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nous qae les administrateurs remettraient leur traitement à des temps plus heureux, qu'ils doubleraient le nombre de leurs actions ; enfin, mon collègue et ami Edward Blount obtint des entrepreneurs d'accepter plusieurs ^nilliers de titires en payement de la suite des travaux.
D'autres entreprises furent suspendues.
D'autres enfin, comme le chemin de Bordeaux à Cette, ne reçurent même pas un commencement d'exécution.
C'est sous l'impression causée par le paroxysme de cette crise qu'en octobre je me rendis un jour à Auteuil, chez M. Guizot, afin d'avoir avec lui un entretien qui devait être le dernier* Je lisais encore alors, et pendant que ma voiture traversait le bois de Boulogne, je souris à cette phrase de la Bruyère :
« Le génie de l'ambitieux est accompagné de l'illusion la plus trompeuse, qui couvre ses faiblesses du nom d'amour du beau, de la vertu et de la gloire. »
Les avis sincères, les remontrances respectueuses, les plaintes plus vives étaient épuisées ; j'étais las de vagues promesses de progrès, d'attente indéfinie, d'optimisme au milieu de la tempête. La corruption électorale et administrative ne motivait pas ma séparation, car tous ces symptômes de gangrène sociale, que l'euphémisme de M. Guizot devait qualifier à la tribune de petits
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fiàkj ne se déclarèrent que d^ns la session suivante.
Trois causes principales m'ëloignaient
Dépouillé de ses idées, de sa personnalité, M. Guizot n'était plus que Tombre responsable du souverain, « sa langue » .
n était entré dans la voie des concessions au clergé, n partageait Tincurie, l'inaptitude de ses collègues à soulager les maux dont souffrait le monde industriel.
A mon arrivée, je fus accueilli avec la bienveillance accoutumée, et dans une promenade j'exposai d'abord mes griefs contre le ministre des travaux publics.
Il y a des hommes de second rang dont les facultés et le caractère complètent le chef politique d'une administration ; le grave inconvénient de M. Dumont, c'est que^ par ses qualités et ses défauts, il ne faisait que doubler M. Guizot : comme lui éloquent, facile, ingénieux, naturellement orateur, sa parole avait le don des anesthésiqucs, il calmait, chloroformait la majorité. Hier encore, le premier au Conseil d'État, il en avait gardé les habitudes ; sa voix dans le conseil des ministres continuait à n'être que consultative. Caractère mou, indécis, fuyant les solutions, il n'avait rien fait et se refusait à prendre aucun engagement de venir sérieusement en aide aux compagnies.
On m'ëcouta sans humeur, mais sans s'arrêter à une conclusion. Je traitai les deux autres sujets, personnels à M. Guizot avec plus de ménagement. De sa conversation je ne puis citer exactement que cette phrase : « Vous ne savez pas ce que c'est que Tobstination d'un vieillard, » et îl me montrait un avenir de progrès, les plus riantes perspectives pour le pays en prévision d'une régence du duc de Nemours. Ma patience n'allait pas si loin, je le dis, et néanmoins nous nous quittâmes en termes convenabjes -avec mon émînent contradicteur.
DISCUSSION DB L'aDBBSSB DB 184*7. — PBOJBT DB LOI SBLATIF A LA BBSTAUBATION d'UN GHAPITBB BOTAL DB SAINT-DBNIS l MON DISOOUBS.
Le 11 janvier 1847, le discours delà Couronne contenait un appel aux Chambres de venir en aide à la détresse des classes laborieuses, déplorait la cherté du pain. Au dehors, deux points culminants : les mariages espagnols et l'incorporation de Cracovie. Il se féUcitait de la conclusion du traité de commerce avec la Russie, et insistait sur son ferme espoir du maintien de la paix générale.
« Le mariage de mon bien-aimé fils, le duc de Montpensier, avec ma bien-aimée nièce, Tinfante d'Espagne Louise Fernande, a complété les satisfactions et les consolations que la Providence m'a accordées dans ma famille... Cette union sera un nouveau gage de ces bonnes et in-
times relations entre la France et l'Espagne, dont le maintien est si désirable pour la prospérité des deux États...
« Un événement inattendu a altéré Tétat des ' choses fondé en Europe par le traité de Vienne : Cracovie a été incorporée à T Autriche. J'ai protesté contre cette infraction des traités de 1815. »
A la Chambre des pairs, tout FefFortde la discussion porta sur Tincorporation de Cracovie.
Répondant à MM. Villemain, Montalembert, duc d'Harcourt, le ministre des affaires étrangères lut une note dans laquelle l'empereur Nicolas niait l'intention de détruire les derniers vestiges de la Pologne au moyen d'une incorporation . à la Russie : « U n'y avait eu dans les mesures adoptées qu'une simple question de douane. » . A la Chambre des députés, le débat fut ar-* dent ; de nombreux orateurs prirent la parole : Roger (du Nord) , Odilon Barrot s'indignèrent àe la confiscation de la ville hbre, demandèrent quelle confiance on pouvait avoir dans la politique du cabinet quand, pendant six mois, sa diplomatie avait été ignorante ou complice de ce qui se préparait. Par la violation des traités de 1815, la France avait retrouvé sa liberté d'ao* tion : elle devait en user.
« C'est là, dit M. Quizot, une question de mesure ; le Gouvernement a pris acte de la Tiqbtion des traités, il a protesté ; il n'a pas tu là on
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de guerre. Il a toujours voulu deux choses : au dedans, le maintien des lois ; au dehors, le mainr tien des traités, et il persiste à les respecter, niéme quand les autres les violent. »
M. Thiers traita la question espagnole. Après un expose clair et dëtaiUë des négociations, qui siettait en relief les fautes du gouvernement français, il cherchait quel pouvait être le profit pour la France de ces mariages auxquels on avait sacrifié l'alliance anglaise, et déclarait fimeste rinfluence en Espagne au moyen des unions de fetnulle. A l'appui de son opinion, il invoquait le témoignage de l'histoire. C'était Philippe V, le petit-fils de Louis XIV se séparant de son aïeul, et après sa mort faisant la guerre au régent; c'étaient encore les deux mariages projetés de mademoiselle de Montpensier, fille du régent, avec un fils de Philippe V, et d'une fille de Phi- Kppe V, avec le roi mineiu' Louis XV. Le régent meurt, le duc de Bourbon le remplace, espérant faire épouser au jeune roi sa fille, mademoiselle de Vermandois, il renvoie la princesse espagnole ; à son tour, Phihppe V renvoie la fille du régent, et forme une ligue avec FAllemagne contre nous. Enfin, en 1808, Napoléon met son frère Joseph sur le trône d'Espagne ; aussitôt celui-ci devient Espagnol, résiste à son frère, qui le menace de le faire arrêter à Bayonne, et des témoins dignes de foi assurent que vers la fin de l'empire Joseph
avait traité avec les Anglais. Selon lui le plus grand bonheur pour la France seraitque la reine Isabelle eût un héritier, c'est-à-dire que le mariage du duc de Montpensier n'eût aucun résultat.
M. GuizoT. — Il n'y aurait eu, selon M. Thiers, ni utilité dans les mariages espagnols, ni loyauté dans leur conclusion. Sur la question de loyauté^ il reprenait tout l'historique des négociations; quant à l'utihté, il s'élevait contre ce matérialisme politique qui voulait chiffirer les avantages, sans tenir compte des sentiments et dés affections. Le mécontentement de l'Angleterre serait passager; les trois grandes puissances du Nord avaient refîisé de s'associer à la politique anglaise en Espagne, et en persévérant dans cette politique de conservation et d'ordre européen, nous pourrions compter sur leur sagesse. Enfin il n'hésitait pas à appeler l'affaire des mariages espagnols « la première grande chose que nous ayons faite depuis 1830. »
M. Thiers, abordant successivement les autres points de la poUtique extérieure, montrait partout en Europe l'ioconvément pour la France de s'être privée de l'aUiance de l'Angleterre.
« En Italie, dans une nuit, depuis les montagnes de la Ligurie jusqu^à celles de la Calabre, les Apennins se sont trouvés tout à coup illuminés. Qu'est-ce qui a produit ce singulier phéno-
mène? C'est Tespërance. Oui, messieurs, l'Italie espère aujourd'hui... elle est agitée: pourquoi? Un saint pontife, qui joint à la pieté d'un prêtre les lumières d'un prince éclairé, a formé ce projet si noble, de conjurer les révolutions en accordant aux peuples la satisfaction de leurs justes besoins. Il l'a entrepris : c'est une œuvre admirable que celle-là ; ce n'est pas la première fois qu^elle est tentée dans le monde. Les royautés plus d'une fois ont essayé de conjurer les révolutions... Qu'est-ce qui les a empêchés de réussir?
La force leur a manqué.
<c Le Saint-Père aujourd'hui tente cette belle œuvre. S'il pouvait réformer, non pas seulement l'État romain, mais par imitation, par contagion entraîner les autres princes d'Italie à réformer leurs États, oh ! il rendrait un bien grand service à l'humanité...
« Que lui faut-il? Écoutez ce peuple italien plein d'intelligence.. • Suivant le Saint -Père dans les rues de Rome, il lui dit : « Saint^Père, (( courage ! courage ! » et moi aussi, je dis : « Courage, Saint-Père, courage ! » Mais qu'est-ce que la voix d'un individu? Supposez que la France et l'Angleterre, unies malgré la différence de leur foi dans un même but d'humanité et de politique , supposez qu'elles lui disent : « Cou- « rapp, Saint-Père, courage ! » Ne croyez-vous
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que ce prince, agite dans la grande résolution qu'il a à prendre, ne serait pas plus fort s'il Toyait à côté des deux puissances qui l'ont entraîné dans l'acte de Cracovie, la France et l'Angleterre unies dans des vues communes? Méconnaissez, si vous voulez l'événement de Cracovie ; mais avez-vous donc méconnu l'état du monde? »
Sur la politique intérieure, à Ledru-RolUn prédisant la -banqueroute, le ministre des finances opposa un tableau rassurant, il soutint qu'en dehors de la crise métallique, la situation n'était nullement inquiétante.
Le jeune chef des conservateurs progressistes, vicomte de CasteUane, réclama sans succès l'exécution des promesses de progrès, telles que la réforme postale, la suppression de l'impôt du sel, des octrois, et comme conséquence de la politique de la paix, une économie sur notre système militaire, € qui occupe cent mille hommes de plus qu'en 1833 et absorbe plus d'un million par jour. »
Un autre conservateur progressiste, l'économiste Blanqui, défenseur de l'association naissante du libre échange, s'élève contre le timbre des journaux et accuse le ministère d'en avoir exempté son journal, V Epoque j rédigé par Solar et par Granier, de Cassagnac.
Lacave-Laplagne confesse Tabus et promet qu'Une se renouvellera plus.
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Un amendement de MM. Gustave de Beaur mont et Lëon de MaUeville, qui demandait qu'une politique libérale assurât au gouyemement l'autorité morale qui lui était nécessaire, à Tadministration lerespect que la probité commande, etc., fut repoussé. Mais M. de Beaumont put dire, aux applaudissements de la gauche, que la Oiambre avait cessé d'être un pouvoir, depuis que le ministère faisait prévaloir la prérogative royale sur l'influence parlementaire.
L'adresse fut votée à plus de cent voix de majorité.
Malgré ma scission avec le chef du 29 octobre, je gardai le silence pendant plusieurs mois. La présentation d'un projet de loi sur le chapitre royal de Saint-Denis, restaurant l'édifice du catholicisme monarchique, m'imposa le devoir de le rompre. Je crus qu'il y avait faiblesse à ne pas signaler la marche rétrograde du gouvernement; qu'il importait de constater pubhquement, par un exemple, le droit de la Ubre pensée, et que Toccasion était bonne pour réclamer la séparation absolue de l'Eglise et de l'Etat. Le plein exercice de la critique religieuse, la tranquille audace des systèmes philosophiques professés au grand jour en Allemagne me faisaient honte de notre timidité. Voyant les efforts combinés du Gouvernement et du clergé pour nous ramener insensiblement à la religion d'Etat, il me semblait nécessaire
qu'une voix s'élevât pour protester. Je no me âdsais pas illusion sur la gravité de ma détermination; le 15 mai, j'écrivais à Marly, à ma sœur:
« N'allez pas croire, chères sœur et nièce, que je vous oublie, et que l'envie me manque de passer la bonne partie de mon temps près do vous. Le travail, et le travail seul me retient à Paris. Iln'y a pour moi ni courses, ni Chantilly, ni parties de plaisir. Je me concentre en moi-même. Jo lis, je fouille et je réfléchis, et tout cela pour aller porter à la tribune quelques idées vraies, qui parce qu'elles sont vraies me feront honnir par tout le monde, à l'exception de Molènes et do Montalembert ; mais la passion de la vérité, comme celle de l'indépendance, vit de sacrifices.
c< Qui m'aurait dit, il y a dix ans, que je préférerais à tous les plaisirs l'étude et la réflexion. »
On sera peut-être étonné du nom de mos deux approbateurs : un de mes plus chers amis, G. do Molènes, écrivait alors l'éloge de Voltaire dans le Journal des Débats; j'étais, je le confesse, dupe du libéralisme de Montalembert. Eh ! comment ne l'aurais-je pas été ? Il Tétait lui-même, il l'est encore à cette heure. Oui, Montalembert, enchaîné à l'axe immobile du catholicisme, en dépit des nides secousses qu'il a ressenties dos qu'il voulait s'en écarter, s'obstine à oublier sa chaîne; le défenseur du Sunderbund, Tinstigateur
T. II. Si
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de l'expédition de Rome et de la campagne de Rome à F intérieur j le napoléonien du 10 décembre et du 2 décembre, répète toiyours d'un ton convaincu le mot liberté.
Jusque-là personne en France n'avait eu la franchise de ses opinions philosophiques : le gouvernement, M. Dupin, M. Thiers lui-même se disaient gallicans; les catholiques logiques dans leur foi se proclamaient ultramontains. Au fond, les uns voulaient le trône sur l'autel, les autres l'autel sur le trône : nul ne renonçait, comme moyen de domination, à l'union du trône et de Fautel.
Le 18 mai, je pris la parole.
(c . . . Aujourd'hui que nous n'avons plus, Diea merci ! ni rois par droit divin, ni catholicisme religion de l'État, j'avoue que je ne comprends plus l'existence des libertés gallicanes. Ellles me semblent avoir fait leur temps, elles me semblent aujourd'hui mortes et sans apphcation comme sans but. Mais la suppression, de la religion d'État et de tout ce bagage du passé entraine, à mes yeux, bien d'autres conséquences.
« A savoir : la suppression du salaire de l'État pour tous les cultes, la renonciation de la part du gouvernement au droit de nommer aucun des dignitaires ecclésiastiques, et enfin la renonciation de la part du pouvoir poUtique au droit de s'immiscer en quoi que ce soit dans les aâSodres du
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monde spirituel. Je roudraiSy entre ces deux mondes si divers, une barrière infranchissable, une séparation complète et absolue. Ces idées, elles ne sont pas seulement les miennes sur plusieurs points importants, elles sont également celles de la portion la plus libérale, la plus ayancée des catholiques.
€r L'on accuse de trop d'habileté ces catholiques qui réclament tant de libertés, on craint qu'elle ne serve de couvercle à autre chose. Quant à moi, ces accusations, je les repousse, je les crois absolument injustes, mais, fussent-elles vraies, elles ne m'arrêteraient en aucune façon, car, sachez-le bien, le jour où la liberté fait une conquête nouvelle, le jour où la liberté marche, elle écrase de son premier pas les imprudents, les insensés qui voulaient s'en servir comme instrument.
« Messieurs, je ne veux tromper personne, je ne tiens à capter l'approbation de personne, mais je crois devoir et aux autres et à| moi-même d'indiquer franchement, librement, et mon point de départ et le but que je poursuis : ainsi ne voyez en moi ni l'un de ces catholiques fervents réclamant pomr leur religion les conséquences de notre révolution de Juillet, l'un des membres de ce que vous appelez le parti catholique, de ce que j'appelle, moi, les véritables, les seuls catholiques; ne voyez pas en moi surtout
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l'un de ces chrétiens politiques qui, du haut de leur intelligence, protègent la religion à cause de son utilité. Je ne suis, ni catholique ni chréiiea* P^ouvo^iu mouvement.) J^ai pour but de c^iasser de nos mœurs Thypocrisie religieuse et politique qui fait de la France d'aujourd'hui la patrie des apparences. Mouvement.)
« J'ai poiur but d'obtenir le gouvernement constitutionnel réel, complet, appuyé sur un ensemble de lois homogènes, et non sur un compose bizarre de vieux débris monarchiques, d'impérialisme et de liberté.
« Vérité ! liberté ! sur ce terrain neutre je puis me rencontrer avec les catholiques de bonne foi et unir loyalement mes efforts aux leiu^s. Pour ce qui est de ces habiles poUtiques dont je parlais tout *\ l'heiure, qui, dans leur hypocrisie transcendante et lem* culte des convenances, redoutent la vérité comme une faute ou comme une trahison, quand nous nous rencontrerons désormais, ce sera pour nous livrer un combat acharné, qui ne finira que le jour où mes forces ne répondront plus à ma volonté, ou bien encore le jour où, suffisamment démasqués, ils auront perdu tout pouvoir de nuire. (Mouvement.)
<( Je la combats parce qu'à mon sens,
dans la portée poUtique de la loi, elle nous fait faire un progrès vers le passé; je la combats parce qu'elle augmente encore le nombre des
nominations par le pouvoir dans l'ordre religieux ; je la combats parce qu'elle recule le moment où nos libertés religieuses pourront marcher sur un pied d'égalitë avec nos libertés politiques.
«Messieurs, je ne referai pas, après tant d'autres, l'histoire des libertés gallicanes ; je me permettrai seulement d'appeler l'attention de la Chambre sur deux observations.
« La première, c'est que les dignités de l'Église catholique en France ont été électives jusqu'en 1515. C'est seulement à cette époque, et par le concordat conclu entre Léon X et François 1", que le pape, moyennant le rétablissement des annates, vendit au roi le droit de nommer aux dignités ecclésiastiques.
« Maintenant, messieurs, ma seconde obser- , vation est celle-ci : c'est que, de 1228 à 1682, de saint Louis jusqu'à Louis XIV et à Bossuet, pendant cette suite de siècles, tant que le catholisme fut religion de l'État, les libertés de l'église gallicane ont toujours été se fortifiant et grandissant; c'est qu'aussi, pendant toute cette période, l'intégrité du dogme catholique fut maintenue par l'intolérance et la persécution. Ainsi, messieurs, chaque jour le clergé de France et la couronne s'unissaient plus étroitement pour maintenir les libertés gallicanes , comme il appert par la déclaration de 1682, 'et en même temps chaque jour la couronne s'unissait plus étroitement an
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clergéy mettait à son service tous les mojrens de coerdtion en son pouvoir pour mainteiiir rintégritë du dogme catholique, comme il appoi par la révocation de l'édit de Nantes et par las autres édits de cette époque contre les dissidents. Le catholicisme j religion de TÉtat, entraîne ces deux conséquences, et cela est si vrai, que Bossuet, qui est sa plus haute expression, est, en même temps que le défenseur intrépide des libertés gaUicanes, persécuteur et intolérant quand il s*agit de maintenir Tintégrité des dogmes en France ; ce qui me fait dire que Bossuet fat le représentant le plus élevé d'une foi plus monarchique encore que catholique.
« J'arrive, messieurs, en 89, ou du moins en 90, amiée de la constitution civile du fà&rgé : alors disparaissent et là religion d'Etat et les libertés gallicanes.
c( J'arrive au concordat. Quel était l'état religieux de la France au moment du concordat ) Je citerai le Recueil des discours ^ rapports et écrits relatifs au concordai de 18Ô1, par M. PortaUs.
c( On y lit en parlant de la religion catho- Uque :
« La multitude devenait chaque jour plus étran- « gère aux liabitudes et aux croyances reUa gieuses; elle était entretenue dans l'opinion « que les pratiques du culte n'étaient que de « vaines cérémonies inventées pour l'asservir.
MÂMOIRES 1826-1848 343
« et considérait les prêtres comme des emiemis « du peuple et de toutes les libertës... Le catho- « licisme expirait en France ; c'est de cet état « désespéré que le concordat de 1801... »
« Ainsi le rétablissement de la foi catholique et la conclusion du concordat lui-même n'étaient pas, comme on Ta prétendu, un besoin des âmes ; c'était dans d'autres motifs qu'il fallait chercher l'origine de ce concordat.
« Lorsque le premier consul en eut conçu l'idée, les historiens ont [attribué ses efforts pour cette rénovation de la foi catholique aux principes qu'il avait reçus dans sa famille, au pays dans lequel îl était né, à des souvenirs d'enfance, ou bien encore aux impressions musicales et religieuses tout à la fois que le son des cloches excitait dans son âme. (Sourires ironiques.)
« Je crois, messieurs, que les motifs du premier consul ont été beaucoup plus graves. Le premier consul a vu dans le rétablissement de la religion catholique et dans le concordat les moyens de se faciliter le pouvoir absolu, de le stabiUser entre ses mains, et plus tard, de le diviniser dans sa personne.
« Il construisit tout un édifice de despotisme, et y employa les ressources du génie ambitieux; et ce qui le rendit plus dangereux encore, c'est qu'il conserva toutes les dénominations libérales et républicaines : ainsi, tribunat, corps
législatif, etc. Sans doute il se rappelait ces paroles (le Bossuet : « que, quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par Tappât de la liberté, elle suit en aveugle pourvu qu'elle en entende seulement le nom. »
« Messieurs, le célèbre auteur du Consulat et de t Empire nous raconte qu'à cette époque Napoléon était nourri de la lecture de Bossuet ; le fait est non-seulement historiquement vrai, mais il est vraisemblable, à ce point, que je Tauraîs deviné s'il ne s'était pas rencontré dans Tliistoire.
« Napoléon y avait lu, soyez-en certains, « que la piété est utile à établir la domination; » il y avait lu « que l'indifférence religieuse prive les gouvernements d'un certain frein qui seul est capable de tenir les peuples; car les peuples ont dans le cœur je ne sais quoi d'inquiet qui s'échappe si on leur ôte ce frein nécessaire ; et on ne leur laisse plus rien à ménager, quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion. » Ce je ne sais quoi d'inquiet qui s'échappe, ce sentiment dangereux qu'il fallait à tout prix étouffer dans son germe c'était l'amour de la liberté.
« Bossuet avait raison, messieurs : un peuple ne jouit pas impunément de Tindépendance religieuse sans marcher immédiatement à la conquête des libertés politiques. [JUne voix. C'est vrai!)
« Et réciproquement j'espère que nous, qui vivons sous un régime de libertés politiques, nous saurons exiger aussi toutes nos libertés religieuses.
« Le premier article, par lequel le gouvernement de la république reconnaissait que la religion catholique, apostolique et romaine, était la religion de la grande majorité des citoyens jfrançais, souleva de graves discussions.
« Le pape avait demandé qu'au lieu de cet article il fût mentionné que la religion catholique serait la reUgion de l'État.
« On lui fit observer que, tout en étant d'accord sur le fond, c'était là une rédaction impossible, inadmissible, vu l'état des esprits. M. de Cacault, qui était alors notre ambassadeur à Rome, écrivait à cette époque au citoyen premier ministre des affaires étrangères, a que l'on était « d'accord sur le fond, et qu'il n'y avait plus « que des discussions de forme et de rédac- (i tion. »
<( Toutefois ces discussions de rédaction consistaient à savoir par quoi on pourrait remplacer la religion dev l'Etat. Le célèbre abbé Bemier, esprit ingénieux, trouva la rédaction qui est insérée en tête du concordat.
« Maintenant les autres avantages que retirait le premier consul de la conclusion du concordat étaient le serment de soumission et de fidélité or-
donne par le pape, le Domine salvos foc consules^ et enfin Tart. 17, celai, je n'en doute pas, auquel le premier consul attachait le plus d'importance, n était ainsi conçu :
« Sa Sainteté reconnaît dans le premier con- € sul- de la république française les mêmes droits € et prérogatives dont jouissait près d'elle Tan- « cien gouvernement. »
(c Deux ans plus tard, le premier consul était sacré empereur, et, deux ans plus tard, il créait le chapitre impérial de Saint-Denis pour la sépulture des empereurs.
« Permettez-moi de vous citer deux fragments bien courts, mais très-curieux, et qui serviront à vous montrer jusqu'à, je ne dirai pas quelle reconnaissance, mais quelle idolâtrie les hommes les plus honorables de cette époque poussèrent la gratitude envers le premier consul, restaurateur de la reUgion officielle.
Lettre à f empereur, au sujet des anniversaires
des victoires nationales.
« Sire, la fête de saint Louis excitait autrefois pour nos anciens rois des sentiments d'amour et de dévouement dont la manifestation exaltait l'esprit public; la fête du roi était celle du royaume. Que la France fête saint Napoléon! Votre Majesté impériale et royale peut fixer
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elle-même le jour auquel saint Napoléon sera fêté.»
n n'y a en effet aucune espèce d'inconvénient. (On rit.)
« Si votre Majesté préférait unir cette fête à celle de l' Assomption, il sufi^ait de donner plus d'éclat à la célébration de cette solennité... »
Et plus loin :
« On a proposé à Votre Majesté impériale et royale de déposer dans un édifice national l'épée victorieuse qu'elle a ceint à la journée d'Auster- IHz. On a voulu que cette épée, recevant un culte religieux comme l'oriflamme chez nos pères , ne sortit du temple qu'avec solennité et dans les grandes occasions...
m Le culte y serait exercé par un chapitre qui aurait le titre de chapitre de Saint-Napoléon et auquel la garde de l'épée impériale serait confiée. » (Mouvement prolongé.)
« Je n'ajouterai aucune réfiexion.
<( Je ne dirai qu'un mot des libertés gallicanes sous Tempire; elles peuvent se résumer dans l'omnipotence impériale pour tout ce qui regarde l'organisation du catholicisme en France.
« Qu' est-il arrivé sous la Restauration? Rien de plus simple. Sous la Restauration^ nous avions le catholicisme religion de l'Etat. Nous avons eu, par conséquent, la suite indispensable d'une re-
ligion de l'État, c'est-à-dire de nombreux et éloquents défenseurs des libertés gallicanes.
« La restauration a eu également son chapitre de Saint-Denis, chapitre royal de Saint-Denis, ayant à sa tête un primicier, grand aumônier de France.
a Maintenant, messieurs, j'arrive à 1830.
« En 1830, toute une restauration religieuse et politique a été commencée et terminée en trois jours. 11 fallait nous sauver de l'anarchie; il fallait que cette révolution fût terminée aussitôt que possible; il fallait donc que la charte de 1830 fût immédiatement rédigée et adoptée; le temps manquait pour la discussion, même pour la réflexion. Dans l'état des esprits, on ne pouvait songer à conserver le cathoUcisme religion de l'État, et il eût été dangereux de ne pas le remplacer par quelque chose; on chercha donc à emprunter une formule au passé. On choisit rimpériaUsme, parce qu'à cette époque, en nous confisquant soigneusement la chose, la liberté, on en avait laissé le nom. On prit donc la formule toute faite, et l'on décréta que la religion cathohque était la religion de la majorité des Français.
« Aujourd'hui, messieurs, je crois que le moment est arrivé de s'exprimer librement sur ces grandes questions.
« On a inséré dans la charte de 1830, que la
religion catholique était la religion de la majorité des Français; d'abord, messieurs, je pourrais demander : Qu'en savez-vous? (Réclamations nombreuses.)
(( Permettez, avec la liberté de conscience, avec la possibilité de conversion, ou si vous voulez d'apostasie, il est impossible de considérer cela comme un fait authentique; nous pouvons tous en être convaincus, j'en suis convaincu tout le premier, mais ce n'est pas là un fait authentique.
Il n'y a pas chaque année un recensement des cathohques; mais, messieurs, je l'admets, cela est vrai. Oui, la religion cathohque est la religion de l'immense majorité des Français : cela est vrai, si vous appelez catholiques tous ceux qui ne vous disent pas le contraire ; si vous appelez cathohques tous ceux qui, suivant l'expression énergique de Montaigne, sont catholiques au même titre qu'on est Périgourdin ou Allemand; si vous reconnaissez comme catholiques tous ceux qui, à peine nés, ont re(,*u le sacrement du baptême, alors qu'ils ne pouvaient encore ni perler, ni reconnaître leur mère ; si vous reconnaissez enfin comme cathohques tous ceux qui, après avoir passé leur virihté dans l'iii* différence rehgieuse la plus complète, arrivés à une vieillesse qui touche à l'enfance, le corps usé, l'intelligence éteinte, à leur de.niière heure,
aeo
consentent à balbutier madimalement qoclq— paroles latines et chrédennes. (Murmores.)
« Pbuiewrs pairs. De telles paroles ne pemreaÉ titre prononcées dans une Chambre.
« De kmies paru. A l'ordre ! à Fcntlre!
« M. L£ CBUkNCSLiKR. Je rappelle rorateor A Tordre, pour les pardes qu'il Tient de proiK»*
« M. LB ccum d'Alton Shéb. Quelle que aoîi ma déférence, et elle est profonde, pour M. la Chancelier, ce n'est pas une locution orat^ûre, c'est une vérité , je ne puis accepter le reprodie sévère qu'il m'a adressé. Tout ce que j'ai dit» le Uâme que j'ai déversé, ne s'applique qu'aox faux chrétiens, qu'aux mauvais chrétiens, qu'aux gens qui ne sont pas catholiques, qu'aux catholiques d'apparence; mais je respecte, parce que je suis libre, parce que je veux pour les autres la même liberté que pour moi, je respecte du fond de mon cœur les vrais catholiques. .
<( Eh bien, je le demande aux catholiques sérieux, convaincus, comme nous en avons tant dans cette Chambre, je le demande à mon noble ami le comte de Montalembert, qui les représente et les défend si bien, reconnaît-il catholiques, veut-il catholiques, dësire-t-il garder parmi ses frères en religion, et ne repousse-t-il pas, aa contraire, de toutes ses forces et de tous ses dâ«dains les catholiques d'apparence, ces chrétiens
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par habitude, par convenance ou par politique? (Réclamations. Interruption.)
« M. LE COMTE DB MoNTÀLEMBERT. PuisqUS
le noble orateur me fait l'honneur de m'interpeller directement, je me vois forcé de lui répondre que je ne me crois pas appelé à exercer, au nom de la religion, un droit d'admission ou de répulsion quelconque. (Très-bien). J'ajouterai toutefois que je regarde la plupart de ses observations comme très-fondées, et je demande instamment que la Chambre respecte la liberté de la tribune et lui permette d'exposer toute sa pensée. (Nouvelles rumeurs.)
M. LE Châncblibr. Je respecte toute opinion prononcée à cette tribune, je crois l'avoir montré en toute circonstance; mais je ne saurais considérer comme l'expression d'une opinion des jugements de la nature de celui que vient de porter l'orateur, et qui peuvent blesser cruellement tant de gens de cœur et de conscience dans leurs sentiments les plus respectables et les plus intimes.
M. LE COMTE d'Alton Shée. Je m'arrête, messieurs, satisfait d'avoir énoncé les doctrines que je regarde comme seules vraies, comme seules capables de mettre notre liberté religieuse au niveau de de notre liberté politique.
« Maintenant un seul mot, un dernier mot, sur le projet de loi en lui-même au point de vue politique. (Murmures d'approbation.)
« Quand, en 1806, Napoléon, parvenu de droit divin, consacrait par une loi les caveaux de Saint- Denis à la sépulture des empereurs, il reliait la chaîne interrompue du passé ; il supprimatt la RÉVOLUTION et destinait les tombes de Saint-Denis
à une QUATRIÈME RACE DE SOL^TERAINS PLL^ DESPOTIQUES ENCORE COMME EMPEREURS QUE LES PRÉCÉDENTS COMME ROIS.
« Quand Louis XVlll, roi légitime, dans un but monarchique et religieux, établissait le chapitre royal de Saint-Denis, il faisait ce qui convenait et à sa situation personnelle et à ses antécédents ; il préparait pour lui une tombe à la suite de ces trois races de rois, relevant comme lui de Dieu seul.
« Maintenant on nous demande, dans un but monarchique et religieux (ce sont les expressions de Texposé des motifs), d'élever un chapitre royal à Saint-Denis. A quel propos? Les caveaux de Saint-Denis sont sans avenir aujourd'hui, curieux seulement pour l'archéologue et l'historien ; aurait-on l'intention de les destiner à un autre usage ?
(( Messieurs^ à la tête du chapitre de Saint- Denis on propose de mettre un primicier. Le primicier, c'était le grand aumônier de France sous la restauration. Allons-nous donc avoir un grand aumônier? L'aumônier de qui? Enfin, messieurs, on nous dit que c'est pour un service national.
« Je connais l'empire des mots, et je m'en défie; toutes les fois qu'on est embarrassé, qu'on veut couvrir quelque chose, on se sert du mot national. (Rires.)
a Ainsi, pour vous citer un exemple tout à fait en dehors de la présente discussion, en opposition avec le système de la liberté des échanges, nous avons le système de la protection du travail national; comme si le consommateur n'était pas beaucoup plus nombreux et tout aussi national, que les représentants de certaines industries. (Mouvements divers.)
(( Enfin M. le comte Portails, dans son savant rapport, nous fait, au sujet du mot national, cette observation : que royal et national sont syno-» nymes.
a M. LE COMTE PoRTALis. Nou. Royal et politique.
a M. LE COMTE d'Alton Shéb. Daus tous les cas, monsieur le comte, j'accepte la définition; et nul ici ne désire plus que moi qu'elle continua toiyours à être vraie; mais je vote le rejet de la loi> parce qu'à mon sens son adoption aurait pour effet d'établir entre les deux mots une grande différence.
T. n. tt
▲1TA.Qt)B3 DOHT JB SITIS l'OBJBT. — MA. B^PONSB DANS
LA. RBYUB INDÉPENDANTS
Intervenant dans la discussion politique d'une loi religieuse après les gallicans et les ultramontains, je confessais hautement n'être ni catholique ni chrétien; je combattais la portée rétrograde de la loi. Afin de rendre impossible le retour à une religion d'Etat, je demandais la suppression de la déclaration équivoque de l'article 5 de la Charte : « Le catholicisme religion de la majorité fies Français; » afin d'empêcher les empiète-^ ments des gaUicang sur le pouvoir spirituel et des ultramontains sur le pouvoir politique, je demandais la séparation absolue de l'Eglise et dé l'État et la suppression du budget des cultes ; enfin, je sommais les catholiques de se joindre à moi au nom de cette liberté qu'ils invoquaient sans cesse .
MÉMOIRES 18te-lll48 366
Mon vœu solitaire ne présentait aucun danger actuel, et en reconnaissant, avec les réserves et précautions nécessaires, mon droit de libre pensée, les chefs catholiques avaient l'avantage de rester fidèles à leur mot d'ordre. Aussi, Montalembert, m'écrivant que ce qu'il détestait le plus après l'hjrpocrisie c'était le despotisme, m'envoyait un article du journal catholique t Espérance, de Nancy, dans lequel o^ exaltait ma franchise, me fit lire F Univers, où M. Veuillot, après avoir déploré mon aveuglement, maintenait la plénitude de mon droit, et me conduisit au célèbre écrivain, qui n'avait pas encore imaginé sa distinction entre la bonne et la mauvaise liberté.
Les grondements orageux de l'assemblée n'avaient guère été qu'un hommage rendit aux convenances : parmi les militaires, le pieux capitan n'était pas encore de mode, des magistrats, des savants restaient, m petto y fort indépendants; les poignées de main fiirtives, les approbations têteà-tête ne me manquèrent pas. De ces adhérents en sourdine je n'en citerai que deux, morts aujourd'hui : MM. Meynard et Troplong. Mais, au dehors, à l'exception des habiles du parti catholique, la gent dévote se souleva; ce fut un diéchainement, des fureurs : en quelques jours, |e reçus une centaine de lettres anonymes; phv* sieinrs, joigna^tilame^ac0 à l'it^jure, me projAié-
866 llâMOIBBS 18ft«*lM8
tisaient un châtiment divin : « mon corps tombant en pourriture, mes entrailles dévorées par des chiens, » et autres gentillesses empruntées à l'Ancien Teâtam^it.
Par c(Mnpensation, quelques gens de bien m'en- Toy^ent leurs ouvrages et des pai^oles d'encouragement : l\m d'eux, le vénérithie M. de Laateyrie, répuUicain-philosophe, accourut, malgré ses 83 ans, pour avoir le plaisir de me serrer la main.
Dans la presse, mon firanc parier n'arrangeait personne; le radicalisme de mes propositions efBrayait la plupart des opposants : les feuiUes légitimistes crièrent au scandale, celles du ministère jugèrent prudent d'éviter le bruit. Le Censtituikmnel et k Siècle se disaient gallicans; le National lui-même se rappelait que sur la question des fortifications et sur presque tous les points de la politique extérieure, depuis six ans, j'avais été en désaccord complet avec lui, il soutint que pour une déclaration si grave ma parole manquait d'autorité ; seul, le journal républicain bi Réforme osa m'approuver sans restriction.
Je résolus de répondre à tant d'attaques diverses dont j'étais l'objet. Mais la difficulté était de savoir qui donnerait asile à ma réponse : la ttetiâe des Deux Mondes me refusa une hosfHtalité compromettante; le directeur de la Remâe indéf, Pascal Dupimty m'aooneiOit, mais il
MiHOlRIS 18ftC-l»48 367'
transforma le titre : Ni cathoUque ni chrétien en : Opitiian du comte et Alton Shée sur les reUgione iEtat.
En voici quelques fragments :
a Pair de Franoe, je devais d'abord énoncer mes idées à la tribune ; je viens aujourd'hui klEi discuter dans la presse.
« Avant de procéder à l'examen dès prind^s» deux mots de la critique personnelle dont j'cti été l'objet. Les reproches ont été nombreux : je &• les relèverai pas tous ; je choisirai ceux qu'ont accueillis le plus grand nombre d'esprits et sur* tout qu'ont débités le plus grand nombre de bouches.
« — En déclarant, avec une cynique audace^ du haut de la tribune, que vous n'étiez ni catho* lique, ni chrétien, vous avez été l'auteur d'uA immense scandale. »
« Quoi donc ! aurais-je apporté à mes aud^ teurs la révélation d'un fait inouï?... Sterais-je, en France, une déplorable exception?. .. On a bien essayé de le dire, personne ne le croit, le» véritables catholiques moins que personne.
« J'ai déclaré que je n'étais ni catholique, tt chrétien, mais j'ai eek de commun avec le gou;- Tèmement, avec la charte et avec la loi. Le scandale^ selon moi, eût été d'envelopper d'hj|k)crkde mon incrédulité, tt voulant obterâr le r^et d'uBi ftt^ de loi cathofique, d'itiVo^uer ces prétèiK.
35& MÉMCHRM 1699-1848
dues libertés gallicanes, si commodes d'ordinaire pour favoriser les envahissements de la puissance politique dans le monde spirituel.
« On dit encore :
« — Mais à quoi bon cette profession de f(H ? Elle n'était pas nécessaire. »
ce A cela je réponds qu'elle était utile dans^ l'intérêt général et, de plus, indispensable pour moi. Le droit par lequel j'ai pu faire cette profession de foi négative, je le tiens de Farticle V de la Charte ; il n'a donc été, il ne pouvait donc être contesté par personne. Cependant les. droits les mieux étabUs se perdent dans l'oubli ; ils se périment quand ils ne sont pas exercés. Dix ans encore de cette politique qui tend à nous ramener par une pente insensible à la religion d'État, dix ans passés sans une protestation, sans un seul usage de nos droits, peutrêtre ces droits eussent-ils été méconnus, peut-être ma déclaration tarcH^e eût-elle été interrompue, cette fois, par une admonition pleine d'onction et de convei^ance de M. le chancelier, me rappelant que du moment où je |i' étais ni protestant, ni juif, ni musulman, je devais être chrétien et catholique, par cela même que j'étais Français.
« J'ai compris qu'il fallait un exemple, et après mûre réflexion je l'ai donné, sauf à en supporter les conséquences : par cela même^ que mon noUe cuu/ le comte de Mbntalembert, s^est glorifiié»
HÉMQiRBs isae-oftô 869
tant de fois, et avec juste raison, d'être chrétiaa et catholique, j'ai avoué simplement que je n'-ër tais ni Tun ni l'autre. Mes paroles ont jeté dans im grand embarras tous ces chrétiens métis dont iquelques-uns ont un reste de foi sans pratique, dont la plupart conservent encore certaines prar tiques sans la foi. -^
« -*- Autre objection : «Votre déclaration eat insignifiante ; elle ne renferme qu'une négation* On sait ce que vous n'êtes pas, on ignore ce qud vous êtes. »
« Appelé à discuter une loi catholique devant la Chambre des pairs, je n'avsds à Téclairer que 3ur un seul point : savoir si j'étais moi-même car ^thohque et chrétien. Le reste ne lui importait guère, et un exposé de mes opinions religieuses ^ût été en cette circonstance aussi ridicule que hws de propos.
« — il y a des choses bonnes à dire dans un salon qui ne doivent pas s'émettra à la trir bune. »
, a Cette réflexion appartient aux chrétiens par iponvenance : pour moi, qui ai cru trouver dans les convenances l'arme la plus dangereuse donl jgfe servent les hypocrites, je ne consens pas à en obscurcir la vérité : tna conscience se refuse 4 admettre la vérité nue dans l'intimité, parée .dans un salon, masquée à la tribune. .^^
.< Quelques personnes bienveillantes oi'ak
1SF
Mirent ^tt^éOeii ont tu atgo regret ^6 psr cot Ittèti, « je m^étaîs renda impossible. )»
tt Je les remercie sincèrement de leur bon voip- Ibif , mais je crains que ces regrets ne viennent fSbBt elles d'une méprise à mon sujet. Qu'eisrt-oé ^ifnn homme impossible)... Et quelles peuvent être pour moi les conséquences de cette imposai* tnKté f . • . Hélas ! me faudrait-il renoncer à toot ttpoir d*être un jour Tun de ces hauts fonction- Ihsdres qui ne dirigent rien, Pun de ces gouver^ nants qui ne gouvernent pas?... Aurais-je perdu lUeô titres à faire partie de cette pépinière dliommés dans laquelle on va prendre les và^ nistres gérants et avocats du pouvoir?... Serais-jé &sse2 malheureux pour avoir, par Timprudentè rincérité de mon langage, manqué Toccasion de Remplacer MM. de Mackau à la marine, Moliné à la guerre, Laplagne aux finances?... Ou bien encore faudrait-il faire à jamais mon deuil de la survivancfe de M. Cunin-Gridaine ?. . .
«Si, depuis cinq ans, j'ai déserté le monde po» fitique à ce point qu'il a à peu près oublié mon Uôm, et consent aujourd'hui à grand'peine à me l^connaître; si j'ai abandonné pour un travail nouveau à apprendre, une carrière nouvelle à me &lre, le travail pour lequel j'étais né et la carrière qui m'était toute faite; si j'ai donné moA temps et ma peine à la direction des grande éniréprised industrielles; si, à cause de cela, j'ai
mtllOIRBS 189e-18i8 961
éncoura la disgrâce et brave Tanathème de l'honorable M. Crëmieax, doublé de l'honorable M. Grandin, c'était afin d'acquérir, au prix de tant de sacrifices, cette indépendance de fortune qui est la compagne la plus sûre de l'indépen^ dance du cœur et de l'esprit. C'était afin de pouvoir me rendre impossible... Comprenez-vous à présent?...
«f Quelle pauvre ambition que celle qu'une place peut contenter ! Celle-là seule est durable, ceDelâ digne qu'on l'avoue et qu'on s'en glorifie, qui s'attelle au triomphe des idées.
A Enfin j'arrive à la dernière objection et la plus singulière de toutes : « Vous rf aviez pas, « m'a-t-on dit, cette réputation d'austérité né- « cessaire pour émettre des vérités aussi har- « dies. D
« 0 les plaisantes gens, qui veulent des costumes de Puritains pour la raison, pour la sagesse, voire même un pour la vérité ! Montaigne ne disait-il pas en parlant de la tristesse : « Le a monde a entrepris comme à prix fait dé l'hoa norer de faveur particulière : ils en habillent <i la sagesse, la vertu, la conscience... sot et «c monstrueux ornement! x>
a Et le divin Socrate, combien il était dénué de tés deux qualités chéries de la médiocrité qui stafiftsent aujourd'hui à en remplacer tant d'autres : la ^enue, lô respect des convenances» Qu'il
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eût mal représenté dans notre représentation nationale, lui qui n'était ni solennel^ ni austère, ni gourmé^ ni pompeux, ni emphatique, mais inha* bile dans la science des dehors, simple en son air, joyeux en son humeur, vêtu comme tout le monde, trompé comme tout le monde, aimant à souper jusqu'à l'ivresse, et donnant de préférence ses leçons chez Aspasie.
a Je sais bien que je ne suis pas Socrate, mais il n'était pas question pour moi de professer la sagesse, il s'agissait simplement de con* fesser la vérité. Je ne suis pas Socrate, mais vous n'êtes pas non plus les Athéniens du grand siècle : M. Guizot n'est pas Périclès, M. de Salvandy n'est pas Alcibiade, et je suis encore à la recherche d' Aspasie !
« En somme, et pour en finir avec le moi, je ne suis ni pour ni contre la religion catholique, je suis en dehors.
((Ceci m'amène naturellement à la discussion des idées.
a La première émise par moi à la tribune a été celle-ci :
a La révolution de juillet ayant supprimé la reUgion d'État, des considérations politiques purement transitoires, des motifs d'une uUUté temporaire, ont seuls déterminé l'insertion de cette phrase : a que la reUgion catholique était celle de la msgorité des Français. » Pour rentrer dans la
MÉIIOIRBS 1828-1848 363^;
logique et dans la vérité, n'est-ilpas temps d'ea> demander la suppression?
a Cette déclaration a trois inconvénients.
oc D'abord elle est inutile.
« Si l'article 5 de la Charte qui assure de la part du gouvernement une protection égale à tous les cultes est une vérité, à quoi bon une mention dont le seul but pourrait être d'accorder ime préférence au culte de la majorité?
« En second lieu, elle est dangereuse.
« Car elle présente au gouvernement une porte tpiyours ouverte, et derrière cette porte un plan incliné vers la religion d'État.
« Enfin elle est inexacte, n'en déplaise à M. le garde des sceaux.
u M. Hébert, en me répondant, m'a contesté le droit d'établir une statistique des vrais catho* liques, et de ceux qui ne le sont que de nom. Il a appelé cela fouiller dans les consciences, et s'est passé la singulière fantaisie de me transformer en grand inquisiteur.
ce L'inquisition poursuivait la recherche de la vérité de deux manières, par l'espionnage et par la torture. Puis, quand elle avait enfin reconnu l'hérétique caché sous l'apparence du cathoUque, elle le brûlait. Aujourd'hui on ne brûle plus les* hérétiques, et j'ai bien quelque intérêt à m'en féliciter ; mais il est encore, il sera toujours permis de démasquer les catholiques par hypocrisie. Je
804 MâMOIRKI 1SJM-1N8
n^ai pas besoin pour cela ni de fooiUer dans lés consciences y ni de sonder les secrète des iOBëài je n'ai qn'à tirer les conséquences àë ee que tout le monde sait, à mettre en relief ee qne tout le monde Toit, à proclamer Inen haut ee que, de* puis le rétablissement de la foi catholique, depuis la conclusion du célèbre concordat, chacun dk à Toreille de son voisin.
« Cette prétendue majorité des catholiques en France peut se diviser en trois classes : ceux qui sont catholiques, ceux qui Se croient catholiques et qui ne le sont pas, ceux qui, ne l'étant pas^ consentent ou cherchent à passer pour tels.
« Je n'ai rien à dire des Catholiques.
« A la tête de ceux qui croient l'être et qui rm le sont pas, vient naturellement se placer l'honorable M. Dupin. M. Dupin a fait en 1844, un ouvrage intitulé : Manuel du droit pubHe eceiésioi-tique français. Cet ouvrage a été censuré pat" l'archevêque de Lyon, avec l'adhé^n de tous les évêques de France et l'approbation pontiâ-cale, déclaré faux, hérétique et blasphématoire. Donc M. Dupin n'est pas catholique.
<« Mais ce n'est pas tout : le conseil d'État à censuré les prélats et approuvé l'ouvrage. î)onc le conseil d'État n'est pas catholique, ni aucun de ceux qui pensent comme le conseil d'État et M. Dupin.
« Personne ne peut évaluer le nomhrA ii^ euftxtsjÊ
qui consentent à rester catholiques par inaouciance^ par habitude» ou parce que» dans l'état actuel de nos mœurs, une profession de fbi op- . posée entraînerait pour eux plus d'inconvénients que d'avantages.
« La statistique est facile à faire , elle est toute faite des membres de cette religion officielle qui, par convenance y par politique, à un jour, à une heure donnés, sortent leur religion d'un tiroir comme un costume de cérémonie, un habit de cour, que Ton serre de nouveau, la cérémonie terminée : tous ceux qui vont à la messe à cause de leurs femmes ou de leurs filles, ou bien encore à la campagne pour donner l'exemple, parce qu'ils Bont seigneurs de village, comme Voltaire à Ferney ; tous ceux qui s'accommodent à certaines pratiques, parce qu'ils appartiennent à certame opinion (légitimiste) ou à certaine coterie (faubourg Saint-Qermain) ; tous ceux qui font maigre certains jours de l'année, à cause des domestiques ; tous ceux enfin qui protègent la religion parce qu'elle est bonne pour le peuple. Bonne pour le peuple ! mais leurs prédécesseurs en disaient autant de l'ignorance, il y a soixante ans.
c Bonne pour le peuple ! mais meilleure encore pour les puissants ; car si elle console le peuple, elle le distrait, elle le calme, elle l'endort, comme l'opium qui trompe la douleur sans lagu^ir. Elle l'empêche de songer incessamment à revendi-
866 vâfoniBS i«!»0-i848
quer ses droits^ sa part de ce bien-être matérid, qui suffit pourtant, il faut bien le dire, à remplacer le christianisme auprès de tant de membres des classes ëlevëes. Elle le fait patienter ici-bas, pauvre, misérable, déshérité, pendant ces quelques années d*une existence éphémère avec le leurre d'une autre vie, mais céleste, mais éternelle, pleine de jouissances infinies, dans laquelle les derniers deviendront les premiers et les premiers les derniers, les opprimés les éhis, et les oppresseurs les damnés ; offrant ainsi aux malheureux le double appât du bonheur et de la vengeance.
(t Rien n'est plus loin de ma pensée que de calomnier les intentions du divin inventeur ; je me condamnerais moi-même si je méconnaissais la sublimité de cette conception que Jésus-Christ, navré du spectacle des douleurs et des. injustices humaines, a livrée au monde malheureux. Mais la religion catholique, comme tout ce qu'il j a de meilleur et de plus parfait ici-bas, a deux faces : ime médaille et un revers On ne peut nier qu'avec sa doctrine de l'homme né pour souffrir, de cette vie terrestre si courte et si méprisable, épreuve nécessaire, préface indispmnable de l'autre vie, en même temps qu'elle encourage Fun à souffrir, elle ne facilite à Fautre la tranquille possession du bien-être matériel. »
LB 'OATHOLICISMB BT LA LTBBE FÉNSés BN 1847 BT BN 1869.
— « Pourquoi, me dit Berryer, ne t'es- tu pas contenté de dire que tu n'étais pas catholique ? »
Comme appréciateur de mon intérêt du moment, le politique d'un tact si sûr, l'homme qui a le plus habilement disposé sa fin, avait raison. En e£fet, le grand apostat du catholicisme, Lamen* nôîs, n'avait pas été au delà ; les illustres professeurs Michelet et Quinet, sacrifiés aux exigences du clergé, ne sortaient pas du christianisme ; la philosophie, accusée d'impiété, était hautement spiritualiste ; l'Université, la magistrature ,« le monde politique, MM. Dupin, Thiers, Hébert, gallicans ; le gouvernement retrempait sa dynastie et son autorité dans une union plus intime avec l'Eglise. D'autre part, la chimérique alliance dû catholicisme avec la liberté répandait sur l'Europe
8a trompeuse clarté ; Montalembert et Berrjer la cëlëbraient à la tribune ; Lacordaire et le père Ventura Tannonçaient en chaire ; Timon (Cormenin), la. popularisait; Pie IX semblait sur le point de la réaliser.
Le vice capital d'une vérité inacceptée, tranchant avec les précautions du langage, est de permettre aux amis du convenu, à la foule des malveillants de condamner celui qui l'énonce sans lire ni entendre, de les dispenser de toute discussion^ de tout examen, en leur fournissant l'équivalent du tarte à la crème de t Ecole des Femmes. Ni catholique, ni chrétien j cela répondait à tout : à quoi bon chercher des raisons pour combattre celui qui demandait la suppression de l'article 5 de la Charte :