X NOTICE PRELIMINAIRE
d'annales et qui trop souvent prenaient à ses yeux une importance qu'ils n'ont pas, tant s'en faut, toujours gardée ; mais nous n'avons de cette velléité que quelques notes relatives à l'exil du Parlement à Pontoise en 1753 et à son retour en 1754, ainsi qu'à un autre exil momentané, infligé en 1754 à Christophe de Beaumont : petits événements sur lesquels le Journal de Barbier nous renseigne aussi amplement que nous pouvons le souhaiter. C'est seulement en 1764 que Hardy reprend la plume pour ne la déposer qu'au début de la Révolution, et comme Barbier (mort en 1771) arrête son propre Mémorial au 30 décembre 1763, la chronique parisienne, grâce à Buvat et à Mathieu Marais, a donc cette bonne fortune rare de se continuer sans interruption depuis le début du siècle jusqu'au moment où tout change, se précipite et se renouvelle.
Hardy, comme Barbier, a cependant survécu plusieurs années à l'œuvre mystérieuse et forcément ignorée des contemporains, qui a préservé de l'oubli le nom de l'un et de l'autre. Le silence de Barbier peut se justifier par des raisons de santé que nous ignorons, mais celui de Hardy a probablement pour origine l'impossibilité de lutter désormais contre l'envahissement formidable et chaque jour accru du papier imprimé, inauguré dès 1777 par la création du Journal de Paris. Soit découragement, soit dépit, soit mesure de prudence, soit enfin affaiblissement de ses facultés, Hardy vit passer la Révolution toute entière, le Directoire, le Consulat, les premières années de l'Empire sans rouvrir ses gigantesques memoranda ; il s'éteignit le 16 ou le 17 avril 1806, à l'âge de soixante-dix-sept ans, au n» 42 de la rue Saint-Jacques. Il était veuf alors, puisque son
unique héritière se trouva être une cousine, Marie- Anne-Elisabeth Hardy, à qui fut dévolu, le 17 septembre 1806, l'héritage du défunt (1). Devons-nous à cette inconnue la remise à la Bibliothèque Impériale des huit gros volumes sur lesquels Hardy avait patiemment inscrit durant tant d'années, tout ce qui lui semblait digne de remarque ? Nous en sommes, sur ce point, réduits aux conjectures, mais elles n'ont rien dans la circonstance que de très plausible. Ce dépôt fut sans doute effectué aussi entre les mains de Van Praët dont nul ne songeait à contester les hautes aptitudes de bibliothécaire, mais qui avait sur la répartition des richesses sauvées, entretenues ou augmentées par ses soins, des idées qui ne sont plus de mise aujourd'hui : la plus singulière était assurément d'assimiler volontiers les manuscrits aux imprimés, afin de rapprocher tout ce qui avait trait à un même sujet ou à une même époque. En vertu de ce principe, le Journal de Hardy demeura enseveli plus d'un quart de siècle près de livres dont il pouvait à la rigueur former le complément, mais auxquels les règles de la saine bibliothéconomie no permettaient pas de le rattacher. Ce fut seulement après le décès de Van Praët (1839) que le département des manuscrits fut mis en possession de ce bien légitime alors enregistré sous la cote Suppl. fr. 2886 (aujourd'hui fr. 6680-6687) (2).
Il n'avait attiré l'attention de personne lorsqu'un
(1) M. Gustave Bord qui a bien voulu nous communiquer ces indications biographiques, avait, nous a-t-il dit, mis à profit les notes recueillies par M. Alfred Bégis dans les archives de la Direction de l'Enregistrement ; elles sont publiées ici pour la première fois.
(2) Renseignements dûs à l'obligeance de M. Camille Couderc, conservateur-adjoint du département.