites qui sont encore dans la province de Bretagne.

20 octobre- — [Femme pendue au petit Montrouge comme complice 4« l'assassinat prémédité commis envers son mari sur le chemin de Bourg-la-Reine.J

22 octobre. — [Lettre de cachet signifiée au curé de l'île St-Denis.]

23 octobre- — [Prise de possession du nouveau général de l'Ordre de Prémontré ; il est béni par l'évêque de Cydon.]

24 octobre. — M. l'archevêque de Paris se rend de son château de Conflans au séminaire St-Magloire, faubourg St- Jacques^ tenu par les prêtres de l'Oratoire, pour y officier pontificalement à l'occasion de la fête patronale. Le P. Lavalette, général des Oratoriens, et âgé de 92 ans qui s'y était rendu aussi de la maison de St-Honoré, peu de temps auparavant, va au devant de l'archevêque dans le corridor qui conduit à la porte d'entrée ; ce prélat le gracieuse beaucoup et le soutenant de son bras lui dit obligeamment : « Je suis le plus jeune, c'est à moi à vous donner le bras ».

26 octobre. — Les opérations du chapitre des chanoines réguliers de la congrégation de France, dite de Ste-Geneviève, convoqué par ordre du Roi et qui avait commencé le 14 septembre précédent, en présence de M. l'archevêque d'Arles (de Jumilhac) et de M. l'abbé Champion de Cicé, commissaire de S. M., se trouvant achevées, ces religieux s'étant assemblés, en la manière accoutumée, vers 9 heures du matin, à l'efïet de procéder par ordre de scrutin secret à l'élection d'un abbé et supérieur général ; le R. P. Etienne Vialet qui l'était déjà depuis 3 ans, se trouva élu par continuation pour 3 autres années au premier scrutin à la pluralité de 26 voix, ce qui formait l'unanimité.

30 octobre. ■ — On apprend que le chevalier du Barry, beaufrère de la comtesse et celui qui la guidait dans toutes ses démarches, avait été écarté de la Cour par des ordres du Roi, qui lui enjoignaient de n'y plus paraître à l'avenir. On débitait à l'occasion de ces ordres l'histoire suivante : savoir, que la comtesse ayant demandé au Roi une somme de 600.000 livres, soi-disant pour payer ses dettes, et S. M. ayant demandé cette somme au contrôleur général (Maynon d'invau), le duc de Choiseul qui en avait été informé, s'étant procuré les preuves incontestables que ces 600.000 livres n'étaient nullement destinées à la comtesse, mais au chevalier, son beau-frère, avait mis ces preuves sous les yeux du Roi qui en avait été indisposé au point de faire expédier sur le champ les susdits ordres.

31 octobre. — [L'ancien évêque de Troyes jPoncet de la Rivière], doyen du cliapître de St-Marcel, est envoyé par le Roi dans une de ses alîbayes. — Claude Rivet, curé du petit Gentilly, près Bicêtre, est arrêté dans son presbytère avec sa gouvernante et enfermé à St- Lazare.]

3 novembre- — [Vol fait à un abbé dans l'intérieur des bâtiments de l'abbaye de St- Victor.]

8 novembre. — Ce jour, vers 6 heures du soir, le corps de frère Charles-Alexandre de Grieu, chevalier de l'ordre de St- Jean-de- Jérusalem, ci-devant commandeur des Commanderies de Castres et de St-Maurice et procureur général et receveur du dit ordre au grand prieuré de France, est présenté en l'église de l'abbaye St-Victor, dans l'enclos de laquelle il s'était retiré depuis quelque temps, ayant pris l'appartement qu'y avait occupé avant lui le feu sieur abbé Léonard, et transporté ensuite à Ste-Marie-du-Temple, lieu ordinaire de la sépulture de tous les Maltois. Ce commandeur d'un âge très avancé et qui avait encore pris l'air dans la cour le dimanche précédent, s'étant trouvé fort mal le lundi, on avait été obligé, suivant l'usage qui s'observe à l'égard de tous les membres de l'ordre de Malte, de mettre le scellé avant la mort et aussitôt que le malade est dans le cas de recevoir les derniers sacrements de l'Eglise ; d'avertir le procureur général du dit ordre qui était arrivé le mardi au moment que le commandeur se trouvait un peu mieux, et après avoir fait apposer les scellés dans deux pièces de l'appartement, se disposait à entrer dans celle où il était ; ce commandeur qui avait autrefois rempli les mêmes fonctions, et qui, par conséquent, était bien instruit des règles, ne l'eût pas plus tôt aperçu que s'écriant : « Je suis donc bien mal 1 », il expira sur le champ. Le curé du Temple, à la tête des différents membres de l'ordre de Malte, le curé de St-Jean-de-Latran et autres, s'emparent du corps avant le convoi, suivant l'usage et l'accompagnent jusqu'à l'église, ayant le pas sur le deuil. Après les prières accoutumées, et lorsqu'il fut question de faire le transport, le curé du Temple, qui était déjà en rochet et revêtu de l'habit de l'ordre, prit l'étole en sortant de l'église de St-Victor et monta en carrosse avec le sieur Lallemant, chanoine régulier et curé de l'Enclos, aussi en étole, à qui cependant il donna la droite. Le corps fut placé dans un corbillard à 6 chevaux et conduit à l'église de Ste-Marie-du-Temple où il fut inhumé.

Le corbillard était environné d'un nombre de pau\Tes et de domestiques portant des flambeaux.

10 novembre. — [Nouvelles de Rome sur le parti qu'avait pris le pape Clément XIV à l'égard des Jésuites portugais et espagnols, qui parcouraient l'Italie en habit de Jésuites.]

13 novembre. — [Messe de rentrée du Parlement, autrement dite messe rouge.]

14 novembre. — Ce jour, vers 11 heures du matin, le bruit des cloches de Notre-Dame, petites et grosses, annonce au public qu'il venait d'être procédé à l'élection d'un nouveau doyen du chapitre pour remplacer le feu sieur abbé Dagoult. Messire Claude de Tudert, conseiller clerc en la grand'chambre du Parlement, chanoine et abbé de St-Eloi-Fontaine, ordre de St- Augustin, diocèse de Noyon, venait d'être élu à la pluralité de 43 voix, ce qui formait l'unanimité. Il avait donné sa voix au sieur abbé d'Ormesson, qui avait eu 13 voix lors de l'élection précédente, et qui avait demandé cette fois à n'en avoir aucune. Cet abbé était le troisième doyen de son nom ; il fut installé par M. l'archevêque qui se trouvait pour lors à Paris, dans son palais, et à qui on prétendait que ce choix du chapitre était très agréable. L'abbé Luker, grand chantre, invita le nouveau doyen à dîner chez lui avec environ une douzaine de chanoines, du nombre duquel était l'abbé Janson, souschantre, l'un des plus pacifiques, qui n'avait point mangé chez lui depuis près de 3 ans. Par une conclusion capitulaire du même jour, ce nouveau doyen fut nommé visiteur à l'Hôtel- Dieu avec l'abbé Malavet, chanoine et archidiacre de Josas, aux lieu et place du sieur abbé Lucas, chambrier. On le croyait sans doute capable de rétablir la paix dans cette maison qui était agitée de différents troubles depuis quelque temps.

16 novembre. — Le même jour, on débitait qu'il s'était tenu à Fontainebleau, le samedi 11 et le dimanche 12 du même mois, des conseils extraordinaires où les intendants des finances avaient été mandés et où le contrôleur général avait proposé différents projets tendant à établir de nouvelles impositions et de nouvelles charges. Le Parisien, toujours ingénieux à prévoir et à imaginer de nouveaux malheurs, s'attendait à de nouveaux édits, qu'on disait devoir être présentés au Parlement à sa rentrée ; il se persuadait, sur les bruits les plus va-

gués, qu'il y aurait pour le 1" janvier 1770 un troisième vingtième, une augmentation de 2 sols par livre de sel (en conséquence, on s'étoufïait à la gabelle pour en avoir), que les tontines n'auraient plus aucun accroissement et périraient sur chaque tête par la mort et en la forme de toutes les autres rentes viagères ; que la ville donnerait au Roi une somme de 30 millions, moyennant laquelle le Roi lui abandonnerait toutes les charges et offices sur les parts, dont elle serait obligée de faire le remboursement.

16 novembre. — [L'abbé Couturier, docteur de Sorbonne, ex-chanoine de St-Quentin, interdit de la prédication par l'archevêque de Paris. — Le particulier qui avait été miraculeusement guéri à la procession de St-Cosme le jour de la grande fête du St-Sacrement, mandé et interrogé par l'archevêque de Paris.]

18 novembre. — [Bruit de la découverte d'une Imprimerie clandestine près de Chantilly.]

20 novembre. — Ce même jour, on est instruit par la Gazette de France, que le €*« de Nolivos, maréchal de camp, choisi par le Roi pour remplacer le chevalier de Rohan, en qualité de gouverneur général des Iles-sous-le-Vent, avait pris congé de S. M. et devait partir incessamment pour se rendre à sa destination. Il avait été nommé chevalier grand'croix de l'ordre royal de St-Louis, aux lieu et place du feu chevalier de Guer, mais il ne devait porter les marques de cette nouvelle dignité qu'à son arrivée à St-Domingue. On se réservait à l'égard de ce seigneur d'apprendre du temps si son gouvernement serait plus doux et plus agréable aux habitants de cette colonie que celui du C^^ d'Estaing et du chevalier de Rohan, ses prédécesseurs, qui s'étaient rendus odieux par leur despotisme et leur espèce de tyrannie.

20 novembre. — [Le C^^ d'Harcourt administré une seconde fois par le curé de St-Sulpice ; conduite de ce curé en cette occasion.]

23 novembre. — [Circonstances de la détention du curé de Gentilly qui se répandent dans le public]

24 novembre. — Vers 5 heures du soir, l'archevêque de Lyon, primat de France, qui s'était rendu dans son diocèse le 9 août précédent, arriva en son abbaye de St- Victor, où il devait faire un séjour d'environ 2 mois seulement, étant obligé de repartir à la fin de l'année 1770, pour aller tenir l'assemblé provinciale dans laquelle il devait être pourvu au choix des

députes à l'assemblée prochaine du clergé. C'était de plus à sa province à nommer cette fois-ci un des deux nouveaux agents du clergé, ce qui n'arrive que tous les 40 ans. On sut à son arrivée que l'affaire du sieur Dardet, curé de l'île St-Denis, loin d'être jugée par l'official primatial, comme on s'en était fatté, ne le serait pas encore de sitôt à cause de différentes nullités faites par le procureur de ce curé, qui probablement serait même obligé de faire le voyage de Lyon pour y comparaître en personne.

28 novembre. — Ce jour, le nommé Bonvalet-Desbrosses, banquier, demeurant rue de Thorigny, au Marais, et qui avait été voir la veille un de ses amis auquel il avait dit qu'entre le déshonneur et la mort, il ne connaissait point de milieu, et qui ensuite, étant rentré chez lui, travailla à établir le plus grand ordre dans toutes ses affaires, fit payer toutes les petites dettes criardes qu'il pouvait avoir, et arrangea enfin toutes choses d'une telle manière, que d'un seul coup d'œil il était facile de voir et ce qu'U devait et ce qui lui était dû ; à la présentation qui lui fut faite d'une lettre de change de 30.000 livres qu'il attendait sans doute, et à laquelle il lui était impossible de satisfaire, fit monter dans son cabinet celui qui lui en demandait le paiement et après en avoir fermé la porte, entra dans une pièce voisine dont il ferma également la porte sur lui, et, ayant pris sur le champ un pistolet de chaque main, se brûla la cervelle. Le particulier qui était resté dans le cabinet, entendant le bruit du pistolet et la chute de la personne, appela au secours. On vint et on le trouva étendu par terre ayant seulement un côté de la tête ouvert, parce que l'un des deux pistolets avait porté à faux. Il vécut encore une demi-heure sans connaissance. Après une descente des plus complètes de toute la justice et les formalités requises en pareil cas, il fut inhumé le lendemain à 6 heures du matin assez pompeusement en l'église de St-Gervais, sa paroisse, par un convoi de 40 prêtres. On assura même qu'il y avait eu de la tenture dans l'église. On disait qu'un frère dissipateur qu'il aimait beaucoup et à qui il ne pouvait rien refuser l'avait conduit à ce désespoir par le dérangement qu'il avait occasionné dans ses affaires, en tirant sur lui très fréquemment des lettres de change qu'il payait avec une trop grande facilité.

28 novembre- — [Cause d'état ou réclamation de vœux qui commence

à se plaider à la Grand Chambre par M« Le Blan, avocat du frère Quoinat, religieux de l'ordre de Prémontré.]

I" décembre- — [L'archevêque de Lyon dîne à Conflans chez l'archevêque de Paris. — Un garçon jardinier rompu dans la principale cour du château de Bicêtre pour avoir assassiné un brigadier de la garde de ce château.]

2 décembre. — On apprend par des lettres particulières venues de Brest qu'un gentilhomme anglais, qu'on disait s'appeler lord Gordon, âgé de 22 ans, venait depuis peu d'avoir la tête tranchée en cette ville. Ce gentilhomme avait été envoyé en France par le gouvernement. 11 était chargé de travailler à procurer à sa nation les meilleurs plans des ports de mer et des villes maritimes de notre royaume. 11 s'était faufilé dans les meilleures maisons de la sus dite ville où il jouait gros jeu, donnait des fêtes galantes, et jouissait de l'amitié et de la considération de tous ceux dont il était connu. Sa physionomie était distinguée et intéressante. Le jugement qu'avait prononcé contre lui la commission établie exprès pour lui faire son procès et à ses complices, le déclarait dûment atteint et convaincu d'avoir tramé difîérents projets contre l'Etat, et notamment d'avoir fait différentes démarches et cherché à corrompre un officier pour se procurer le moyen de réussir à mettre le feu au magasin de cordages et de toile à voiles qui est dans la sus dite ville de Brest. Deux de ses complices, condamnés à être pendus par le même jugement, avaient été exécutés le même jour que lui, et un médecin impliqué dans la même affaire n'avait été condamné qu'à un plus amplement informé d'un an et garder prison. Ce jeune gentilhomme avait montré jusqu'au dernier moment le courage le plus héroïque. 11 avait harangué assez longtemps avant son supplice le peuple qui fondait en larmes autour de l'échafaud, avait publiquement déclaré qu'il mourait victime de son amour pour sa patrie et de son dévouement aux intérêts de sa nation qui poussait l'ingratitude à son égard jusqu'à le sacrifier lâchement, en désavouant toute sa conduite. On disait qu'il avait aussi adressé à l'ambassadeur d'Angleterre à Paris une lettre conçue dans les termes les plus forts. Il ne voulut pas souffrir que l'exécuteur le touchât en aucune manière et autrement que pour frapper son coup. Il arrangea lui-même ses cheveux, se banda les yeux d'un mouchoir ; enfin, après avoir dit qu'il allait montrer comment on devait mourir à 22 ans, fit faire des compliments à M. l'intendant de Mes Loisiks. Tome 1. Il

la province de Bretagne, chef de la commission qui l'avait jugé el condamné, et reçut le coup de la mort. (1).

4 décembre- — [Continuation de la plaidoirie de M^ Le Blan à la Grand- Chambre dans la cause en réclamation de vœux du frère Quoinat.J

5 décembre. — Le Roi vient incognito sur le soir du château de la Muette au Palais-Royal pour y voir la nouvelle salle d'opéra qu'on avait illuminée et disposée exprès pour recevoir Sr M. On devait, disait-on, commencer à représenter dans cette salle au mois de janvier suivant. Le Roi, après avoir pris quelques rafraîchissements chez le duc d'Orléans, retourna coucher au château de la Muette, d'où il ne se rendit que le lendemain soir à Versailles, après avoir chassé dans le bois de Boulogne. On assurait que les mousquetaires et toute la maison du Roi avaient été commandés pour que le Roi vint ce jour-là tenir au Palais son lit de justice pour y faire enregistrer de nouveaux édits ; mais que sur les représentations du chancelier qui était allé exprès au château de la Muette pour dire au Roi qu'il n'avait pu signer des édits qu'on ne lui avait pas donné le temps d'examiner. S. M. avait consenti de différer.

Le même jour Edme-Jean- Jacques Severt, doyen des conseillers de la grand'chambre du Parlement, décédé les jours précédents, âgé de 88 ans, est inhumé à 7 heures du soir en l'église royale de St-Louis-en-l'Isle, sa paroisse. Il n'y eût que 4 procureurs qui assistèrent au convoi de ce magistrat qui s'était toujours montré très attaché à la société des ci-devant soi-disant Jésuites et qui avait même été membre de leur congrégation. Il avait été rapporteur du procès de Robert- François Damiens, avec M. Pasquier en 1757, de ce monstre qui avait osé attenter à la vie de Louis-le-Bien-Asmé ; il assistait encore à toutes les audiences l'année qui précéda celle de sa mort, au moyen de laquelle M. Fermé, magistrat qui jouissait d'une certaine considération et reçu conseiller au Parlement en 1708, se trouvait doyen de la Grand'chambre.

S décembre-— [M^ Vermeil plaide en la Grand-Cliambre dans la cause

(1) Prosper Levot a publié dans le Bulletin de la Société Académique de Brest, t 'ine I*"" (1858), pp. 295-360, un travaU sur Ze Procès d'Alex. Gordon, espion anglais décapité à Brest en 1769. Les Rlénioires secrets, dits de Bachaumont, ont eni'egistré tour à tour (22, 27 et 31 décembre 1769) un quatrai-.i en forme d'épitaphe attrib, é à Gordon lui-même, un court plaidoyer remis par lui à son juge et une lettre écrite à son frère quelques heures avant l'exécution ; l'authenticité de ces documents est au moins douteuse.

en réclamation de vœux pour le père du réclamant. — Assemblée des Chambres du Parlement, arrêt rendu relativement aux troubles excités dans la maison de l' Hôtel-Dieu à l'égard des religieuses.]

6 décembre. — [L'archevêque de Paris offre à l'abbé Liévain un bénéfice plus considérable que la cure de Brie-Comte-Robert, déclarée vacante et impétrable par sentence du bailliage de cette ville.]

7 décembre. — Le corps de Messire Henri-Claude, O^ d'Harcourt, lieutenant général des armées du Roi, décédé le 2 du même mois, âgé de 65 ans, en son hôtel, rue de Bourbon, faubourg St-Germain, dans les plus grands sentiments de piété, après avoir été éprouvé par la plus longue et la plus douloureuse maladie, est présenté d'abord en l'église de St-Sulpice et transporté ensuite à celle de Notre-Dame où il est déposé à 7 heures du soir, dans le caveau de la chapelle concédée par délibération du chapitre au feu abbé duc d'Harcourt, qui avait été doyen, pour sa sépulture et celle de toute sa famille. Le duc d'Harcourt son frère, chevalier des ordres du Roi, était le premier du deuil qui était composé de plusieurs autres personnes de distinction. Ce convoi faisait le plus bel effet du monde dans l'église Notre- Dame à cause de la prodigieuse quantité de lumières. La maladie de ce seigneur qui allait à confesse au sieur abbé Tandeau, archidiacre de Brie, avait donné lieu à plusieurs scènes assez singulières de la part du sieur Dulau d'Allemans, curé de St- Sulpice, qui ne lui avait administré deux fois les sacrements qu'après les plus grandes difficultés et en donnant les preuves d'un zèle qui n'était nullement guidé par la science et la sagesse.

8 décembre. — Ce jour, on est instruit par la Gazette de France qu'on avait ressenti à Rouen, le vendredi 1" du mois, deux secousses de tremblement de terre, la première à 6 heures du soir, qui avait duré l'espace de 2 secondes, et l'autre à 10 heures 1/2 qui avait été beaucoup phis forte et qui avait même effrayé les habitants de certains cantons de cette ville au point de les faire sortir de leurs maisons. La secousse de 6 heures 1/2 avait été très sensible à Versailles et plusieurs personnes s'en étaient même aperçu dans différents quartiers de Paris.

8 décembre. — [Le doj'en de l'église de Paris notifie à son chapUrc assemblé l'arrêt du Parlement rendu en faveur des religieuses de l'Môtel- Dieu. — Commissaires choisis par ce chapitre pour travailler an "'^'iveau corps de constitutions réformées ordonnées par l'arrêt.

9 décembre. — Ce jour, il se répand dans le public qu'il rêve-

nait des esprits dans une chambre d'une maison occupée par le sieur Louvet, maître luthier,ruc de la Croix-des-Petits-Champs, près le passage du Cloître St-Honoré. Plusieurs personnes de considération s'y transportent par curiosité et il se forme même un concours populaire si nombreux, chose non surprenante de la part du parisien toujours particulièrement avide de nouveautés, que M. le lieutenant de police, en étant informé, donne ses ordres pour faire examiner la chose de près et pour que l'on posât des gardes à la porte de cette maison.

9 décembre. — [Mort de l'abbé Baudouin, chanoine de l'église de Paris, son inhumation.]

10 décembre. — [incendie dans une maison du faubourg SI- Jacques. — Le P. Courton, chanoine régulier de Ste-Geneviève, retenu à Noyon par lettre de cachet, est transféré à Angers par le crédit du duc de Penthièvre.]

11 décembre. — Ce jour, il se répand dans le public que le ministère s'occupait d'une négociation qui avait pour objet que la France cédât au grand duc de Toscane, frère de l'Empereur, l'île de Corse et toutes ses dépendances ; que le grand duc de Toscane cédât de son côté la principauté de Sienne au Pape Clément XIV qui abandonnerait à la France à perpétuité tous ses droits et toutes ses prétentions sur Avignon et le Comtat-Venaissin, et que la Reine de Hongrie, pour reconnaître le don que le Roi de France ferait à son fils de l'île de Corse, et comme par une espèce de dédommagement, lui abandonnerait à son tour les villes d'Ypres, Furnes et Ménin dans les Pays-Bas. Nombre de personnes avaient peine à se persuader qu'un tel arrangement pût avoir lieu.

1 i décembre. — [tin du plaidoyer de M"^ Vermeil en la Grand-Chambre dans la cause en réclamation de vœux ; M« Savin plaide en faveur des supérieurs de l'Ordre des Prémontrés.]

12 décembre. — [Arrêt du Pariement du 8 août, confirmant un arrête de la sénéchaussée de Lyon, portant condamnation à mort de trois voleuses ou receleuses, et d'un huissier, leur complice. — M^ Cochu plaide à la Grand-Chambre pour le lieutenant-général de Mantes, frère du religieux Prémontré réclamant contre ses vœux.]

13 décembre. — [I-e pain mis au marché au prix de 11 sols et demi les 4 livres. — Parti que prend l'archevêque dans l'affaire de la résignation du canonicat du feu abbé Leblanc, chanoine de l'église de Paris, à son neveu.]

14 décesnbre. — lArrêt du Parlement en date du 5, confirmant la sentence de mort prononcée par le bailliage de Montfort l'Amaury (23 octobre), contre Pierre Coignac, dit Quercy, pour assassinat et vol commis dans la forêt de Rambouillet snr la personne du sieur Antoine Fevray.]

17 décembre. — [L'abbé de Tudert, doyen de l'église de Paris, et un autre chanoine assistent, en vertu de l'arrêt du Parlement, à l'élection de la mère Saint François [de Lamare] comme supérieure de i'Hôtel- Dieu.]

18 décembre. — Ce jour, on est assuré par la Gazette de France du décès de Messire Aymard-Chrétien de Nicolaï, prieur du prieuré royal de Ste-Catherine-de-la-Culture, dit St-Louis-dela-Culture, depuis sa translation en l'église de la maison professe des ci-devant soi-disant Jésuites, évêque de Verdun, âgé de 49 ans, arrivé dans son diocèse le 9 du même mois, 17 mois après la mort de la Reine et à peu près par la même maladie, ce qui donnait lieu à quelques personnes de former à cette occasion des conjectures peut-être aussi fausses que singulières. Ce prélat qui était chanoine honoraire de l'église de Paris, avait été sacré le dimanche 16 juin 1754, par M. de Beaumont, dans le chœur de cette métropole, en même temps que M. de Roquelaure, évêque de Senlis. Il s'était acquis toute la confiance de M. le Dauphin qui lui disait pendant sa dernière maladie : « Monsieur de Verdun, vous avez toujours été dans mon cœur et vous y serez jusqu'à mon dernier soupir ». Il avait éprouvé une mortification bien pénible lors du décès de M"^e la Dauphine en 1767, à l'occasion d'une cassette contenant de l'argent et des papiers, qu'il voulut enlever aussitôt qu'elle eût expiré, disant que cette princesse le lui avait recommandé ; ce qu'il ne put mettre à exécutio parce que M. le C^^ de St- Florentin s'y opposa au nom du Roi. On avait fait cet évêque mort longtemps avant qu'il le fût véritablement.

Le même jour, on aperçoit vers les 5 heures du soir, à peu près au-dessus des clochers de l'église des Mathurins, de celle de St-Benoist, et de celle de la maison de Sorbonne, trois feux ou météores dans le ciel, qu'on assurait être fort ressemblants à ceux que l'on avait vus à Rouen, lors des deux secousses de tremblement de terre qu'on y avait ressentie le vendredi premier jour du même mois. Ce qui rendait ces signes moins étonnants, c'est que le temps était beaucoup plus chaud qu'il ne devait l'être pour la saison, puisqu'il avait tonné et éclairé la veil'e.

18 décembre- — [Répliqiie que fait en la Grand-Chambre ]\I« Le Blan, avocat du religieux prémontré réclamant contre ses vœux ; caractère de cette réplique. — Banqueroutes considérables : Querenet, trésorier général du prince de Conti ; Billiard, caissier de la poste et Baudard de Vaudesir, banquier.]

19 décembre. — [Le sieur Séguler, premier avocat général, parle à la Grand-Chambre du Parlement dans la cause du frère Quoinat, religieux de l'Ordre de Prémontré, réclamant contre ses vœux, arrêt qui intervient sur ses conclusions, observations sur cet arrêt.]

21 décembre- ■ — [L'archevêque de Paris interdit la prédication au P. Vougenot, religieux carme du couvent de la place Maubert.]

22 décembre. — Il se répand dans le public que 'M. le lieutenant de police avait fait arrêter et enfermer à Bicêtre le particulier qui avait excité tant de rumeur dans le quartier de la rue St-Honoré, en usant de différents stratagèmes dans une des chambres de la maison occupée par le sieur Louvet, maître luthier, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui avaient donné lieu de débiter qu'il revenait des esprits dans cette chambre, en quoi ce particulier avait justement mérité d'être puni comme perturbateur du repos public.

23 décembre. — On apprend que le contrôleur général des finances (M. IMaynon d'Invau, ministre d'Etat) qui avait eu le lundi précédent dans un conseil, qui s'était tenu sur les finances, une contestation assez vive avec le chancelier qui l'avait même traité, à ce qu'on disait, assez durement, à l'occasion des nouveaux édits qu'il proposait, avait dit le même jour au Roi que puisqu'il ne pouvait point être utile à S. M., et que les édits qu'il avait projetés ne pouvaient avoir lieu, il la suppliait de vouloir bien agréer sa démission qu'il donna sur le champ ; et que le Roi venait de nommer à sa place, à la sollicitation du chancelier, le sieur abbé Terray, conseiller-clerc en la grand'chambre du Parlement, abbé commandataire de l'abbaye de Molesmes, ordre de St Benoît, diocèse de Langres, chef du conseU du prince de Condé, et frère du procureur général de la Cour des Aides. C'était la première fois qu'on voyait un ecclésiastique à la tête des finances. Cet abbé qui n'était pas d'une grande naissance, mais homme de fortune, jouissait, disait-on, de 160.000 livres de rente. Il avait été longtemps le rapporteur de la Cour pour les édits et déclarations du Roi concernant les finances. Le public le soupçonnait fortement d'avoir eu part au monopole des blés. On disait que le contrôle ne gagne-

rait pas beaucoup à ce choix et que le Parlement n'y perdrait pas non plus. Lorsque le Roi était venu chasser dans le bois de Boulogne, le 5 du même mois, le Parisien, toujours fécond en bons mots ou en mauvaises plaisanteries, avait fait celle-ci : « Le Roi chasse aujourd'hui le daim ; dans huit jours S. M. chassera le veau », par allusion au nom que portait le contrôleur général démis, et ce bon mot se trouva réalisé.

24 décembre. — Il se répand dans le public que l'exempt que l'on avait mis à la poursuite du sieur Leroux, caissier des Etats de Bretagne, qui venait de faire banqueroute, l'avait arrêté à Dunkerque et conduit à la Bastille. On disait qu'on avait trouvé sur lui 160.000 livres en or.

24 décembre. - — [Transport du premier bourdon de Ste-Geneviève pour le faire placer dans le clocher.]

25 décembre. — [Nouvelles concernant la tentative faite une troisième fois d'assassiner le Roi de Portugal dans un l3ois où il cliassait.]

28 décembre. — Le Roi tombe dans deux faiblesses qui ne laissent pas de causer de l'inquiétude, et qui mettent M. le duc d'Orléans et M. le duc de Chartres dans le cas de partir avec assez de précipitation à Versailles. Les personnes qui les voient avant leur départ les trouvent tous deux fort tristes. Cet accident n'empêche pas que S. M. chasse le lendemain. On disait néanmoins qu'il avait des indigestions très fréquentes et qu'il devenait fort sujet à des espèces de défaillances qui annonçaient chez lui beaucoup d'affaiblissement.

29 décembre. — On apprend par la Gazette de France la nomination que le Roi avait fait le dimanche 24 du même mois, d'un archevêché, de 4 évêchés et de 18 abbayes qui se trouvaient vacants. Cette nomination était remarquable à cause de la précaution prise par la Cour de retirer de l'évêché de Rennes Henri-Louis-René Desnos qui n'avait pas tenu dans l'affaire des troubles excités dans la province de Bretagne une conduite qui pût lui faire honneur, pour le placer sur le siège de Verdun qui n'était pas du clergé de France, et lui substituer à Rennes François Bareau de Girac, évêque de St-Brieuc.

29 décembre- — [Arrêt du Conseil d'Etat du Roi et lettres patentes enregistrées au Parlement concernant le jugement du procès du sieur Rilliard, ci-devant caissier de la ferme des Postes. — Suicides de plusieurs particuliers à l'occasion de cette banqueroute.]

30 décembre. — [Rapporteur nommé pour le procès d,u sieur Billiard, ci-devant caissier de la ferme des Postes.]

31 décembre. — La Seine, qui avait commencé à croître assez considérablement et à sortir de son lit le jeudi 21 du même mois, jour de la fête de St-Thomas, se trouvait n'avoir plus que 4 marches à franchir aux Grands-Degrés pour se répandre aux environs de la rue de Bièvre.

1®"" janvier. — On apprend aussi que le sieur de Laverdy, ministre d'Etat et ancien contrôleur général des finances, avait eu l'honneur de saluer le Roi qui lui avait fait l'accueil le plus favorable ; on disait même que S. M. avait assuré un brevet de nomination au premier régiment vacant pour celui qui épouserait sa fille et qu'il pourrait se faire qu'il rentrât bientôt au Conseil.

1" janvier- — [Nouvelles de Bretagne concernant l'affaire de MM. de La Chalotais et autres membres accusés du Parlement de cette province.]

5 janvier. — Il se répand dans le public un bruit qui se trouve sans fondement, que le Roi venait de donner au C*^ de La Marche, prince du sang, la place de colonel-général des Suisses et Grisons dont le duc de Choiseul était pourvu, après avoir exigé la démission de ce ministre : d'où l'on inférait avec aussi peu de fondement, qu'il serait peut-être bientôt disgracié, attendu que le chancelier et la Cte^^e du Barry, qui ne faisaient qu'un, disait-on, dressaient toutes leurs batteries pour le renverser. On prétendait aussi que le chancelier aspirait à devenir premier ministre et que peut-être il le serait avant Pâques.

Le même jour, on me fait payer au marché le pain de 4 livres 11 sols et l'on assurait qu'il pouvait diminuer encore à cause de la déroute générale qu'occasionnait parmi les associés pour le monopole des blés, la banqueroute du sieur Billiard, caissier de la ferme des Postes.

6 janvier. — Dans la nuit de ce jour au dimanche suivant, le temps qui, depuis le commencement de l'hiver, avait toujours été fort doux, tourne subitement au grand froid, la gelée est

très forte ce jour et les suivants, ce qui fait diminuer considérablement la Seine qui se trouvait débordée depuis quelque temps.

10 janvier. — Il se répand un bruit dans le public que le sieur Patte, architecte du prince de Deux-Ponts, avait donné à M. le marquis de Marigny, surintendant des Bâtiments du Roi, un mémoire contre le sieur Soufflot, architecte de l'église Ste-Geneviève, tendant à démontrer l'impossibilité d'achever cette église, attendu la faiblesse des 4 pilliers destinés à soutenir le dôme, qui devaient avoir, selon lui, 6 pieds de pourtour de plus, et que le sieur Soufflot n'ayant point répondu aux difficultés qui lui étaient faites sur cet objet par le sieur Patte, M. de Marigny avait obtenu du Roi des ordres de surseoir à l'ouvrage. D'autres personnes assuraient que la continuation de ce bâtiment était, à la vérité, suspendue pour trois années ou plus, mais uniquement afin d'employer à achever ceux de l'Ecole Militaire les fonds destinés à la construction de cette église, ce qui faisait d'autant plus de peine à tout le monde qu'on n'ignorait pas que les entrepreneurs se proposaient d'aller cette année jusqu'à l'entablement, ne restant plus que 5 assises de pierre à poser pour y parvenir, au moyen de quoi on se serait trouvé en état de commencer en 1771 à voûter les bas-côtés.

11 janvier- — [Discours tenu par M. le Chancelier à l'archevêque de Paris, à l'occasion des sacrements.]

12 janvier- — [Procès jugé en la Grand-Chambre relativement à la nomination de la cure de Pomponne. — Déclaration du Roi concernant la caisse d'amortissement enregistrée au Parlement.]

13 janvier. — Le plus grand nombre des bouchers de Paris commence à vouloir faire payer la viande 9 sols la livre en donnant même de la réjouissance et 10 sols à ceux qui ne voulaient point avoir de réjouissance. Plusieurs d'entre eux faisaient payer le veau jusqu'à 12 sols la li\Te ; on disait que pendant le cours du carême prochain, la viande serait taxée à l'Hôtel-Dieu à 9 sols la livre, ce qui ne s'était encore jamais vu. On avait peine à comprendre quelle pouvait être la cause d'une telle cherté, et l'on soupçonnait qu'apparemment il s'était établi sur les bestiaux quelque maltôte du même genre de celles employées à l'égard des blés.

14 janvier. — Ce jour, à 4 heures du matin, Messire Henri-

Philippe Chauvelin, conseiller d'honneur au Parlement, chanoine honoraire de l'église de Paris, abbé commendataire de l'abbaye de Montier-Ramey, ordre de St Benoît, diocèse de Troyes, prieur du prieuré des Prieures du Grand-Frenoy, de la T. S. T. de Beaumont-le-Roger et Saint-Blin, meurt en son hôtel, rue de Condé, âgé de 56 ans, d'hydropisie de poitrine, et d'une manière assez imprévue pour ne pas lui permettre de demander et de recevoir les derniers sacrements de l'Eglise. Il est inhumé avec pompe le mercredi suivant à 11 heures du matin, en l'église de Notre-Dame par les doyen, chanoines et chapitre de cette église, en vertu du droit dont ils ont toujours joui d'aller chercher partout à Paris et dans la banlieue les chanoines honoraires comme les chanoines titulaires et tous les chapelains sans que les curés des différentes paroisses puissent avoir la moindre prétention à cet égard, non plus que pour l'administration des sacrements qu'ils sont également en possession de faire. Ce magistrat étant conseiller de la 3^ Chambre des enquêtes du Parlement, avait en 1760 dénoncé à sa compagnie l'institut des ci-devant soi-disant Jésuites dont il avait parfaitement développé et fait connaître tous les vices dans 2 discours qui furent imprimés et répandus dans le public, ce qui l'avait fait regarder par tous les partisans de cette société comme la cheville ouvrière de sa dissolution. Il était boiteux, bancroche, de la figure la plus rebutante, n'avait pas tout au plus 4 pieds de haut ; mais il ne manquait pas de science et d'esprit.

15 janvier. — L'archevêque de Lyon célèbre dans la chapelle du château de Berny, près de Bourg-la-Reine, le mariage du marquis de Montazet, son neveu, seul héritier du nom et des biens de toute la famille, et colonel-lieutenant du régiment d'Enghien, âgé de 32 ans, avec demoiselle de St- Julien, des premiers barons de la Marche, âgée de 18 ans ; M. le C*® de Clermont, prince du sang, qui avait bien voulu prêter son château pour cette cérémonie, attendu que le chevalier de Montazet, frère de l'archevêque, et qu'il aimait beaucoup, était son premier gentilhomme, y assista, ainsi que l'archevêque de Reims, grand aumônier de France (de La Roche-Aymon), parent de la demoiselle et nombre d'autres personnes de distinction. Les fêtes données à l'occasion de ce mariage durent 4 jours. Sur une petite constestation qui s'était élevée entre le curé de

la paroisse Ste-Marguerite de Paris, paroisse de la demoiselle qui était pensionnaire au prieuré de Notre-Dame de Bon- Secours, rue de Charonne, et celui de la paroisse de Fresne, curé territorial du cliâteau de Bcrny, par rapport au droit de registre, il fut décidé que les deux curés jouiraient de ce droit pour les mettre d'accord et qu'il serait fait deux extraits de mariage.

15 janvier- — [Edit du Roi enregistré au Parlement pour la prorogation des 2 sols pour livre du dixième.]

16 janvier. — On apprend que l'abbé Terray, nouveau contrôleur général, s'occui>ait d'une grande réforme dans les dépenses excessives et superflues de la maison du Roi, autorisé qu'il était par S. M. à prendre ce parti, devenu plus nécessaire que jamais. On assurait que ce contrôleur, qui conservait toujours sa charge de conseiller au Parlement et qui n'était nullement disposé à charger le peuple de nouveaux impôts, avait déclaré qu'il prendrait le parti de la retraite aussitôt qu'il sentirait ne pouvoir plus être utile.

17 janvier. — Dans la nuit de ce jour au jeudi suivant, la Seine qui depuis un certain nombre de jours se trouvait joresque rentrée dans son lit ordinaire, commence à croître de nouveau de manière à faire craindre encore un débordement et peutêtre une inondation parfaite, ce qu'on attribuait à la fonte des neiges dont il était tombé une très grande quantité à Paris et dans les provinces.

18 janvier. — [Arrêt du Parlement qui condamne un particulier de la ville de Troyes a être rompu vif.]

19 janvier. — On représente pour la première fois dans la salle d'opéra nouvellement construite attenant le Palais-Royal, sur les dessins du sieur Moreau (1) architecte de la ville, quant au corps de l'édifice, mais quant à la décoration intérieure et aux machines, sur ceux du sieur Giraud (2). On y débute par la tragédie de Zoroastre{3). Il avait été fait par ordre de la police

(1) Pierre-Louis Moroau-Desproux, né à Pai'is ? à. une date inconnue, mort sur l'échafaud le 21 messidor an II (9 juillet 1794).

(2) Le sieur Giraud est très probablement l'architeit^ et ingénieur des spectacles du Roi, qui avait été charg ■ en 1760 de la restauration du théâtre de la Comédie-Italienne, rue Mauconscil {Lance et Bauchal).

(3) Opéra de Rameau, paroles de Cahusac, dont la première représentation datait du 5 décembre 1749 et qui avait été dans sa nouveauté joué vingt-cinq fois de suite.

un règlement admirable pour l'arrivée et le départ des voitures, au commencement et à la fin du spectacle, ainsi que pour procurer partout aux environs une circulation libre pendant tout le temps qu'il durerait. Ce règlement qui établissait le bon ordre, et empêchait toute espèce de confusion avait été imprimé et affiché plusieurs jours auparavant et ne devait avoir lieu que pour les six premières représentations seulement. Comme on n'avait point fixé le nombre des billets de parterre qui furent distribués à profusion et sans mesure, plusieurs personnes s'y trouvèrent très incommodées de la grande chaleur et de l'odeur de la peinture et les cris de la multitude qui était fort mal à son aise, empêcha qu'on ne put exécuter le premier acte comme il aurait dû l'être. Les bâtiments neufs du Palais-Royal se trouvaient achevés à cette époque, excepté l'aUe gauche donnant sur le jardin, dont il paraissait qu'on avait abandonné pour un temps les réparations ainsi que de la galerie qui conduisait aux deux ailes, qu'on s'était d'abord proposé d'abattre et de changer en une belle grille de fer. On parlait beaucoup d'une grande place qu'on avait dessein de former en face du palais, en reculant le Château-d'Eau de la profondeur de trois maisons et l'on avait déjà démoli la maison faisant le coin de la rue St-Honoré et de la rue Fromenteau qui ne devait point être rebâtie, le terrain en étant destiné à former un espace d'angle pour un des côtés de la place. On voyait même à la jambe étrière de la maison voisine, qui venait d'être reconstruite, la naissance d'un cintre d'arcade qui paraissait devoir figurer dans l'architecture de la place projetée.

19 janvier. — [Extrait de la Gazette de France relatif au procès du sieur Billiard. — Lettres patentes concernant les demandes en interdiction enregistrées au Parlement. — Déclaration du Roi concernant les unions de bénéfices également enregistrée. — Le curé de St- Jacques de la Boucherie quitte son presbytère et disparaît sans qu'on sache ce qu'il était devenu.]

21 janvier- — [Une députation du Parlement de Rennes, concernant l'affaire de M. le duc d'Aiguillon et de MM.de la Claalotais, a audience du Roi à Versailles.]

22 janvier. — [Assemblée des Chambres du Parlement, réponse du Roi concernant la déclaration relative à la caisse des amortissements et l'édit des 2 sols pour livre du dixième, enregistrée. — Mort et inhumation de j\L Le Peletier, ancien Premier Président du Parlement. — Nouvelles concernant les magistrats du Conseil souverain du Port au Prince.]

25 janvier- — [Bruits publics relatifs à l'inoculation. — Billets distribués aux cochers de place pour parvenir à retrouver le curé de St- Jacques de la Boucherie.]

31 janvier. — [Le général de l'ordre des Prémontrés commence son travail chez l'archevêque de Narbonne pour la réforme des statuts.]

1" février. — [Arrêt du Conseil d'Etat qui soumet au dixième les pensions et gratifications.]

2 février. — [Le sieur Gardin, principal du collège de Louis-le-Grand, maintenu dans sa place par ordre du Roi.]

3 février. — On apprend que l'archevêque de Reims avait obtenu du Roi que tout ce qui se trouvait pour lors imprimé de la nouvelle édition du Dictionnaire encyclopédique qui se faisait aux frais des libraires Dessaint et Panckouke, cliez le sieur Lebreton, imprimeur, rue de la Harpe, serait et demeurerait saisi (il y en avait, disait-on, trois volumes totalement finis) et que le lieutenant de police, qui d'abord avait consenti, sur les représentations des libraires, que cette édition fût déposée dans un magasin sur lequel il avait apposé les scellés, avait ensuite donné de nouveaux ordres pour que le tout fut transporté au château de la Bastille (1) et que le sieur d'Hémery avait été chargé d'exécuter ces ordres. On assurait que le chancelier avait reçu des libraires un présent de 1000 louis pour favoriser cette entreprise et que le sieur Corby, commissaire des guerres et ci-devant colporteur de livres, en avait reçu autant pour soudoyer les différentes personnes qui pourraient aider ces mêmes libraires de leur crédit.

Le même jour, à la Comédie- Italienne, vers le quatrième acte de la pièce qui s'y représentait et qu'U ne fut pas possible d'achever, il s'éleva une voix qu'on crut être partie de l'amphithéâtre et qui se mit à crier au feu, ce qui excita sur le champ la plus grande confusion, tout le monde cherchant à se sauver promptement. Quelques personnes mal intentionnées et qui probablement avaient occasionné tout exprès ce tumulte en profitèrent pour escroquer autant qu'elles le purent diamants et bijoux. On débitait que l'on avait arrêté 8 jeunes gens, tous

(1) Sur cette saisie qui fut maintenue jusqu'en 1776, on consultera le dossier 10305 de l'inventaire des Ai-cliives de la Bastille rédigé par Jl. F. Funck-Erentano (tome IX du Catalo'jiic des ]\Ianuscrils de V Arsenal), et l'article consacré à la première hncyclopvdie dans la Grande Encyclopédie (tome XV), ainsi qu'un opuscule intitulé Un Factiun inconnu de Diderot 1901, in-8).

très bien vêtus et qui composaient une petite société de filous qui commençait à faire l'essai des opérations qu'elle projetait pour les fêtes du mariage du Dauphin.

5 février. — Le même jour on apprend que la sentence du Châtelet de l'année dernière qui avait admis le sieur Mouton, ci-devant élève de notre Académie de peinture Royale à Rome, à faire la preuve par écrit des faits qu'il avançait contre le sieur Natoire, directeur de la même A.cadémie, avait été confirmée au Parlement, et qu'on se disposait à juger au Châtelet sur cette preuve, sauf encore l'appel au Parlement.

5 février. — [Départ de l'archevêque de Lyon pour son diocèse ; il donne le visa au curé de Pomponne. — Lettre de l'archevêque de Paris au desservant de St-Séverin.]

7 février. — Ce jour, vers les six heures du soir, il s'éleva une espèce d'ouragan qui dura jusqu'au lendemain six heures du matin ; le vent était si furieux qu'il faisait tomber de tous côtés dans les rues beaucoup de tuiles et de plâtras ; il y eut des arbres de déracinés en plusieurs endroits, un entre autres dans la grande allée du Luxembourg qui conduit aux Carmes deschaux. Nombre de carreaux de vitres furent cassés en différentes maisons et étant obligé de sortir à six heures du soir,, je fus presque enlevé de terre sur le quai de la Tournelle, près de l'hôtel de Nesmond.

8 février. — Ce même jour, il se répand que le duc de Choiseul avait fait lecture au conseil du Roi d'une lettre qu'il avait reçue de notre ambassadeur à la cour d'Espagne, contenant un détail des mieux circonstanciés du sage parti que venait d'embrasser le roi Charles III, pour remédier au dérangement de ses finances. Sur ce que les ministres de ce monarque lui avait proposé : d'abord de supprimer des pensions qui se payaient aux descendants de personnes qui avaient rendu des services à l'Etat, mortes depuis fort longtemps, et d'imposer ensuite sur ses peuples de nouvelles charges en exigeant d'eux quelque imposition, ce prince bienfaisant, après avoir demandé si l'on ne connaissait point d'autres remèdes que ceux que l'on venait de lui indiquer, avait répliqué : « J'en connais un, moi, dont je crois « devoir faire usage avant que de recourir à ceux-là ; c'est de « commencer par établir la plus grande économie dans les « dépenses de ma maison, et d'ordonner, jusque dans mes dépen-

« ses même personnelles, tous les retranchements justes et « raisonnables. Quand cette opération sera achevée, si elle ne « se trouve pas suffisante pour fournir les moyens de liquider « les dettes de mon Etat, on verra à prendre un autre parti « qui puisse me mettre dans le cas d'acquitter tous mes enga- « gements et l'on ne trouvera nulle résistance dans mes peuples « à m'aider autant qu'il le deviendra nécessaire, suivant les « circonstances, quand ils verront que je leur aurai montré « l'exemple le premier ». Tous les ministres avaient applaudi, suivant la lettre, à des dispositions si équitables et si généreuses. Le Roi de France et tous ceux qui assistaient à son conseil avaient, dit-on, écouté ce récit avec la plus grande attention et dans le plus grand silence. Tout le monde s'était retiré sur le champ sans se permettre de dire en aucune manière son avis sur un événement qui semblait donner les plus fortes leçons dans un temps où il eût été plus nécessaire que jamais d'en faire usage. Le seul abbé Terray, nouveau contrôleur général, avait dit en s'en allant qu'un arrangement de cette espèce était bon. pour l'Espagne, mais qu'en France, le roi devait se conduire tout différemment.

8 février- — [Le sieur Billiard, caissier de la ferme des Postes, décrété de prise de corps.]

9 février. — Ce jour, l'abbé Delamotte, prêtre du diocèse d'Orléans, l'un des docteurs exclus de la Faculté de théologie de Paris pour l'affaire de la constitution Unigeniliis, chanoine et archidiacre de Sézanne, en l'église cathédrale de Troyes, ancien grand vicaire de feu M. Bossuet, évêque de cette ville, d'où il était exilé depuis nombre d'années, avec permission cependant de demeurer à Paris ou aux environs, et qui vivait retiré chez les prêtres de l'Oratoire de Notre-Dame des Vertus, au village d'Aubervilliers, meurt à 11 heures du matin, de la petite vérole, âgé de 74 ans, rue St-Dominique, faubourg St-Germain, maison de la dame de Chastelus. On regardait, et avec raison, cette mort comme une suite malheureuse de la pratique de l'inoculation, car dans cette même maison, on venait d'inoculer une personne, et on en avait fait un mystère. Cet événement faisait désirer encore davantage qu'on put prendre les moyens d'en arrêter les progrès. Dom Deforis, religieux bénédictin, du couvent des Blancs-Manteaux, et l'un des auteurs chargés du travail concernant la collection complète de

tous les ouvrages du grand Bossuet, dont on se proposait de donner une nouvelle édition, imaginant sans doute qu'il trouverait chez cet ecclésiastique beaucoup de renseignements et même des manuscrits dont il pourrait faire usage, crut devoir se transporter chez le lieutenant de police, dés qu'il fut instruit de son décès, et obtint de ce magistrat un ordre du Roi à l'aide duquel il se fit assister d'un commissaire et força le sieur Delamarre, exécuteur testamentaire, de lui remettre tous les papiers et tous les manuscrits du défunt. Quelques personnes blâmèrent les procédés de ce religieux qui leur parut violent et assez extraordinaire.

Le même jour, on est assuré que les bruits qui avaient couru le mois précédent d'une suspension totale des travaux du bâtiment de l'église Ste-Geneviève, étaient destitués de tout fondement et que ce qui avait pu donner lieu à ces bruits, c'était le parti pris par les entrepreneurs de vendre leurs chevaux qui leur étaient à charge pendant l'hiver, se proposant d'ailleurs d'employer à l'avenir les voituriers ordinaires pour transporter la pierre, ne devant faire usage que du St-Leu, jusqu'à l'entablement qu'on devait poser cette année, après lequel il ne resterait plus qu'une seule assise de pierre dure à placer pour asseoir le commencement des voûtes. Il n'en était pas moins vrai que le sieur Patte, architecte, avait donné un mémoire pour décrier le plan du sieur Souîflot ; mais ce mémoire ne paraissait pas avoir fait une grande impression et n'avait point produit l'effet qu'il avait plu au public de lui attribuer.

9 février. — [Desservant nommé à St- Jacques de la Boucherie. Bruits relatifs à l'évasion du curé.]

12 février. — Ce jour, Henry Camille, marquis de Béringhen, chevalier des ordres du Roi, premier écuyer de S. M., gouverneur des ville et citadelle de Châlons-sur-Saône, lieutenant général pour S. M. de la province de Bourgogne en Châlonnais, gouverneur du château de la Muette et de Madrid, capitaine du parc et des chasses du bois de Boulogne, meurt subitement après dîner de la goutte remontée dans la poitrine, en son hôtel, rue St-Nicaisej âgé de 76 ans.

15 février. — • Les grand-prieur et chanoines réguliers de l'abbaye royale de St- Victor, font célébrer la messe annuelle ^t solennelle, fondée en 1764, pour la conservation du Roi et de la famille royale. (Le Roi entrait ce même jour dans la 71^

année de son âge). Les personnes distinguées qui y assistaient étaient, pour le clergé : 1° Le coadjuteur de l'archevêché de Reims (de Talleyrand-Périgord), l'évêque d'Orléans (de Jarente) le prince Louis de Rohan, coadjuteur de l'évêché de Strasbourg, l'évêque de Tarbes (Duvivier de Lorry), l'évêque de Coutances (de Talaru de Chalmazel), le ci-devant évêque de St-Brieue, nommé depuis peu à l'évêché de Rennes (Bareau de Girac), et l'abbé de Chalabre, nommé à l'évêché de Saint-Pons, qui n'était pas encore sacré. Un seul curé de Paris, celui de la Madeleine en-la-Cité (Denoux). Point de général d'ordre, mais seulement quelques députés de différentes maisons religieuses et de différents chapitres. Pour les laïques, trois cordons bleus, savoir : le prince de Tingry, le marquis de l'Hôpital et leBo" de Montmorency, deux autres seigneurs, le jeune duc de Luxembourg et le duc de Tresme ; le sieur de St- Julien, caissier général du clergé ; une seule dame de condition, la princesse de Tingry. On remarqua qu'il n'y avait aucun ministre, comme l'année précédente. Le caidinal de Luynes, archevêque de Sens, qui avait officié pontificalement, fort étonné de se trouver seul, les autres évêques ne s'étant point rendus à l'invitation qui leur fut faite sur le champ par le prieur, dîna au réfectoire avec le Prieur, le sous-prieur, son gentilhomme, ses aumôniers et le sieur Danjean, architecte de l'abbaye. On servit à ce piélat, d'éminent appétit, un repas très mesquin et des plus mal ordonnés. Il est bon d'observer, à l'occasion de cette messe que, quoique l'archevêque de Lyon eût déjà payé une somme de 60.000 livres, es mains du sieur de Saincy, trésorier des économats, à raison de 10.000 livres de retenue accordés par le Roi chaque année sur le revenu de l'abbaye et destinés soidisant à amplifier le bâtiment de la bibliothèque, il n'avait pas encore été délivré un sol aux religieux, auxquels même on ne faisait entrevoir aucune espérance de jamais toucher cet argent ; au moyen de quoi ils en étaient uniquement pour les frais de la solennité qui se montaient à plus de 500 livres. On était étonné avec raison d'une pareille conduite de la part de l'évêque d'Orléans, à qui le Roi avait confié la direction générale des économats.

15 février. — [Appel comme d'abus des chanoines de St-Benoît et de ceux de St-Médéric d'une ordonnance de l'archevêque de Paris jugée en la Grand-Chambre.]

21 février. — [Deux arrêts du Conseil d'Etat, l'un portant suspension Mes Loisirs. Tome I. 12

du paj'ement des billets de fermes et l'autre suspension de celui des rescriptions sur les receveurs généraux des finances. — Bénédiction de deux cloches de la paroisse St-Eustache. — Bruits publics concernant le curé de St- Jacques de la Boucherie. — Le pain diminue de prix dans les marchés.)

22 février. — On apprend qu'il s'était élevé entre le Parlement et le Châtelet une espèce de conflit de juridiction relativement à l'instruction du procès du sieur Billiard, ci-devant caissier de la ferme des Postes, d'où il pourrait bien résulter, disait-on, que la connaissance de toute cette affaire fût attribuée au Parlement pour y être jugée directement et en dernier ressort.

23 février. — On est informé par la Gazette de France que le sieur abbé Terray, contrôleur général nommé par le Roi ministre d'Etat, avait pris séance au Conseil en cette qualité le 18 du même mois.

24 février. — [Pubhcation d'un édit du Roi, enregistré au Parlement qui rétabhssait la constitution des rentes au denier vingt.]

26 février. — [Le p. Ruelle, chanoine régulier de St- Victor, interdit par M. l'archevêque.]

28 février. — [Publication d'un arrêt du Conseil d'Etat concernant les contrats et effets payables au porteur. — Parti pris pour un temps par le sieur Mayer, curé en possession civile de la cure de St-Cloud. — Viande taxée à 8 sols 3 deniers la livre à l' Hôtel-Dieu pendant le Carême.]

I®"" mars. — Il se répand que le Conseil qui s'était tenu à Versailles, le dimanche précédent, avait été si tumultueux qu'on ne se souvenait, pas depuis fort longtemps, d'en avoir vu un semblable. L'abbé Terray, contrôleur général, avait, suivant ce qu'on assurait, tiré à boulets rouges sur le duc de Choiseul, avec lequel il avait eu une prise violente relativement au compte qu'il voulait qu'il rendît des sommes immenses qui lui avaient passé par les mains depuis qu'il était chargé du département de la Guerre et de celui des Affaires étrangères. On continuait de publier qu'il s'était formé un puissant parti pour ruiner ce ministre et que la C^^sse du Barry, le Chancelier, ainsi que les ducs d'Aiguillon et de Richelieu, en étaient les principaux arcs-boutants.

Le même jour, on est informé qu'U avait été décidé à l'assemblée générale des anciens de l'ordre des avocats que M^ Le Blan, avocat du frère Quoinat, religieux de l'ordre de Prémontré,

réclamant contre ses vœux, ne serait point rayé du tableau. On ne fut point étonné de l'indulgence de l'ordre dans une occasion où il semblait qu'il eût dû se piquer de sévérité et d'exactitude, Me Le Blan s'étant rendu, au jugement des personnes sensées, extrêmement répréhensible, attendu les sollicitations du Premier président et du Procureur général qui ne voulurent pas souffrir que le public fût mis à portée d'établir le parallèle entre la conduite des avocats et celle du Parlement qui s'était permis contre toutes les règles de réformer son arrêt et de le faire imprimer tout différent de ce qu'il avait été prononcé à l'audience.

2 mars. — Ce jour, il se répand un bruit que le cardinal de Bernis, archevêque d'Albi et notre ambassadeur auprès du Saint-Siège, trahissait nos intérêts en ce qu'il ne secondait nullement les intentions du ministère par rapport à l'entière dissolution de l'Institut des Jésuites, sollicitée vivement par toutes les puissances de la maison de Bourbon, et que s'il continuait à se comporter toujours de la même manière, U pourrait bien se faire qu'on le rappelât pour lui substituer quelqu'un de plus zélé et en qui l'on put avoir plus de confiance.

Ce même jour, le Parlement, toutes chambres assemblées, nomme des commissaires pour examiner plusieurs édits et une déclaration du Roi proposés à l'enregistrement. 11 est arrêtt que ces ccmmissaircs feraient leur rapport le mardi suivané du même mois.

3 mars. — On apprend que les fermiers généraux avaient obtenu que le commis de la Barrière de la Conférence, qui n'avait été atteint et convaincu que par son simple aveu, d'avoir volé et jeté ensuite dans les fossés du Cours, la dame Rebours, dont le cadavre y avait été trouvé le samedi matin, 27 janvier précédent et qu'il s'était chargé de reconduire chez elle, afin de la garantir de tout fâcheux événement, fût détenu et enfermé pour le reste de ses jours dans les cabanons du château de Bicêtre.

5 mars. — On est informé par la Gazette de France que l'archiduchesse Marie-Antoinette, sœur de l'Empereur et notre future Dauphine, devait arriver à Strasbourg le 7 mai suivant, h Compiègne le 12 du même mois, le 15 au château de la Muette et le

16 à Versailles, où l'on imaginait que le mariage pourrait bien se célébrer le même jour ou le lendemain.

6 mars. — Les commissaires nommés pour examiner les nouveaux édits ayant fait leur rapport au Parlement, toutes les chambres assemblées, après qu'il en eut été délibéré, il fut arrêté qu'il serait fait au Roi de très humbles et très respectueuses remontrances, et qu'on y travaillerait le même jour, quoique le Roi eut dit au Premier président, qui avait été mandé à Versailles le dimanche précédent, qu'U ne voulait point de remontrances, que la situation de ses affaires exigeait absolument l'enregistrement de ces édits, que ce seraient les derniers qu'il ferait présenter à son Parlement et qu'il lui saurait gré de faire tout ce qui dépendait de lui pour qu'on les enregistrât sans délai.

7 mars. — On disait que la cour venait encore de faire proposer à M. de La Chalotais, par le sieur DucloSjl'un des Quarante de l'Académie F'rançaise, envoyé à Saintes tout exprès, un nouvel accommodement dont les conditions étaient d'ériger ses terres en marquisat, d'insérer, dans les lettres patentes d'érection cfui seraient enregistrées au Parlement, les éloges les plus propres à le justifier et les plus capables d'effacer les mauvaises impressions qu'on avait cherché à donner contre lui, de le faire Procureur général honoraire, et son fils président à mortier ; on assurait qu'il avait refusé constamment de se rendre à ses propositions.

7 mars- — [Nouvelles de Rennes concernant l'arrêt rendu par le Parlement de cette province contre les ci-devant soi-disant Jésuites, — Assemblée provinciale tenue à l'archevêché de Paris pour députer à l'Assemblée générale du Clergé.]

8 mars. — Il se répand dans le public un mémoire manuscrit pour le sieur Rivot, curé de Gentilly, arrêté d'une manière aussi scandaleuse que surprenante par le commissaire Sevreau, le 31 octobre 1769 et enfermé à St-Lazare. Ce mémoire tendait à justifier ce curé des imputations atroces et calomnieuses dont on avait eu la noirceur de le charger ; lui-même l'avait composé, et l'on trouvait qu'il avait parfaitement bien rempli son objet ; il était pour lors un peu moins resserré et commençait à voir du monde. On assurait que le duc d'Aiguillon avait sollicité et obtenu la lettre de cachet, en vertu de laquelle il avait été enlevé de son presbytère, pour favoriser l'entreprise

formée par la duchesse de Villeroy, dame du lieu, de se débarrasser de son curé qui s'était opposé à ce que les habitants lui cédassent le terrain d'une ruelle qu'elle se proposait d'enclore dans son jardin.

9 mars- — [Le sieur abbé Grisel arrêté et conduit à la Bastille comme impliqué dans l'affaire du sieur Billiard.]

10 mars. — Le Premier président ayant été mandé à Versailles, le Roi lui dit qu'il ne recevait que le mercredi suivant 14 du même mois, à 6 heures du soir, les remontrances de son Parlement, par rapport aux nouveaux édits ; on disait que l'abbé Terray, contrôleur général, était fort intrigué d'une conversation de 3 heures que le duc de Choiseul avait eue avec le Roi chez la Ctesse du Barry, et dont il n'avait pu pénétrer l'objet, ni le résultat ; on assurait que le crédit du Chancelier qui avait inutilement tenté à différentes reprises de devenir premier ministre, diminuait sensiblement, ce qui ne pouvait qu'affaiblir celui du nouveau contrôleur.

12 mars. — [Un soldat réformé, condamné par arrêt du Parlement à être rompu à St-Denis pour assassinat.]

13 mars. — Les Chambres du Parlement s'étant assemblées pour la lecture des remontrances qui devaient être présentées le lendemain au Roi, à l'occasion de l'enregistrement des nouveaux édits, il s'éleva d'assez vives discussions entre le Premier président et les commissaires qui avaient travaillé à rédiger ces remontrances. Il en avait été composé de deux sortes, les premières vives et fortes, les secondes beaucoup plus modérées ; on reprocha au Premier président en face et sans ménagement, de s'être abouché avec les ministres, d'avoir cherché à se ménager les faveurs de la Cour aux dépens de son honneur, en faisant prévaloir les dernières remontrances sur les premières, de sacrifier les intérêts de sa Compagnie à son ambition.

14 mars- — [Assemblée de tous les députés à l'assemblée générale du clergé chez l'archevêque de Reims, président, les noms de ces députés. — Réponse du Roi aux remontrances du Parlement sur les nouveaux édits.]

15 mars. — Ce jour, le sieur de Roquemont, commandant du guet, reçoit un ordre du Roi de se transporter au château de Vincennes avec main forte et une lettre pour le gouverneur de ce château. Comme il se trouvait incommodé ce jour-là au point

de ne pouvoir sortir, il chargea de cette expédition un officier de sa troupe qui, s'y étant rendu, et ayant remis au gouverneur la lettre dont il était porteur, le gouverneur, après lui avoir dit de faire rafraîchir ses cavaliers, pendant qu'il se disposait à exécuter les ordres du Roi, effectivement fit atteler une voiture à 6 chevaux dans laquelle furent remis 6 prisonniers, que l'officier de guet conduisit sur le champ à la Bastille. On disait que ces 6 prisonniers, détenus depuis un certain temps, se trouvaient impliqués dans l'affaire du sieur Billiard, caissier de la ferme des Postes, ce qui donnait lieu à cette translation qui fournissait matière à nombre de conjectures.

16 mars. — Ce jour la procession du recteur et des 4 Facultés de l'Université qui a coutume de se faire tous les 3 mois, part du collège Louis-le-Grand, entre 9 et 10 heures du matin, pour se rendre en l'église paroissiale de St-Nicolas-du-Chardonnet, rue St-Victor, et passe par la porte St- Jacques, l'Estrapade, la rue des Fossés-St- Victor. Le sieur Antoine Hylaire, docteur de la maison et société de Sorbonne et curé de cette paroisse, officie à la grand'messe au milieu de laquelle le sieur Sémiliard, frère d'un notaire du même nom, docteur en théologie et curé du Tremblay, diocèse de Paris, fait suivant l'usage un discours sur l'incrédulité qui annonçait du talent et de l'esprit. Le recteur en place était le sieur abbé Jacquin, principal du collège de la Marche, élu au mois d'octobre 1769. J'assistai à cette procession en ma qualité de libraire avec les sieurs Guillaume-Nicolas Desprez et Jacques-Etienne l'aîné, anciens adjoints, et les sieurs André-Charles Cailleau, Paul-Denis Brocas, Philippe Denis, Langlois fils et Louis-Nicolas Prévost. Nous ne nous trouvâmes que 7 de 12 qui avaient été mandés à l'ordinaire suivant leur tour. Il arriva assez plaisamment qu'un âne qui se trouvait sur le passage de la procession, au moment qu'elle tournait la rue des Noyers, pour retourner au collège de Louisle-Grand, s'étant avisé de braire le plus éloquemment du monde, nombre de personnes ne purent s'empêcher de rire de tout leur cœur, prenant sans doute un aussi singulier impromptu de la part de la bête, pour une espèce de compliment fait aux différents suppôts de l'Université qu'on jugeait depuis longtemps avoir si prodigieusement dégénéré de leurs scientifiques et vénérables prédécesseurs.

Le même jour, une sentence lendue au parc civil du Châtelet

de Paris, condamna par défaut le sieur Natoire, directeur de notre Académie de peinture et de sculpture à Rome, è 20.000 livres de dommages-intérêts envers le sieur Mouton, ci-devant élève de cette Académie, et à tous les dépens, la sentence affichée, aux frais du sieur Natoire, au nombre de 500 exemplaires. Le sieur Natoire avait refusé de se soumettre à la première sentence, quoique confirmée par arrêt du Parlement, qui avait admis le sieur Mouton à faire preuve par écrit des faits qu'il alléguait contre lui, et il n'avait en aucune manière contredit ces faits.

19 mars. — Il se répand un bruit que l'official du chapitre de l'église de Paris, et Morin Dumarais chanoine, vice-gérant pour le doyen et l'official métropolitain Robineau-Duboisbasset, chanoine, revendiquaient la psi sonne du sieur abbé Grisel, en sa double qualité de prêtre et de bénéficier delà cathédrale, pour lui instruire son procès concurremment avec les juges laïques. On s'étonnait beaucoup, en supposant que ce bruit fut fondé, que le doyen (l'abbé Tudert, conseiller d'honneur au Parlement), se fut prêté à une pareille démarche qui ne pouvait faire honneur au chapitre et qui pouvait être vaine et infructueuse vu la nature de l'affaire dans laquelle cet ecclésiastique avait le malheur de se trouver impliqué.

21 mars. — On apprend que le sieur Tournefort, contrôleur et premier commis de la ferme des Postes, qui avait été arrêté et décrété de prise de corps, en même temps que le sieur Billiard comme soupçonné d'avoir part à sa banqueroute, venait d'être mis en liberté, à la charge de se représenter toutes fois et quand il serait jugé nécessaire.

22 mars. — On apprend que le C*^ de St-Florentin, (Phélipeaux), ministre et secrétaire d'Etat, chancelier, surintendant des finances de l'ordre du St-Esprit, ayant proposé au Roi de faire payer sa charge dont il désirait se démettre à Georges- Louis Phélipeaux, archevêque de Bourges, son neveu, le chancelier de Maupeou instruit de sa démarche et cherchant à se décorer du cordon bleu pour satisfaire l'excessive ambition qu'on lui connaissait, avait prié le Roi de trouver bon que cette charge passât auparavant sur sa tête, ce qu'il n'avait point eu de peine à obtenir. On disait que l'évêque d'Orléans (de Jarente) prélat commandeur de l'ordre, ayant cherché à persuader au

184 JONRUAL DE HARDY [1770]

clergé, comme il se l'était persuadé à lui-même, que l'archevêque de Bourges avilissait en quelque sorte le rang épiscopal en acceptant le cordon bleu par charge, avait été fortement relancé par le C® de Mauiepas, à qui il en avait porté ses plaintes, comme étant le chef de la famille des Phélipeaux et que ce seigneur lui avait fait sentir son erreur, en lui apprenant, ce qu'il ignorait sans doute, savoir : que des princes du sang et des cardinaux entre autres, le cardinal de Bourbon, n'avaient point rougi de posséder cette charge, pour laquelle il fallait faire autant de preuves de noblesse que pour être admis dans l'ordre en qualité de chevalier-commandeur, et qui d'ailleurs ne pouvait être que très honorable, en ce qu'elle mettait le titulaire en possession du droit d'être placé le premier auprès de la personne du Roi dans toutes les cérémonies de l'ordre.

23 mars. — Le C*'^ de St-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, l'abbé Terray, ministre d'Etat, contrôleur général des finances, de Boullongue, conseiller d'Etat, intendant des finannances, et de Marville, conseiller d'Etat, qui le mercredi précédent avaient rendu visite à l'assemblée générale du clergé, en qualité de commissaires du Roi, se transportent pour la seconde fois aux Grands Augustins, à l'effet d'y faire à l'assemblée, au nom de S. M. la demande du don gratuit. Après que, vers les 11 heures du matin, on eut averti les députés que MM. les commissaires étaient arrivés dans leur salle et que les deux nouveaux agents généraux du clergé se furent rendus auprès d'eux, deux archevêques, deux évêques et quatre députés du second ordre se détachèrent pour aller au devant desdits commissaires, seulement à l'angle du cloître, d'où ils accompagnèrent jusque dans la salle d'assemblée, où après avoir salué, s'être assis et couverts, l'abbé de Cicé, l'un des deux anciens agents ayant fait lecture de la lettre de cachet, le 0*^ de St-Florentin adressa à l'assemblée un discours dans lequel, après avoir fait le tableau des malheurs de l'Etat et des secours prompts que ces malheurs exigeaient, il fit valoir les ressources fécondes que le Roi avait trouvées en tous temps dans les trésors des sanctuaires et le zèle de son clergé, et demanda de la part de S. M. un don gratuit de 16 millions, et annonça combien il était important, attendu les circonstances, de prendre les moyens les plus simples pour en faciliter et en accélérer l'emprunt. L'archevêque de Reims, président, répondit par un autre discours dans lequel, après

avoir exposé combien il était touché de la vive peinture qui venait d'être faite des maux de l'Etat, il déclara qu'on allait délibérer sur la demande faite par le Roi et dit que le clergé, dans ses délibérations, ne perdrait jamais de vue que ses biens étaient le patrimoine des pauvres : il insista sur ce que ses dons étaient libres et volontaires ; il termina son discours en invitant les commissaires à s'employer auprès du Roi pour procurer le rappel des infortunés prêtres qui gémissaient depuis longtemps sous le joug du bannissement ou de l'exil. Cette demande, s'écria-t-il en finissant, est le vœu unanime de toutes nos provinces et elle sera toujours l'objet de nos instances les plus vives et les plus réitérées. On assurait que son discours avait fini en 1765 par la même demande qui n'avait point eu d'effet, mais on appréhendait cette fois-ci un meilleur succès, qui, loin de rétablir la paix, ne ferait, au contraire, qu'enhardir les amateurs du trouble et du désordre, en échauffant les esprits schismatiques par l'espérance, non seulement de l'impunité, mais même des récompenses. Les deux discours finis, les commissaires du Roi furent reconduits dans leur salle dans le même ordre et avec les mêmes cérémonies qu'ils en étaient venus, pour y attendre le résultat de la délibération qui fut d'accorder au Roi le don gratuit demandé.

Le même jour, les chambres du Parlement s'étant assemblées pour délibérer sur l'envoi qui venait de leur être fait par le Parlement de Rennes, de pièces ayant rapport à l'affaire de MM. de La Chalotais et du duc d'Aiguillon, comme le Premier président qui ne parut point au Palais, avait fait dire qu'il était indisposé, l'assemblée sur cet objet fut remise à la huitaine.

27 mars- — [Scellé apposé chez l'abbé Grisel levé en sa présence.]

28 mars. — [Assemblée des Chambres du Parlement. — Paquet reçu de Rennes concernant l'affaire du duc d'Aiguillon et de MM. de La Chalotais ; convocation des Princes et Pairs. Lettre du Parlement de Bretagne à M. le Chancelier en lui envoyant les charges et informations contre le duc d'Aiguillon. — Remontrances de la commission intermédiaire des Etats du Roi.]

29 mars. — On apprend que le sieur Mirout et autres personne, qui avaient été arrêtées et constituées prisonnières relativement à l'affaire du sieur Bernard, curé de la paroisse de St-Jacquesde-la-Boucherie, qui avait disparu le 16 janvier précédent, venaient d'être mises en liberté, et l'on débitait que bientôt

on serait informé d'une résignation faite par ce curé qu'on assurait exister encore sans qu'on connût le lieu de sa retraite, ce qui semblait détruire au moins en partie tous les anciens bruits qui avaient couru sur son compte.

31 mars. — Ce jour, le corps de Maria-Marguerite-Madeleine- Adélaïde de Castellane, épouse de Charles-Emmanuel-Marie- Magdelon de Vintimille, marquis du Luc, colonel du régiment royal corse, décédée le jeudi précédent 29 du même mois, en son hôtel rue Neuve-des-Bons-Enfants, dans sa 23^ année, est présenté à 7 heures du soir en l'église de St-Eustache sa paroisse et transportée ensuite en celle de Notre Dame où il il est inhumé dans le caveau de la chapelle concédée par le chapitre à feu M. de Vintimille du Luc, archevêque de Paris, pour servir de sépulture à toute sa famille. Elle était morte des suites d'une fausse couche occasionnée par la trop grande ardeur avec laquelle elle s'était livrée au plaisir de la danse pendant le carnaval.

31 mars. — [Le curé de St-Denis, exilé à 10 lieues de sa cure, obtient permission du ministre de passer par Paris pour se rendre à Lyon et y faire juger son affaire à la primatie. — Refus de sacrements par un porte-Dieu de la paroisse St-Etienne-du-]Mont, réparé par la prudence du curé.]

1" avril- — Ce jour, l'abbé Couturier, supérieur du séminaire Saint-Sulpice et abbé commanditaire de l'abbaye de Chaume (Ordre de St-Benoit, diocèse de Sens) depuis l'année 1732, meurt sur le soir dans le dit séminaire, âgé de 83 ans ; cet ecclésiastique était devenu fameux dans le monde, par la confiance singulière dont feue S. E. le cardinal de Fleury l'avait honoré, par le grand nombre d'abbés de distinction qui s'étaient formés sous lui au saint Ministère et qu'il avait fait élever à l'épiscopat par son immense crédit sur l'esprit de ce premier Ministre et de feu M. Boyer, évêque de Mirepoix, son successeur ; on assurait qu'il avait refusé lui-même plusieurs évêehés ; on disait aussi qu'on attendait sa mort pour transférer le séminaire dans les bâtiments du noviciat des ci-devant soi-disants Jésuites, rue du Pot de Fer, et démolir l'ancien bâtiment dont le terrain devait contribuer à former une grande place devant le portail de l'église paroissiale qui se trouvait presque achevé pour lors.

2 avril. — [Cause jugée en la Grand-Chambre du Parlement entre le sieur AUiot, fermier général, et son fils qui avait épousé la fille d'un chirurgien d'Aubervilliers.]

3 avril. — Les prince et les pairs s'étant rendus au Parlement toutes les chambres assemblées, après qu'il eut été fait

lecture des nouvelles lettres patentes du Roi qui ordonnaient la translation de tout le parlement à Versailles pour y instruire et juger sous les yeux de S. M. le procès du duc d'Aiguillon, pair de France, et qu'on eut délibéré sur icelles, elles furent enregistrées avec trois modiflcations : la première, que les suffrages ne seraient gênés en aucune manière ; la seconde que les avis seraient recueillis à haute et intelligible voix ; et la troisième, qu'aucun étranger ne pourrait être admis aux séances. Après quoi il fut arrêté qu'il serait fait au Roi des représentations sur cette translation comme étant dispendieuse, embarrassante, préjudiciable au bien public et aux intérêts particuliers.

4 avril- — [Le Parlement se rend à Versailles où le Roi de.it tenir la première séance de sa Cour des Pairs pour commencer riiisJruction du procès du duc d'Aiguillon.]

10 avril- — [Sentence de la Primatie de Lyon en faveur di: curé de l'île St-Denis.]

1 1 avril. — Ce jour qui était le mercredi Saint, Madame Louise- Marie de France, née à Versailles le 15 juillet 1737, touchée du désir de se consacrer à Dieu et en ayant obtenu le consentement du roi, son père, part de cette ville à 7 heures du matin pour se rendre au monastère des religieuses Carmélites de la ville de St- Denis, où elle se proposait, à ce qu'on assurait, de prendre bientôt l'habit, accompagnée de deux dames d'honneur, M^e de Guistelle et M^is de Périgord. En passant à Sèvres, elle dit à ces dames : « Vous croyez peut-être que je vais à Paris, point du tout, c'est à St-Denis que je vous mène ; » A quoi l'une des deux ayant répondu : « Madame, puisque vous allez à Saint- Denis, je vous prierai de me permettre de voir une amie que j'ai aux Carmélites », à quoi la princesse répliqua : « Cela vous sera facile, car je vais précisément dans ce couvent ». Dès qu'on fut arrivé au monastère, elle entra seule et très promptement dans l'intérieur de la maison et laissa les deux dames dans un parloir. Après qu'elle eut été reçue par la supérieure à laquelle on prétendait qu'elle avait demandé trois grâces : la première de la regarder comme sa fille ; la seconde, que toutes les religieuses la regardassent comme leur sœur ; et la troisième que personne ne l'employât pour rien obtenir en cour. Les religieuses et toutes les personnes de maison lui rendirent leurs respects et on la conduisit à la cellule qui lui avait été préparée conformément aux ordres donnés à la supérieure par l'arche-

vêque de Paris, que le Roi avait prévenu en lui recommandant le secret le samedi précédent, jour que les ducs et pairs se trouvaient assemblés à Versailles pour l'affaire du duc d'Aiguillon ; car toute la cour ignorait que M^^ Louise dut prendre ce parti. Elle alla ensuite au parloir retrouver les deux dames auxquelles elle dit qu'elles pouvaient s'en retourner, attendu que, pour elle, elle restait dans le couvent. Les deux dames, fort surprises, ayant beaucoup insisté sur ce qu'elles répondaient de sa personne, elle leur exhiba la permission qu'elle avait eue du Roi, pour cela. On disait que depuis plus de cinq ans elle s'occupait de ce pieux projet, qu'elle désirait beaucoup le mettre à exécution et qu'elle avait été bien aise de quitter la cour avant toutes les fêtes qu'on se préparait à y donner pour le mariage de M. le Dauphin qui était fixé au 16 mai suivant. On assurait aussi qu'elle avait déclarée qu'elle voulait être traitée comme toutes les autres religieuses sans aucune distinction et suivre la règle dans toute son étendue ; qu'elle ne désirait être ni fondatrice, ni bienfaitrice et qu'elle avait prié le Roi de ne rien lui donner qu'une simple dot, suivant les uns, de 12.000 livres et suivant les autres, de 24.000 livres. Elle n'avait retenu personne auprès d'elle pour la servir ; on disait encore qu'elle avait fait un testament qui ne devait être ouvert que lorsqu'elle aurait fait profession. Elle avait pris pour directeur, depuis environ 4 ans, l'abbé Quévenet, chanoine de l'église cathédrale de Chartres, qu'elle tenait fort assujetti depuis ce temps et de qui elle exigeait qu'il vint loger à St-Denis près des Carmélites. On raisonnait très diversement à la Cour, comme à la ville sur la démarche inattendue que venait de faire cette princesse, chacun en parlait suivant qu'il était affecté. Elle se trouvait tout à la fois exposée à une critique amère de la part des uns et à des éloges outrés de la part des autres. Les personnes les plus raisonnables doutaient fort que la faiblesse de sa santé pût lui permettre de soutenir longtemps les grandes austérités de la règle qu'elle venait d'embrasser.

Le même jour, on ne me fait payer le pain au marché que sur le pied de 2 sols 6 deniers la livre et il y en avait pour le pauvre a 2 sols et peut-être à moins, ce qui adoucissait en quelque manière les maux que faisait souffrir au peuple la cherté de tous les comestibles. On désirait que cela pût durer longtemps.

13 avril- — [Publication d'un arrêt du Conseil d'Etat portant disso" lution de la Compagnie des Indes.]

14 avril. — Le sieur de Roquemont, chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, commandant du guet d'ordonnance à pied et à cheval, gendre du feu sieur Duval, auquel il avait succédé dans cette place, et chevalier de l'Etoile, c'està-dire commandant du guet ancien rétabli depuis quelques années et connu sous le nom de guet de l'Etoile, meurt sur les 3 heures du matin en sa maison, rue Meslay, porte St-Martin, âgé de 54 ans, et est inhumé le lendemain au soir avec beaucoup de pompe, en l'église de St-Nicolas-des-Champs, sa paroisse. Il se répandit un bruit qui ne laissa pas que de prendre faveur dans le public, qu'il avait été tué d'un coup d'épée sur le boulevard, par le frère du sieur Colet d'Hauteville, ancien munitionnaire des vivres, avec lequel il avait eu dispute au jeu ; d'autres personnes soutenaient au contraire qu'il était mort dans son lit, d'une attaque de goutte qui le faisait souffrir depuis quelque temps et que les médecins n'avaient pas traitée comme il convenait ; que son corps avait été ouvert et qu'on lui avait trouvé trois pintes d'eau dans la poitrine. De quelque façon qu'il fût mort, comme il n'existait plus, la place de commandant du guet d'ordonnance à pied et à cheval fut accordée par le Roi, à son fils qui n'était encore âgé que de 16 ans, à condition qu'un ancien capitaine de grenadiers, parent du jeune homme, commanderait à son lieu et place, jusqu'à ce qu'il fût en état de commander par lui-même. Quant à la place de chevalier de l'Etoile, ou commandant du guet rétabli, elle fut donnée à un ancien militaire qu'on disait se nommer Lelaboureur.

Le même jour, on me fait payer la viande à la boucherie sur le pied de 9 sols la livre, forçant même de prendre des os et ce qu'on appelle de la réjouissance ; nombre de personnes la payaient 10 sols pour être un peu moins mal servies. On ne pouvait concevoir la cause de cette augmentation qui devenait très onéreuse pour bien des gens. Provenait-elle d'une disette réelle de l'espèce ou de quelque nouvelle maltôte établie dans le commerce des bestiaux ? C'était comme une espèce de problème que personne ne voulait résoudre.

21 avril. — Empoisonnement accidentai chez les Filles de la Croix, du cul-de-sac Guéménée, de petites filles de la paroisse St-Paul, qui avaient fait ce jour-là leur première communion.]

23 avril. — Les Comédiens français ordinaires du Roi représentent pour la première fois sur le grand théâtre du château des Tuileries, que l'Opéra venait de quitter pour retourner au Palais-Royal, dans la salle nevive qui se trouvait totalement finie. Ce qui donnait lieu à la translation de ces comédiens, très incommode pour le public, c'était la vétusté du bâtiment qu'ils occupaient dans le faubourg St-Germain, près la rue de Bussy, qui menaçait absolument ruine, ce qui mettait le gouvernement dans le cas de s'occuper sérieusement d'un projet de nouvelle construction, qu'on se proposait, disait-on, d'exécuter sur partie du terrain de l'hôtel de Condé, dès que le prince de Condé serait en possession du palais Bourbon, rue de l'Université, dont les embellissements et les augmentations devaient être bientôt achevés.

24 avril. — Le mariage de Louis-Henri- Joseph de Bourbon- Condé, duc de Bourbon, âgé de 14 ans (étant né à Paris le 13 avi'il 1756) avec Mlle Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, âgée de près de 20 ans, étant née à St-Cloud le 16 juillet 1750, se célèbre dans la chapelle du château de Versailles, en présence du Roi, de la famille royale et de toute la Cour ; l'archevêque, duc de Reims, grand aumônier de France, leur donne la bénédiction nuptiale en présence du sieur Allard, curé de la paroisse. Cette cérémonie se fit avec beaucoup de simplicité ; il y eut seulement sur le soir Grand Jeu et ce qu'on appelle Banquet royal, où furent admis M. le C^^ d'Artois et Madame, qui venaient d'être confirmés et de faire leur première-communion. Le prince de Condé emmena ce jour même le prince de Bourbon, son fils, au château de Chantilly et M™e la duchesse de Bourbon se rendit à l'abbaye de Panthémont, rue de Grenelle, faubourg St Germain, avec Mlle de Condé, sa belle-sœur, âgée de 13 ans, qu'on avait fait revenir de l'abbaye de Bcaumont-les-Tours, où elle avait été élevée sous les yeux de INIlle de Vermandois (Henriette-Louise-Marie-Françoise-Gabrielle de Bourbon-Condé, sa grand'tante paternelle) qui en était abbesse. La duchesse de Bourbon devait demeurer au couvent jusqu'à ce que le duc son époux, qui était trop jeune, eût achevé un voyage d'environ 18 mois, qu'on se proposait de lui faire faire dans les Cours étrangères, après toutes les fêtes du mariage de M. le Dauphin.

24 avril- — [Jugement du procès du sieur Billiard au Châtelet reculé.}

26 avril. — M. l'archevêque de Paris fait dans l'église de Notre-Dame la bénédiction des drapeaux et étendards des compagnies des gardes de l'Hôtel de Ville à pied et à cheval. On venait de faire des changements considérables dans l'uniforme de ces gardes, qu'on avait rendu beaucoup plus leste et beaucoup plus élégant qu'il ne l'avait été jusqu'alors. On avait retranché de dessus leurs bandoulières le cartouche aux armes du Roi et celui des armes de la Ville, qu'on y voyait auparavant brodés en or et en relief. Elles étaient travaillées à peu près dans le goût de celles des gardes du Roi, mais brodées en losange, les unes sur un fond rouge, les autres sur un fond blanc, d'autres sur un fond vert, d'autres sur un fond bleu pour distinguer les 4 compagnies.

26 avril- — [Bénédiction des drapeaux des compagnies des gardes de la ville à Notre-Dame.]

27 avril. — Assommeur dans les rues de Paris rompu vif en place de Grève par arrêt du Parlement.]

28 avril- — [Augmentation du prix du pain dans les marchés.]

30 avril. — Ce jour, vers les 3 heures de l'après-midi, M. le C^e de St-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, ayant le département de Paris, et M. de Sartine, conseiller d'Etat et lieutenant général de Police, se rendent au Cours-la-Reine, où ils trouvent sous les armes les compagnies du guet d'ordonnance à pied et à cheval. Le sieur de Roquemont fils y est proclamé en leur présence, commandant à haute et intelligible voix, ainsi que le sieur Lelaboureur, ancien capitaine de grenadiers royaux et chevalier de St-Louis, comme chargé d'exercer jusqu'à la majorité du dit sieur Roquemont ; ils avaient été reçus tous deux au Châtelet, l'un des jours précédents. Les soldats du guet à pied font l'exercice et toutes les évolutions militaires avec la plus grande agilité et la plus grande précision ; ils défilent ensuite ainsi que les cavaliers, en présence du ministre, du magistrat et des commandants.

Le même jour, on apprend que le sieur Dardet, curé de l'île St-Denis, de retour de Lyon, venait de faire signifier à M. l'archevêque de Paris la sentence de la primatie qui annulait celle de son officialité, que l'on continuait de se donner de grands mouvements pour obtenir la révocation de la lettre de cachet qui le forçait de se tenir à 10 lieues de la cure. Le sieur Quatremère, marchand drapier, actuellement juge consul homme

jouissant d'une certaine considération dans la bourgeoisie, était celui qui, sans connaître en aucune manière ce curé et sur la simple recommandation de personnes dignes de foi qui lui avaient exposé les malheurs et la vexation horrible à laquelle il se trouvait en butte, lui avait rendu les services les plus essentiels, en l'aidant de son crédit et de sa bourse. On assurait qu'il y avait déjà dépensé pour son affaire, plus de 3.000 livres, sans ce qu'il se proposait de faire encore en sa faveur, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à se tirer absolument de l'oppression.

Le même jour un marinier du canton de l'île St-Denis, repêche au bas de la terrasse de la maison de campagne du sieur Sauvage, riche banquier de Paris, le cadavre du sieur Joseph-Paul-Hippolyte Bernard, curé de la paroisse de St- Jacques-de-la-Boucherie, qui avait disparu le 16 janvier précédent, pour cause de dérangements d'affaires, sans que depuis ce temps il eut été possible d'en avoir aucune nouvelle. Ce cadavre qui, très probablement s'était détaché de quelque bateau normand descendant à Rouen, auquel il s'était trouvé accroché, avait reparu sur l'eau en cet endroit ; il était défiguré au point ne de pouvoir être reconnu que par les effets qu'il avait encore sur lui.

1'^'' mai- — [Procession des Bénédictines de l'abbaye de St-Denis à l'abbaye Montmartre. — Revue des compagnies de gardes de la ville.]

2 mai. — Le mariage de la fille de M. de Laverdy, conseiller d'honneur au. Parlement, ministre d'Etat et ancien contrôleur général des finances, avec le marquis de La Briffe, frère de l'avocat général du Grand Conseil, se célèbre entre midi et une heure en l'église paroissiale de St-André-des-Arts ; l'archevêque de Reims, grand aumônier de France, leur donne la bénédiction nuptiale, en présence du sieur Léger, curé de la paroisse. M. l'archevêque de Paris ayant refusé de permettre qu'il fut célébré ailleurs, on lui avait proposé les Grands-Augustins, l'église du collège Mazarin, ou celle des Théatins. Les ducs de Choiseul et de Praslin, le Premier président, plusieurs autres membres du Parlement, et grand nombre d'autres personnes de distinction assistèrent à cette cérémonie. Le repas de noces se donne dans le jardin de l'hôtel que le Roi avait donné au sieur de Laverdy, cul-de-sac de l'ancien hôtel de Conti, derrière les bâtiments de la Nouvelle-Monnaie, où l'on avait fait dresser une tente magnifiquement ornée. Le dimanche précédent, le

Roi avait signé à Versailles le contrat de mariage. S. M. avait donné au marquis de La Briffe, un régiment et une pension de 4.000 livres et le duc de Choiseul avait traité chez lui les deux familles des futurs époux. Tant de marques de distinction semblait annoncer que le sieur de Laverdy, quoique disgracié, jouissait encore à la Cour d'une certaine considération. Le marquis et la marquise de La Briffe devaient demeurer dans le même hôtel susdit avec leur père et mère.

2 mai. — Ouverture du chapitre général des Carmes déchaussés, convoqués par ordre du Roi.]

3 mai. — Le Roi fait, sur les 4 heures après-midi, dans la plaine des Sablons, la revue générale du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses. M. le Dauphin, M. le C'e de Provence et M. le C^^ d'Artois, ainsi que M™es Adélaïde, Victoire et Sophie assistent à cette revue où il ne se trouve pas autant de monde qu'à l'ordinaire, le temps n'étant pas des plus favorables. Dès que la revue est achevée, le Roi, après avoir changé d'habit dans son carrosse, se rend au monastère des religieuses Carmélites de la ville de St-Denis, pour y voir Madame Louise et revient ensuite coucher à Versailles.

4 mai- — [Nouvelles de Rome concernant la publication annuelle de la bulle In cœna Domini.]

5 mai. — La séance ordonnée pour ce jour, par l'arrêt rendu à Versailles, le Roi y tenant et y présidant sa Cour des Pairs, le samedi 7 avril précédent, à l'effet d'y entendre la lecture des informations faites dans l'affaire du duc d'Aiguillon, n'a point lieu, parce que l'information qui n'était pas totalement achevée ne pouvait être close que le lundi suivant. On ignorait absolument à quel temps précisément, le Roi jugerait à propos de remettre cette séance, et quelques personnes appréhendaient même que le duc d'Aiguillon, par un crédit aussi étendu que peu mérité, ne parvint à empêcher que jamais elle pût avoir lieu, ce qui, loin de l'innocenter aux yeux du public, ne servirait au contraire qu'à le rendre plus coupable.

Le même jour, on met au marché le pain de 4 livres au prix de 11 sols et l'on publiait qu'il n'en resterait pas là, ce qui faisait appréhender qu'on ne le revit peut-être bientôt à 4 sols la livre comme il était en 1768.

6 mai. — Dans la nuit de ce jour au lundi suivant, le feu prend

Mes Loisirs. Tome I. 13

dans les bâtiments de la brasserie connue sous le nom de la Rose-Rouge, Grande-Rue du faubourg St-Antoine, attenant le sieur Pérignon et fort près d'une maison appartenant à une de mes tantes qui se trouvait pour lors attaquée d'une maladie des plus violentes. Tous ces bâtiments sont réduits en cendres et le grain brûlait encore le lendemain dans l'après-midi.

Le même jour, le Premier président ayant été mandé à Versailles, le Roi le charge de notifier au Parlement que son intention était qu'on lui envoyât la minute de la procédure et de l'information faite dans l'affaire du duc d'Aiguillon qui devait être close le lendemain.

7 mai. — On apprend que le sieur Dardet, curé de l'île St- Denis, venait de présenter un placet à M. l'évêque d'Orléans,, pour demander la révocation de la lettre de cachet qui l'avait éloigné de sa cure de 10 lieues, en vertu de laquelle il s'était retiré à Meaux ; que ce prélat avait répondu que M. le lieutenant de police arrangerait cette affaire avec M. le O^ de St-Florentin, ou bien avec lui ; que les paroissiens et habitants de ce curé avaient aussi présenté un placet au même prélat, dans lequel ils exposaient, avec la naïveté et la franchise de bons villageois, qu'ils avaient toujours soutenu que leuj curé était innocent^ et que M. l'archevêque de Paris, qui avait toujours refusé de les en croire sur leur parole, devait enfin se le persuader depuis qu'une sentence de la primatie de Lyon l'avait absolument déchargé de toutes les accusations intentées contre lui ; enfin que M. de Sartine, lieutenant de police, avait dit au sieur Quatremère qui s'intéressait pour ce curé que, pourvu qu'il ne fît point d'éclat, U pouvait demeurer dans Paris et se dispenser de retourner à Meaux jusqu'à nouvel ordre.

8 mai. — On publie et l'on affiche dans les différents quartiers 2 ordonnances du Bureau de la ville, rendues sur le réquisitoire du Procureur du Roi, portant règlement par rapport à tout ce qui devait être observé tant que dureraient les fêtes destinées à célébrer le mariage de M. le Dauphin avec l'archiduchesse Marie-Antoinette. Ces ordonnances indiquaient pour le mardi suivant, 15 du même mois, dans l'après-midi, l'ouverture d'une foire non franche dans toute la partie des boulevards du côté du Nord, sur laquelle on avait construit un très grand nombre de boutiques uniformes. Cette foire ne devait finir que le jeudi 31. Elles enjoignaient à tous les habitants de la ville de Paris

d'illuminer les façades de leurs maisons le mercredi suivant 16, jour de la bénédiction nuptiale et de fermer leurs boutiques ce jour-là et le jeudi 30, un jour que serait tiré le feu d'artifice dans la place Louis XV et précisément sur sa statue équestre, qu'on avait environnée de charpentes. Tous les boulevards devaient être illuminés pendant ces fêtes qui devaient s'étendre depuis la porte St-Antoine jusqu'au Cours, où on avait élevé un magnifique édifice dans le goût anglais sous le nom de Wauxhall.

Le même jour, le fils du laquais d'un valet de chambre de M. le duc d'Orléans assassine vers les 9 heures du soir, au haut d'un des escaliers de la cour des Fontaines, au Palais-Royal, un domestique qui lui avait vendu une montre d'or, en lui coupant la gorge avec un rasoir qu'il avait dans sa poche. Il l'avait attiré sous le prétexte de le satisfaire par rapport au payement de cette montre qu'il sollicitait depuis un certain temps. Ce domestique ne meurt point sur le champ de sa blessure, mais l'assassin est poursuivi et arrêté dans l'escalier même par un laquais qui avait entendu les cris du blessé. M. le duc d'Orléans informé de ce qui venait de se passer, fait avertir M. le lieutenant criminel et le Procureur du Roi qui se transportent tous deux sur le lieu et y travaillent pendant une bonne partie de la nuit à l'instruction du procès de ce malheureux.

8 mai. — Assemblée des Chambres du Parlement sur la demande que le Roi avait faite des informations prises dans l'affaire du duc d'Aiguillon, arrêté à ce sujet.]

9 mai. — Ce jour on apprend que le samedi précédent, 5 du même mois, on avait amené au château de la Bastille un particulier qui avait été arrêté sur les ordres du ministère et par 4 hoquetons dans la petite ville de Pont-sur- Yonne, en Bourgogne. On lui avait mis, en l'arrêtant, les fers aux pieds et aux mains, ce qui semblait annoncer que c'était un prisonnier d'une certaine importance. On avait trouvé sur lui 200 louis en or, 80 livres en argent blanc, pour 50.000 écus d'effets en portefeuille, deux pistolets de poche chargés à balles, et il avait encore 2 malles d'une énorme pesanteur.

9 mai. — [Assemblée des Chambres du Parlement, les Princes et Pairs y séant ; arrêté pris sur la demande du Roi des informations faites contre le duc d'Aiguillon, observations sur cet arrêté. — Augmentation du prix du pain dans les marchés. — Commencement du rapport du procès du sieur Billiard en la Chambre du Conseil du Châteletl.

10 mai- — [Assemblée des Chambres du Parlement, les Princes et Pairs y séant, réponse du Roi sur l'envoi des informations. Ce qui se passe dans cette assemblée. — Aventure d'un cocher de place maltraité par un particulier sur le grand chemin de Clichy-la-Garenne.]

11 mai- — [Sentence du Châtelct contre les sieurs Billiard et abbé Grisel ; réflexions sur cette sentence et pièce y ayant rapport. — Le jeune homme qui, quelques jours auparavant, avait commis un assassinat dans le Palais-Royal, rompu vif par arrêt du Parlement.]

12 mai- — [I-e Procureur général interjette appel ci minima de la sentence rendue au Châtelet dans l'affaire des sieurs Billiard et abbé Grisel.]

13 ma». — Le Roi part de Versailles après la messe avec M. le Dauphin et Mesdames pour aller dîner au château de la Muette a'où il devait se rendre le lendemain à Compiègne pour aller du-dev:nt de l'archiduchesse Marie-Antoinette.

15 mai. — L'archiduchesse Marie-Antoinette arriva au château de la Muette vers 7 heures du soir ; elle avait rendu visite, en passant par St-Denis, à Madame Louise, retirée aux Carmélites. Un très grand nombre de personnes s'étaient rendues à la Porte Maillot pour se trouver à son passage.

16 mai. — L'archiduchesse Marie-Antoinette part du château de la Muette vers les 9 heures du matin, coiffée et habillée dans un trcs grand négligé pour se rendre à Versailles où elle devait faire sa toilette. Le Roi et M. le Dauphin en étaient partis après le souper à 2 heures du matin afin de pouvoir l'y recevoir à son arrivée. On ne se souvenait pas avoir jamais vu autant de monde aller de Paris à Versailles qu'il en partit ce jour-là. La diminution du peuple était sensible dans les rues qui paraissaient presque désertes.

Les carrosses de remise se payaient jusqu'à 3 louis pour la journée et les chevaux de louage 2 louis. Au bureau des voitures de la Cour, quantité de personnes ne purent partir, faute de trouver des places. Vers une heure après-midi, l'archevêque duc de Reims,'grand aumônier de France (de La Roche- Aymon) donne dans la chapelle du château la bénédiction nuptiale à M. le Dauphin et à M^^^ la Dauphine, en présence du Roi, de toute la Cour et du sieur Allart, curé de la paroisse. Quoique toutes les boutiques fussent fermées ce jour-là dans Paris, et que tous les travaux généralement quelconques fussent suspendus, le Parlement ne laissa pas que d'entrer comme à l'ordinaire, attendu que le mariage ne lui avait pas été notifié suivant

l'ancien usage qui ne s'était cependant pas observé aux deux précédents mariages du feu Dauphin. Le superbe feu d'artifice de la composition des sieurs Torré et Morel qui devait se tirer sur le soir dans les jardins de Versailles et sur le Tapis Vert, en face le château, n'a point lieu à cause de la grande pluie occasionnée par 2 orages. L'exécution en est remise ainsi que celle des illuminations au samedi suivant. On répand dans le public 2 petits couplets faits sur les réjouissances de Paris et sur l'air : Jardinier, ne vois-fu-pas ?

A la noce du Dauphin

Le peuple croyait boire,

Sartine jouant au fin,

Lui procure au lieu du vin,

La foire, la foire, la foire... (des boulevards.)

A la Cour pour voir du beau,

On ne pourrait le croire.

Colin court et Isabeau

Il n'y avait que de l'eau

A boire, à boire, à boire... [par allusion à la pluie.]

Lettre de l'Impératrice de Hongrie et de Bohême à M. le Dauphin sur son mariage avec l'archiduchesse sa fille :

« Votre épouse, mon cher Dauphin, vient de se séparer de « moi ; comme elle faisait mes délices, j'espère qu'elle fera « votre bonheur. Je l'ai élevée en conséquence, parce que depuis « longtemps je prévoyais qu'elle devait partager vos destinées. « Je lui ai imposé l'amoiu* de ses devoirs envers vous, un tendre « attachement, l'attention à imaginer et à mettre en pratique « les moyens de vous plaire. Je lui ai toujours recommandé « avec beaucoup de soin une tendre dévotion envers le INIaître « des Rois, persuadée qu'on fait mal le bonheur des peuples « qui nous sont confiés, quand on manque envers celui qui brise « les sceptres et renverse les trônes comme il lui plaît. Aimez K donc vos devoirs envers Dieu ; je vous le dis, mon cher Dau- « phin, et je l'ai dit à ma fille, aimez le bien des peuples sur le « quels vous régnerez toujours trop tôt; aimez le Roi, votre « aïeul ; soyez bon comme lui, inspirez ou renouvelez cet atta- « chement à ma fille ; rendez-vous accessible aux malheureux. « Il est impossible que vous conduisant ainsi vous n'ayez le « bonheur en partage. Ma fille vous aimera, j'en suis sûre, parce « que je la connais ; mais plus je vous réponds de son amour, « plus je vous recommande de lui vouer le plus tendre attache-

« ment. Adieu, mon cher Dauphin, soyez heureux ; je suis « baignée de larmes ».

17 mai. — Les 6 corps des marchands de la ville et faubourgs de Paris, font célébrer en l'église royale et paroissiale de St- Germain-l'Auxerrois, une messe solennelle en musique pour le mariage de M. le Dauphin et la conservation de la personne du Roi et de toute la famille royale. M. l'archevêque de Paris officia pontificalement. A cette messe à laquelle assistent M. de Sartine, conseiller d'Etat et lieutenant général de police, le Procureur du Roi, un des avocats du Roi au Châtelet, M. de Montaran, intendant du commerce et nombre de personnes invitées par billet imprimé. Après cette messe ils donnent un magnifique repas aux jardins des Apothicaires, rue de l'Arbalète, faubourg St-Marcel, dans une salle qu'ils avaient fait décorer exprès. La table était composée de 50 couverts et le repas servi par Danger, traiteur de l'apport-Paris. Les magistrats qui avaient assisté à la messe se trouvent au repas. La veille ils avaient employé une somme de 10.000 livres à délivrer un certain nombre de particuliers détenus en prison pour raison de refus de paiement des mois de nourrice de leurs enfants, et avaient distribué en outre un écu de 6 livres à chacun de ces particuliers ; ce qui était très honorable de leur part. Une xuvre de cette nature n'était-elle pas mille fois préférable en effet à toute autre dépense qui n'eût été que fastueuse sans contribuer en aucune manière au soulagement de ces malheureux?

19 mai. — Ce jour, vers 10 heures du soir, on tire à Versailles, sur le Tapis Vert et en face le château, le magnifique feu d'artifice de la composition des sieurs Torré et Morel qui n'avait pu avoir son exécution le mercredi précédent, à cause de la pluie. Ce feu réussit très bien, ne dure qu'une demi-heure et excite l'admiration de la multitude immense qui s'y était rendue de Paris et des environs. Suit la description des feux :

Feu d'artifice de Versailles, tiré en 7 coups

1" coup. — 288 fusées d'honneur en 4 minutes

2® coup. — 80 soleils tournants et au sommet de ce feu un caprice de 840 cartouches de différents calibres et 6 globes contenant 940 cartouches 4 minutes 3« coup. — 86 bombes ou ballons d'air à 8164

pots de batterie à serpenteaux qui fait en tout

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