COUPLETS CONTRE LES PRINCES
^ [Sur l'air : vous parlez sans que rien vous arrête !]
Vivat 1 Vivat I Monseigneur de Lamarchc, Des princes, c'est encore le moins félon ; Sans foi, ni loi, droit dans la fange, il marche. Sans se piquer d'avoir d'opinion.
Pour ce gredin, c'est lionneur et point taclic Qu'haine, mépris, honte et abjection.
Condé, plus vil, se ceint de la rondachc De Maupeou, dont il est le nourrisson.
Il tergiverse, il intrigue, il se cache. Travaillant comme un formicalcon.
Chaque animal à son pareil s'attache, Ours, loup, renard, tigre et caméléon.
Mais d'Aiguillon que cette union fâcIie,
Fait à son tour association.
Avec Philippe [1], il se hâte, il s'harnache.
Et se dispose à la soumission :
Le lourd baudet, tout fier, son billot mâche
Et, vers le Roi, mande le sire de Pons.
(1) Duc d'Orléans ti-è.s gros do st.iturc. (IIardy).
Un autre fourbe fl] avant cela lui gâche Un plat écrit plein de restriction ; Philippe signe et, signant, se détache Pour jamais du corps de la nation.
« Ce n'est point tout, dit-il, qu'une démarche, Car je persiste en mon opinion.
Le seul honneur que ce tripot s'arrache,
C'est le matin de voir en cotillon
La Dubarry qui vit et sur eux crache
En relevant son quintal de t...
Qui, pour Zamor, des nègres le bardache.
Pend chaque nuit avec profusion.
<■' Au champ de Mars, donnez-moi le panache », Lui dit le borgne, en baisant son jupon, [2] Votre crédit et ma rousse moustache.
D'un vrai guerrier me fera le renom.
Philippe dit : « Pour moi, j'aime une vache, Je voudrais être hissé sur ce tendron » [3].
La Dubarry répond à la moustache [4] :
« Le Roi te fait son premier espion.
Ce lâche emploi convient à un bravache. »
Pétri de fiel, nourri de trahison.
Car un Condé, quand il n'est qu'un bravache.
Ne doit avoir que cette ambition.
Puis à Phihppe : Et toi, lourde ganache, Louis y consent, épouse Montesson ; Je le permets et veux aussi qu'on sache Que tu vivras sous ma protection.
Quand le remords du sal.... L... p... L... M'élèvera au rang de Rlaintenon. »
Le seul Conti dont l'honneur est sans tache
Demeure ferme en sa protestation ;
Sur ses cousins, s'armant d'une cravache,
Il les fustige au bas de son perron.
En attendant que du bourreau la hache
Tranche leurs chefs pour orner Monlfaucon,
(1) L'abbé de Bretouil, chancelier du duc d'Orloans, probablement auteur des Lettres au Roi (ITaroy).
(2) Le prince de Condô qui était louclic et roux (Td.).
(3) Madame do Montesson (/(/.).
(4) Le prince do Cont'.é. (/tZ. ).
16 février. — il se répand que la marquise de Rosen, petite nièce du duc de Fitzjames, de la maison de Matignon, et l'une des dames préposées pour accompagner M^^ la C^^^^ de Provence, laquelle avait eu l'imprudence de tenir quelques propos indiscrets sur le compte de 31™^ la C'^sse d^ Barry qui en avait porté ses plaintes au Roi, ayant reçu de S. IM. des ordres d'aller en faire des excuses à cette dame, et s'étant rendue chez eUe pour obtempérer à ces ordres, avait été introduite par un escalier dérobé dans un petit cabinet où elle avait trouvé 4 ou 5 femmes de chambre de la C*<^*^e qui s'étant jetées sur elle, l'avaient fouettée cruellement (1) ; que vainement elle avait cherché à s'échapper de leurs mains, et qu'elle n'avait pu en venir à bout qu'après avoir subi une correction des plus injurieuses ; qu'ayant voulu dans la rage qui l'animait si justement courir chez la C^^^e pour se plaindre à elle-même d'un traitement aussi indigne, elle n'avait trouvé sur ses pas que des gens qui criaient tout haut : au Cul fouetté, ce qui l'avait forcée de se retirer sans pouvoir exécuter sa résolution ; on ne pensait pas, si cette aventure incroyable était telle qu'on la racontait, que cette dame pût jamais reparaître à la Cour, où elle se verrait sans cesse exposée à une infinité de mauvaises plaisanteries.
17 février. — Ce jour, on est informé que les ennemis de l'archevêque de Lyon (de ]Maivin de Montazet), jaloux sans doute de la gloire que pouvait acquérir ce prélat par la nouvelle instruction pastorale qu'il venait de donner à ses diocésains et que toutes les personnes religieuses paraissaient empressées de se procurer, venaient de faire répandre dans toutes les maisons distinguées un billet conçu à peu près en ces termes : (on ne disait point s'il était imprimé ou manuscrit)... « Vous êtes prié d'assister à la bénédiction nuptiale de M'^e d'Aumont Mazarin avec M. le duc d'Aiguillon fi....fi....fi...., de la part de M. l'archevêque de Lyon et de ISl. de Ste-Foix, ses pères ». Par ce billet diffamatoire on cherchait à réchauffer une anecdote
(1) Hardy inscrit en marge de sou niss. : Aventure singulière et peut-être fausse d'une dame de la Cour : elle est fausse en effet de tous points et Ch. Vatel, qui a signalé ce passage, l'a siu-abondamment réfutée {Hist. de Mme Du Barry, tome II), mais il était bon de consigner le témoignage de Hardy qui, tout étranger qu'il fut aux intrigues du palais de Versailles, n'était pas dupe d'un récit scandaleux dont Pidansat de Mairobert s'est fait l'écho dans ses Anecdotes sur Mme Du Barry.
beaucoup plus scandaleuse peut-être qu'elle n'était vraie et qui avait couru dans le public il y avait environ 15 ou 16 ans, relativement à une faiblesse qu'on prétendait que le susdit prélat avait eue, dans le temps, avec la duchesse de Mazarin.
18 février. — Ce jour on racontait dans tous les cercles une anecdote assez humiliante du sieur abbé de Langeac, l'un des fils naturels du duc de La Villière, ministre et secrétaire d'Etat ayant le département de Paris, connu sous le nom de Sabatin, lequel avait été envoyé à Vienne en Autriche en qualité de conseiller du prince Louis de Rohan-Guéménée, coadjuteur de l'évêché de Strasbourg, notre ambassadeur en cette Cour. On débitait donc que cet abbé traversant les rues de Vienne dans un cabriolet qu'il conduisait lui-même et ayant rencontré sur sa route un des carrosses de l'Empereur, vide et dont le cocher ne s'était par apparemment rangé aussitôt qu'il l'eût désiré, avait eu l'imprudence de lui donner un coup de fouet, que le cocher lui avait rendu sur le champ ; que cet abbé, ayant raconté l'aventure à l'ambassadeur qui en avait senti toutes les conséquences, l'ambassadeur avait fait venir le cocher pour tâcher d'assoupir cette afïaire, mais que le cocher lui avait dit que cela regardait le prince dont il portait les livrées ; sur quoi l'ambassadeur fort embarrassé, ayant cependant pris sur lui d'en parler le premier à l'Empereur qui ne lui en disait rien, L'Empereur lui avait répondu en ces termes : « M. l'Ambassadeur, ce différend ne regarde ni vous, ni moi; c'est une querelle de cocher à cocher, ils la videront ensemble, mais je vous préviens que les nôtres ne sont pas aisés et je crois que l'abbé de Langeac ferait très bien de se mettre à l'abri de leurs poursuites ». En supposant que celte aventure fût vraie, elle était bien propre à déconcerter un peu les projets ambitieux de cet abbé qui ne se proposait rien moins, à l'aide du crédit de son père, que d'envahir les meilleurs bénéfices du royaume ; on ajoutait que très prudemment il avait quitté Vienne et était allé voyager dans d'autres Cours où il se proposait sans doute de ne plus commettre de semblables étourderies.
20 février. — On apprend que le Conseil du Roi venait
de nommer pour commissaires relativement aux discussions
qui s'étaient élevées entre les chanoines-comtes de l'église
métropolitaine et primatiale de St Jean de Lyon et l'arche-
Mes Loisirs. Tome I, 25
vêquc de la même ville, par rapport à un nouveau bréviaire et quelques autres points de discipline : 1° L'archevêque duc de Reims (cardinal de La Roche Aymon) ; 2° celui de Toulouse (de Brienne) ; 3" l'évêque de ISIâcon (Moreau), et 4° celui d'Autun (de INIarbeuf).
22 février. — Ce jour, entre G et 7 heures du soir, le feu prend, sans qu'on pût trop savoir comment, dans le grand bateau étant sur la rivière et sous une des arches du Pont-Neuf, près du bâtiment de la Samaritaine, servant au laminage de la Monnaie. Ce bateau, qui avait trois étages et 80 pieds de long sur 22 de large et 30 de haut, renfermait une mécanique ingénieuse et servait aussi aux orfèvres et à tous autres ouvriers en métaux. Il contenait de plus une infinité de machines différentes et curieuses inventées par un particulier qui en était propriétaire. On craint beaucoup pour le bâtiment de la Samaritaine à cause du vent prodigieux qui soufflait dans le moment, mais on parvient enfin à le préserver de l'incendie en coupant les amarres de ce bateau, qu'on abandonne ensuite au courant de l'eau et qui, après avoir brûlé et éclairé tous les quais voisins, l'espace d'environ trois-quarts d'heure, échoue enfin entre le Pont Royal et le Pont-Xeuf, vis-à-vis le guichet Marigny. On disait qu'il n'y avait péri personne, les ouvriers qui, peut-être, avaient mis le feu par inadvertance ayant eu le bonheur de se sauver ; mais une telle perte ne pouvait être qu'un objet très considérable pour celui sur qui elle devait tomber.
23 février. — Le mauvais temps qu'il avait fait la veille et la surveille, et qui durait encore ce jour, semblait conjurer avec les malheurs du temps et les circonstances critiques où l'on se trouvait, contre les scènes bruyantes que la police s'était proposée de donner au peuple de Paris pour l'étourdir dans sa misère et charmer ses besoins. On ne voit pas au faubourg St-Antoinc un aussi grand concours que l'année précédente de fous masqués et de spectateurs en voiture. On ne laissait pas cependant que d'assurer qu'il y avait eu beaucoup de monde à tous les bals qui s'étaient donnés à l'Opéra pendant le carnaval, comme aussi qu'il y avait eu un très grand nombre de bals particuliers et d'assemblées de danses bourgeoises.
25 février. — Ce jour, on apprend à la Cour par un courrier extraordinaire que Charles-Emmanuel de Savoie, roi de Sar-
daigne depuis 1730, veuf de sa troisième femme, était mort à Turin le 20 du même mois dans la 72^ année de son âge. Comme il était oncle de notre Roi, S, M. devait prendre le deuil le lundi suivant pour un mois. IMais le C" de Provence, comme son petit-fils, devait le porter ainsi que toute sa maison pendant 4 mois et demi ; on débitait que M. le C*^ d'Artois épouserait au moisde novembre suivant à Fontainebleau, Marie-Anne- Charlotte, princesse de Savoie, née le 17 décembre 1757, et que Madame, fille aînée de feu INI. le Dauphin, épouserait aussi Charles-Emmanuel de Savoie, prince de Piémont, né le 24 mai 1751, qui devenait duc de Savoie.
26 février. — Il se répand que nous allions fournir au Roi de Suède, Gustave de Holstein, un secours de 12.000 hommes et que plusieurs de nos régiments étrangers qui venaient d'être augmentés exprès de 8 hommes par compagnie, étaient déjà en marche pour se rendre à Dunkerque, où ils devaient s'embarquer, ce qui, suivant certains politiques spéculateurs, n'était que comme une sorte de préliminaire qui nous conduirait à une guerre considérable pour le printemps de l'année
Il se répand que le Roi avait reçu 4 plans différents pour reconstruction d'un nouvel Hôtel-Dieu, parmi lesquels S. M. n'avait point encore jugé à propos de faire de choix décidé. Le premier de ces quatre plans était de le placer à l'Ecole militaire en transférant cette école au château de Yincenncs ; le second de le bâtir sur le terrain qui se trouve au delà de l'Ecole nûlitaire, vis à vis l'île des Cygnes ; le troisième, de diviser cet hôpital en quatre hôpitaux différents qui seraient construits aux c|uatre extrémités de Paris ; et enfin le quatrième, de renvoyer les religieux Célestins das la maison de leur ordre la plus prochaine de Paris et de s'emparer de tout leur terrain pour y placer l' Hôtel-Dieu. Quelques personnes, car c'était le plus petit nombre, pensaient qu'il serait beaucoup moins dispendieux de le réparer où il était, en s'appliquant néanmoins à en amplifier les bâtiments, et à lui donner plus d'air qu'il n'en avait, ce qui n'était pas absolument difTicile.
27 février. — [Service célébré à la Doctrine clircf tienne pour le repos de l'âme de Jacqucs-Marlin IJouillcrot, curé de Si Germain de Corbeil.]
1" mars. — On voit commencer au Cours-în-Rcine le travail
qui avait pour objet de combler tout le fossé qui régnait depuis la place de Louis XV jusqu'à la barrière tout le long de ce cours dedans et du côté des Champs-Elysées, ce que l'on entreprenait à l'aide des terres que l'on retirait de la susdite place de Louis XV qui allait être pavée en partie. On employait à ce travail des pauvres pris dans les casernes qui étaient conduits et surveillés par des piqueurs, comme on employait aussi aux travaux du chemin qui devait conduire de la grille de Chaillot au pont de Neuilly un détachement de la troupe des pionniers, nouvel établissement projeté par M. l'Intendant de Paris, dans la vue de rendre utiles tous les mendiants et gens oisifs que l'on arrêtait journellement. Cette troupe, suivant le plan proposé, devait être composée de dix mille hommes vêtus d'un uniforme bleu et blanc avec un bonnet pendant à la housarde, sur lequel il devait y avoir une fleur de lys et des culottes faites comme celles des matelots. Ils devaient être nourris par étape et avaient 10 sols de paye par jour comme aussi logés dans des barraques ambulantes de bois chevillé, peintes en huile, élevées à un pied, propres à contenir 8 personnes et qui devaient être toujours placées dans les champs hors des villes et même des villages, pour être plus à portée des travaux auxquels on se proposait de les employer en différents iieux, car ces dix mille hommes devaient être distribuées par canton suivant le besoin. On devait prendre pour commander cette nouvelle troupe, en qualité d'officiers, des sergents des régiments des Gardesfrançaises et pour sergents des caporaux du même régiment. On voyait à l'Etoile, au dessus de Chaillot, un petit échantillon de ce nouvel établissement qui n'était encore composé que de neuf barraques, c'est-à-dire de 72 hommes vêtus du susdit uniforme, dont quelques-uns montaient la garde pendant que d'autres travaillaient à fouiller la terre. On disait que ce projet qui ne pouvait être qu'utile et avantageux ne serait point suivi, parce qu'il était trop coûteuxetl'argent trop rare. N'étaitce pas plutôt l'effet de la corruption de nos mœurs qui empêchait que tout ce qui pouvait contribuer au bien de l'humanité ne fût adopté et suivi, et ne devions-nous pas déplorer la perte des mœurs simples pures et antiques de nos pères ?
6 mars. — Ce jour on est informé que le duc de Chaulnes, j'un des Pairs non encore reçus au Parlement, venait d'être
conduit et renfermé au château de Vincennes, par un exempt des Maréchaux de France, et ce, en verlu d'un jugement secret rendu par les ducs et Pairs, relativement à la scène scandaleuse que ce seigneur avait donnée au public, en se compromettant bassement avec le nommé Caron de Beaumarchais qu'il avait indignement maltraité ; qu'il était condamné à y demeurer 21 jours et que sa famille avait saisi cette occasion pour mettre ordre à ses afTaires qui étaient extrêmement dérangées. On disait aussi que le sieur Caron avait été puni de l'exil. La jeune noblesse française n'honorait guère la nation et ne s'honorait guère elle-même, car on voyait éclore pour ainsi dire chaque jour quelque nouvelle scène qui ne tendait qu'à l'avilir.
8 mars.: — Ce jour, le sieur Gerbier de La JNIassilaye, avocat au Parlement, s'escrime en la grand chambre du nouveau Sénat dans la cause de l'interdiction du marquis de Brunoy qui avait djà perdu son procès au Châtelet. On était révolté de voir cet orateur, estimable s'il eût fait un tout autre usage de son talent, s'enfoncer, pour ainsi dire, de plus en plus dans la fange et dans la boue en prostituant son éloquence devant des juges qui n'en avaient que le nom, dans une circonstance surtout où il eût dû plus que jamais se condamner au silence, car on assurait non seulement qu'il avait été conseil de M. de Brunoy qui l'avait révoqué et qu'il usait sans délicatesse dans ses plaidoyers contre ce marquis de toutes les connaissances que son ancienne qualité l'avait mis à portée d'acquérir, mais que de plus, il était encore son débiteur d'une somme de 130.000 livres. M. le marquis de Brunoy avait pour défenseur M^ Cailliard.
14 mars. — Ce jour, on est informé que dans une assemblée générale des sages maîtres de la Faculté de théologie qui s'était tenue depuis quelques jours, le syndic royal (Riballier) avait fait lecture d'une lettre de M. le duc de La Vrillièrc, ministre et secrétaire d'Etat, ayant le département de Paris, en réponse à celle que lui syndic savait eu l'iionncur de lui adresser pour le prier de vouloir bien représenter au Roi que son âge et ses infirmités ne lui permettaient pas d'exercer plus longtemps la place de syndic et supplier S. M. de trouver bon qu'il se retirât. Le Ministre, par sa lettre, déclarait à ce syndic, au nom du Roi, que l'intention de S. M. n'était point qu'il quittât sa
place, qu'elle était contente de ses services, qu'elle voulait qu'il les continuât, et qu'elle emploierait toute son autorité pour maintenir la paix dans la faculté de théologie, en éloignant ceux qui pourraient contribuer à la troubler, raison pour laquelle elle avait jugé à propos d'ordonner qu'à l'avenir le sieur abbé Xaupy ne pourrait plus faire aucune fonction de doyen de la Faculté, ni paraître dans aucune de ses assemblées et que le sieur abbé Certain, sous-doyen, jouirait de toutes les prérogatives honorifiques et utiles de cette place (par ce moyen le sieur abbé Xaupy se trouvait privé sur le bord de son tombeau d'environ 100 pistoles au moins de revenu que cette place pouvait rapporter annuellement) ; que, de plus, elle avait pris le parti d'exiler le sieur abbéLebreton àChâteaudun et d'interdire au sieur abbé Froger, de la communauté de St Nicolas, toute assistance aux assemblées. La Faculté ne perdait pas beaucoup par l'cloignement de ces deux derniers docteurs qui avaient toujours passé pour deux des plus grands brûlots : ils avaient encore cherché tout nouvi Uement à enfeindre la ioi sage du silence et à semer le trouble dans la Faculté en attaquant une proposition d'une thèse soutenue par un religieux augustin, laquelle était regardée comme orthodoxe, et avait été déjà soutenue en différentes occasions. Elle portait que, quoique la crainte fût un acte louable en lui-même, néanmoins elle ne changeait point le cœur et n'arrêtait que la main. On disait que tous ces arrangements étaient le résultat des manœu\Tes et des démarches du syndic, aidé du sieur abbé Legrand, supérieur de la communauté de St Sulpicc et du P. Bonhomme, religieux cordelier, tous trois fort accrédités auprès du ministre et soupçonnes de gouverner eux seuls toute la Faculté.
19 mars. — a l'audience de la Grand'Chambre du Nouveau Parlement, dans laquelle se plaidait la cause de l'interdiction du marquis de Brunoy, qui y était présent dans une lanterne pour y entendre plaider Vl^ Cailliard, son avocat, M^ Gerbier, le jeune, avocat des parties adverses, ayant commencé sa réplique à peu près en ces termes : « Je ne vous rappellerai point. Messieurs, les faits que j'ai eu l'honneur de vous plaider, parce que je ne veux point faire rougir M. le marquis de Brunoy, ici présent, et que, d'ailleurs, je siris assuré de toute l'impression qu'ils ont fait sur vos esprits ». Et le public mécontent de
son début, ayant pris la liberté de le faire connaître par une espèce de huée, le premier président, Bertier de Sauvigny, ne pouvant souffrir qu'on osât siffler ainsi un orateur qu'il affectionnait singulièrement, ayant pris sur lui de crier tout haut aux huissiers : qu'on arrête quelqu'un dans la salle. Le public pour lui prouver le peu de cas qu'on faisait de ses menaces, le gratifie lui-même d'une espèce de huée assez approchante de la première et continue de les répéter tant que dure le plaidoyer dans tous les endroits qui lui déplaisaient. Cependant on n'arrête personne et les ordres du premier président en peinture demeurent sans exécution.
20 mars. — • Le procès des auteurs, fauteurs, distributeurs et adhérents aux écrits anti-chanceliers, réglé à l'extraordinaire.
A 11 heures du matin, damoiselle Charlotte-Edmée Detherroneau, épouse depuis environ un an de messire Athanase- Louis Clément de Givry, chevalier conseiller de l'ancien Parlement, seigneur de Granville, Petit-Marais et autres lieux, deuxième fils de messire Clément de Feilhette, conseiller du même Parlement, décédée la veille, âgée de 27 ans, au milieu des douleurs du travail le plus laborieux, martyre de la charité chrétienne, puisqu'elle avait déclaré au chirurgien, le sieur Thévenot, que pourvu qu'elle sauvât son âme et son enfant, on pouvait faire de son corps tout ce qu'on voudrait, est inhumée avec son enfant mort depuis elle, après avoir reçu le baptême, dans la chapelle dont MM. Clément avaient fait l'acquisition pour leur servir de sépulture en l'église de St-Séverin, leur paroisse, depuis qu'ils étaient venus demeurer en l'hôtel de Vendôme, rue d'Enfer. Quatre enfants de chœur portaient le cercueil de l'enfant, derrière celui de la mère pendant le convoi, et dans l'église il fut pose dessus tant que dura le service. Cette jeune dame, fille unique, originaire de Bretagne, avait eu pour tuteur M. de Sartine, lieutenant général de police qui avait fait son mariage. Comme M'"'^ sa mère était morte en la mettant au monde, elle s'était frappée de l'idée qu'elle éprouverait le même sort, ce qui avait pu contribuer beaucoup à sa perte. Je ne dois pas oublier de faire observer que l'extrait baptistaire de l'enfant, l'extrait mortuaire de la mère et de l'enfant, et le billet d'enterrement portaient, nonobstant la prétendue suppression du Parlement, la qualité de Conseiller au Parlement dont son mari se croyait encore pourvu et avec fondement^
mais que cette qualité ne se trouvait point dans l'afficlie de Paris où la mort de cette dame était annoncée. Le sieur Clément de Givry qui était venu à Paris incognito, sans permission, pour voir son épouse et qui en était reparti aussitôt qu'elle avait eu rendu le dernier soupir, pour retourner au lieu de son exil, ayant demandé la permission d'y venir pour l'arrangement de ses affaires, cette permission lui est constamment refusée par le ministère, et on lui écrit qu'on s'arrangeait partout en envoyant une procuration.
22 mars. — Ce jour, la procession du chapitre de l'église de Paris qui se fait toutes les années en mémoire de la réduction de la bonne ville de Paris sous l'obéissance du Roi Henri IV, va en la manière ordinaire et accoutumée à l'église des Grands Augustins. Les Inamovibles du Nouveau Parlement se rendent en robes rouges à cette même église avant l'arrivée de la procession, présidés par le président de Nicolaï, président à mortier. Immédiatement après eux, y arrivent aussi les membres de la Chambre des Comptes, qui ne saluent et ne regardent même point ceux du Parlement qu'ils persistaient à ne vouloir point reconnaître, ne se trouvant à cette cérémonie, comme l'année précédente, que par pure soumission aux ordres du Roi. x\près eux, vient le Corps de Ville qui suivait la procession suivant l'usage et dont les chefs, c'est-à-dire, les Prévôts des Marchands et Echevins, beaucoup plus dociles et plus rampants, font les plus humbles révérences aux magistrats de nouvelle date. La grand'messe chantée et la procession étant repartie, ceux des magistrats qui ont coutume d'assister aux repas que les chartreux sont obligés de donner ce jour-là se rendent chez ces religieux. On remarque qu'il y avait, comme les deux années précédentes, un grand nombre de mouches de police répandues de toutes parts pour examiner comment les choses se passeraient et en rendre compte.
26 mars. — Ce jour, il se répand faussement que M. le duc de Choiseul allait être envoyé ambassadeur à la Cour de Vienne pour y remplacer le prince Louis de Rohan Guéménée, coadjuteur de l'évêché de Strasbourg, qu'on jugeait à propos de rappeler, et qu'on lui meublait un hôtel à Paris, pour qu'il pût y venir faire les préparatifs de son voyage.
On disait encore, et probablement avec aussi peu de fondement, que M. Séguier, premier avocat général de l'ancien
Parlement, qui était à IMontpellicr depuis environ six mois, avait reçu des ordres de se rendre à Paris et qu'on projetait de le faire procureur général d'un Nouveau Parlement qui devait encore être substitué à celui qui existait actuellement.
30 mars Ce jour, avant 8 heures du matin, tout le régiment
des Gardes Suisses se rassemble sous les armes dans la plaine des Sablons, en face de la porte Maillot, et forme un grand carré dans le centre duquel on avait posé une table sur laquelle étaient poses une épée nue, une paire de pistolets, deux baguettes, des plumes et du papier. Tous les officiers de ce régiment étaient assis sur des chaises de paille assez éloignées les unes des autres pour qu'ils ne pussent point se parler, des sergents étant encore postés de distance en distance pour les surveiller. On fait lecture du procès instruit contre les deux soldats de ce régiment qui s'étaient rendus coupables de vol et de l'assassinat commis près de Neuillj^ 8 ou 10 jours auparavant, en la personne d'un chapelier de Paris. Les rapporteurs des deux procès étaient consignés à la Porte Maillot, dans une chambre, et gardés par un piquet de soldats. On y avait aussi conduit, de grand matin, les deux criminels. La lecture du procès achevée en allemand et en français, les deux derniers capitaines reçus plaident la cause des accusés, on recueille les voix et l'on envoie ensuite aux rapporteurs le paquet cacheté qui les contenait. On rapporte ce paquet, au bout de 2 heures, également cacheté ; on en fait l'ouverture en présence du criminel à genoux, et, après y avoir vu le mot ; MORT, le lieutenant colonel lui dit, en prenant la baguette, la rompant et la lui jetant au visage : « Il est aussi vrai que ton âme va être séparée de ton corps, comme il l'est que je viens de rompre cette baguette. » On débarrasse aussitôt le criminel de ses fers, le régiment s'ouvre et se sépare en faisant une évolution, on le conduit hors des rangs pour le livrer à l'exécuteur de la haute justice qui avait déjà dressé deux potences et creusé la fosse pour les inhumer ; il s'en empare en le tirant à lui par la manche de son habit, le lie et l'exécute sur le champ. On lui compte une somme de 600 livres, comme pour les deux, quoique le second, jugé moins coupable, n'eût été condamné qu'à trente ans de galères. L'exécution achevée, le bourreau jette le corps tout habillé et le visage en dessous dans la fosse qui est recouverte dans le momvnt même. Le
régiment défile ensuite 8 par 8. Cette cérémonie accompagnée de tout l'appareil militaire, et aussi majestueuse qu'elle était triste, attire beaucoup de monde dans la plaine des Sablons ; on y remarque aussi plusieurs chirurgiens qui paraissaient assez disposés à attendre l'arrivée de la nuit pour déterrer le cadavre et s'en emparer.
M. de Vergés, premier avocat général du Nouveau Parlement, ayant porté la parole en la Grand'Chambre et sur ses conclusions intervient arrêt en faveur de M. Paris, marquis de Brunoy, contre M. Paris de Alézieux, son oncle et consorts, lequel, en infirmant la sentence du nouveau Châtelet, qui avait prononcé son interdiction, le relevait, quant à présent, de cette interdiction et condamnant les parties adverses en tous les dépens, laissant au surplus subsister les dispositions précédemment par un arrêt du conseil, concernant la gestion de ses biens. Le public qui, dans cette afïaire, avait pris le parti du marquis de Brunoy, charmé de voir M" Gerbier, le jeune défenseur de ses parties adverses, humilié comme il méritait de l'être, témoigne sa satisfaction lors du prononcé de l'arrêt par des applaudissements qui durent près d'un quart d'heure. Le marquis de Brunoy attendait, à Bercy, la nouvelle de la perte ou du gain de son affaire. Un postillon, préposé pour la lui apprendre, lui porte une branche de laurier avec un gros bouquet de fleurs et reçoit pour récompense 25 louis d'or. On le voit le même jour, vers 5 heures du soir, venir prendre, on ne savait trop pourquoi, rue du Petit-Pont, le commissaire Regnard, en carrosse à six chevaux.
6 avril. — Ce jour, après les audiences du Palais, les membres trop longtemps inamovibles du Nouveau Parlement, se rendant en la manière ordinaire et accoutumée à l'auditoire du parc civil du Châtelet, présidé par le sieur de Nicolaï, président à mortier, pour y tenir la séance dite des prisonniers. Il ne s'y plaide qu'une seule cause, mais les choses s'y passent d'ailleurs fort tranquillement, et sans distribution d'oeufs rouges, comme en 1772. Le public paraissant se familiariser avec son mal au point d'être devenu presque insensible. On disait que dans les prisons de la Conciergerie, le susdit président de Nicolaï, avait donné des preuves d'humeur contre le concierge, le sieur Tesson qui, selon lui, n'avait pas eu pour je C'e de jMorangiès, dont il s'était montré le zélé partisan.
tous les égards et les ménagements dûs à son rang et à sa naissance.
7 avril. — Ce jour, le sieur abbé Pradel, l'un des ecclésiastiques de l'ancien clergé de la paroisse St Séverin, toujours habitué à cette même paroisse, se transporte au commencement de la matinée chez le sieur Madier, curé et archiprêtre de cette ville, pour le prévenir que le sieur abbé Gardane, autre ecclésiastique, son confrère, âgé de 88 ans et demeurant rue de la Parcheminerie, se trouvait dans un état qui semblait exiger qu'on prît la précaution de lui administrer les derniers sacrements. Ce curé lui répond qu'il irait le voir, y va efïectivement peu de temps après, s'entretient seul avec lui pendant un certain espace de temps et très probablement le tourmente sur son défaut de soumission au formulaire et à la constitution Unigenitus, puisqu'en le quittant, il dit à quelqu'un qui lui demandait s'il apporterait bientôt le viatique, qu'il ne le trouvait pas assez mal, que d'ailleurs, il n'était pas content de lui, qu'il allait prendre conseil et qu'il reviendrait à 11 heures et demi dans la même matinée ; après quoi il se retira pâle, tremblant et ne revient plus voir le malade, quoique on l'eût vu faire à l'archevêché de fréquents voyages.
16 avril. — [Mort et inhumation du sieur Gardane, prêtre du clergé de St Séverin, auquel le sieur Madier, curé, avait refusé les sacrements.]
18 avril. — Ce jour, le sieur abbé Danger, prêtre chapelain de l'église coDégiale de St-Benoît, demeurant rue de la Tixeranderie, sur la paroisse St-Jean-en-Grève, ayant fait demander, à raison de la maladie dont il se trouvait attaqué, les derniers sacrements au sieur Roger, curé de cette paroisse depuis 1770, après l'avoir été d'abord de celle des SS. Innocents depuis 1759. Co curé, quoique Sulpicicn, et conséquemmcnt très attaché à la personne et aux préventions de M. l'archevêque de Paris, s'étant transporté chez lui, commence par lui dire : « Monsieur, vos sentiments sont difïérents des miens, n'auriezvous aucun reproche à vous faire sur les vôtres ? » Mais, d'après la réponse affirmative de l'ecclésiastique « que loin d'avoir aucun reproche à se faire sur ses sentiments. Dieu lui ayant fait la grâce de connaître la vérité, de l'aimer et d'y être attaché toute sa vie, il lui demandait celle de conserver cet attachement jusqu'à la mort. » D'après aussi sa réponse à la seconde question du curé qui lui avait demandé encore « si, en conséquence de
ses sentiments, il n'y avait rien eu dans sa conduite qui pût lui faire de la peine et lui causer quelques scrupules » ; la dite réponse portant « qu'il avait fait pendant 15 ans les catéchismes sur la même paroisse où il se trouvait et qu'il n'avait jamais rien enseigné de contraire à la foi de l'Eglise, qu'il avait également instruit la jeunesse dans des maisons particulières, chez des personnes qui avaient envers lui quelque confiance et qu'il avait toujours observé et suivi partout les mêmes règles ». Ce curé lui annonce qu'il allait lui apporter le saint Viatique, et effectivement il s'y rend vers l'heure de midi, précédé d'une vingtaine d'ecclésiastiques portant des cierges, adresse trois fois différentes la parole au malade d'une manière convenable à son état et dont tous les assistants ont lieu d'être satisfaits ; de retour à l'église et après avoir donné la bénédiction du St-Giboire, engage les ecclésiastiques qui l'avaient accompagné à prier Dieu d'accorder à leur confrère les grâces dont il pouvait avoir besoin pour souffrir patiemment la maladie dont il était attaqué et avait, de plus, ordonné à son vicaire, n'ayant pu lui-même faire le prône, de le recommander aux prières de tous les paroissiens : conduite fort opposée à celle que venait de tenir tout récemment, envers le feu abbé Gardanne, le sieur Madier, ex-jésuite et curé de St-Séverin, mais en même temps conforme à celle du sieur Brocas, curé de St-Benoît, qui venait de se comporter avec la plus grande décence, en pareille circonstance, à l'égard du sieur abbé Fourgon, l'un des appelants les plus célèbres, décédé depuis peu sur sa paroisse, âgé de plus de 80 ans.
19 avril. — Ce jour, on débitait à Paris que le même jour, à Rome, N. T. S. P. le Pape, Clément XIV, devait prononcer l'extinction de la Société des ci-devant soi-disant Jésuites et publier la bulle qui ordonnait cette extinction laquelle ne tarderait pas à être envoyée en France comme dans toutes les autres Cours de l'Europe, et que Sa Sainteté nommerait en même temps les 18 chapeaux qui se trouvaient vacants, y compris les trois réservés in petto.
Traversant le jardin du Palais-Royal, je me trouve à portée de remarquer qu'on venait de détruire de fond en comble l'ancienne galerie en forme d'arcades, donnant immédiatement sur ce jardin, et par laquelle on communiquait auparavant d'une des ailes du palais à l'autre, pour exécuter le projet
qu'on avait depuis quelque temps d'y substituer une belle grille de fer, ce qui devait dégager beaucoup la vue de ce jardin et la procurer à beaucoup de ceux qui passeraient le long de la rue St-Honoré.
20 avril. — Ce jour, à quatre heures après midi, et en vertu de l'arrêt rendu la veille en la Chambre de Tourneile du nouveau Parlement, confirmatif de la sentence du nouveau Châtelet, du 17 du même mois d'avril, le nommé Jean Narabutin, dit Flavi, domestique, qu'on disait âgé d'environ 20 ans, est rompu vif en place de Grève, comme ayant été déclaré dûment atteint et convaincu de l'assassinat commis dans la nuit du 22 au 23 mars précédent, avec un rasoir, en la personne de Jean-François Guefîard, porteur d'argent, et du vol fait ensuite des deniers comptants, des deux paires de bas de soie, de la montre d'argent et des deux montres d'or mentionnés au procès. Il expire sur la roue environ une heure après y avoir été placé. On disait que les spectateurs de son supplice avaient été attendris par les témoignages extérieurs de religion et de repentir qu'il avait donnés. Le sieur abbé Papin, docteur de la Maison et société de Sorbonne, supérieur des Nouveaux Convertis, avait été chargé de l'exhorter à la mort.
21 avril. — Ce jour, à 4 heures après-midi, en vertu de l'arrêt rendu la veille en la Chambre de Tourneile du Nouveau Parlement, le nommé Charles Gerbier, maître charpentier à Vitry, qu'on disait âgé d'environ 40 et quelques année;;, est rompu vif en place de Grève, convaincu de l'assassinat commis de dessein prémédité à coups de coutean le vendredi-saint dernier, en la personne de Marguerite Violette, domestique du nommé Dagneau, huissier. Il expire sur la roue prcsqu'aussitôt après y avoir été placé. On disait qu'il paraissait être mort dans des dispositions chrétiennes et religieuses. Le sieur Scgaud, docteur de la Maison et société de Sorbonne, avait été chargé de l'exhorter et de l'assister au supplice.
23 avril. — Ce jour, on continuait de parler d'une forte «abale qu'on disait exister à la Cour contre le Chancelier et ses entreprises, comme aussi de prétendues négociations secrètes <lont on annonçait l'effet pour dans le courant du mois de mai suivant. Mais un grand nombre de personnes ne comptaient pas plus sur le renouvellement de ces bruits que sur tous
ceux qui avaient couru depuis 2 ans et qu'on n'avait point encore vus se réaliser, leur opinion paraissait même d'autant mieux fondée qu'on voyait la procédure, commencée contre les auteurs distàbuteurs ou adhérents aux écrits anti-chanceliers se suivre au palais avec la même ardeur et messire Gin, Conseiller inamovible de la nouvelle Cour, s'ocuper journeilement, depuis le jeudi précédent du recollement et de la confrontation de tous les témoins entendus dans cette aiïaire depuis son commencement, ce qui semblait devoir conduire prochainement à un jugement définitif.
On est assuré par la Gazette de France que le prélat Girauld, archevêque de Ferrare et nonce du pape en France, avait eu la veille à Versailles son audience de congé du Roi. On assurait même qu'il devait quitter Paris ce jourd'hui pour retourner à Rome, quoiqu'on l'eût cru déjà parti, d'après les Affiches de Paris qui avaient annoncé la vente de ses effets. Il devait, disait-on, apprendre en route la nouvelle de son élévation à la pourpre romaine, car on prétendait que le St Père devait avoir fait sa grande promotion de cardinaux.
24 avril. — On disait que le nombre des voleurs, non seulement dans l'intérieur de Paris, mais aux environs, augmentait considérablement. Dans la nuit du mardi au mercredi précédente 3 de ces vagabonds avaient entrepris de s'introduire à 2 heures du matin chez un huissier priseur nommé Montgalin demeurant au premier étage d'une maison sise rue des Mathurins. Un de ces trois voleurs était déjà monté au balcon d'une des croisées à l'aide des barreaux de fer d'une des fenêtres du rezde chaussée lorsqu'un chirurgien demeurant dans la même maison et au dit rez-de-chaussée, ayant entendu le bruit de sa sonnette dont la redingote du voleur avait heureusement fait mouvoir le ressort en montant, ayant mis la tête à une fenêtre et demandé qui c'était, vit redescendre ce drôle très promptemnt et se sauver avec les deux camarades qui l'attendaient dans la rue. Ils avaient sans doute remarqué qu'on avait oublié de fermer cette nuit-là les volets de la sus dite croisée. Un procureur au Châtelet, nommé Devarenne, revenant d'un voyage avec un notaire et autres officiers de justice et passant le mercredi précédent, à minuit dans la forêt de St Germain, en poste, avait été attaqué, lui cinquième, par trois voleurs, lesquels jugeant à sa bonne contenance et à celle de ses com-
pagnons qu'ils pouvaient bien ne pas être les plus forts, avaient pris, par bonheur, le parti de la retraite. Il n'était pas éton-' nant de voir au milieu du désordre général le nombre des malfaiteurs s'augmenter et l'on ne pouvait s'attendre qu'à un surcroît d'événements fâcheux si les choses demeuraient encore longtemps sur le même pied où on les voyait.
27 avril. — [Mort et inhumation du sieur de Chamoussct, maître des Comptes.]
29 avril. — Ce jour, il se répand qu'il venait d'y avoir à Aix en Provence une espèce de révolte occasionnée par la cherté du pain, qui s'y vendait, disait-on, 6 sols la livre, sans que le peuple pût même à ce prix s'en procurer la quantité suffisante pour se nourrir et, que M. le comte de Rochechouart était parti pour aller rétablir le bon ordre dans cette ville et y calmer les esprits.
30 avril. — Ce jour, le sieur d'Hémcry, censeur roycA et inspecteur de la librairie, se transporte chez le sieur Gueffîer, libraire et imprimeur, non encore reçu, rue de la Harpe et lui notifie les ordres qu'il avait d'arrêter la distribution d'un nouveau mémoire en faveur du sieur Dujoncquay, contre le sieur C^ de Morangiès pour réponse à celui de 64 pages d'impression qu'avait donné en dernier lieu, pour justifier ce seigneur M^ Linguet son avocat. On disait que ce Mémoire avait été arrêté sous le prétexte qu'il était signé d'un avocat dont le nom ne se trouvait point inscrit sur le tableau, mais peut-être était-ce uniquement parce qu'on s'était permis d'y maltraiter cruellement et sans mesure selon lui, M" Linguet. Cet événement semblait annoncer que le sieur C^*^ de Morangiès pourrait bien avoir le dessus sur le sieur Dujoncquay, puiscjuc son grand crédit commençait déjà à faire pencher la balance de son côté.
3 mai. — Ce jour, on ne parlait dans toutes les sociétés que d'un soi-disant mémoire, lu par sieur de Lalande, membre de l'Académie des Sciences de Paris, dans une séance de cette académie par lequel il annonçait, disait-on, pour environ le 15 du mois courant, le passage de deux comètes dont l'approche et le tact, en supposant qu'il eût lieu, devait produire les plus terribles effets ; car il ne s'agissait de rien moins, selon ce qu'on prêtait peut-être à cet astrologue, que delà congélation.
de la submersion ou de l'anéantissement total par le feu d'une portion considérable du royaume de France, qu'on ne désignait point. Quelques personnes s'efîrayaient et s'affectaient de ce bruit au point d'en devenir même malades, tandis qu'un grand nombre d'autres en badinaient et le regardaient comme quelque chose de peu fondé qui ne méritait pas grande attention. Le sieur Marin, auteur de la Gazette de France, dans celle du vendredi suivant 7 du même mois, faisait tous ses efforts pour rassurer les esprits sur cet article en annonçant qu'on n'attendait que dans 18 ans le retour d'une comète.
9 mai. — Ce jour, on apprend que la revue du régiment des gardes françaises et de celui des gardes suisses dans la plaine des Sablons qui, d'abord, avait été indiquée par le Roi sur le lendemain 10, était reculée au jeudi suivant 13 à cause d'une légère indisposition de S. M. sur laquelle on raisonnait très diversement dans le public.
11 mai. — Me Linguet, l'aigle et l'oracle du Palais moderne, s'étant présenté à l'audience de la Grand'Chambre du nouveau Parlement pour y plaider une cause qui se trouvait en état, et le premier président ayant prononcé la remise de cette cause après les fêtes de la Pentecôte, il représente avec beaucoup de véhémence qu'il était contre toutes les règles, quand les avocats étaient prêts à parler dans une cause, d'en ordonner la remise, et que les intérêts des particuliers ne devaient point souffrir des discussions que pouvaient avoir leurs défenseurs ; mais le premier président ayant continué de lui répéter la même chose à plusieurs reprises, il sort de l'audience, comme un furieux en annonçant avec aussi peu de ménagement que de respect qu'il en porterait ses plaintes, et, effectivement, on le voit monter sur-le-champ dans son équipage et ordonner à son cocher de le conduire à l'hôtel de la Chancellerie, mais le chancelier, à ce qu'on disait, n'avait point paru disposer i\ le soutenir, sans doute parce qu'il craignait de mécontenter
(1) Pour calmer les frayeurs du public, Lalande fit imprimer ses Réflexions sur les comètes qui peuvent approcher de la terre (Paris, Gibert, 1773, iii-12), et peu à peu l'émotion se calma. Voyez à propos de cette panique les Mémoires secrets, dits de Bachaumont, aux dates des 6, 9, 13, 27 mai et 13 juin 1773 et une lettre de Voltaire sur la prétendue comète, publiée d'abord dans le Journal encyclopédique du l^' juin 1773, et tii'ée à part; on la trouve dans l'édition Moland, tome XXIX, pp. 47-51.
ses inamovibles, auxquels il avait un intérêt sensible de procurer toutes les satisfactions qui pouvaient dépendre de lui.
On rapportait ainsi la réponse qu'il lui avait faite : « Quoi 1 il ne s'agit que de la remise d'une cause ?... et mais, j'en ai remis moi-même plus de 200 de la même manière, quand j'étais premier président ! » On prétendait que le Parlement n'avait refusé d'entendre cet avocat que parce que, comptant sur im prochain jugement de l'affaire du C*e de IMorangiès pendante au bailliage du Palais, il était persuadé que ce jugement pouvait peut-être le compromettre au point de le déterminer à abandonner lui-même le barreau, car le bailliage avait décrété de prise de corps et le père de la fille Tcmpette qui avait écrit à cet avocat pour rétracter sa déposition contre le susdit C'e de Morangiès, et le commissionnaire qui lui avait porté la lettre. On assurait d'ailleurs que les sieurs Vergés et de Vaucresson, avocats généraux, qui croyaient avec raison avoir beaucoup à se plaindre de lui, s'étaient déclarés comme ayant pris leur parti de donner plutôt leur démission que de prendre des conclusions dans toutes les affaires dont il pourrait être chargé.
12 mai. — Ce jour, je me trouve en qualité d'adjoint en charge de la librairie et imprimerie de Paris et avec mes collègues, à l'heure de midi, à 1' audience de M. le Chancelier, à qui nous l'avions demandée au nom de notre corps, le vendredi précédent, et qui nous l'avait accordée pour ce jour-là. Nous en sortons à une heure après-midi, ayant eu l'honneur de remettre à S. G. un mémoire relatif aux différentes atteintes portées à nos privilèges et à nos propriétés, qu'Elle promet de lire tout entier, avec la plus grande attention. Ce chef de la nouvelle magistrature paraissait jouir d'une bonne santé en dépit de bien des gens et faisait à tout le monde un accueil gracieux, quoique en éconduisant assez lestement les corps aussi bien que les particuliers. Nous remarquons à cette audience j\I. le duc de Duras, pair de France, du nombre de ceux connus depuis l'exil de l'ancien Parlement sous le nom de protestants, qui reste néanmoins longtemps enfermé dans le cabinet ; plusieurs évêqucs, entre autres celui de Condom (d'Anterrochcs) ; le tribunal de l'Université et une douzaine au moins des Inamovibles de son nouveau Parlement en robes. Mes Loisirs. Tome I. 26
parmi lesquels se trouvait le sieur Buynand, ci-devant avocat, auquel il dit qu'il le portait dans son cœur, etc.
13 mai. — Ce jour, le Roi fait dans la plaine des Sablons la revue du régiment des Gardes françaises et de celui des gardes suisses, qui avait été différée de quelques jours à cause d'une légère indisposition de S. M. Tous les princes et princesses lie la famille royale, à l'exception de M^^ Victoire de France qui était malade de la rougeole, et de ÏM™e Adélaïde qui lui tenait compagnie, assistent à cette revue à laquelle il ne se passe rien de remarquable. On débitait que ]M°ie la c^esse du Barry n'y avait point paru parce que M. le Dauphin avait déclaré fermement qu'il n'irait pas si elle devait y paraître dans le brillant équipage qu'elle s'était proposé d'abord de faire voir, ce jour-là au public. Quelques personnes disaient que le Roi leur avait paru vieilli et cassé considérablement par la manière dont il se tenait à cheval.
.15 mai. — Cette journée se passe sans que l'on vît se réaliser les bruits populaires qui s'étaient répandus des funestes effets de la rencontre de deux prétendues comètes. On assurait que, relativement à ces bruits, les confessionnaux avaient été beaucoup plus fréquentés à St Sulpicc et à St Germain-l'Auxerrois, que dans la quinzaine de Pâques, et l'on avait remarciué, disait-on, surtout à St-Sulpice, qu'un très grand nombre de personnes s'étaient approchées de la Sainte Table. Exemple bien frappant de ce que peut sur le cœur des hommes, en général, la crainte d'une mort prochaine et des châtiments qui doivent la suivre pour tous ceux qui sont dans le cas de les mériter, motif non épuré qui ne produit guère seul et par luimême que des conversions éphémères, et des pénitences illusoires presque toujours infructueuses, parce qu'on ne les embrasse, pour ainsi dire, que comme forcément et malgré soi.
17 mai. — Ce jour, comme il était fort chaud et que le temps tournait à l'orage, le tonnerre commence à se faire entendre d'assez loin, vers les 10 heures du soir; on voyait beaucoup d'éclairs et le ciel paraissait tout en feu. Le tonnerre gronde jusqu'à près de 3 heures du matin, mais vers minuit, on en entend un coup des plus terribles et des plus effrayants: il tombe de ce coup dans l'île St-Louis, sur une maison de la rue des Deux-Ponts, où il fait seulement trois trous à une
cheminée par laquelle il était entré et par laquelle il ressort dans le même moment, sans blesser qui que ce soit. C'était déjà le deuxième orage qu'il y avait eu depuis le commencement de ce mois.
18 mai. — Ce jour, on est informé que depuis un certain temps il se répandait des exemplaires d'un nouvel ouvrage contre M. le Chancelier portant pour titre : Maupcoii tyran sous le règne de Louis le Bien-Aimé. 100 pages d'impression in-12, du i^rix de 48 sols. Le début de cet ouvrage et qui en annonçait tout le plan était conçu en ces termes :.,, « Je parle pour mon Roi contre Maupeou, son ministre qui est un tyran ; je parle pour une Cour ancienne qui tient à l'essence de la Monarchie et que le tyran a chassée du sanctuaire de la Justice. Je parle pour ma nation qu'il écrase, et j'espère ! Puisse le Roi entendre ma voix ! » Il était divisé en 4 paragraphes, à la tête de chacun de ces paragraphes se trouvait une des phrases qui compose le préambule ci-dessus transcrit. Quoique cet ouvrage contint d'assez lionnes choses, on ne le croj^ait pas propre à faire une grande sensation dans les circonstances, vu le degré auquel le mal était parvenu, et l'espèce d'engourdissement et de léthargie qui s'était emparé de tous les esprits. On parlait beaucoup du N» XI du Supplément à la Gazette de France qui paraissait disait-on, depuis plus d'un mois, c|ue quelques personnes avaient lu, mais qu'on ne pouvait se procurer que difficilement parce cjii'on avait point usé des moyens ordinaires pour l'imprimer non plus c'uc pour le répandre dans le public. Au surplus, on assurait cju'il ne contenait que des fictions ingénieuses.
21 mai. — Ce jour, je me trouve en qualité d'adjoint do la Librairie et Imprimerie de Paris, chez M. le Chancelier qui nous avait mandés assez singulièrement en adressant au sieur Samson, l'un de mes collègues, particulièrement connu de S. G. et non au Syndic, suivant l'usage ordinaire, un billet conçu en ces termes : « Dites aux syndic et adjoints de venu* me parler avec vous vendredi à midi 19 mai. «Sur ce que nous avions cru devoir présenter à S. G., le mercredi 12 du même mois, un mémoire par rapport aux atteintes portées à nos propriétés par les taxes annuelles imposées sur les privilèges de différents almanachs des provinces, après nous avoir fait attendre pendant 5 quarts d'heure au moins, elle nous parle
avec dureté et commence par nous dire que la conclusion de notre mémoire était aussi captieuse qu'impertinente, que nous lui avions manqué sessentiellemcnt ainsi qu'à M. de Sartine, en le priant de vouloir bien commettre quelqu'un devant qui nous puissions déduire tous nos moyens, comme aussi aussi en nous plaignant à lui de l'impôt mis sur les livres venant de l'étranger qui ne le regardait point. Enfin le résultat de tout son discours, qui fut assez long et dans lequel se trouve répété 2 ou 3 fois le mot impertinent et celui d' impertinence, était que nos plaintes n'avaient aucun fondement, qu'il protégeait plus que personne les libraires et la librairie ; que l'impôt mis sur les almanachs était juste et raisonnable en ce qu'il ne devait servir qu'à faire vivre les gens de lettres ; que nous avions pris de mauvais conseils et que nous ferions bien de choisir une autre plume que celle que nous avions employée à la défense de notre cause. Nous n'avions heureusemnt d'autres témoins de cet entretien qu'un secrétaire de S. G. et le procureur des Bénédictions de l'abbaye St-Gcrmain-dcs-Prés. C'est à ce moment que j'éprouvai d'une manière bien sensible le désagrément qu'il y a d'être en place dans quelques corps que ce soit, quand les temps sont orageux, les circonstances critiques et que les personnes qui ont l'autorité en main, enthousiasmées de leur dignité et de leur grandeur, cherchent à établir par toutes sortes de moyens le funeste système de leur despotisme.
22 mai. — Ce jour, il se répand que l'épouse de J\I. Gilbert de Voisins, greffier en chef de l'ancien Parlement de Paris, laquelle s'était rendue du lieu de l'exil de son mari en son hôtel, rue de Seine, faubourg St Germain, pour y faire ses couches et qui venait de mettre au monde un fils, l'ayant fait présenter au baptême en l'église de St Sulpice,sa paroisse, par le sieur C*e de Langcron, qu'on disait avoir été choisi pour le tenir sur les fonds, ce C*'' avait éprouvé de grandes difficultés de la part de l'ecclésiastique dépositaire des registres qui avait refusé pendant longtemps et avec la plus grande opiniâtreté d'insérer dans l'extrait baptistaire de cet enfant la qualité réelle et encore existante de son père.
29 mai. — Ce jour, on apprend que tout le territoire de la ville d'Auxerre, à 5 lieues à la ronde, venait d'être ravagé par une grêle si considérable, qu'elle avait ruiné les fruits, la
vigne et le blé, de manière qu'on ne s'apercevait plus que la terre eût été ensemencée. On évaluait cette perte à plus de 2 millions de livres et l'on assurait que l'on avait arrêté le supplément de la Gazette de France de la veille, qui entrait sans doute dans un trop grand détail sur cet événement, pour ne point répandre la consternation dans le public.
Dans la nuit de ce jour au dimanche suivent, îcte de la Pentecôte, un cordonnier demeurant rue St Denis, lequel s'était endormi à la suite de son travail, rêvant qu'il était poursuivi et ayant voulu se sauver, se jette par la fenêtre dans la rue et meurt sur-le-champ de sa chute ; on disait que ce pauvre homme laissait 4 enfants. Evénement étrange qui annonçait à combien de malheurs se trouve exposée l'humanité et pouvait fournir une ample matière aux réflexions morales et philosophiques.
30 mai. — Ce jour, fête de la Pentecôte, IM. le Chancelier (de Maupcou) qui en avait été vivement sollicité par le sieur Marduel, son curé, se rend de l'hôtel de la Chancellerie, place de Vendôme, accompagné de tout son cortège, ainsi que de plusieurs conseillers d'Etat et maîtres des Requêtes, en l'église de St Roch, sa paroisse, vers 10 heures du matin et y fait pompeusement son entrée, en qualité de paroissien d'honneur. Il est reçu à la porte de cette église par le dit sieur INIarduel, docteur de Sorbonne et curé, à la tête de son clergé en chappes avec la croix, les cierges et l'encens. On lui donne dans le chœur la place la plus distinguée, c'est-à-dire la stalle curiale, et S. G. y entend la grand'messe. On disait que cette cérémonie qui s'était déjà faite une fois pour feu M. de Lamoignon de Blancmesnil, prédécesseur immédiat de M. de INIaupeou, n'avait point eu lieu pour M. Daguesseau, cet homme rare, dont le nom digne de passer à la postérité la plus reculée, ne sera jamais prononcé par qui cjue ce soit qu'il n'excite l'admiration et le respect. Ainsi, M. le Chancelier se prêtait-il bien volontiers à tout ce qui pouvait contribuer à lui donner quelque relief du côté de la représentation, tandis qu'il se montrait fort peu jaloux de se concilier la vénération et l'estime de la plus saine portion des citoyens.
31 mai. — Ce jour, il me tombe enfm entre les mains un exemplaire du N" xi du Supplément àla. Gazette de France dont on parlait depuis si longtemps et c[ue je n'avais point encore
VU, contenant 22 pages d'impression, format in-12, du prix de 15 sous, daté du l^s janvier 1773, commençant par ces mots: « Dans notre dernier supplément...» et finissant par une annonce de livres fictifs et supposés. On avait jugé à propos d'y insérer la fameuse lettre de M. Lecamus de Néville, Conseiller au Grand Conseil, à M. Bertin, ministre et secrétaire d'Etat. Quant au surplus de ce supplément, il ne roulait que sur les avis soi-disant donnés par les différents ministres lors du Conseil tenu pour l'affaire de la requête des 221 Nobles de Normandie, tous sans réalité et de pure invention.
Il me tombe également entre les mains un exemplaire du N» XII du Supplément à la Gazette de France, marqué par erreur N» XIII, 16 pages d'impression, format in-12, du prix de 10 sous, contenant 5 articles dont le premier daté de Paris, le 22 Mai 1773, commençant par ces mots : « Le décès d'un des coeurs de M. le Chancelier... » et le dernier finissant par la phrase suivante : « Plusieurs Inamovibles chancelaient dans leur foi à l'exemple du sieur Corps, qui avait demandé sa retraite et que M. le Chancelier avait, disait-on, menacé de la Bastille. Le Chancelier, pour prévenir les suites fâcheuses de leur abjuration, a envoyé, au Tripot un arrêté qui défend à qui que ce soit d'envoyer sa démission, s'il n'en a prévenu la Cour 6 mois d'avance, comme les comédiens. «
N. B. — On n'était pas beaucoup plus content de ce second numéro que du précédent. Ils paraissaient faits l'un et l'autre avec fort peu de soin et ils déplaisaient d'autant plus à toutes les personnes sensées que la vérité n'avait nullement dirigé la plume de l'écrivain qui avait pris sur lui de donner au public d'aussi minces productions, dans des circonstances aussi critiques.
l''*" juin Des personnes qui arrivaient de Limoges annonçaient que les esprits n'étaient point tranquilles dans cette province et qu'on ne serait pas étonné, si les choses continuaient d'aller sur le même pied, d'y voir avant peu de grandes rumeurs. On ne concevait pas quel pouvait être le but des personnes qui tenaient les rênes du gouvernement, en prenant tous les moyens capables d'indisposer les peuples au point d'allumer peut-être, par la suite, dans tout le royaume le plus grand incendie. La Gazette de Leyde de ce même jour, en parlant des émeutes qui venaient d'être excitées dans la ville de
Bordeaux par la cherté et la disette de pain, à l'occasion desquelles elle donnait de grandes louanges à la conduite qu'avaient tenue les Jurats et le Nouveau Parlement qui avaient rendu trois arrêts consécutifs, en apparence très avantageux pour le soulagement du peuple, disait gauchement qu'il paraissait que c'était moins le besoin que la fermentation des v-sprits qui avait causé ces émeutes.
7 juin. — Ce jour, on apprend que M. de Lamoignon, président à mortier de l'ancien Parlement de Paris, qui, depuis son exil avait toujours demeuré fort constamment à sa terre de Bâville, venait enfin d'obtenir la permission de venir au Gros-Caillou, près de iM"^^ la présidente de Gourgues, sa sœur, qui se mourait d'une maladie de langueur.
8 juin. — Ce jour, M. le Dauphin et M'ne la Dauphine font leur première entrée dans notre bonne ville de Paris, trois ans après leur mariage Ils arrivent de Versailles, vers 11 heures du matin, à la porte de la Conférence où ils trouvent le Corps de Ville qui était venu à leur rencontre. En tête, M le Prévôt des Marchands, M. le duc de Brissac, gouverneur, et M. de Sartine, lieutenant général de police, ainsi que la C'* du guet à cheval Les maîtresses poissardes des Halles qui se trouvaient aussi en ce même endroit en députation au nombre de six, ont l'honneur de leur présenter un très gros bouquet de roses et une corbeille d'oranges. Elles embrassent INI. le duc de Brissac et M. de Sartine qui paraissent s'y prêter de la meilleure grâce du monde. M. le Dauphin et M^c la Dauphine étant montés dans des carosses de cérémonie se rendent à Notre- Dame au milieu de la plus grande afïluence du peuple, par le quai des Tuileries, le Pont-Royal, le quai de Conti où s'était rangée en escadron la C'® des gardes de la Monnaie, jusqu'au Pont-Neuf, où était encore placée, en face du cheval de bronze la compagnie des Gardes de robe courte sous les armes, le quai des Orfèvres, la rue St Louis, le Marché Neuf et la rue Notre-Dame. Ils sont reçus à la porte de l'église de Notre- Dame, avec les cérémonies accoutumées, par Mgr l'archevêque de Paris à la tête de son chapitre. Après avoir fait leur prière au chœur, ils entendent dans la chapelle de la Vierge une messe basse célébrée par un chapelain du Roi et pendant laquelle le maître de musique de cette église fait exécuter un motet [de sa composition, pour lequel il lui avait été donné
une somme de 300 livres. Après la messe, ils montent au trésor pour y voir tout ce qu'il contient de riche ou de curieux. Sortis de N. D.,ils vont à Ste-Geneviève parla rue Notre-Dame, encore le Marché Neuf, le quai des Orfèvres, le Pont-Neuf, le quai des Augustins, la rue de Hurepoix, la place St Michel, la rue St Séverin, la rue St-Jacques. Ils sont reçus à Ste-Geneviève par l'abbé à la tête de sa communauté, après y avoir fait leur prière et avoir tourné suivant l'usage autour de la châsse, ils vont au Palais des Tuileries. On disait que plusieurs poissardes avaient adressé à M. le Dauphin la parole en ces termes : « Monsieur le Dauphin, faites-nous donc un enfant. » Excellente naïveté I et qui, quoique grossièrement exprimée, n'expliquait pas moins cnergiqucmcnt le vœu de la Nation. On leur avait préparé au château des Tuileries un magnifique dîner dans la salle du concert. La table était composée de 25 couverts et M. le Dauphin y était seul d'homme. Indépendamment de cette table, il y en avait une autre pour les principaux officiers, tenue par M. le Maréchal duc de Richelieu, premier gentilhomme de la chambre du Roi. Pendant tout le repas, on laisse entrer par centaines toutes les personnes décemment vêtues, en observant de les faire sortir successivement par ime autre porte après un certain espace de temps. Sorti de table, on se met au jeu et, entre 6 et 7 heures du soir, M. le Dauphin et M™^ la Dauphiue, après avoir fait notifier à tous les gardes les défenses les plus positives de ne presser, ni de pousser qui que ce soit, se promènent dans le jardin des Tuileries. La promenade achevée, ils montent encore tous deux sur la galerie pour s'y faire voir pendant un bon quart d'heure, complaisance d'autant plus remarquable qu'ils y étaient fort incommodés du soleil dont les rayons dardaient encore avec beaucoup de vivacité. On leur en témoigne la plus vive reconnaissance par des battements de mains et des acclamations multipliées, interrompus par de légers intervalles pendant lesquels on gardait en signe d'admiration le silence le plus respectueux. Ils ne se retirent de dessus cette galerie qu'en faisant une très profonde révérence à tous les spectateurs. On assurait même qu'on avait vu dans ce moment de séparation, des yeux de l'aimable princesse, des larmes d'attendrissement, larmes précieuses en ce qu'elles annonçaient une belle âme. Entre 8 et 9 heures du soir, M. le Dauphin et M^^ la Dauphiue avaient fait paraître la plus grande inquiétude qu'il n'arrivât quelque
accident et ils questionnaient fréquemment à ce sujet soit les ofTiciers des gardes-françaises, soit ceux des gardes-suisses.
9 juin. — [Faux bruit concernant la suppression du conseil supérieur de Châlous.]
10 juin. — On apprend que le chevalier d'Arcq, fils naturel du feu C'e de Toulouse, frère de père du duc de Penthièvre, intimement lié avec le duc de La Vrillière, ministre et secrétaire d'Etat, ayant le département de Paris et le complaisant de M™e de Langeac, mieux connue sous le nom de INI^e Sabathin, venait d'être exilé à Tulle, petite ville du bas Limousin, pour s'être rendu coupable de manœuvres très répréhensibles relativement à la confection de la maison de M. le C^*^ d'Artois, dont on assurait que toutes les places avaient été vendues au poids de l'or.
15 juin. — [M. le Dauphin et M'"'^ la Daupiiine viennent de Versailles à Paris pour assister à l'Opéra.]
18 juin. — Ce jour il se répand que M^c la duchesse de Bourbon venait d'être exilée à Chantilly relativement à une intrigue galante avec le chevalier de Coigny, qu'on disait avoir également reçu des ordres du Roi de se rendre à son régiment avec défense d'en revenir sans permission expresse de S. M. Peut-être cette princesse voulait-elle user de représailles envers le prince, son époux, qui, tout jeune qu'il était, avait déjà plusieurs maîtresses.
20 juin. — Ce jour l'un des fils et une fille de la veuve Méquignon, libraire détenue dans les prisons du château de la Bastille depuis le 10 juin 1772, ayant enfin obtenu la permission de lui parler toutes les fois qu'ils le désireraient, ont avec elle un entretien de plusieurs heures dans l'intérieur de ce château. Cette première entrevue ne se passe pas sans répandre des larmes de part et d'autre, ce qui était bien naturel. Le plus jeune des fils de cette veuve, prisonnier comme elle et dont on avait ordonné l'élargissement, avait refusé de sortir de prison tant que la dame sa mère y demeurerait et avait demandé pour toute grâce qu'on voidût bien lui permettre de se réunir à elle, afin qu'il pût lui tenir compagnie et adoucir de cette manière l'ennui de sa captivité et on le lui avait accordé. On commençait à avoir quelque espérance que la susdite dame, son fils et le plus grand nombre de ceux qui avaient
été arrêtés pour la distribution des écrits anti-chanceliers parviendraient enfin à obtenir leur liberté.
23 juin. — |M. le Dauphin et M^^ la Dauphine viennent de Versailles à Paris pour y assister à la Comédie Française. On y représentait le Siège de Calais par M. de Belloy et le Legs [1].]
29 juin. — [M. le Dauphin et M™« la Dauphine viennent de Versailles à Paris pour assister à la Comédie Italienne. On donnait ce jour-là Arlequin et Scapin rivaux [2], pièce italienne suivie du Déserteur [3], opéra comique français.]
l^'' juillet. — Ce jour, on parlait beoucoup d'un nouveau mémoire de M^ Linguet, avocat du sieur C^^ de Morangiès, imprimé chez Cellot imprimeur, rue Dauphine, 82 p. in-4, sous le titre : Supplément aux observations pour le C*<^ de Morangiès et tiré à très gros nombre. Ce mémoire, qui était écrit à la manière de ce coryphée du barreau moderne, était des plus insultants pour les juges du bailliage du Palais. On aspirait au moment d'être instruit de l'impression qu'il aurait fait sur les inamovibles qui avaient nommé pour rapporteur de cette grande affaire, le sieur Gondin, ci-devant conseiller de la Cour des Aides supprimée, lequel avait accepté cette mission délicate au refus de plusieurs de ses dignes confrères.
En réponse au mémoire ci-dessus énoncé, il en paraissait un autre qu'on disait bien fait.
3 juillet. — [Nouvel ou\Tage en faveur des Jésuites sous le titre de Raisons Inviciblcs, etc.]
7 juillet. — Ce jour, on augmente dans les marchés le pain de quatre livres de deux liards, en le portant de 10 sous 6 deniers, qu'il se vendait depuis plus de deux ans, à onze sous. On craignait beaucoup que l'augmentation n'en restât point là, attendu que le temps froid et les pluies continuelles semblaient contribuer à favoriser les mauvaises intentions des personnes qui trouvaient leur intérêt à maintenir la cherté du blé, cette denrée de première nécessité pour tous les humains.
14 juillet. — [Première entrée de Madame (4), fille de feu M. le Dauphin, à Paris.]
(1) Comédie en un acte de Marivaux (1736).
(2) Ce « canevas » de Véronèse faisait partie du répertoire depuis le 14 octobre 1746.
(3) Paroles de Sedaine, musique de Monsigny.
(4) Marie-Adélaïde-Clotilde Xavière de France (1759-1802), mariée
25 juillet. — Madame et M-ne Elisabeth, filles de feu I\I. le Dauphin, se rendent de Versailles à Paris accompagnées de M°»e la princesse de Marsan, gouvernante des enfants de France. Elles se promènent sur les boulevards, puis ensuite dans le jardin des Tuileries ; elles font distribuer des biscuits et des macarons en abondance, en disant que c'était pour les enfants.
26 juillet. — Ce jour, le mariage de M. le duc d'Orléans, premier prince du sang, avec M™e la marquise de Montesson, dont on parlait depuis si longtemps, se célèbre enfin sans aucune pompe ni cérémonie, dans une terre près de Melun, que le prince venait d'acheter pour cette dame (1). On recommence une seconde fois leur contrat de mariage parce qu'on y avait inséré d'abord divers avantages faits, soi-disant, en présence et du consentement du Roi, ce que S. M. ayant refusé de ratifier, la dame de Montesson de son côté n'avait voulu accepter aucun des dits avantages. M. le duc de Chartres venait de partir pour faire en Flandre et dans les pays de la Reine une tournée qui devait durer trois semaines.
30 juillet. — Ce jour, on apprend que l'archevêque de Paris venait d'avoir en son château de Confians trois attaques consécutives de sa colique ordinaire, pour lesquelles on avait jugé à propos de le faire saigner, la veille, ce qui n'empêchait point qu'on refusât en son nom et par ses ordres les derniers sacrements de l'Eglise à un ecclésiastique, respectable, prêtre du diocèse, âgé de 77 ans, nommé Dumoulin, demeurant rue Ste Marguerite, faubourg St Germain, lequel avait été autrefois secrétaire de feu M. de La Châtre, évêque d'Agdc, sur ce que quoique non inscrit parmi les appelants, et interpellé de déclarer sa soumission à la bulle Unigenilus par le vicaire de St Sulpice, il avait répondu que prêt à paraître devant Dieu, il croyait devoir persister plus que jamais dans ses sentiments sur cette bulle qu'il avait toujours considérée comme la cause des maux de l'Eglise et peut-être même de ceux de l'Etat. Ce premier vicaire et son collègue paraissait très décides à lui refuser même le sacrement de l'Extrême-Onction ; ils disaient
en 1775 à Charlcs-Eiumanuol-Fordinand-Mai-io, prince de Piémont, puis roi de Sardaigne sous le nom de Charles-Emmanucl-Fcrdinand IV.
(1) Sainte-Assise, paroisse de Saint-Port, près de Melun. 1,'actc de mariage officiel, transcrit sur un registre de l'ëglise St Eustachc à Paris et publié par Jal qui en avait pris copie, portait la date du 23 avril 1773.
avoir consulté sur cela les plus habiles théologiens qui avaient approuve leur conduite. Cet ecclésiastique pacifique exigeait de ses parents et de ceux qui l'environnaient qu'on ne fît aucune démarche pour contraindre ces vicaires à rentrer dans leur devoir à son égard, et l'on n'en était point surpris, attendu la douceur de son caratère.
31 juiliet. — Ce jour, à l'audience de la Chambre des Tournellcs du nouveau Parlement, comme il était question de la part des gens du Roi de prendre des conclusions dans une affaire qui venait d'être plaidée par M^ Linguet contre le gré des dits gens du Roi et qui se trouvait en état d'être jugée, les deux avocats ayant achevé respectivement leurs plaidoiries RIessire de Yaucresson, deuxième avocat général, cjui aurait dû porter la parole, s'étant levé, déclare à la Cour que conformément à la résolution par lui précédemment prise ainsi que par ses collègues, de ne jamais communiquer avec le dit M^ Linguet, il n'avait rien à dire et qu'il requérait que la Cour leur rendît justice, sur quoi le président Leprêtre de Châtaugiron, ayant pris les avis de Messieurs, tous opinent pour que le Procureur général du Roi soit mandé sur le champ lequel, étant arrivé, déclare à son tour, tant en son nom qu'en celui des avocats généraux, qu'il n'avait rien à dire et qu'il se bornait à requérir la Cour de rendre justice au parquet. Les voix de nouveau recueillies sur le réquisitoire du procureur général, il en résulte que la cause est mise en délibéré. Cette espèce de scission entre les gens du Roi et les nouveaux magistrats prêtait à rire à bien des gens fort curieux de voir qui aurait tort ou raison.
2 août. — Ce jour, on continuait de débiter qu'il y avait toujours à Compiègne de grands mouvements et beaucoup de fermentation entre les ministres ; on prétendait en outre que le prince de Soubise avait eu un entretien avec le prince de Conti sur l'état actuel de la magistrature dans tout le royaume, à quoi l'on ajoutait encore que l'ancien Parlement allait être rappelé à Pontoise pour être ensuite rétabli en faisant donner par chacun des magistrats le double de son ancienne finance.
5 août. — [Distribution solennelle des prix de l'Université.]
7 août. — Ce jour le sieur Lejay, libraire de la rue St Jacques qui avait été décrété de prise de corps et constitué prisonnier
il y avait environ trois semaines, pour l'affaire du sieur de Goezmann, conseiller, contre le sieur Caron de Beaumarchais, ayant obtenu sa liberté provisoire à la charge de se représenter sort des prisons de la Conciergerie du Palais ; il disait à ses amis qu'il avait tout lieu de croire que son affaire aurait des suites sérieuses, mais qu'il ne lui était pas possible de s'expliquer davantage. On assurait qu'au cas où ce procès intéressant viendrait à être réglé à l'extraordinaire, le sieur Caron de Beaumarchais avait à fournir contre plusieurs juges les moyens de récusation les plus forts et les plus pertinents.
On est informé que Messieurs les Inamovibles s'étaient empressés d'occuper et de prendre possesion des nouvelles chambres de la Tournelle et de St Louis qui venaient d'être restaurées avec la plus grande magnificence aux frais de la ville, à cause du nouvel arrangement qui avait déchargé le domaine du Roi de toutes les dépenses relatives aux prisons et aux tribunaux de justice dans les dilïérentes villes du royaume. Pouvait-on se flatter que ces messieurs eussent craint, s'ils différaient jusqu'à la St Martin, que d'autres prissent leur place ?
9 août. — Ce jour, il se répand que le plus grand nombre des personnes détenues en prison pour l'affaire des écrits anti-chanceliers, soit à la Bastille, soit à la Conciergerie, allaient présenter leur requête à fin de liberté provisoire, et l'on se flattait non seulement qu'elles l'obtiendraient, à la charge toutefois de se représenter, mais encore on espérait que la procédure ne serait point continuée et que les choses demeureraient en cet état jusqu'à nouvel ordre.
12 août. — Ce jour, à 11 heures du matin, mcssire Jacques- Savinien Dumoulin, prêtre du diocèse de Paris, et docteur en théologie de la faculté de la même ville lequel avait été autrefois secrétaire de feu M. de La Châtre, évêque d'Agde, prélat des plus respectables, est inhumé en l'église St-Sulpice, sa paroisse, dont les principaux membres lui avaient refusé constamment jusqu'à sa mort les derniers sacrements de l'Eglise, et jusqu'à celui de l'Extrême-onction, ce qui avait donné lieu à quelques personnes du peuple de dire en voyant passer son convoi et en apostrophant les membres du dit clergé: « Ces gredins ne l'enterreraient pas s'il n'y avait de l'argent à gagner. » Discours bien capable de faire sentir à ces ccclé-
siastiques tout le ridicule de leur conduite et combien le public la trouvait odieuse.
12 août. — Le nouveau Parlement, chambres assemblées, déclare de nulle valeur les moyens de récusations proposés par le sieur Caron de Beaumarchais contre un président à mortier (le sieur de Nicolaï) et deux conseillers contre le sieur de Goezmann, aussi conseiller ; ordonne qu'il serait passé outre au jugement sans y avoir aucun égard et continue la délibération au mardi suivant, 17 du même mois. On trouvait qu'en cela ils avaient agi très prudemment, attendu qu'il eût été d'une dangereuse conséquence d'admettre la récusation de quelques membres d'un corps de magistrature récusable dans son ensemble.
14 août. — Il se répand qu'à 5 heures du soir le Chancelier était arrivé de Compiègne en son hôtel, place Vendôme, d'où il était parti peu de temps après pour Versailles, qu'il était revenu le même soir en son sus dit hôtel d'où il était reparti presque sur-le-champ pour retourner à Compiègue. Ce voj^age, qui paraissait assez extraordinaire, donnait lieu à divers raisonnements. Quelques personnes imaginaient qu'il pouvait bien se faire qu'il fût revenu pour mettre à couvert quelques papiers essentiels en cas d'événement, car on débitait toujours qu'on travaillait fortement à sa ruine et un particulier assurait tenir d'un huissier-priseur, homme fort répandu et très instruit,, qu'il ne serait plus question du nouveau Parlement à la rentrée de la St Martin. Un huissier audicncier du nouveau Parlement avait dit aussi que le sieur de Nicolaï, président à mortier,, annonçait assez hautement qu'il comptait n'être plus en place alors ; mais bien des gens soutenaient néanmoins qu'on était encore très éloigné de cette révolution si désirable.
19 août. — Ce jour, on est informé que le bailliage d'Auxerre venait de juger le procès qu'il instruisait depuis près d'un an contre les anciens professeurs du collège de cette ville, à l'instigation de l'évêque (Champion de Cicé), et que cette sentence, rendue par contumace, les condamnait à des peines afïlictivcs, savoir : le nommé Lefranc, homme fort estimable,, à tout, hors la mort; les autres, au l^annissemcnt à terme et à des amendes considérables. On assurait que l'évêque triomphait beaucoup de cette inique sentence.
20 août. — Ce jour, on apprend que le mercredi précédent le tonnerre était tombé assez près du Roi qui revenait de la chasse à Compiègne, mais que S. M. n'en avait point été efïrayée. On disait même qu'elle avait empêché qu'un piqueur ne pérît en lui conseillant de quitter un arbre sous lequel il était placé pour se mettre en rase campagne, le tonnerre étant tombé l'instant d'après sur ce même arbre.
21 août. ■ — Ce jour, un huissier s'étant transporté rue Hautefeuille, maison du sieur Biet, procureur, à l'efîet d'y procéder à la saisie-arrêt des meubles du sieur Bonet, architecte, y demeurant, pour raison d'une somme de 400 livres, dont il était redevable, et éprouvant la plus grande résistance de la part du fils et du commis de cet architecte, aj-ant été prier le commissaire Duruisscau, de la rue de la Harpe, comme le plus voisin, de vouloir bien lui prêter son ministère, et ce commissaire s'y étant rendu en robe, les deux particuliers susdits l'ayant laissé rentrer seul et après avoir fermé la porte sur ceux qui le suivaient, tirent l'épée pour l'intimider, le menacent de le maltraiter et même lui portent quelques coups, ce qui détermine ceux qui étaient restés au dehors à aller chercher la garde et un autre commissaire, celui de la rue des Noyers (le commissaire Roland), lequel étant arrivé et après avoir fait enfoncer la porte sur le refus de l'ouvrir, dresse un procès verbal de rébellion et de mauvais traitements envers son susdit confrère. Les parties intéressées ayant demandé un référé chez le lieutenant criminel, on juge à propos d'aller chercher au Châtelet ce magistrat qui vient sur-le-champ et d'après le vu du procès-verbal, ordonne que le fils et le commis du susdit sieur Bonet seraient constitués prisonniers, l'un au grand, l'autre au petit Châtelet. On est obligé de les terrasser par terre pour parvenir à leur mettre les menottes. Pendant tout ce tapage, le père Bonet est arrivé avec un sac d'argent dans la disposition sans doute d'acquitter la somme qui avait occasionné toute cette scène, à laquelle les principaux acteurs ne s'étaient peut-être portés que dans la vue de retarder la saisie jusqu'à l'arrivée de l'argent qu'ils n'ignoraient pas probablement devoir être apporté dans peu.
26 août. — Ce jour, on apprend que M'^ Linguct s'étant présenté au parc civil du Châtelet pour y plaider une cause il ne s'était point trouvé d'avocat qui eût voulu paider avec lui
1er septembre. — Cc jour le Roi qui était arrivé de Compiègne au château de la Muette, le lundi précédent et qui y avait couché le même jour, d'où il s'était rendu le lendemain au soir après avoir chassé dans les bois de Ville-d'Avray, vient, dans l'après-midi, de Versailles, chasser dans la plaine de Boulogne. S. M. était accompagnée de M. le prince de Soubise du duc de Vilieroy, capitaine de ses gardes, et du marquis de Coigny. Je le vois au bout du pont de Sèvres, du côté de la susdite plaine, venir regagner son carosse après la chasse, au lieu d'y monter sur-le-champ ; il fait ranger son postillon pour aller à 20 pas de là satisfaire un petit besoin. Il cause encore quelques moments après avec le prince de Soubise et le duc de Vilieroy, avant de monter en voiture, veut absolument savoir qid était un petit abbé qu'il avait distingué entre douze qui le regardaient ; le prenant pour le neveu d'un évêque, il lui demande s'il était prêtre et ce qu'il faisait là, à quoi le jeune abbé répond qu'il se prom.enait, attendu le temps des vacances. Quelques personnes qui n'avaient point vu le Roi depuis un an crurent s'apercevoir qu'il était considérablement vieilli.
Un domestique du sieur Chupin, l'un des conseillers de l'ancien Châtelet, retiré à St Cloud, ayant rencontré dans les rues de Paris un des valets de chambre du chancelier qu'il connaissait depuis longtemps, ce valet de chambre lui adresse la parole en ces termes : « Eh bien ! ton maître doit bien rire maintenant, car le nôtre pleure ; il ne boit, ni ne mange depuis près de 3 semaines et paraît être abandonné de tout le monde ; un de ces jours, comme on entrait dans son cabinet, on l'y a trouvé frappant du pied et parraissant de fort mauvaise humeur. « Le dire de ce valet de chambre s'accordait assez avec ce qu'on avait appris de Compiègne. On continuait de débiter dans tout Paris que l'ancien Parlement serait rappelé pour la St Martin.
4 septembre. — Ce jour, dans la matinée et pendant l'audience du Parc civil. M" Linguet, avocat, qu'un de ses confrères avait jugé à propos de complimenter ironiquement sur le gain du fameux procès du C*^ de Morangiès, son client, s'oublie lui-même au point de lui donner au travers du visage quelques coups d'un sac de procédure qu'il tenait à la main. Le lieutenant civil, témoin de l'aventure, lui adresse la parole
en ces termes : « Sortez, M® Linguet et qu'on ne vous revoie plus ici. » On prétendait que l'avocat frappé avait rendu plainte au criminel contre le dit M® Linguet. mais cette dernière circonstance ne se confirme pas.
6 septembre. — Mgr le 0»^ de Provence et M^e la C'csse de Provence, accompagnés des officiers et des dames de leur maison, font leur première entrée à Paris, à peu près avec les mêmes cérémonies à celles qui s'étaient observées à celles de M. le Dauphin, de M'»e la Dauphine et de M"ie. Hg se rendent d'abord à Notre-Dame ; arrivés à la porte de l'église cathédrale, ils sont reçus et complimentés par l'archevêque de Paris à la tête du chapitre ; après avoir fait leurs prières et entendu la messe, ils sont reconduits avec les mêmes cérémonies et montent dans leur carosse, et vont à Ste Geneviève ; ils se rendent ensuite aux Tuileries, où ils dînent, se promènent dans le jardin et ne partent pour retourner à Versailles qu'à plus de 7 heures du soir, par la place Louis XV et la foire St Ovide que les syndics avaient eu soin de faire illuminer. On s'était presque étouffé dans le jardin des Tuileries, tandis qu'ils s'y promenaient sur la terrasse des Feuillants, et M. de Sartine, lieutenant-général de police, et les seigneurs de la suite avaient aidé à retirer de la foule des enfants qui se trouvaient en danger d'y périr. M"^^ la C'^sse (je Provence va voir ellemême une dame qui s'était trouvée mal.
7 septembre. — Le sieur Le Sage, la Vve Méquignon, son fils, et le sieur Laguery sortent de prison. On prétendait que leur affaire ne serait point suivie.
8 septembre. — Ce jour, l'un de ceux de l'octave de la fête de St Cloud, que les eaux de la magnifique cascade de M. le duc d'Orléans, nouvellement rétablies, devaient jouer pour la première fois, M. le Dauphin, et M'^^ la Dauphine, M. le Ct« de Provence et M"»e la ct^^^^ de Provence, M"»eet M™e Elisabeth, filles de feu M. le Dauphin, se rendent du château de Versailles à St Cloud, par le chemin de Ville-d'Avray et arrivent dans une même voiture au parc vers 6 heures du soir ; on recommence à faire jouer pour ces princes et princesses k-s eaux dont on avait déjà donné le spectacle au public ; il s'y trouvait beaucoup de monde quoiqu'il fit fort mauvais temps. Etant descendus de voiture, ils se promènent à pied tout le long des
Mes Loisirs. Tome L '.7
bas jardins, traversent toute la foire et entrent ensuite dans le lieu où devait se donner le bal et tirer le feu d'artifice, auxquels ils assistent avec une multitude de personnes au milieu desquelles ils se promènent très librement. Le feu tiré, à près de 8 heures du soir, ils remontent en voiture pour retourner à Versailles. On est enchanté des marques d'amitié réciproque qu'ils se donnaient et de l'union qui paraissait régner entre eux. M"ie la Dauphine surtout fixait l'attention de tout le monde par son extérieur affable et enjoué, et l'on ne pouvait trop admirer la singulière révolution, à laquelle cette aimable princesse avait donné lieu, dans la manière dont on vivait à la Cour avant elle, révolution qui établissait, pour ainsi dire, un doux commerce entre les princes de la famille royale et le peuple, en abrogeant la sombre et triste étiquette à laquelle on avait été jusqu'alors que trop scrupuleusement astreint, en même temps qu'elle devenait dans la monarchie une époque aussi glorieuse pour M^^^ la Dauphine que flatteuse pour les sujets du Roi, qu'elle mettait à portée de témoigner plus souvent et d'une manière plus sensible leurs sentiments d'amour et de dévouement à leur souverain et à toute sa famille. Aucun des princes de la maison d'Orléans ne se montre à Saint-Cloud dans cette circonstance ; ils paraissaient même s'éloigner insensiblement de. la Cour, où ils éprouvaient peut-être des désagréments ignorés du public.
Le Cte d'Aranda, ci-devant ministre du roi d'Espagne, qu'on attendait avec la plus grande impatience, arrive enfin en cette ville et descend à l'hôtel de Soyecourt, rue de l'Université. On le disait revêtu de la double qualité d'ambassadeur extraordinaire et de ministre plénipotentiaire. On prétendait aussi que le ministère ne laissait pas que d'être intrigué de son arrivée sur laquelle on se livrait à bien des conjectures, peutêtre fort hasardées. Le lendemain, après son diner, le duc d'Aiguillon, ministre des Affaires étrangères, lui rend visite et passe une heure avec lui.
11 septembre. — Ce jour, on apprend que le Roi venait de faire adresser à chacun des archevêques et évêques de France un exemplaire imprimé du bref du pape qui ordonnait la dissolution de la société des jésuites et dont on commençait à distribuer l'édition faite en latin à l'imprimerie royale en 33 pages in-4.
12 septembre. — Ce jour, le C^^ d'Aranda, ci-devant ministre de S. M. catholique le Roi d'Espagne, actuellement son ambassadeur extraordinaire à la Cour de France, s'étant rendu de Paris à Versailles, est admis à l'audience du Roi, présenté par le sieur Tolozan, introducteur des ambassadeurs, et remet à S. M. ses lettres de créance, ce qui est annoncé par la Gazette de France du vendredi suivant, 17 du même mois; il n'était arrivé que du mercredi précédent.
18 septembre. — Ce jour, à une heure et demi, après-midi, le Roi qui avait soupe et couché la veille à St Ouen, chez le prince de Soubise et qui, de St-Ouen, était allé, disait-on, incognito à St Denis, voir M'ne Louise de France, religieuse carmélite, pour lui intimer des défenses de s'immiscer en aucune manière dans l'affaire concernant le bref d'extinction et de sécularisation de la société des ci-devant soi-disant jésuites, dans laquelle l'archevêque de Paris paraissait disposé à se signaler de nouveau, passe sur le pont de St Cloud, étant venu par Boulogne, remonte l'avenue du Château et prend le chemin de Ville-d'Avray. On ne se souvenait point d'avoir vu S. M. rendre cette route depuis plus de 4 ans.
16 septembre. — Ce jour. M. le Dauphin, M^^ la Dauphine, M. le C^e et M'ne la c^esse (Je Provence, se rendent du château de Versailles, par Sèvres, au parc de St Cloud et y mettent pied-à-terre dans l'endroit qu'on appelle communément les Trois bancs, d'où ils commencement leur promenade jusqu'à la grande allée où sont les boutiques qui forment la foire. M^^, et Mme Elisabeth et M. le C*^ d'Artois y arrivent aussi fort peu de temps après. Pendant la marche de M^^^ la Dauphine, quelques personnes lui présentent des placets qui sont reçus par un de ses écuyers ; mais cet écuyer qui en avait déjà reçu 3, refusant d'en recevoir un quatrième que lui présentait une pauvre femme, la princesse qui s'en aperçut, lui dit d'un ton majestueux de continuer à recevoir, ce qui donne lieu à des applaudissements de la part des spectateurs qui étaient en grand nombre. Ces princes et princesses, après s'être promenés dans la foire pendant une demi-heure, entrent ensuite dans le lieu où le sieur Griel, portier, devait donner un bal et un feu d'artifice. Ils y prennent les places qui leur avaient été destinées, en face du feu d'artifice qu'on allume sur-le. champ et au milieu duquel on voit paraître en tranparent ICg
420 JOUP «lAL DE HARDY [1773]
portraits des princes ec des princesses qui honoraient la fête de leur présence, ce qui donne lieu à des battements de mains réitérés. Le feu tiré, on illumine. Les princes et princesses, après avoir vu une danse, se promènent en long et en large au milieu de l'assemblée qui était brillante et nombreuse et font plusieurs tours après lesquels ils remontent en voiture pour retourner à Versailles. On disait que M^^e la Dauphine avait été très satisfaite de cette petite fête, qu'elle avait elle-même fait demander au sieur Griel ; qu'on lui avait donné par ses ordres la somme de 240 livres pour le jour de la Vierge, 8 du même mois, et celle de 600 livres pour ce jour, en observant de faire tirer des quittances de ces sommes pour n'être point la dupe des intermédiaires, ce qui n'arrivait que trop souvent en semblable occasion. Le public ne se lassait point de donner à M. le Dauphin et à M™e la Dauphine, son épouse charmante, les témoignages les moins équivoques du plaisir et de la joie qu'il ressentait toutes les fois qu'il avait le bonheur de les voir.
19 septembre. — [Voyage du sieur d'Hémery à Hambourg pour y arrêter deux particuliers qui avaient trahi les secrets du cabinet relativement aux affaires étrangères.]
21 septembre. — Ce jour, il se répand que M. le C^e d'Eu, fils du feu G'*' de Toulouse, prince légitimé, venait de faire au Roi l'abandon de tous ses biens et apanages généralement quelconques dont la jouissance lui était néanmoins réservée pendant sa vie qui ne paraissait pas devoir être encore bien longue, attendu son âge et son état d'infirmité, et ce, moyennant le prix et somme de 10 millions suivant les uns et de 12 millions, suivant d'autres, qui seraient comptés lors de son décès au duc de Penthièvre, son neveu et son héritier naturel ; on disait que les vues du Roi étaient d'en former l'apanage de M. le Cte d'Artois.
22 septembre. — Ce jour, on apprend que l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, autrement dit l'hôtel d'Evreux, sis faubourg St Honoré, lequel avait appartenu à la feu marquise de Pompadour qui l'avait a légué au Roi par testament, venait d'être acheté 600.000 livres par le sieur de Beaujon, l'un des banquiers de la Cour qui n'était, disait-on, dans cette affaire que le prête nom de M^^ la C^esae du Barry, On assurait qu'on avait pris le parti de supprimer pour toujours l'hôtel des Ambas-
sadeurs extraordinaires, qui ne servait presque jamais et dont on n'avait point fait usage depuis que le dernier ambassadeur Turc l'avait occupé en 1742.
25 septembre. — Ce jour, on apprend que M. le C^e de Broglie qui d'abord avait été nommé par le Roi pour aller, au pont de Beauvoisin, recevoir la princesse de Savoie, future épouse de M. le C'« d'Artois, venait d'être exilé dans la terre de Ruffec en Angoumois, pour avoir insisté trop fortement par lettre vis-à-vis du duc d'Aiguillon, ministre des Affaires Etrangères, qui lui avait refusé au nom de S. M. la permission d'aller en même temps pour y faire sa cour au nouveau roi de Sardaigne, et que ce seigneur était remplacé dans cette mission par le marquis de Brancas. Le maréchal de Broglie était arrivé à Paris, de ses terres, le même jour que le C*"^ son frère en était parti pour se rendre à son exil.
29 septembre. — Ce jour, on vendait à Paris, le pain de 4 livres, 12 sous 6 deniers ; on annonçait que bientôt on le ferait payer 13 sous et qu'il n'en resterait pas là, ce qui faisait beaucoup murmurer le petit peuple. Des personnes qui ne pouvaient être que mal intentionnées répandaient qu'il pouvait bien monter jusqu'à 5 sous la livre. Quel malheur pour la capitale si cette augmentation avait lieu dans les circonstances fâcheuses où l'on se trouvait 1
5 octobre. — Dans la nuit de ce jour au lendemain mercredi 6, M™e la duchesse de Chartres (Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthièvre, prince du sang), accouche très heureusement au Palais-Royal d'un prince (1) auquel le Roi donne le nom de duc de Valois, et non celui de duc de Montpensier, que M. le duc de Chartres avait porté dans son enfance, parce que la maison d'Orléans s'éloignait de plus en plus de la couronne, et que M. le duc de Chartres ne devait probablement pas espérer de succéder aux mêmes titres, honneurs et prérogaties de M. le Duc d'Orléans, premier prince du sang, son père, attendu l'existence du C'^ de Provence et du C'e d'Artois, frères de M. le Dauphin. La joie était des plus grandes dans toute cette maison et l'on disait que lorsque
(1 ) Louis-PhQippe II d'Orléans,d'abord duc de Valois et de Chartres, puis roi des Français le 9 août 1830 soxis le nom de Louis-Philippe I*', mort à Claremont (Angleterre), le 26 août 1850.
l'on avait annoncé à INI. le duc de Chartres qu'il lui était né un fils, il n'en voulu rien croire qu'il n'eût par lui-même vu et touché, tant il désirait la réalité d'une nouvelle aussi intéressante. On débitait que M. le duc de Penthièvre faisait présent à sa fille pour ses relevailles du château de Rambouillet et de toutes ses dépendances, tandis que, d'autre part, le bruit se répandait qu'U le cédait au Roi pour M. le C*^ de Provence. On assurait aussi que le Roi avait signé sans difTicuJté l'acte de notoriété dressé par trois notaires, en présence de ducs et pairs, à cause de l'absence du Parlement, pour constater la naissance de M. le duc de Valois, et que sa Majesté n'avait eu aucun égard aux représentations de M. le Chancelier, sur ce que, mal à propos, selon lui, on avait inséré dans cet acte la cause du Parlement absent, puisque cette Cour était bien réellement existante.
6 octobre. — Ce jour, il se répand que le C'^ d'Estaing, lieutenant général des Armées navales, venait d'être exilé dans ses terres en Auvergne, pour avoir exigé et sollicité par un mémoire présenté au ministre une indemnité relative, à des dépenses qu'il avait été obligé de faire pour l'équipement d'une flotte, dont on lui avait ôté le commandement pour le donner à un autre officier général.
11 octobre. — Ce jour, il se répand que le prince de Condé vendait au Roi le nouveau Palais-Bourbon ; que l'ancien hôtel de Condé serait reconstruit au même endroit, au moyen de ce que le nouveau projet pour le bâtiment de la Comédie Française ne serait point exécuté, parce que on revenait à l'ancien qui avait été de le rétablir dans le même lieu qu'auparavant et que tandis qu'on travaillerait au palais du prince de Condé, il serait logé à l'Arsenal.
Il se répand en outre que l'Hôtel-Dieu serait amplifié et rebâti sur la rue Neuve-Notre-Dame, et que, par un arrêt du Conseil d'Etat du Roi qui demeurerait secret et ne serait publié, on adoptait toutes les raisons exposées dans la requête dressée en faveur des religieuses de cet hôpital par M^ Truchon, avocat et qu'un arrêt du Parlement du 14 août précédent avait fort maltraitée.
14 octobre. — Ce jour, j'assiste en qualité d'ex-adjoint, autrement dit Mignon de la communauté des Libraires et
Imprimeurs jurés de l'Université, avec les nouveaux ofTiciers en charge, à la procession de Monsieur le Recteur (Coger), lequel fait, suivant l'usage, un discours latin, sur la naissance du duc de Valois, sur les fréquents voyages des princes et princesses de la famille royale à Paris, ainsi que sur les témoignages d'amour et de satisfaction que n'avaient cessé de donner tous les ordres des citoyens de cette capitale ; enfin, sur le renouvellement des études.
15 octobre. — Ce jour, il se répand que M. le duc d'Orléans et M. le duc de Chartres avaient présenté au Roi depuis peu un mémoire sur la nécessité indispensable de rétablir l'ancien Parlement. En exposant à S. M. qu'on supposant qu'Elle eût des raisons pour ne pas juger à propos de prendre ce parti, il était au moins de sa justice défaire rembourser en espèces à chaque magistrat le montant de son office et en même temps, de sa bonté de leur rendre à tous la liberté dont ils étaient privés depuis près de 3 ans.
On assurait aussi que la députation que le nouveau Parlement avait osé faire au Palais-Royal, pour y complimenter à la manière accoutumée LL. AA. SS. sur la naissance de M. le duc de Valois, n'avait pas eu lieu de s'applaudir de la démarche puisqu'elle avait été des plus mal accueillies, et que même on avait refusé tout net de la recevoir, lui ayant fermé la porte au nez, et que M. le Chancelier qui avait cru devoir porter ses plaintes au Roi, d'un affront aussi sanglant fait à ses chers inamovibles, n'avait pas eu dans cette circonstance un meilleur succès que lorsqu'il s'était agi de la signature accordée par S. M. à l'acte de notoriété dressé lors de la naissance du même prince.
16 octobre. — Ce jour les curés et marguilliers de l'église Ste- Eustache, paroisse du Palais-Royal et de l'hôtel de Toulouse, font célébrer avec la plus grande pompe une messe solennelle, suivie d'un Te Deum en actions de grâces de la naissance de M. le duc de Valois, fils de M. le duc de Chartres et petit fils M. le duc d'Orléans et de M. le duc de Penthièvrc. Ces trois princes assistent à cette cérémonie.
On est informé que le samedi précédent le Roi chassant le cerf, aux environs de Fontainebleau, près du village d'Achères, l'animal poursuivi par les chiens et furieux avait franchi le mur d'un jardin ou travaillait un vigneron et lui avait donné
dans l'aine un coup d'andouiller qui l'avait blessé dangereusement ; que S. M. avait sur le champ cessé la chasse et envoyé son chirurgien de quartier en ordonnant de procurer au pauvre malheureux tous les secours dont il pouvait avoir besoin ; mais que M™^ la Dauphine qui suivait d'assez prés le Roi, emportée par sa généreuse compassion, avait absolument voulu voir cet homme autour duquel toute sa suite s'étant rassemblée ; elle avait fait tous ses efforts pour adoucir les maux et calmer la vive douleur de sa femme et de ses deux enfants accourus des vignes voisines où ils travaillaient au bruit de ce triste événement, en leur donnant sa bourse, puis leur promettant toute sa protection, en unissant ses larmes à celles qui coulaient abondamment de leurs yeux, moins peutêtre par le sentiment de leur propre malheur que par la joie de l'y trouver sensible ; et que ne s'en tenant point encore là, elle avait fait monter dans sa calèche la femme éplorée, ses deux enfants, deux autres femmes qui l'avaient accompagnée et les avait fait reconduire au susdit village d'Achères. Qu'il était beau de voir une jeune princesse devenue l'amour de la nation donner à une Cour dont elle faisait les délices de si tendres leçons, de si grands exemples d'humanité ! Un trait aussi frappant en méritait-il pas bien d'être célébré à jamais par les âmes sensibles ? et ne méritait-il pas bien d'être inscrit et gravé dans tous les cœurs, vraies archives de la Bienfaisance ?
20 octobre. — Ce jour, on apprend que la santé de l'Archeévêque de Paris qui n'avait point quitté son château de Conflans depuis le samedi 11 septembre, paraissait assez bien rétablie et que ce prélat continuait d'être des plus assidus auprès de M"® Louise de France, religieuse carmélite à St-Denis, à laquelle il rendait visite exactement toutes les semaines, avec la précaution d'amener chaque fois avec lui l'ecclésiastique, ex-jésuite, confesseur de cette princesse qu'il gardait deux jours et qu'il avait ensuite la complaisance de reconduire lui-même à St-Denis.
23 octobre. — Ce jour, comme pour se conformer aux intentions du Roi, on avait changé les premières dispositions prises pour le rétablissement du bâtiment de la Samaritaine, dont il avait été décidé d'abord qu'on supprimerait le fameux et ancien carillon ; on voyait le petit clocher autrefois placé au sommet de ce bâtiment entièrement reconstruit, avec plus
d'élégance qu'il ne l'était précédemment, et prêt à recevoir ce carillon que tout le monde regrettait parce qu'il plaisait à tout le monde. On disait qu'il avait été redemandé par les princes et princessses de la famille royale, qu'il devait être amplifié et qu'il serait par conséquent beaucoup plus harmonieux encore que par le passé.
27 octobre. — Les nommés Blanche et de La Chapelle, commis de la barrière de l'hôpital, aux bureaux des chantiers sur le bord de la rivière arrêtent et saisissent dans une voiture du Garde-meuble du Roi, transportant des effets de Choisyau dit Garde-meuble, 13 exemplaires en feuilles de l'ouvrage intéressant prohibé par le ministère, parce qu'il contenait, disait-on, des tableaux trop frappants et qui paraissaient comme calqués sur notre gouvernement pour en faire la critique ; le dit ouvrage portant pour titre : Recherches philosophiques sur les Egyptiens et les Chinois, par M. de P..., (1) 2 v. in-12 Berlin, G. J. Decker, imprimeur du Roi, 1773,1e premier de 378 pages d'impression et le second de 373, adressés au sieur Duruisseau, frère du commissaire au Châtelet, demeurant au susdit Garde-meuble, faubourg St-Honoré. Ils les envoyent à la chambre syndicale des libraires et Imprimeurs, rue du four St Jacques ; mais le sieur d'Hémery, inspecteur de la librairie, dit aux syndics et adjoints le vendredi suivant 29 du même mois, que l'intention de M. de Sartine, déjà informé de la saisie des dits exemplaires était qu'ils lui fussent envoyés le même jour, ce qui est exécuté en prenant toutefois la précaution de cacheter le paquet du cachet de la Chambre et d'adresser au magistrat une lettre par laquelle on l'instruisait des ordres que le dit sieur d'Hémery avait notifiés de sa part.
1^"^ novembre. — On est informé par la Gazette de France, article de Fontainebleau, en date du 31 octobre, que le jeudi précédent 28 du dit mois d'octobre, le prince Pamphili Doria, archevêque de Séleucie, nonce ordinaire du pape, avait eu une audience et à celle de la famille royale par le sieur Tolozan, introducteur des ambassadeurs. On assurait que ce nouveau nonce, qui n'était âgé que de 22 ans et qu'on s'était hâtç de nommé prêtre et de sacrer évêque à Rome, quoiqu'il n'eût
(1) Corneille de Paw, chanoine de Xanten (duchtj de Clèves).
pas l'âge prescrit par les canons, tout exprès pour l'envoyer aussitôt à la cour de France, pensait absolument comme tous ceux que l'on poursuivait en France depuis si longtemps sous la dénomination de Jansénistes, à la sollicitation des principaux membres d'une société qui venait enfin de recevoir le châtiment dû à toutes ses injustices. N'était-il pas assez naturel de penser que la politique avait déterminé Clément XIV à préférer dans les circonstances un noble jeune génois à quelque vieil Italien dont les anciens préjugés et les liaisons auraient pu nuire ou préjudicier à ses desseins ?
2 novembre. — Il se répand que le C'^ d'Aranda, ambassadeur extraordinaire du Roi d'Espagne, quittait l'hôtel de Soyecourt, rue de l'Université qu'il trouvait trop petit ; qu'il venait de louer sur le pied de 22.000 livres par chaque année l'hôtel de Brunoy, sis rue Neuve des Petits Champs ; que ce Seigneur montait sa maison presque sur le même pied que celle de nos princes du sang ; qu'il avait douze gentilshommes, autant de pages et tout le reste à proportion. Indépendamment des grands biens qu'il possédait, le Roi, son maître, lui faisait, disait-on, 600.000 livres de pension annuelle, pour le mettre à portée de pouvoir faire une plus brillante figure, sans parler d'une somme de 12.000.000 livres qu'il lui avait encore donnée pour ses équipages.
Il se répand en outre qu'il venait d'arriver un grand seigneur de la cour de Naples, lequel sans aucune qualité quelconque, paraissait être venu à Paris et à la cour de France uniquement dans le dessein d'y vivre avec le C^e d'Aranda, son ami, ce qui donnait lieu à différentes conjectures.
4 novembre. — Ce jour, il se répand que la veille, le petit bâtelet destiné à transférer les personnes qui arrivaient de Fontainebleau par le coche d'eau de la porte St-Bernard au port St Paul, avait péri à la pointe de l'île St-Louis, par la faute du marinier qui le conduisait et que de seize passagers qu'il contenait, il ne s'en était sauvé qu'un seul ; c'est tout ce qu'on peut apprendre sur ce funeste événement.
Il se répand que le magasin à poudre, étant dans un des faubourgs d'Abbeville, ville de Picardie, à 37 lieues de Paris, avait sauté en l'air l'un des jours précédents et que, par son explosion, un très grand nombre de maisons avaient été renversées, ainsi que l'église St-Jacques en grande partie puis-
qu'il n'en restait que les 4 murailles. On disait qu'il avait péri près de 400 personnes.
7 novembre. — il se répand que depuis environ 15 jours, huit femmes de Paris avaient attenté à leur vie de différentes manières, soit en se noyant, soit en se jetant par les fenêtres, etc.. On citait entre autres la dame épouse du sieur Rolland, ancien caissier de M. Watelet, receveur général des finances, demeurant au Louvre avec le dit sieur Watelet ; âgée de 50 ans, désespérée de l'indilTérence qu'affectait son mari vis-à-vis d'elle, qu'elle avait épousé en secondes noces depuis huit ans, elle avait témoigné le samedi 1 6 octobre précédent le désir de,se trouver à St Eustache à la messe et au Te Deum célébrés dans cette église en actions de grâces de la naissance de M. le duc de Valois, d'où elle était allée ensuite à la communauté de Ste Agnès pour y voir une dame de ses amies, et, après avoir quitté cette dame, avait pris un carosse de place, proposant d'abord au cocher de la conduire à St Germain-en-Laye ; mais sur son refus, attendu les voitures de la Cour établies pour ce lieu, s'était fait mener à Marly, où arrivée dans une auberge, elle avait demandé à dîner, avait exigé que le cocher mangeât avec elle, s'était fait donner après le dîner du papier, encre et plume, avait écrit une lettre à son mari par laquelle elle lui marquait qu'au moment qu'il la recevrait, elle n'existerait plus, avait donné au dit cocher 12 livres pour sonvoyage et un écu de trois livres pour le port de la lettre dont elle le chargeait ; puis enfin, après avoir quité l'auberge, s'était allée précipiter dans l'eau, près de la machine de Marly où elle n'avait été retrouvée que 15 jours après. Etrange exemple du malheureux sort qu'éprouvent assez souvent les personnes de l'un et de l'autre sexe qui convolent en secondes noces, parce que rarement trouvent-elles dans de nouveaux engagements les douceurs et la félicité dont elle se sont trop légèrement flattées de jouir en les contractant.
14 novembre. — Ce jour, M^e la C'esse d'Artois (Marie- Thérèse de Savoie, fille du roi de Sardaigne, duc de Savoie), âgée de près de 18 ans, arrive à Fontainebleau de Nemours où elle avait séjourné 2 jours ; elle en part vers 3 heures après midi pour se rendre à Choisy avec toute la Cour. Il y a le soir grand concert auquel se trouvent aussi, M™^, M'"'' Elisabeth qu'y étaient venues de Versailles avec M"»eiaC'e83e de Marsan,
gouvernante des enfants de France, M. le duc d'Orléans, le duc de Chartres, le prince de Condé, le duc et la duchesse de Bourbon, Mademoiselle, le C**^ de la Marche, le duc de Penthièvre la Ct«ss« du Barry et la princesse de Lamballe qui s'étaient rendues à Choisy assistent aussi au grand concert. Seul le prince de Conti se tient encore éloigné de la Cour dans cette circonstance, comme il avait fait dans toutes les autres depuis le fameux lit de justice de 1771, ainsi que le C^^ d'Eu pour cause de maladie. On n'y voit point non plus M""*^ la duchesse de Chartres qui n'était point encore relevée de ses couches. Il y avait à Choisy un monde prodigieux et une assemblée des plus brillantes. M. le C" de Provence et M^e la C^esse de Provence avaient donnée le même jour à dîner à Fontainebleau à M™e la C^esse d'Artois, leur sœur, et ils avaient été le matin avec le Roi et toute la famille royale au devant de cette princesse jusqu'au bas de la montagne de Bouron. Le lendemain le Roi et toute la Cour retournent à Versailles et M°ie la Ciesse d'Artois reste seule à Choisy, pour en partir le mardi matin, jour qu'elle devait recevoir la bénédiction nuptiale dans la chapelle du château de Versailles.
16 novembre — Ce jour, M^e la C'^^^^e d'Artois qui était arrivée de Choisy à Versailles à 10 heures du matin, se rend dans l'appartement du Roi vers une heure après-midi, d'où elle va ensuite à la chapelle du Château accompagnée de S. M. du C*e d'Artois qui lui donnait la main, des princes et princesses de la famille joyale et suivie de toute la Cour. Elle y reçoit avec les cérémonies accoutumées la bénédiction nuptiale du cardinal de La Roche-Aymon, cardinal de Reims, grand aumônier de France. Après la messe célébrée par ce même prélat cette princesse retourne au Château, et reconduite dans son appartement, elle y reçoit la cassette des bijoux que le Roi avait ordonné au maréchal duc de Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre, d'y faire porter, ainsi que le serments des premiers officiers de sa maison qui lui sont présentés par le duc de La Vrillière, ministre et secrétaire d'Etat ayant le département de la maison du Roi. Il y a jeu l'après-midi dans la grande galerie et ensuite festin royal dans la salle de spectacle où S. M. soupe à son grand couvert. La C^^sse du Barry et le vicomte du Barry, son beau frère, étaient placés dans une loge pendant ce festin, après lequel S. M. ayant conduit M. le
C'e d'Artois et M^e la C'^sse d'Artois dans leur appartement, et la béndiction du lit ayant été faite par le cardinal de La Roche Aymon, le Roi donne la chemise au prince et M^^ la Dauphine à la princesse. On avait jugé à propos de changer pour la première fois dans cette circonstance le terme de banquet royal qu'on avait toujours employé, lors des mariages des princes de la famille royale et de lui substituer celui de festin royal. Il y eut à Versailles pendant cette journée une si prodigieuse quantité de monde que Paris en était presque désert et qu'une bonne partie des personnes qui s'y étaient rendues ne purent parvenir à rien voir ; mais comme il s'y était glissé un grand nombre de filous, bien des gens se trouvèrent débarrasser de leurs bijoux. On citait même une dame à laquelle on avait arraché l'oreille pour lui prendre ses diamant Le mariage de M. le C*'^ d'Artois est annoncé à Paris par une triple décharge de canon, la première à 7 heures du matin, la seconde à midi et la troisième à 7 heures du soir. Le Roi, accompagné de la famille royale, se rend à 6 heures du soir à la salle des spectacles où S. M. assiste à un opéra. Le 18 du même mois, les députés des Etats d'Artois ont l'honneur de complimenter M. le C'e et M™" la Cte^^' d'Artois et le même jour le Corps de Ville en robe de cérémonies, ayant à sa tête le maréchal duc de Brissac, a l'honneur de complimenter M. prince et cette princesse et de leur offrir les présents que la Ville est dans l'usage de faire en pareille circonstance. Le mercredi suivant 24 du même mois de Novembre, il y a bal masqué dans le grand appartement et il s'y trouve une si prodigieuse quantité de monde et de masques qu'il devient une espèce de cohue. On racontait qu'un notaire de Paris qui s'était mis en frais d'habillement et de voiture pour être spectateur de la fête du jour du mariage, après avoir eu son habit déchiré dans la foule en s'efforçant de pénétrer dans les appartements, avait été pris subitement d'une si forte diarrhée qu'il avait été trop heureux de pouvoir en sortir sur le champ avec autant de peine qu'il y était entré pour chercher un endroit où il put satisfaire commodément au besoin qui le pressait, ce à quoi il n'était parvenu qu'en offrant à un laquais qu'il avait rencontré un écu de 3 livres pour le lui procurer, parce que les lieux communs étaient absolument impraticables et que, content de sa réussite, il avait jugé à propos de repartir aussitôt pour Paris, où il avait annoncé à ses amis qui en
avaient beaucoup ri que le seul plaisir qu'il avait goûté à Versailles c'était celui d'y avoir fait son grand tour pour un écu dans des commodités à l'anglaise.
22 novembre. — Sur le soir le marquis de Chauvelin, cidevant ambassadeur du Roi à la Cour de Turin, grand croix de l'ordre royal et militaire de St Louis, gouverneur d'Huningue, lieutenant général des Armées du Roi, maître de sa garderobe, âgé de 61 ans, étant à Versailles dans l'appartement de S. M. qui jouait pour lors au piquet avec M™e la C^esse ^^ Barry, se trouve mal et meurt subitement de la goutte remontée dans la poitrine. La dame épouse du dit sieur marquis de Chauvelin accourt au bruit de ce triste événement et un seigneur de la cour ayant dit au Roi que cette veuve désirait se jeter à ses pieds pour implorer la protection de S. M. dont elle avait grand besoin, le Roi répond à ce seigneur : « Je dispense M™^ de Chauvelin de se présenter et j'accorde la place à son fils » (il n'était âgé, disait-on, que de six ans). On assurait que le Roi qui avait paru fort touché de cette mort, après avoir couru à la cassette pour en tirer un flacon d'eau spiritueuse dont on n'avait pu faire aucun usage, s'était ensuite donné lui-même le plus grand mouvement pour faire avertir un chapelain qui donnât l'absolution au moribond ; mais que ce chapelain étant arrivé trop tard pour qu'il dût exercer son ministère, S. M. avait témoigné en ressnetir la plus grande peine. Le Roi avait été ce jour-là, accompagné de M. le Dauphin, de M. le C^e de Provence, de M. le C'e d'Artois, de Mine la C'e^se d'Artois et de M^ne, au monastère des Carmélites de St Denis, pour y voir M^^ Louise S. M. avait diné dans l'intérieur du couvent, et y avait été servie à table par les religieuses. L'archevêque de Paris qui se portait assez bien sans doute n'avait pas manqué de se rendre aussi à St Denis pour y recevoir le Roi et se trouver à la descente de son carosse.
25 novembre. — Ce jour, vers 7 heures du mat n, une salve de l'artillerie de l' Hôtel de Ville, qui est répétée à midi et à 6 hevires du soir, annonce au public la fête que les Prévôts des marchands et Echevins s'étaient proposé de donner avec la permission du Roi, en réjouissance du mariage de M. le C*^ d Artois avec la princesse Marie-Thérèse de Savoie qui avait été célébré à Versailles le 16 du même mois. A 8 heures les
carosses de la Ville se mettent en marche pour aller chercher chacune chez elles les 20 filles orphelines de père et de mère, natives de Paris, qui devaient être dotées et mariées, aux frais de la Ville, avec les époux qu'elles avaient choisies et chacun des principaux officiers de la ville qui les avaient nommées. M. le maréchal de Brissac, gouverneur de Paris, fait conduire dans son carosse la fille qu'il avait nommée, et M. le duc de La Vrillière en agit de même, ainsi que le Prévôt des Marchands et Echevins. Ces futurs époux étant arrivés à l'Hôtel de Ville, en sortent vers l'heure de midi, précédés des tambours et accompagnés des gardes de la Ville, marchant deux à deux et se tenant par la main, au milieu des deux haies de soldats de la garde des ponts et quais, pour aller en l'église paroissiale de St-Jean dont l'entrée était interdite au public. Elles étaient suivies du Gouverneur de Paris avec.tout son cortège. On donnait à chacune de ces filles une somme de 1.000 livres, sur laquelle on prélevait les frais d'habillement de l'homme et de la femme, ainsi que l'ameublement de leur chambre. Les hommes étaient habillés de drap d'Elbeuf de différentes couleurs à leur choix, et les femmes de toile d'Orange également à leur choix. Elles étaient coiffées à demi en devant avec peu de frisure et chacune un ruban blanc sur le bonnet. On leur trouvait l'air fort honnête et des plus décents. Le corps de Ville s'étant placé dans le chœur ainsi que les futurs époux, la cérémonie des fiançailles, celle des mariages que fait le curé après avoir prononcé un petit discours, et la célébration du saint sacrifice de la messe durent plus de 2 heures, attendu la rédaction et la signature des 20 extraits sur les registres de la susdite paroisse. Tout le cortège retourne à r Hôtel-de- Ville dans le même ordre qu'il en était venu vers 3 heures après midi ; les nouveaux époux y sont très bien servis à une table de 40 couverts ; on avait eu la sage précaution de ne leur donner qu'une bouteille de vin pour deux. Une table était dressée dans une autre salle pour le corps de Ville. On laisse entrer le public successivement et par compagnie pendant le repas, en observant de faire sortir à mesure par une autre porte pour éviter la confusion et le désordre. M, le maréchal de Brissac fait plusieurs fois le tour de la tablé, propose de boire à la santé du Roi, et y boit lui-même avec les nouveaux mariés. Le gouverneur avait aussi jeté par les fenêtres de l'argent au peuple, et les jeunes mariés avaient eu
soin de se placer aux croisées pour y être vus. Sur le soir, et au commencement de la nuit, on illumine la façade de l'Hôtelde-Ville, on distribue dans la place de Grève, dans toutes les autres places, aux portes des Prévôts des Marchands et échevins et à celles de M. le Lieutenant de police et de M. l'ambassadeur de Sardaigne, du vin et de la victuaille au peuple. Les repas de la Ville étant totalement finis, les nouveaux époux sont reconduits chacun chez eux dans les mêmes voitures qui les avaient amenés le matin. On disait qu'indépendamment de ce que le corps de Ville avait promis de tenir sur les fonds de baptême, le premier enfant qui naîtrait des susdits mariages, M. le duc de Brissac, M. le duc de La Vrillière, le Prévôt des Marchands les Echevins et les premiers officiers de la Ville s'étaient engagés chacun respectivement à tenir également sur les fonds de baptême le premier enfant de la fille qu'ils avaient nommée, et qu'en général on leur avait fait espérer à toutes tant qu'elles vivraient, ainsi qu'à leur petite famille la plus grande protection si elles se comportaient sagement.
30 novembre. — Ce jour, on apprend que la duchesse douairière de Chaulnes venait enfin d'épouser le sieur de Giac maître des requêtes qui demeurait toujours néanmoins interdit par le Roi des fonctions de sa charge, raison pour laquelle il ne lui était plus possible de paraître au Conseil. Ce mariage le mettait dans le cas de ne point quitter Paris pour retourner dans sa province, comme on s'y était attendu lorsqu'on l'avait vu tomber dans la disgrâce. On assurait que la dame de Chaulnes, depuis qu'elle était devenue l'épouse du dit sieur de Giac, n'avait pas craint de se compromettre jusqu'à aller elle-mêmV solliciter les maîtres des Requêtes en sa faveur, mais que ses sollicitations avaient été vaines et infructueuses et qu'elles n'avaient pu rien changer aux dispositions de la compagnie à son égard. Le bruit qui avait couru précédemment que le dit sieur de Giac avait été obligé de renoncer à sa charge de surintendant des maisons, finances et affaires de M"^^ la Dauphine, ne paraissait pas se confirmer et on s'attendait bien qu'il conserverait aussi sa charge de maître des Requêtes pour continuer d'avoii un titre et d'être au moins quelque chose dans le monde, en attendant quelque révolution-qui pût lui devenir avantageuse.
l"" décembre. — Ce jour on apprend que le jeudi précédent 25 novembre, fête de Ste Catherine, M"»^ Louise de France avait été élue prieure du monastère des religieuses Carmélites de St-Denis, après 2 ans et 2 mois seulement de profession. On s'attendait que cette place pourrait bien devenir inamovible sur la tête de cette princesse, malgré l'usage établi dans l'ordre de ne l'occuper que pendant trois années.
6 décembre. — Cc jour, on distribuait l'arrêt du Conseil d'Etat du Roi, donné à Fontainebleau le 17 octobre précédent sur le rapport du sieur abbé Terray, contrôleur général des finances, lequel réduisait à 6 livres 10 sols par quintal le droit imposé sur les livres latins ou français venant de l'étranger et en outre les 8 sols pour livre. Il faut observer par rapport à cet arrêt, que par un premier arrêt du conseil ce même droit avait été porté d'abord à 60 livres par quintal, les 8 sous pour livre en sus, puis ensuite par un second à la somme de 20 livres, toujours les 8 sous pour livre en sus, ce qui formait trois différents arrêts consécutivement rendus sur ce même objet.
Ce même jour, on parlait beaucoup de l'arrêt du Conseil d'Etat du Roi qui venait d'être rendu et que l'on vit annoncer dans la Gazette de France du vendredi suivant 10 du même mois, lequel portait que pour obvier à un abus d'autant plus préjudiciable au bien des sujets de S. M., que des particuliers s'emparaient de la majeure partie des grains par des manœuvres punissables et se ménageaient l'impunité, privaient les peuples de l'avantage qu'ils avaient droit d'attendre de l'abondance des récoltes, la connaissance des délits portant amendes et confiscations prononcées par l'arrêt du 23 décembre 1770, relativement au commerce des grains serait et demeurerait attribuée aux seuls intendants et commissaires départis dans les différentes provinces. On était extrêmement affligé de cet arrêt, parce qu'on prévoyait les suites fâcheuses qu'il pouvait avoir.
7 décembre. — Dans la nuit de ce jour au lendemain mercredi, la Seine croit de manière à faire appréhender un débordement pour les fêtes de Noël, à moins que le froid ou la gelée ne vint l'arrêter dans sa course. Cette crue se soutient et augmente encore dans la nuit du 8 au 9.
11 décembre. — Ce jour, on est informé que M. le duc de
Mes Loisirs. Tome L 28
Noailles, pair de"^ France l'un des 4 capitaines des gardes du Corps du Roi, ayant à régler avec la maison de Béthune, différentes contestations, probablement relatives soit à des titres, soit à des possessions et ne jugeant pas à propos de porter ces constestations devant les inamovibles du nouveau Parlement, avait pris le parti de demander une commission à S. M. qui l'avait envoyé au chancelier pour qu'il nommât cette commission qui devait être composée de plusieurs des avocats les plus célèbres et scellée du grand sceau afin que ce qu'elle arbitrerait pût avoir forcé de loi entre les deux familles, mais que, sur le refus persévérant du chef de la justice d'entrer dans les vues de ce seigneur, parce que c'eût été, lui disait-il, faire un affront au Parlement, juge naturel de ces sortes d'affaires, il avait de nouveau supplié le Roi de vouloir bien interposer son autorité dans cette circonstance intéressante et qu'enfin S. M. avait ordonné Elle-même au chancelier cette commission en sa présence, mais que comme il cherchait encore à éluder, en disant qu'il n'avait point les sceaux, Elle avait demandé qu'on les allât chercher sur le champ, ainsi que de la cire verte qu'on avait prise dans les offices et qu'un des officiers avait été obligé de faire fondre, attendu l'absence du chaufîe-cire, pour ne point retarder cette expédition. Un événement de cette nature prouvait qu'au moins le Roi n'improuvait point le peu de confiance que les grands du royaume paraissaient avoir aux nouveaux juges.
25 décembre. — Ce jour, l'archevêque de Paris, qui n'avait pu officier la nuit à cause de son état d'infirmité qui devenait presque habituel, officie le matin à la grand'messe et l'aprèsmidi, aux vêpres. On prétendait que les bains ne procuraient plus à ce prélat le même soulagement que lorsqu'il avait commencé à en faire usage. Il prenait, disait-on des pilules de M'i^ Stephens, que M'^^ Louise de France, prieure des Carmélites de St Denis, et M^^^ Adélaïde, Victoire et Sophie lui avaient fait venir de Londres pour être assurées qu'il les eût plus naturelles ; mais on assurait que ces pilules très propres à dissoudre le gravier et les petites pierres ne convenaient nullement au genre de maladie dont il était attaqué.
26 décembre. — Ce jour, il se répand que le C'^ d'Aranda, ambassadeur extraordinaire de la Cour d'Espagne, venait d'avoir avec le Roi et les princes du sang une conférence sur
des objets très importants, mais dont le public n'avait aucune connaissance. Quelques personnes prétendaient que les différents ministres avaient assisté à cette conférence, tandis que d'autres soutenaient au contraire qu'aucun d'eux ne s'y était trouvé. On n'osait se flatter que l'arrangement de l'affaire des Parlements entrât pour quelque chose dans la négociation dont on n'avait toujours présumé que cet ambassadeur était chargé.
28 décembre. — Ce jour, on est informé qu'à la Cour, dans l'appartement de >!"»« du Barry, le Roi s'était fort amusé d'une petite pièce comique, composée d'après les Mémoires du sieur Caron de Beaumarchais dans son affaire contre le sieur Goezmann, conseiller de Grand'Chambre du Nouveau Parlement et qu'on avait intitulé les Proverbes ou le Meilleur n'en vaut rien, par allusion au caractère des différents personnages qui y figuraient ; que le nommé Préville, acteur célèbre du Théâtre Français, avait fait le rôle du sieur Caron, le nommé Feulie, autre acteur, celui de conseDler rapporteur, et le nommé Dugazon, l'un des plus fameux paradeurs, celui de Mme de Goezmann, qu'il avait rendu supérieurement faisant les grimaces et les contorsions les plus risibles, surtout lorsqu'il était question du temps critique de cette dame. On prétendait que cette pièce avait tant fait rire le Roi que S. M. n'avait pu en voir la fin le premier jour et qu'Elle avait demandé qu'on la remît au lendemain. On assurait que le sieur Caron en était lui-même l'auteur, d'après ce qu'on lui avait rapporté que le Roi, en lisant son second mémoire, n'avait pu s'empêcher de dire qu'il serait facile de composer une farce sur l'interrogatoire et la confrontation de la dame de Goezmann. D'après le plaisir qu'on avait paru prendre en Cour à ce petit divertissement, quelques personnes se flattaient que les démêlés du sieur Caron avec les siens et dame de Goezmann deviendraient avantageux pour la cause commune de tous les magistrats du royaume persécutés si horriblement depuis 3 ans. On avait même déjà composé ce petit jeu de mots, par rapport au Parlement de Paris, qui était dans la bouche de bien des gens: «Louis XV l'a établi, 15 louis le détruiront », par allusion aux 15 louis que la dame de Goezmann avait constamment refusé de rendre et qui formaient la base d'un procès qui devenait de jour en jour et plus intéressant et plus compliqué.
30 décembre. — Ce jour, vers l'heure de midi, le sieur de St Auban, lieutenant général des armées du Roi, se promenant à cheval sur les anciens boulevards, dans la partie qui conduit de la barrière du Temple à la porte St Martin, accompagné d'un domestique, un particulier aussi à cheval, qu'on apprit être le neveu du sieur de Bellegarde, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, ci-devant lieutenant colonel du Corps royal d'artillerie, inspecteur et réformateur des armes, prisonnier au château de Pierre en Cize pour 20 ans et 1 jour, en vertu d'un jugement contre lui prononcé par le Conseil de guerre tenu de l'ordre du Roi aux Invalides le 12 octobre précédent, se présente à lui et lui demande raison de la perte de son oncle à laquelle il avait contribué, en se portant pour dénonciateur après avoir été son ami, et lui offrant à choisir de deux pistolets dont il s'était muni ; mais le dit sieur de St Auban ayant fait refus d'accepter cette arme, il tire son pistolet qui brûle l'oreille du cheval du sieur de St Auban et lui passe entre le corps et le bras gauche, heureusement sans le blesser, en lui disant qu'il était un lâche. Le sieur de St Auban, s'étant mis à sa poursuite avec son domestique, le neveu du sieur de Bellegarde laisse tomber en fuyant son couteau de chasse qui est ramassé sur le champ et qu'on trouve affilé des deux côtés. Comme il était beaucoup mieux monté que ses adversaires, il trouve moyen de leur échapper à la faveur d'un embarras qui se rencontre rue de Paradis au Marais, près de l'hôtel Soubise. On disait qu'il avait un passeport tout expédié dans sa poche et des chevaux de poste qui l'attendaient à 25 lieues de Paris. Quelques personnes prétendaient que le sieur de Bellegarde n'avait point de neveu et voulaient que le susdit particulier fût un amant de la dame de Bellegarde qui cherchait à mériter ses bonnes grâces en vengeant son mari, ou la dame de Bellegarde elle-même travestie en cavalier. Au surplus, on ne croyait pas que cette affaire pût avoir de grandes suites, quand il arriverait que le vrai coupable fût arrêté et reconnu, par la difïicutlé de réunir contre lui des preuves testimoniales.