‹ Mes mémoires, 1.-10. sérChapitre 22 sur 40 · PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION

« Nous avions, le 31 décembre dernier, ajourné les Chambres pour reprendre leurs séances au 1er mai; pendant ce

temps, nous nous livrions sans relâche à tous les travaux qui pouvaient assurer la tranquillité et le bonheur de nos peuples. Cette tranquillité est troublée, ce bonheur peut être compromis par la malveillance et la trahison. »

Figurez-vous, chers lecteurs, un de ces bons bourgeois abonnés au Moniteur, — il y en a peu, mais il y en a, — figurez-vous un maire, un préfet, un sous-préfet, un de ces hommes qui, par devoir, par position, par dévouement, sont obligés de lire la prose du gouvernement; ligurez-vous un de ces hommes, ouvrant négligemment la feuille officielle, qu'il lit tous les matins pour l'acquit de sa conscience, et tombant sur ce premier paragraphe, terminé par les mots inquiétants de malveillance et de trahison,

— Tiens! tiens! tiens! dit-il, qu'y a-t-il donc? Et il continue :

« Si les ennemis de la patrie ont fondé leur espoir sur les divisions, qu'ils ont toujours cherché à fomenter, ses soutiens, ses défenseurs légaux, renverseront ce criminel espoir par l'inattaquable force d'une union indestructible. »

— Certainement qu'on renversera ce criminel espoir, dit le bourgeois, qui ne sait pas encore où on le mène.

— Certainement que nous renverserons ce criminel espoir, dit le fonctionnaire public, qui se figure qu'il s'agit de quelque conspiration de sous-officiers.

Seulement, le bourgeois se retourne vers sa femme, fait un signe de tête, et répète :

«...Par l'inattaquable force d'une union indestructible.» Et ajoute :

— Comme il écrit bien, le gouvernement !

Puis, bourgeois ou fonctionnaire public, le lecteur continue:

« A ces causes, ouï le rapport de notre amé et féal chevalier, chancelier de France, sieur Dambray, commandant de nos ordres, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit... »

— Ah l voyons ce qu'ordonne le roi, dit le lecteur.

« Art. Ier. La chambre des pairs et celle des députés des départements sont convoquées extraordinairement au lieu ordinaire de leurs séances.

« Art. H. Les pairs et les députés des départements, absents de Paris, s'y rendront aussitôt qu'ils auront connaissance de la présente proclamation.

» Donné au château des Tuileries, le 6 mars 1815, de notre règne le vingtième.

» Signé : Louis. »

— Tiens! dit le bourgeois, c'est drôle, on ne dit pas pourquoi l'on convoque les Chambres.

— Tiens! dit le fonctionnaire public, on convoque les Chambres extraordinairement, et Ton n'indique pas le jour de la convocation. Diable ! il faut que la situation soit grave pour causer un pareil oubli.

— Ah 1 disent-ils tous deux : Ordonnance ! lisons l'ordonnance, elle nous apprendra peut-être quelque chose.

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