XVI NOTICE PRELIMINAIRE
Si, dans son ensemble, le Journal de Hardy ne paraissait pas alors devoir vaincre la malechance dont il était depuis longtemps victime, le nom de l'auteur émergeait enfin, à quelques années de là, sous les yeux d'un public qui avait tout intérêt à le connaître. Le 1^^ novembre 1871, la Revue des Deux Mondes publiait un article de M. Ch. Aubertin, maître de conférences à l'Ecole Normale supérieure, intitulé : Le Bourgeois de Paris au XVI 11^ siècle, Mémoires manuscrits de Siméon-Prosper Hardy (1764-1790), donnant, avec une esquisse de la vie de l'auteur et du milieu où il avait vécu, des extraits habilements choisis destinés à montrer dans quel esprit ces mémoires avaient été rédigés (1). L'article eut toute la publicité à laquelle il pouvait prétendre et désormais le Journal, si improprement qualifié de Mémoires, a été mis à contribution pour une foule de travaux subséquents, notamment en ces récentes années par les érudits et les publicistes qui ont étudié les prodromes et les premiers actes de la Révolution française à Paris (2). Cette partie du manuscrit de Hardy ne contient donc plus rien d'essentiel à recueillir, mais il n'en est pas de
(1) Cet article a été réimprimé sans changements dans le livre intitulé : l'Esprit public au XVI 11^ siècle, études sur les mémoires et les correspondances politiques des contemporains (1715 à 1789), Paris, Didier, 1872, in-8, 2« éd. 1873, in-12.
(2) On trouvera de nombreux extraits des dernières pages du Journal de Hardy dans VEtat de Paris en 1789, par M. H. Monin (Coll. de Documents, publiés sous le patronage du Conseil Municipal), 1889, in-8, et dans la Journée du 14 Juillet 1789, fragments de mémoires inédits de L. G. PiTRA, électeur de Paris en 1789, publiés par Jules Flammermont (Société de l'Histoire de la Révolution française, 1892, in-8). Flammermont avait également emprunté aux manuscrits de Hardy quelques pages relatives à une grève de relieurs à Paris en 1776. Ce travail, communiqué à une séance publique annuelle de la Société de l'histoire de la Révolution française, a paru dans un Mémoire sur les grèves et les coalitions ouvrières à la fin de l'ancien régime (Extrait du Bulletin des sciences économiques et sociales du Comité des travaux historiques et scientifiques (1894), Imp. Nationale, 1895, in-8, 11 pp.
même pour les périodes antérieures et il y a quelques années M. Eugène Welvert, puis M. Pierre Caron (appartenant tous deux aux Archives Nationales), eurent le projet de mener à bien la difficile entreprise que nous abordons aujourd'hui, sans qu'il y ait eu toutefois, de la part de l'un ni de l'autre, un commencement d'exécution.
Si nous entrons en lice à notre tour, c'est que nous avons eu d'abord la bonne fortune de trouver un éditeur que ses origines et son éducation spéciale préparaient à comprendre l'intérêt et l'utilité de notre tentative, et ensuite que le problème assurément complexe de l'établissement du texte ne nous a pas semblé insoluble, à condition de nous résigner à des suppressions indispensables. Ce mot de « suppressions » sonne mal, nous le savons et le comprenons, aux oreilles des lecteurs, surtout lorsqu'il s'agit d'un document d'histoire moderne et ce n'a pas été sans de longues et fréquentes hésitations que nous avons accompli certains sacrifices.
Le manuscrit original ne comporte pas moins de huit volumes in-folio de grand format, transcrits sur des registres de commerce dont les réglures marginales à l'encre rouge ont servi à l'auteur pour calligraphier les titres courants (toujours les mêmes) et pour inscrire alternativement à droite et à gauche de chaque feuillet, recto et verso, les manchettes destinées à résumer un fait ou à signaler un document contenu dans le texte même, puis à former la table de chaque volume. Si l'on