CHAPITRE PREMIER
I. — La 2* partie de ce long récit commence à partir du jour où, après bien des hésitations, j'ai enûn donné ma démission de 2'' chef à l'Opéra, le 1" juin 1870.
Cette liberté tant désirée vu les tribulations, les misères que j'avais éprouvées ne pouvait m'ôtre assurée que pour l'époque réglementaire, c'est-à-dire six mois après. Je devais donc encore mon service à l'Opéra durant ce laps de temps, tourmenté comme je l'étais parles indispositions fréquentes que m'avaient causées les émotions d'une détermination pénible ; je craignais d'être tenu éloigné de mon poste dans un semblable moment.
Ces craintes furent malheureusement que trop justifiées ; je tombai malade dans le courant de ce môme mois.
J'eus la première atteinte de ces malencontreux rhumatismes qui devaient, par la suite, me poursuivre sans cesse, et mettre continuellement obstacle dans ma carrière à l'exercice de mes fonctions, jusqu'à m'obliger de les abandonner.
Dans les premiers jours d'août, j'allaien convalescence à Forges-les-Bains, avec W"® Dominique et sa pauvre Juliette. — Là, mettant le temps à proflt, j'écrivis la 2' suite des violonistes célèbres.
Je fus rappelé à Paris par les événements qui allaient fondre sur nous. La déclaration de guerre; — les tourments, les inquiétudes, la peur que cette nouvelle causa à ma mère l'emportèrent. Je la perdis le 11 novem-
bre 1870! Après vint le siège; — ma santé fortement ébranlée, retenu par les jambes, ne pouvant bouger de ma chambre, je vécus, privé de nourriture et de chauffage, assis devant mon bureau, seul, n'ayant avec moi qu'une brave et dévouée domestique, ma bonne Henriette qui désormais fut ma seconde mère. Le travail me soutint : j'étais captivé par un système particulier d'harmonie adaptée au plain-chant. Je fis dans cet ordre d'idée un Requiem^ des Plains-Chants divers et une Prière pour la Paix que je destinai, à la Société des Concerts.
Ensuite arriva la Commune; — je me décidai à quitter Paris. J'allai en Bretagne, à Dinàn, retrouver un de mes bons amis, auquel j'appris nos revers et mon malheur. La vie de famille dont j'avais vécu jusqu'à présent, renaissait pour moi avec les douceurs et le calme qu'elle procure. Dépourvus de nouvelles, sans correspondance, nous vivions éloignés, tristes, mais non découragés. Nous trouvions encore des jours heureux, moi, lorsque je composais mes rêveries dinannaises, ou lorsque nous exécutions une sonate ensemble devant un auditoire charmé. A ce propos l'un de nos confrères, M. Delzan, • dans son discours à la séance publique de la Société académique des Enfants d'Apollon, rapporte le fait ainsi qu'il suit :
« MM. Deldevez et Decourcelle, que les événements tenaient à cette époque éloignés de Paris, vivaient ensemble, séparés de tous, dans une petite ville de la Bretagne. Ils voulurent le jour de l'Ascension donner un souvenir à leurs confrères, et, suivant une tradition séculaire, célébrer le cent^trentième anniversaire de la création de la Société académique des Enfants d'Apollon.
« Dès le matin ils mirent leurs vêtements de fête; ils s'embrassèrent en se rencontrant; puis, seuls, lentement et sans parole, ils exécutèrent une sonate de Mozart pour piano et violon.
« Le banquet suivit le concert et d'une main tremblante d'émotion sans doute, — à cette petite table sans hôtes, — on but à la France meurtrie et aux absents aimés.
« Ainsi se célèbrent les fêtes, dans les jours de deuil, avec le cœur; ainsi les premiers chrétiens, réfugiés aux catacombes, sous Maximin ou sous Septime, trempaient le pain dans les larmes en attendant des jours meilleurs! »
Mais cet état de quiétude dans lequel nous rêvions ne pouvait durer. Le bruit de nos désastres finit par transpirer autour de nous, et jusqu'au jour où il nous fut permis de rentrer dans ce Paris si effroyablement éprouvé, nous fûmes assiégés à notre tour par les remords, mal fondés il est vrai, que nous donnait à chaque instant la relation des événements et les réflexions qui s'en suivaient : «" Maison abandonnée! la première pillée!... », etc.
Enfin nous profitâmes du moment où nous pûmes rentrer chacun chez soi.
A l'opposé de bien du monde, rien n'était changé dans ma situation à l'Opéra. Les événements avaient empêché qu'on s'occupât de régler ma pension, et j'étais contraint de continuer mon service en subissant, comme tous, une diminution suivant le taux des appointements établi dans l'échelle de proportion du décret du 14 mai 18S6.
Cette obligation me fournit l'occasion d'assister, comme spectateur, aux tristes soirées du siège, aux concerts enfumés par des quinquets remplaçant le gaz,
jusqu'à la reprise des représentations qui fut enfin le signal si longtemps attendu de la reprise générale des affaires, et de la réouverture des théâtres qui sont le thermomètre de la tranquilité publique.
Elle se Qt lentement, hélas! car tant d'intérêts avaient souffert!
Ce ne fut que le 1" octobre 1871, qu'on me remit mon certificat d'inscription sur l'état des pensionnaires du théâtre de l'Opéra, pour une somme annuelle de 1,777 fr. J*eus la jouissance de huit trimestres (deux années) de pension. La liberté enfin ! conquise après tant de peines, de déceptions et de misères endurées non sans révolte, mais inutilement.
L'année 1872 se signala par deux faits importants qui étaient une espèce d'écho des années antérieures si agitées pour moi à l'Opéra.
Pour cause d'indisposition George Hainl ne put diriger le concert du Conservatoire le Vendredi^saint 29 mars.
Depuis les deux concerts extraordinaires des 6 et 20 décembre 1863, c'était la première occasion qui se présentait de me remettre en évidence, après neuf années de repos absolu (si ce n'est le chœur : O fons amoris que je composai à la mémoire de mon père, et qui fut exécuté le Vendredi-saint et le Dimanche de Pâques aux concerts de la Société, 1867).
Cette lueur de succès avait-elle à peine brillé pour moi qu'il me fallut rentrer aussitôt dans Tobscurilé!
Ce ne fut qu'à la fin de l'année, à la dernière répétition de la session que devait s'accomplir l'acte solennel et inattendu de la démission de George Hainl, comme chef d'orchestre de la Société des concerts.
Dans une allocution adressée à l'orchestre et au chœur,
il fît connaître la raison qui l'obligeait à quitter la Société : ayant endossé la succession de Gevaërt par dessus les fonctions de premier chef d'orchestre, rOpéra, disait-il, réclamait tout son temps. — Et je fus à la fois surpris et reconnaissant qu'il me désignât comme son « loyal ami » et son successeur.
Je fus très touché aussi d'entendre dire à Ambroîse Thomas, apprenant de George Hainl sa détermination : t Vous avez à vos côtés un successeur tout indiqué. »
Le 26 mai de la susdite année 1872, la Société des concerts réunie en assemblée générale procéda à l'élection de son premier chef d'orchestre ; je fus élu au premier tour de scrutin par 94 voix sur 104 votants.
Il V eût dans cette nomination, comme dans celle de l'Institut, un regret à côté de la joie : le regret d'arriver à des fonctions enviées, que, faute d'une voix, j'aurais pu exercer plus jeune de neuf ans.
IL — Du 26 mai au 30 octobre (1872), jour où eut lieu ma première répétition à la Société des Concerts, je me trouvai pour la première fois depuis ma démission de l'Opéra, dans une situation nouvelle pour moi, et que je redoutais à cause de Tisolemeni dans lequel j'allais être plongé. Cette maladie morale dont j'éprouvai les atteintes dès mon enfance, compliquée plus tard de rhumatismes, devaient être mes deux cruels ennemis.
L'inaction du moment présent, l'activité dans la pensée, en perspective de la prise de possession de mes nouvelles fonctions, les alternatives de crainte et d'espérance, de désir et de désespoir, de succès et de revers, cet abattement de l'âme lorsque l'idée fixe est portée sur un des points noirs de l'avenir, ces sombres pensées
envahissaient tout mon être et finissaient par me faire douter de moi. — A ce point qu'il me semblait que mes forces me trahissaient, que mes facultés diminuaient ; enfin j'aurais préféré mourir que d'être dans cette attente incertaine.
Dans cette disposition d'esprit, privé de tout concours de musique, je crus perdre la tête. On ne s'imagine pas combien est différente la vie pour celui qui habitué à un régime musical, à l'orchestre, pense, rumine, est, s'il convient, ailleurs d'esprit, vit, en quelque sorte, mêlé aux sons des instruments; celui-là se trouvant, tout-àcoup sevré de toute audition musicale est comme transporté dans une autre sphère, respire un air vide, dépourvu de vibrations sonores : l'air qu'on doit respirer sous le « mancenillier i.
Et pour surcroît de malaise, cette idée de démission, ce remède trompeur des infortunés, qui sans cesse m'avait poursuivi dans ma captivité à TOpéra, revenait à la surface de mes pensées agitées.
Je cédai à l'idée qui m'obsédait. J'écrivis au comité de la Société que me sentant malade, je donnais ma démission des fonctions que je n'avais pu encore prendre en main. Je fis part de ma résolution à quelques amis désolés, à cette boflne amie M"° Dominique, qui jugeant du trouble de mes esprits, me raisonna, me fit reprendre courage, et finit par triompher de ma faiblesse de caractère. Je déchirai la lettre qui eût pu m'ôtre funeste, et je vouai une reconnaissance éternelle à l'amie véritable qui m'avait sauvé d'un semblable péril.
Le temps avait marché, la reprise de la vie active approchait, les répétitions allaient commencer. Je fis mon entrée à la Société par la symphonie avec chœurs qui fut un heureux début pour moi.
Telle fat la proface de ma direction de chef d'orchestre au Conservatoire, direction que je fus forcé d'abandonner, lage étant venu et les rhumatismes aussi!
m. — J'étais arrivé au faîte de mon ambition !
Sorti du Conservatoire, ou pour mieux dire ne Tayant point quitté après mes études terminées, j'avais vu Habeneck à l'œuvre, fonder la Société des concerts; son successeur Girard la maintenir au premier rang ; je représentais la tradition vivante, le lien continu de cette filliation suivie par mes prédécesseurs, et dont je devais plus tard poursuivre le chemin dans la voie primitivement tracée. J'apportais ma petite pierre à l'édifice, si par bonheur l'effet contraire ne venait à se produire.
Ma position était conquise, désormais. J'avais réussi! Ce calme rentré en mon âme, je vivais heureux !
L'année se passa ainsi, reposé parle succès, lorsqu'un malin, à déjeuner, on m'apporta une lettre datée du 2 juin 1873; — c'était M""® George Hainl qui me faisait part de la mort subite de son mari !
Je fus foudroyé par cette nouvelle, je ressentis une commotion qui s'étendit instantanément sur mon état moral; j'entrevoyais ce qui allait se passer.
J'allai de suite sur son lit de mort, lui dire un dernier adieu. J'appris de M"^** George Hainl qu'il avait eu une première attaque du mal qui l'emportait aujourd'hui, l'avant veille du Vendredi -saint 29 mars 1872, jour où je dûs diriger à sa place le concert, croyant à une indisposition. — Opinion confirmée d'ailleurs par la reprise immédiate de son service non interrompu jusqu'au jour de sa démission à la Société.
Le lendemain je reçus une délégation de l'orchestre.
Les artistes m'avaient désigné eux-mêmes à M. le Directeur comme successeur au poste devenu vacant.
Cette marque de confiance et de considération me toucha sensiblement, sans pour cela m'ôter de l'esprit les préoccupations que je concevais de la situation présente. Ces témoignages affectueux, bienveillants, sympathiques que je recueillis de toutes parts remportèrent sur mes appréhensions. Je cédai avec joie, je dirai même avec orgueil.
Mais, pendant que les sollicitations arrivaient de tous côtés à l'administration de l'Opéra, pour briguer la place vacante, et, que de mon côté je restais coî, en attendant que les derniers honneurs fussent au moins rendus à celui qui n'était plus, je dûs, comme successeur de George Hainl, à la Société des concerts, prendre la parole sur sa tombe.
Voici en quels termes :
(c Messieurs,
« Il y a un an, le comité de la Société des concerts était informé que M. George Hainl subitement indisposé se trouvait dans l'impossibilité de conduire les deux concerts spirituels de la semaine sainte. Il incombait au 2« chef d'orchestre de remplacer le premier, absent. Je dirigeai les deux concerts, et je fus heureux de recevoir les témoignages de sympathie et les remercîments de celui qui promptement rétabli assistait au concert du dimanche de Pâques.
« Ce rétablissement ne lui permit cependant pas de continuer son dévouement pour la Société des concerts à laquelle il était attaché de cœur et dont il faisait l'objet d'un culte vénéré et d'un amour profond. Il dût songer à
se réserver un peu plus de repos, et à Tissue de la session, c'est la voix émue, les paroles attendries par les larmes, que M. George Hainl adressait à la Société des Concerts les touchants adieux et les regrets, aussi sincèrement exprimés qu'ils étaient partagés, de se séparer d'une famille qu'il avait trouvée et dont il était fier d'être le chef.
« A ces nobles sentiments inspirés par l'art qu'il cultivait, George Hainl mêla la bonté qu'il avait dans le cœur en manifestant l'expression d'une pensée généreuse.
« Cette pensée s'est réalisée, et, c'est aujourd'hui celui qu'il honorait du titre de loyal ami, celui qui a l'honneur de lui succéder, celui qu'il désignait, sans le prévoir, comme devant remplir une douloureuse mission ; en un mot, c'est cet ami sincère qui, en son nom et aux noms de tous les artistes, vient adresser sur cette tombe un éternel adieu au chef d'orchestre, vice-président honoraire de la Société des Concerts.
« Si mes paroles sont impuissantes pour peindre l'émotion que vous ressentez, Messieurs, le souvenir d'un fait accompli qui honore la mémoire de celui qui n'est plus, sera plus éloquent que mes vains efforts.
t Et, en effet, nous avons acquis malheureusement la certitude que frappé une première fois d'un mal dont il devait plus tard succomber, George Hainl revint parmi nous, à peine rétabli, avec la seule pensée et la volonté inébranlable de remplir jusqu'à la fin de la session l'accomplissement d'un devoir.
« Je n'entreprendrai point l'éloge de George Hainl. Je suis placé trop près, et, par conséquent, il pourrait se dérober à mes regards les actes les plus importants de sa vie d'artiste. Et puis, lorsque Ton professe ensemble le même art, chaque nature, chaque individualité, n'est-ce point là autant de diversités qui se produisent, se rencontrant, cherchantà se définir les unes, les autres, et se passionnant souvent par Teffet de la conviction intime qui domine tout sentiment.
< Mais lorsqu'à la fin d'une longue et brillante carrière, terminée par un arrôt du sort, lorsque la tombe renferme à peine encore le cercueil que nous venons y déposer, à cette place il est au moins permis de distinguer les qualités réelles, les actions généreuses, le caractère ferme, le dévouement de l'artiste, de l'homme bon, affable, juste, qui mérite si hautement l'hommage que nous lui rendons tous.
« Ta mort, George Hainl, sera vivement sentie par tous tes amis. Puissent nos regrets être une consolation pour ta famille éplorée !
« Reçois, mon cher George, les adieux de tous ceux qui te furent chers. Ton souvenir restera parmi nous. Une dernière fois, adieu! »
Ce ne fut que le 6 juin que j'allai rendre visite à M. Halanzier et lui présenter ma candidature à la succession de George Hainl. M. le Directeur apprécia mon silence gardé jusqu'à ce jour, où il m'était permis, sans manquer à de pieux devoirs, de solliciter l'honneur que j'ambitionnais.
Le quatrième jour suivant, le 9 juin 1873, je fus nommé 1^"^ chef d'orchestre à l'Opéra.
IV. — A ces deux nominations de chef d'orchestre de la Société des. Concerts et de l'Opéra, — fonctions les plus élevées auxquelles j'ai tant aspiré ! — vint s'en ajou* ter une troisième qui couronna mes espérances. Je veux parler de la « classe d'ensemble d'orchestre » .créée au Conservatoire par son directeur Ambroise Thomas , et de laquelle il me nomma professeur (15 octobre 1873).
Ces différentes directions, formant des commandements plus ou moins multiples, ont des responsabilités diverses. Essayons de les préciser*
D'abord, ces directions sont-elles aujourd'hui ce qu'elles étaient du temps où les maîtres que j'étudiais avec passion les tenaient en leurs puissantes mains? — Ils ont laissé un tel souvenir dans ma mémoire, que je retrace ici avec certitude jusqu'aux moindres impressions de leurs faits et gestes qui ont frappé ma jeune imagination.
La situation de chef d'orchestre, à cette époque, était celle d'un maître considéré, respecté, dont l'autorité reconnue de toutes parts s'étendait sur tous les points de chacune des parties qu'il dirigeait, de manière à en faire un faisceau qui représentât l'unité d'action de laquelle il était revêtu.
Bien plus, par suite d'un privilège admis et justifié par le mérite, par la connexion des fonctions, la direction de l'Opéra était attribuée sans conteste à un violoniste, professeur au Conservatoire. — L'usage, subsistant encore, reconnaissait le violoniste pour chef d'orchestre. — Il pouvait môme être fondateur de la Société des Concerts! Et cette création était le fruit d'un professorat qui comptait de nombreux élèves devenus des professeurs, des artistes éminents formant Ecole. Certes, on pouvait aspirer à de tels honneurs ! Aujourd'hui ces fonctions sont séparées. Elles ne coexistent plus ; elles sont éloignées l'une de l'autre. La division a porté atteinte à la considération de chacune d'elles.
La plupart de ceux qui contribuaient à l'ensemble, en se rangeant sous une seule et même autorité, ont fini par gagner peu à peu du terrain ; soit par leur valeur réelle, soit par la position pécuniaire ou ils sont parvenus, ils ont empiété sur l'autorité, sur l'unité d'action du chef d'orchestre. Ils se sont mis, à titre d'éloilesj
par certaines exigences faciles à prévoir, en son lieu et place pour apprécier arbitrairement, pour imposer d'une manière absolue.
Le commandement provenant ainsi de plusieurs volontés qui à la fois se faisaient jour, et que toute administration supérieure devait un jour ou l'autre subir, impuissante à retenir un tel essor, le comawndement du chef d'orchestre fut par conséquent amoindri, affaibli, ne s'exerçant plus sur toutes les parties de l'ensemble, quelques-unes devenues rebelles à son pouvoir discrétionnaire.
La déconsidération s'en suivit. De tous côtés se manifesta une indépendance dans la manière de procéder, laquelle au dernier jour, — à l'heure ou chacun par intérêt personnel raconnaît trop tard, parfois, l'autorité dans un seul, — amena de part et d'autres une sorte de tiraillement, de contrainte dans l'exercice partiel des parties qui devaient indubitablement influer sur l'ensemble.
C'est ainsi que fut diminué peu à peu le prestige qui entourait autrefois le chef d'orchestre.
Maintenant, la nature des directions établit des proportions dans la mesure des atteintes portées à chacune d'elles.
Celui qui devait en être le plus touché c'est le chef d'orchestre de TOpéra. Ces diverses fonctions qui se groupent autour de lui sont autant de commandements qui ne reconnaissent pas toujours la principale autorité dans celui qui est investi du commandement en chef. C'est qu'à vrai dire, il ne règne pas entre les diff'érents chefs de service, comme ailleurs, une hiérarchie qui les subordonnent les uns aux autres. Ils sont tous indépendants isolément; ce n'est que réunis qu'ils doivent
reconnaître la loi qui les gouverne, c'est-à-dire Tautorîté d'un seul.
On voit combien est difficile d'arriver à parfaite entente entre chefs exerçant chacun une autorité que rien domine à présent, et qui, à un moment donné, abandonnent leur personnel pour le placer sous la direction unique du chef d'orchestre.
Pour que celui-ci obtienne le résultat auquel chacun concourt : la perfection d'exécution, il faut que chaque étude partielle ait été dirigée de manière à répondre sans résistance aux obligations, aux fluctuations inévitables, à toute nécessité de rompre avec les habitudes contractées, pour suivre une volonté que rien ne doit entraver. C'est dans une communauté de sentiment avec le chef de l'ensemble, que doivent agir les chefs de partie. Sans la conviction, le dévouement de ceux-ci, cet autre, quel qu'il soit, ne pourra jamais accomplir la tâche dont il a mission.