‹ Mes lundis en prisonChapitre 1 sur 43 · LA SOURICIÈRE · texte numérisé non relu

LA SOURICIÈRE

IJn ami du Préfet. — Le portèclés. — Conflit. — Le Ministère de l'intérieur et la Préfecture de police. — Le xMonde des prisons .— Outrage public à la pudeur. — Accusé ivre.

— La Souricière. — Les trente-six carreaux. — Suicide d'un enfant. — Responsabili'té. — Mémèche-la-Pierreuse. Cadavre d'inconnu. — Organisation pénitentiaire. — Infirmerie. — Aliments. — Médecins. — Pharmaciens. — L'Absinthe. — Voleur sujet allemand. — Ni évasion ni suicide. — Chaleur de lété. — Les Directeurs. — Salut au bas des reins. — Condamné battu. — A l'ours, les roussins.

— Mes lundis en prison. — Le Joli Monde en cellule. — Cas patholoi«ique. — Deux Commissaires de police en présence. — La Décoration de l'adultère. — Parisiens et femmes coupables. — Magistrats sérieux et moraux. — Mineure et danseuse à l'Opéra. — Moment psycholojfique.

— Révélations.

Vers deux heures du matin, réveillé par un violent coup de sonnette, je m'habillai à la hâte. r Un envoyé du Préfet venait me chercher; je me ^'..-rendis à cet anpel et trouvai le grand Chef eu conférence intime avec un personnage qui ne m'était pas tout à fait étranger.

— Reconnaissez-vous mon ami ? me demanda

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le Préfet en me présenlant, de la maiu. cet ancien foQctionnaire.

— Malgré son court séjour à l'AdministrafioD, je ne l'ai point oublié.

— Il a besoin de votre concours officiel pour mettre fin à son état permanent, et, sur p]ace. il vous donnera les pièces de justice nécessaires à votre opération. Vous garderez, quels que soient leurs litres, les personnes visées par " mandats joints à l'ordonnance du juge, et surtout n'ayez aucun ménagement.

Vos constatations terminées, il faudra vous rendre au commissariat du quartier... et i à votre collègue que je l'attends ; ce pli à son adresse simpliiiera les choses.

Le Préfet prit sur son bureau une enveloppi sans suacriptlon, fermée à l'aide d'un cachet de cire rouge, etmela tendit.

— Asseyez-vous jusqu'au moment de votiiï départ, que je me réserve d'indiquer.

Puis il adressa cette question à son ami :

— As-tu tranché le dissentiment qui existe^ entre le ministère et ma préfecture?

— Oui, et à ton avantage, seulement recommande au directeur de la Roquette d'èti'i' moins porte-clés. Il a jugé l'acte à sa taille , et lu conviendras, entre nous, qu'il n'y a rien de grand k tirer de ce petit homme.

— Que la.poigne.

— Si encore elle était intelligente , raiiiomiée ; mais il a, selon sa triste habitude, soulevé avec brutalilé la question de préséance, qui, déjà, à diverses époques et dans l'ordre

[liatoiimstratif, est devenue la source de conflits. ]#avou3e qu'en ma qualité d^arbitre j'ai dû.

Tir te donner gain de cause, considérer la l^tique suivie jusqu'alors^ plutôt comme une ptégîàïté utile que comme un droit positif.

; — Au contraire, je soutiens que, parmi mes élti^utions, aucune n'est mieux établie. Les *^yens illégaux dont tu parles sont particu-

&T» k la police et ne peuvent être détaillés

irais les textes de lois.

— Je le sais bien, parbleu ! Aussi ne mo is-je point écarté des questions de principes. ;Ois-moi, ne t'appuie que médiocrement sur

succès ; tu es guetté, le Ministère de l'inté- .3ur veut changer l'esprit gjénéral qpie la Prélecture de police apporte dans sa manière de ^iSriger les prisons de la Seine. Il désire s'em- ' arer du service, et, sous des apparences paifiques, on dissimule le projet tout en bourtnt les dossiers des maisons pénitentiaires ^vec des documents fournis par certains direcîurs qui prêteraient leur concours occulte à 3tte combinaison.

— Bans quel but?

— Se délivrer de ton joug insupportable, n'avoir qu'un maître : le Ministre.

— J'ignorais ce détail.

— Tu ne sais donc rien ?

— Je suis Préfet de police.

— Cela suffit.

— Je reconnais que le monde des prisons traverse une série de faits inquiétants, et la

^jeommission supérieure, la sous-commission,

i I.A POLICE PARISIENNE

los inspecteurs généraux, toujours en évoi sont encore à trouver le remfede qui les fera cesser. Le personnel, jusqu'ici, m'a paru!

dévoué, il est, comme tous mes autres services, soumis à des surveillances soutenues et suivies d'un contrôle sérieux. Je recherche si le mal présent provieiit des nouveaux aménagements intérieurs, de la promiscuité forcée ou des adoucissements apportés aux prisonniers.

Jamais, tu le sais, nous n'avons eu autant de riJunions. de rapports, d'améliorations mises eu vigueur, de résolutions prises, de vœux fonnulés, et, au lieu de voir surgir l'idée mora- ; lisatrice, c'est le vice' honteux des prisons qui s'étalel impudemment. Il y a huit joui's, dans la salle commune du Dépôt, trois individus turent suipris en flagrant délit d'outrage à la pudeur, et le même fait se reproduit dans les autres prisons (1).

j;i) Elirait du Di-oit, journal des tribunaus, numéro liu . novembre 188S.

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