XII NOTICE PRELIMINAIRE
périodique lancé par les frères Didot, la Nouvelle Revue encyclopédique (mai 1846-mars 1848) s'avisa d'emprunter à ce répertoire ignoré un certain nombre de fragments choisis un peu arbitrairement, à des dates parfois fort éloignées, et s'échelonnant du 5 mai 1766 au 11 juin 1778 (1). L'éditeur de ces fragments était M. Aimé Champollion, alors employé au département des manuscrits, qui n'avait fait précéder ces extraits d'aucun avertissement et leur avait donné ce titre : Mes Loisirs ou Journal d'un bourgeois de Paris de 1766 (sic) à 1790 (sic), sans dire tout au moins quel en était l'auteur sur qui il se proposait cependant, paraît-il, d'écrire une notice ; la Révolution de février arrêta court ces projets et le nom de Hardy ne bénéficia même pas de la publicité restreinte accordée à son œuvre, puisqu'elle demeurait ainsi anonyme.
Cependant le coup de cloche était enfin donné et plusieurs curieux ou érudits se préoccupèrent de mettre en valeur un ensemble dont l'étendue ne semble pas les avoir déconcertés ; mais cette étendue même fut le principal obstacle auquel se heurta leur bon vouloir. Il est vrai que la proposition adressée au Conseil de la Société de l'histoire de France, par un curieux, M. Parent de Rosan, dont le nom est resté à tous égards justement estimé, avait de quoi faire reculer les plus intrépides : s' autorisant de ce que la société venait de mettre au jour une édition du Journal de l'avocat Barbier et préparait celle des papiers de d'Argenson, alors conservés à la Bibliothèque du Louvre, Parent de Rosan proposait de combiner le Journal de Hardy avec des
(1) Tome IV, pp. 294, 476, 636 ; tome V, pp. 276, 440 et 634.
emprunts à la Correspondance littéraire de Grimm, aux Mémoires secrets, dits de Bachaumont, et aux nouvelles politiques manuscrites provenant du duc de Penthièvre et appartenant à la Bibliothèque Mazarine !
La proposition formulée dans la séance du 3 juin 1856 fut, dans celle du l^^ juillet suivant, l'objet d'un rapport de M. Ravenel, qui, après avoir exposé le plan soumis aux délibérations du Conseil, réclamait un supplément d'informations. Les choses traînèrent en longueur jusqu'à la séance du 3 mai 1859 où M. Jules Desnoyers, secrétaire général de la Société, se prononça pour un ajournement indéfini, s'appuyant, d'une part, sur la nécessité de terminer la publication du Journal et des papiers de d'Argenson, entreprise cette année-là même par M. Rathery, et, d'autre part, sur une révélation absolument inattendue émanant de cet érudit qui tendait à dépouiller Hardy de son bien propre pour en gratifier un de ses confrères, Augustin-Martin Lottin ! Où et en vertu de quels arguments M. Rathery avait-il « démontré », selon l'expression de M. Desnoyers, cette vérité jusqu'alors demeurée sous le boisseau ? Les plus persévérantes recherches n'ont point satisfait à cet égard ma curiosité, mais M. Parent de Rosan, informé de cette revendication, ne se tint pas pour battu, et dans une lettre, loyalement insérée par le Bulletin de la Société de l'histoire de France, opposa des arguments bien propres à faire réfléchir son éminent contradicteur. Quoique la cause soit depuis longtemps entendue, je crois bon de reproduire cette protestation dictée parle bon sens et appuyée d'argumentsirréfutables.
« Dans le rapport de M. Desnoyers à la dernière assemblée générale de la Société, je vois que M. Edmond