LE CATHOLICISME» REUGION DE LA MAJORITÉ DBS
Français, » du budget des cultes, la séparation de l'Église et de l'État; qui soulevait tant de questions dangereuses ou embarrassantes pour la religion officielle, le Gouvernement et la société? N'était-il pas plus commode de dire et de répéter sans cesse : Parbleu ! ni catholique y ni chrétien l De même deux phrases tronquées de Proudhoii : « Dieu^ c'est le mal; la propriété ^ c'est le vol, » ont suffi pendant des années à la plupart des réactionnaires honnêtes et modérés, pour réfuter les deux admirables volumes des ContracUctians économiques y qu^ils n'avaient jamais lus. Mon audacieuse rupture avec le christianisme
n'eut donc d'abord d'autre résultat que d'attirer sur moi une nuëe d'ennemis incommodes, noirs, tenaces^ à jamais attachés à mes pas. Mais si elle a été nuisible à l'individu, l'exemple a profité à tous ; il a élargi le débat, rajeuni les droits de la franchise : il a frayé le retour aux négations puissantes de l'histoire et du bon sens que la science devait rendre définitives.
En peu de mois, la guerre du Sunderbund et l'expulsion violente des jésuites du canton de Vaud, ramenaient pour toujours à l'absolutisme le pape et son clergé. Couchés à terre par la tempête de Février, à genoux devant les arbres de la liberté, les cléricaux se redressaient sous la dictature expectante du gouvernement provisoire; l'Assemblée constituante, en échange de leur hypocrite adhésion, consacrait le budget des cultes, perpétuait l^union de l'Église et de l'État* Le Prince-Président, nommé avec leur concours, concevait l'expédition romaine ; dominée par eux, FAssemblée législative la votait ; Pie IX rentrait dans la ville étemelle sur les cadavres de ses sujets.
Durant vingt ans, pas une parole, pas un écrit, pas im acte depuis les sanglantes exécutions des patriotes, le joug immobile de la triple tiare, jusqu'à la seconde expédition et au combat de Montana, jusqu'au Syllabus et à la lettre à Farchevêque de Paris, qui ne soient au temporel et
au spirituel une indéniable dëmonstration de l'alliance impossible du catholicisme et de la liberté, vérité acquise aujourd'hui, unique profit de tant de catastrophes.
Quel a été pendant cette longue période de 1848 à 1869, le double travail de la foi dogmatique et de la libre pensée ?
SaDs doute le décret signé Ledru-Rollin, qui débaptisait Sainte-Geneviève et rendait le Panthéon aux grands hommes en réparant les ingratitudes de la patrie, le décret qui chargeait un peintre républicain, Paul Chenavard, de reproduire sur ses murs l'histoire philosophique de rhumanité, cet acte significatif du Gouvernement provisoire fut amer aux cléricaux ; les trois mois de laissez faire et laissez passer ^ jusqu'aux journées de Juin, jusqu'à la dictature militaire du général Cavaignac, ont vu des opinions anti-reUgieuses se montrer au grand jour : en même temps qu'il écrivait ses articles sur les Malthusiens, Proudhon, dans sa traduction du Misererey donnait un mddèle de critique appliquée à F Ancien Testament. Mais l'attention n'était pas là : les questions de salariat, d'organisation du travail, de droit au travail, d'impôt proportionnel, de transmission de la propriété l'absorbaient entièrement. Je dirai en son temps, comment l'habileté des cléricaux parvint à faire considérer le catholicisme comme le salut suprême de la société, à le vivifier en racco-
lant à la propriété, et, pour toucher et effrayer les simples, à réunir dans le même faisceau la famille ; ils présentèrent à la nation, comme devant tomber sous les coups des républicains-socialistes, cette trinité indivise : la Religion, la Famille, LA Propriété. On avait eu le catholicisme officiel, on eut le catholicisme politique, la religion de l'intérêt; j'aurai à expliquer le protestant, le juif, le scepti^e, l'athée catholique, les conversions effarées de la rue de Poitiers.
La campagne de Rome à Pintérieur accrut les conquêtes de la religion ; son triomphe fut complet à la suite du 2 décembre ; dès le o, un des premiers décrets du dictateur proscrivit les grands hommes et restaura Sainte-Geneviève. Le budget des cultes reçut le don de joyeux avènement ; Tarchevêque de Paris, les cardinaux entrèrent au sénat ; si le Pape ne sacra pas Napoléon III, il fut le parrain du Prince impérial. Dans ces années de silence et de ténèbres, les frères et les sœurs de la doctrine chrétienne supplantaient les instituteurs primaires ; les ordres autrefois chassés se multipliaient, s'enrichissaient, envahissaient l'enseignement secondaire ; l'occupation romaine se prolongeait sans terme et sans conditions; ce fut, pendant sept ans, un échange non interrompu de bons procèdes entre la Religion et l'Empire.
L'accord cessa avec la campagne d'Italie ; ce
At
fut bien pis quand les Marches et TOmbrie se séparèrent des États de TÉglise, et que rannëe de la Foi se débanda à Castelfidardo.
Mais un air de martyre et de persécution n*a jamais nui à la sainte cause. Chaque maison noble ^ ou aspirant à l'être, voulut avoir son zouave pontifical; Bretons et Vendéens, natures chevaleresques, fils de famille ruinés, s'élancèrent vers Rome. La souscription au denier de Saint-Pierre servit d'aliment à l'activité des femmes; loteries, bals, concerts, ventes pubUques, rien ne fut négUgé : quel plaisir de jouer à l'opposition, et de chiffrer, au moyen d'une œuvre pie, la valeur de son titre, de pa beauté, de sa puissance de séduction, non-seulement sur des amis, mais sur des inconnus, même des mécréants-; d'être la plus renommée pour le goût, l'éclat, l'inattendu de sa toilette, et pour le succès de ses quêtes. Autrefois, la dévote, simple en sa mise, austère en son maintien, prude en son langage, ne souriait guère que des plaisanteries de son directeur. Nous avons changé tout cela : on voit aujourd'hui la dévote effrontée, peinte, fardée, étrennant les modes impudiques, le verbe haut, le propos risqué, transportant son luxe à l'éghse et au théâtre, écrasant ses rivales par la cherté de son missel et la splendeur de ses diamants, capable de vider dans son aumônière la bourse de son mari, affolée d'un prédicateur, se pâmant au sermon ; galant
missionnaire^ elle a ses fidèles qu'elle attire dans son tourbillon religieux.
Parmi les hommes ^ les ims ont une dévotion qui remonte à la rue de Poitiers, ils ont donné l'exemple de hanter les églises, d'autres y vont au spectacle, d'autres y cherchent ime intrigue, un mariage, im rapide avancement ; car la voie du salut est aussi celle de la fortune. De tout temps, la dévotion a été regardée par les gouvernements comme une garantie de discipline, d'obéissance et de dévouement.
A côté de l'Empereur, accordant à la religion la valeur d'un rouage politique, il faut placer l'Impératrice à la tête d'une pieuse opposition, rimpératrice, régente, présidant le conseil en l'absence du chef responsable, dévouée à Pie IX parrain de son fils, exerçant une influence progressive, une action de détail sur les nominations; c'est ainsi que, sous Louis XVIII, le comte d'Aj> tois, héritier du trône, entouré d'une camarilla congréganiste, préparait son règne.
La foi est ime vertu, im mérite, un profit, une mode, la franc-maçonnerie de la bonne compagnie. Comblé de faveurs et de privilèges, chaque jour le catholicisme se rapproche de la rehgion d'État ; le nombre des gallicans plaçant le trône au dessus de l'autel, décroît, tend à disparaître : l'archevêque de Paris, pour avoir louvoyé, subit la réprimande. Un joli ambitieux, l'abbé Bauer,
a été d'abord chercher à Rome le titre de monsîgnor ; toutes les forces vives du parti clérical : docteurs, prédicateurs, conférenciers, écrivains, journalistes, pamphlétaires, ordres et confréries sont ultramontains. L'abbé Dupanloup, l'inquisiteur des candidats académiques, comme le tendre Père Hyacinthe, Ubéral d'intention, le polémiste Gratry, comme le comte de Falloux, le sinistre rapporteur de la loi qui fermait les ateUers nationaux, le directeur du Correspondant, comme le rédacteur en chef de P Univers, tous s'inclinent devant Pie IX reculant les bornes du surnaturel, écrasant la raison. Et néanmoins, ils ne renoncent pas à la hberté pour enseigne, et chargent leurs savants d'entreprendre la concihation de la Bible avec la science. Ils ont du talent, de l'esprit, de l'intrigue, une organisation puissante, d'immenses trésors, le pouvoir compte avec eux, et, chose plus singulière, une certaine opposition dirigée par de naïfs Machiavels, compte sur eux. Ils ont la majorité au Sénat, au Corps législatif, à l'Académie; ils occupent les postes les plus élevés dans l'administration, la magistrature et l'armée; ils tiennent toutes les avenues du pouvoir, et se croient assez forts aujourd'hui pour dire à Or g on :
« C'est à vous et en sortir. »
Car Or g on, après avoir été leur bienfaiteur.
leur compère, a eu le tort impardonnable . d'inquiéter, d'irriter ceux qu'il ne faut que servir ou asservir. Ds célèbrent le jubilé en l'honneur du pape-roi, la théocratie commence une ère nouvelle, la Foi semble sur le point d'atteindre le sommet de la puissance politique.
Je me suis efltorcé de résumer en quelques traits la marche envahissante et triomphale des cléricaux ; il me reste à signaler dans son parallélisme le progrès moins apparent, plus dégagé d'aUiage et d'intérêts parasites, de la libre pensée.
En tête des affranchis du christianisme, à la suite de la révolution de Février, il faut citer Lameniiais, Quinet, Michelet, la plupart des hommes marquants de la république et de la démocratie, tous les chefs d^écoleis socialistes et leurs adhérents. Et cependant la Constituante ne prit pas une seule des mesures nécessaires à la séparation de l'Église et de l'État; il eût été puéril de les attendre de la majorité royaliste et cléricale de la Législative.
Aux premiers jours de cette assemblée remonte une éclatante conquête de la libre pensée. C'est avec les mots: ordre, modération, c'est au nom du CATHOLICISME MENACÉ, quo los réactionnaires travaillaient à étouffer la république : Victor Hugo le voit, et dès lors il leur fait une guerre acharnée ; le souvenir est vivant des luttes ardentes
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entre l'orateur de robscurantisme et le génie défendant la lumière.
Après le Te Deum chanté à Notre-Dame, le 4 janvier 1852, en actions de grâces du coup d'état, le second Empire avait des engagements à remplir à Tégard du clergé ; il les tint fidèlement. Philosophique ou poUtique, la pensée a'était retirée au fond des consciences ; mais un certain nombre de journaux et de revues ayant continué à paraître, leur tâche devenait d'une difficulté insoluble : comment parler et de quoi parler sans danger à une époque où le Journal 4es Débats avait été menacé de suppression pour avoir critiqué im ballet dans un feuilleton sur rOpéra? En dehors des actes et discours o^ciels, des faits Paris, des débats judiciaires, des annonces, les articles consacrés au mouvement industriel occupaient la plus grosse place ; pour combler les vides, les directeurs intelligents donnèrent ime large extension aux comptes rendus des séances académiques, aux découvertes, à la SCIENCE. Parmi ceux qui s'emparèrent avec le plus de bonheur et d'habileté de cette ressource féconde, je nommerai M. Buloz; de tout temps, la Revue des Deux Mondes avait eu un asile réservé aux savants, elle l'agrandit ; peu à peu des articles de philosophie spirituaUste, le rationalisme y défendu avec autant d'esprit que de courage, par M. de Rémusat, firent leur réapparition. M. Ré-
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ville essaya la critique religieuse. Lanfrey inaugurait ses études historiques par : t Eglise et les philosophes au dix-huitième siècle.
Girardin avait le premier préparé Télection du 10 décembre : à peine revenu d'exil, il reprenait dans la Presse, les libres allures d'un homme envers qui la sévérité aurait eu l'odieux de Tingratitude ; chaque jour, à chaque ligne> il manifestait son indulgent dédain des croyances. A ses côtés, Neflflaer, esprit clair et précis, contenait les néo-cathoUques, A. Peyrat leur opposait les arguments de l'histoire.
Au Siècle, M. Pelletan ramenait le rire en défaisant le miracle de la Salette, Havin, Jourdan, Edmond Texier, Léon Fiée consolaient leur mutisme poUtique en dénonçant l'invasion des Jésuites.
Au Charivari, Taxile Delord et Clément Cara* guel les harcelaient sans relâche.
La Constitution excluait absolument la liberté poUtique, mais le chef de l'État n'aurait pas été fâché de nous distraire par d'autres libertés ; il suivait donc d'un œil indifférent la résistance de l'esprit philosophique à la foi dogmatique. Son cousin, le prince Napoléon, révolutionnaire et même Ubéral, a l'extérieur, connu par ses opinions anti-religieuses, usait de son influence pour que la balance devînt moins inégale entre l'afiSrmation de l'ortiiodoxie et la négation du libre
examen : aussi Proudhon put-il publier d'abord impunément son ouvrage de La Justice dans la Révolutioji et dans l Eglise ; mais, sur les clameurs du clergé, on se décida à le poursuivre, et le libre penseur impénitent, condamné à trois ans de prison, dut chercher un refuge en Belgique.
Avec l'appui du roi Jérôme et de son fils, principaux actionnaires, le journal F Opinion nationale était fondé, le rédacteur en chef, M. Guéroult, ancien saint-simonien , doué de sens pratique, était un nouvel auxiliaire contre les cléricaux. Victor Meunier, plus osé, moins providentiel, vulgarisait dans de spirituels feuilletons les résultats obtenus en astronomie, en géologie, en physique, tous également fatals à la légende biblique-
L'heure approchait de la déUvrance de l'Itahe. Si incomplet qu'ait été le traité de Villafranca, en dépit du rêve de confédération avec Pie IX président, la papauté avait reçu une atteinte mortelle, Tair retentissait des colères ultramontaines. La glorieuse campagne de 1859 devait avoir en France son contre-coup inévitable : le gouvernement qui avait brisé le joug autrichien, publia Tamnistie et le décret du 20 novembre. On respirait, on retrouvait la parole, on était tenté d'écrire ; à cette date, il faut placer la naissance des Revues nationale et germanique^ imbues toutes deux de Tesprit philosophique, l'ime plus préoc-
cupëe de politique, l'autre naturalisant à notre profit rélite des critiques et des penseurs allemands.
Le Journal des Débats donnait libre carrière à ses rédacteurs : Taine, le plus brillant, le plus philosophique des normaliens; Renan, cœur doux et ferme, honnête et sincère, qui entré au séminaire pour y étudier les preuves authentiques de sa foi, l'avait sentie s'évanouir, et avait donné le rare exemple d'une carrière brisée par scrupule de conscience; John Lemoine, le dangereux adversaire de la papauté, témoin désabusé des nouveaux dogmes qu'elle créait, et qui commençait à douter des anciens.
De nouveaux organes de la pensée indépendante, le Temps, F Avenir National se fondaient.
Même au Figaro, Ulbach, Villemot, Rochefort entraient en campagne contre le catholicisme en vogue. L'un avec la verve charmante, les armes perfectionnées, la plaisanterie fine et délicate d'un lettré ; Tautre avec la gaieté railleuse du bourgeois de Paris ; l'autre avec le sarcasme âpre, dur, pénétrant, l'ironie démocratique d'un Swift français.
Publiciste et poëte, Laurent Fichât écrivait les Poètes du combat.
Littré pubUait : Auguste Comte, et la Philo^ Sophie positive, sans autre pénaUté que la privation d'un siège à l'Académie.
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Taine, à cause de son Histoire de la littérature anglaise, ne subissait qu'une disgrâce analogue.
Une pièce d'Emile Augier, d*abord intitulée les Cléricaux y remportait, sous le nom de : le Fils de Giboyer, un succès populaire.
Ainsi, tantôt la haute raison des philosophes et des savants, tantôt la verve comique et la malice gauloise protestaient contre la Foi.
H y a des livres dont Tapparition satisfait les besoins d'une époque ; en 1801, la portion jeune, virile de la nation était aux armées; la société polie: prêtres sortis de leur cachette, nobles rentrés de rémigration, femmes attendries par de pénibles épreuves, spéculateurs enrichis, nouveaux fonctionnaires^ tous ceux qui devaient composer la cour du fiitur empereur adoraient après Dieu, Bonaparte, qui restituait les domaines, les traitements, les positions, rétablissait les castes, rouvrait les temples, restaurait le culte, reconstituait le passé; ils aimaient la religion comme une chose abolie par la Révolution, comme ime garantie de conservation et de stabilité. Ils voulaient y croire ; ils attendaient Iç poëte qui mettrait le feu à leur enthousiasme : Chateaubriand pubUa le Génie du christianisme.
En 1863, la société polie e^ste toujours, mais l'activité, l'énergie n'est plus dans les camps; des générations nouvelles ont grandi, une jeimesse ardente, studieuse, rebelle à l'abêtissement ; la
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France sort d'un mauvais rêve, honteuse de sa torpeur, altérée de vérité. La Vie de Jésus^ par M. Renan, son éloquente destruction du surnaturel, était im premier apaisement.
L'immense succès de l'auteur tient encore à ce qu'il ne se contente pas de détruire, il remplace; à l'aide de textes épars, de recherches patientes, souvent heureuses, il suit l'homme pas à pas; avec quel art il substitue son histoire simple et touchante, mêlée de regrets, de descriptions admirables d'exactitude et de poésie, à la légende merveilleuse tombée sous les coups de sa critique ! U orne de magnifiques bas-reUefs l'autel vide du dieu, et cet art, ces ménagements, ces regrets sont sincères, car le premier il a souffert, il a encore l'impression vive de la douleur que ressent l'humanité à se voir privée de ses chimères.
MM. Havet, Peyrat, Larroque, Boutteville continuent l'œuvre commencée.
Dans les feuilles libérales le langage des savants s'accentue, enhardi par de récentes découvertes. Fonvieille dans ia Liberté y G. Pouchet et Guillemin à t Avenir nationaly les vulgarisent et en font ressortir les conséquences. Non-seulement l'âge du globe remonte à .des millions d'années, mais Boucher de Perthes a trouvé l'homme fossile et démontré sa présence sur la terre depuis des milliers de siècle. Les doctes catholiques sont ré-
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duits à fonder une école alexandrine justifiant la lettre des textes saints à l'aide d'images et de symboles. Les esprits s'agitent sur les questions de création spontanée, d'origine de l'humanité. La Revue des Deux Mondes présente le spectacle d'une éruption de la science. A côté des spiritualistes Janet, Frank, Caro, racontant le panthéisme de Gœthe, les positivistes, n'estimant plus dans la métaphysique qu'une gymnastique de l'intelligence, abandonnant l'inutile recherche des causes premières et finales, fixant les bornes entre lesquelles l'entendement humain doit étendre ses conquêtes. MM. Berthelot, Claude Bernard exposent la méthode du déterminisme, Savenay l'unité de substance, Laugel les problèmes de la nature, Eugène Burnouf la doctrine boudhiste. Jamin résume et ajourne la solution des créations spontanées, Grimard nous fait assister aux phénomènes de la végétation. Quatrefage, malgré des restrictions et réserves contradictoires, éclaire le système de Geoffroy Saint- Hilaire, de Darwin et de Woght.
Cette exégèse des diverses branches du savoir, mise à la portée des ignorants, ne donne qu'ime faible idée de l'effacement complet des préjugés religieux chez ceux qui étudient, qui enseignent et font progresser la science.
Les hommes de la foi s'en émurent.
. Le 29 mars 1867, au Sénat, M. Ségur d'A-
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guesseau s'indigne contre l'indifférence coupable du Gouvernement « à Tégard de qp courant de matérialisme et d'athéisme qui emporte les masses, » et reproche à M. Rouland, lorsqu'il était ministre de l'instruction publique, certaine nomination scandaleuse qui devait être un remords pour lui... Sans lui permettre d'aller plus loin, l'illurître sceptique Sainte-Beuve prend avec fermeté la défense de l'auteur de la Vie de Jésus Le nom de Renan déchaîne une tempête parmi les cléricaux en robe et en épaulettes ; c'est, avec la poUtesse en moins, une répétition des colères que j^avais soulevées dans la même enceinte vingt ans plus tôt.
Au mois de juin suivant, des habitants de Saint-Étienne, presque tous affîhés à ime société bien- connue, adressent une réclamation au Sénat contre la composition des bibliothèques populaires, d'où ils voudraient exclure tous les auteurs condamnés à Rome par le tribunal de l'Index«; M. Suin, rapporteur, est favorable à leur pétition. Prenant en main la cause de la liberté, Sainte- Beuve brave de nouveau l'irritation des Canrobert et des Maupas. Enfin, en 1868, sur la question de l'enseignement, il flétrit les dénonciations d'athéisme lancées contre les professeurs de l'école de médecine, Vulpian, Sée, Charles Robin; signale le déni de justice dont, à propos d'une thèse sur le Ubre arbitre, le jeune docteur
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Grenier vient d'être Tictime, et revendique les droits du Grand diocèse de la libre pensée.
Mieux que de longs commentaires, im fait indiquera la direction présente des esprits : Ces dernières années ont vu naître une imitation, une traduction, une étude de Lucrèce ; deux poëtes, M. André Lefebvre, le remarquable auteur de VEpopée terrestre, M. Sully Prudhonune, im philosophe, M. Martha, se sont inspirés de l'amant passionné de la nature^ le sublime Titan qui a tué les dieux.
Enfin, M. Vacherot fait au sujet de Dieu le père un travail analogue à celui de M. Renan sur le fils de Dieu; son Uvre: La Religion y est empreint de la même modération, de la même indulgence, des mêmes regrets pour les croyances qu'il combat; Littré dirige une revue positiviste; le XIX* siècle aura comme le précédent son Dictionnaire philosophique y sans parler du Réveil et de la Démocratie y trois journaux non politiques, créés par des hommes de conviction et de dévouement, propagent la Morale indépendante y la Pensée nouvelle et la Libre pensée*
Ainsi deux armées, deux forces sont en présence : la Foi et la Raison, le Miracle et la Science, la Volonté providentielle et les Lois générales; il faut que l'une des deux succombe. Si, comme au xviii* siècle, la France marchait seule en tête de l'Europe, on pourrait peut-être douter de la
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victoire; mais, prises en masse, FAllemagne philosophe, la Hollande et la Suisse protestantes nous devancent; l'Angleterre prononce en faveur de l'Irlande la séparation de l'Église et de TÉtat. On peut prévoir le jour où elle en fera aut^l pour elle-même. Ralentie par la mort de Cavour, l'Jtalie s'efforce, par des mesures sans cohésion, d'arriver à F Eglise libre dans fEtat libre. Enfin, l'Espagne des moines et de l'inquisition, délivrée • d'Isabelle, se ciierche, balbutie les mots tolérance et liberté.
Partout les ténèbres se dissipent : ce n'est pas le jour, c'est déjà l'aube qui annonce la lumière.
TABLE DES MATIÈRES
I . — Mission en Perse ; marqais de U Valette, vicWte Daru, comte Cyrus Gérard, M. Flandin. VÉcolt du grand monde, -i- Le comte de Momy
II. — Session de 1840 : MM. de Lamartine et Thiers sar la question d^Orient. — Présentation de la loi de dotation du duc de Nemours ; rejet. — Chute du ministère 10