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DEUXIEME LETTRE

5 mai 1867.

Mon cher ami,

Après vous avoir exposé- les faits principaux qui se sont accomplis pendant mes trente-quatre années d'Opéra, il me reste à vous parler des dispositions prises par l'Administration, qui ont été contraires à mes intérêts particuliers, et peut-être aussi à l'intérêt général. Ma conviction est tellement établie à cet égard, que je ne crains pas de formuler une appréciation des faits ainsi que des causes qui les ont déterminés, touchant ma position et mes espérances déçues.

Je vous ferai connaître sincèrement toutes mes ambitions, et vous jugerez si, dans la mesure où je les ai maintenues, j'ai, par suite d'un faux araour propre, dépassé

-sala limite des prétentions qu^il m'était permis d'avoir.

Je ne m'entretiendrai donc, cette fois, avec vous, mon cher ami, que de mes dernières années, c'est-àdire, depuis ma nomination de 2® chef. Cette position secondaire, dans les conditions heureuses où je l'ai conquise, me permettait du moins d'aspirer un jour à mériter la première !

Comme vous l'avez vu, les circonstances ne m'ont point été favorables dès mon début; car, à peine étaisje nommé 2« chef que le premier disparaissait.

Eh bien! je comprends parfaitement qu'à cette époque, on ne m'ait point trouvé les droits nécessaires pour occuper ce premier emploi. Et cependant, quelle était l'opinion générale des artistes? Si ces souvenirs sont restés en mémoire, la sincérité de leur côté et le juste orgueil du mien seront d'accord. C'est que l'orchestre me désignait alors pour son chef. Mais, malgré cette distinction, dont je serai toujours fier, si l'on eût au moins choisi le premier chef d'orchestre d'un des premiers théâtres lyriques pour le successeur de Girard, j'aurais considéré les paroles flatteuses qu'on voulait bien m'adresser, comme un témoignage bienveillant de camaraderie, rien de plus, et je me serais tu. Tandis que, nommant un chef des chœurs en remplacement d'un chef d'orchestre, il m'était, je crois, permis de revendiquer, pour mon propre compte, la faveur qu'on accordait à un artiste étranger à l'orchestre : celle de se faire soi-même chef d'orchestre, par le zèle, par les efforts constants, par un travail continu, en un mot, par la pratique.

— La responsabilité était trop grande? la mission trop élevée? — je reprends ma logique : Est-ce qu'on eût été plus lié avec moi qu'avec M, Diestch? plus em-»

barrasse de ma personne? Non! si j'eusse été insuffisant, c'est moi qu'on eût mis à la retraite; mes droits à la pension étaient acquis déjà; alors, s'adressant ensuite à un chef de chant pour lui donner le commandement d'un orchestre, c'eût été proclamer, à la fois, rinsuffisance d'un artiste pris dans le sein de l'orchestre et confirmer la nécessité absolue de recourir à un chef de chœurs.

Plus tard, lorsqu'eut lieu, il y a trois ans, le remplacement subit dudit chef des chœurs passé chef d'orchestre, ce fut, pour moi, le dernier espoir brisé, l'avenir détruit; il ne m'était plus permis désormais de concevoir de nouvelles espérances.

Mais, si trois ans auparavant, j'avais apprécié, tel que vous le voyez, mes ambitions (permises selon moi) elles pouvaient présentement, m'étre plus autorisées, je pense. N'avais-jo point aussi, moi, trois années de service actif qu'on pouvait (si le sort m'était favorable) consulter.

Cependant, il fallut me résigner; c'est de ce moment que datent toutes mes déceptions.

On chercha, par tous les moyens possibles, à mettre en faveur le nouveau venu. Ouvrages nouveaux, ouvrages repris, ballets anciens remontés, tout lui fut confié.

Les représentations un peu importantes qu'il m'arrivait d'avoir à conduire, m'étaient enlevées au moment môme : soit qu'un premier sujet y figurât (ce qui n'avait pas été prévu), soit que la visite d'un haut personnage fût annoncée. Comment étais-je chef ^?... Juste

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