ALFRED DE MUSSET. — BELLINI. — HENRI HEIXK
Passionne pour la mige, Tété, mes journées s'écoulaient à l'école du Pont-Royal; non moins assidu^ un jeune homme de mon âge ne faisait dims l'eau que de courtes apparitions; le plus souvent étendu sur les nattes, silencieux, il fthmait au soleil. Au bout d'un certain temps les deux habitués se parlèrent, on se souvint de s'être vus autrefois au collège; les noms s'échangèrent ; le sien était Alfred de Musset : de là date notre connaissance. Pendant ime dizaine d'années ngus ayons vécu dans une grande intimité, qui cependant n'a jamais atteint l'amitié. Le prince Belgiojoso, le major Fraser n'ont pas mieux réussi à lui faire partager ce sentiment ; tous trois amis, nous avons dû nous contenter de .trouver en lui un camarade de plaisir. Y avaît-îl
de sa part sécheresse de cœur ? On peut répondre en citant sa constante liaison avec Alfred Tattet, ses rapports avec le duc d'Orléans ; mais l'adoration d'une nature admirative pour xm être supérieur, la protection amicale d'un prince n'ont rien de commun avec Tamitié virile de deux hommes qui échangent leur estime et leur dévouement. Quoi qu'il en soij, je constate le fait sans aucune amertume. Pour être simplement juste, il faut une extrême indulgence envers les souverains et les pointes ; ils sont grands si jeunes ! & jeunes ils inspirent l'admiration, si jeunes iï» savourent la louange, qu'iis se croient toujours quittes envers ceux avec qui ils se plaisMft : ife leur doiment leur présence ! Ce n'est pas leiïr faute si l'amitié naît de l'égalité. Les poètes l encore enfants le génie vient les visiter.
Cest comme un incomiu qui leur parle à robe basse.
L'enrers de ce magnifique privilège, c'est qu'ils restent enfants ; ils traversent la vie sans la voir, ou, sans courage contre la réalité, ils s'y dérobent par l'illusion ou par l'ivresse : dieux et enfants, jamais hommes. Je parle ici des favoris de la nature purement poètes; quand, en outre, ils sont, comme ShakespeaFe, sublimes historiens de l'humanité , préoccupés de la chose publique comme Milton, patriotes et proscrits comme le
Dante, philosophes comme MoUère, Voltaire et Gœthe, ceux-là font les grands hommes.
Le génie de Musset est sincère et charmant ; une certaine critique lui reproche de n'avoir pas assigné un noble but à sa muse, d'exercer une action malsaine sur ceux qui l'imitent ou qui l'aiment; aillant vaudrait accuser de corruption le Corrége ou l'Albane. 11 o^, rendu service à tous par sa sincérité; jusqu'en 1833 il n'a connu et n'a chanté que le plaisir; la plus intime, la plus ouverte de ses poésies, la dédicace à Alfred Tattet, peut se résumer en deux mots : insouciance et volupté. C'est seulement lorsqu'il est blessé par l'amour qu'il l'introduit dans ses œuvres, et alors il le peint en maître. Le sentiment pur lui a inspiré Carmosine ; dans ses Confessions il excelle à rendre la passion souillée parla débauche, rongée par le soupc^^on. Peut-être a-t-il trop souvent dédoublé les éléments indispensables de Tamour, tendresse et volupté, les personnifiant, les opposant l'un à l'autre : ainsi. Octave et Cœlio d(*s Caprices de Marianne^ et, dans XldijUe^ Rodolphe et Albert.
Sans doute ]\Iusset avait conscience de sa valeur, mais je n'ai pas connu d'auteur plus modeste, . moins enclin à se produire, à faire monti*e de ses ouvrages. Pendant deux ans, nous voyant presque chaque jour, il ne m'avait jamais parlé de ses poésies ; un soir seulement, comme il s'était