Davichy 3 actes, le 3 juin
lets donnés séparément comme aux Italiens (1874), tels que La Source, Coppélia^ Diavolina^ TOpéra ne fut pas plus généreux ; aucun autre ballet ne vit la rampe en 1875. Ce n'a été que le 14 juin 1876 qu'il se décida à monter un ouvrage nouveau : Syivia, ballet en deux actes et trois tableaux de Léo Delibes.
Il faut reconnaître qu'aucune danseuse étoile ne figurait alors dans les cadres de TOpéra. Il était réservé à la Sangalli de faire son apparition au Nouvel Opéra dans un ballet {Syivia) qui fut spécialement écritpour elle. — C'est la première fois que l'on entendit un écho, dansé, en pizzicato.
Pour cet ouvrage, ainsi que pour le Roi de Lahore (comme on le verra plus loin), les auteurs soulevèrent une question qui ne pouvait qu'être appréciée et soutenue par le chef d'orchestre, mais résolue par le Directeur. Il s'agissait de dispositions particulières et d'une augmentation du personnel concernant l'orchestre, afin de ne point affecter un double emploi à quelques uns des exécutants. Voici la note des détails que m'adressait à ce sujet l'auteur Léo Delibes.
10 f Un cor Solo swr le théâtre, »
a Cet artiste devra être pris en plus des 4 cors de Torchestre. Son rôle dans Touvrage est 1res important et très étroitement lié au sujet du ballet. »
« Il faudrait que la personne chargée de cela filles répétitions,, la lecture et même une répétition de mise en scène, sans Torchestre, pour bien régler la sonorité; »
20 « Je désirerais instamment avoir 4 harpes. Le caractère du sujet et celui de ma musique réclamentce supplément usité dans plusieurs ouvrages (surtout avec les pro« portions de la sonorité de la nouvelle salle) j'espère que vous n'y verrez pas d'obstacle ; »
3® « Le 2e pupitre des cors est entièrement écrit pour 2 cors à pistons (il y a même un petit solo pour cet instrument dans le 3^ acte.) Cette combinaison est employée fréquemment, n'est-ce-pas ? >
4 o« J'ai écrit pour M. Mayeur un solo de saxophone alto en mi bémol ; •
oo « Enûn, je désirerais pour un effet spécial ajouter, aux 3 timbales, une petite timbale imitant les tambours arabes — je Tai demandée chez Martin et on doit nous rapporter. J'espère que M. Cerclier ne fera pas de difficulté pour cela, surtout si vous lui en parlez ; »
6® « En ajoutant le tonnerre sur le théâtre (qui je crois n'est pas de votre ressort) j'en aurai fini avec toutes les herbes de la Saint-Jean nécessaires pour la cuisine que j'entreprends en ce moment... »
Les conditions d'exécutions allant au delà des éléments ordinaires composant Torchestre, réglées par les auteurs, lorqu'on n'a point comme Meyerbeer un traité en poche, semblent être acceptées dès les premières représentations; ensuite, après y avoir fait droit, elles disparaissent peu à peu, et Ton retombe dans les errements habituels.
La veille de la lecture du Prophète^ à l'issue de la représentation, l'orchestre reçut l'ordre de rester en place. Nous vîmes le rideau se lever dans un silence solennel, et, apparaître, sur le théâtre, Meyerbeer accompagné du Directeur, Nestor Roqueplan. Après les saints d'usage, c'est-à-dire les applaudissements sincères adressés au maître aimé, Meyerbeer s'informa auprès de Girard de l'emplacement qui devait être réservé pour la 3^ flûte et la clarinette basse obligées dans l'ouvrage. On trouva, à la rigueur, la place pour la 3® flûte^ — en ligne avec les deux flûtes ordinaires de l'orchestre, il ne
s*agîssait pour cela faire que de supprimer une entrée de faveur — mais, quant à trouver à caser la clarinette basse — les archets largement déployés, les instruments posés, prêts à sonner, chacun s'appliquant à maintenir ses aises — ce fut une autre affaire, Nestor Roqueplan, d'un côté, invoquant l'impossibilité, Meyerbeer, de l'autre, montrant son traité signé. Enfin on finit par s'entendre. La clarinette vint se grouper auprès des bassons ; on déplaça un pupitre d'alto que l'on fit passer à la queue. Mais une fois le succès de Touvrage assuré, ce qui ne tarda pas, les choses reprirent leur coutume, à savoir, 2 flûtes à l'orchestre, à demeure ; la clarinette basse n'arrivant que pour le 4® et le 5* acte.
Ajoutez à ces deux ouvrages nouveaux, deux soirées d'extra :
1° Une représentation donnée le IS février au profit des familles victimes de la catastrophe de Saint-Étienne, composée d'un spectacle dit « coupé » dans lequel trouvèrent naturellement place des fragments de nos chefsd'œuvre lyriques et leur principaux interprètes.
— Programme : Ouverture d'Oberon, 2* acte de Do7i Juan, 2"" et 3* actes d'Hamlet, 5® acte de Faust, 1®^ tableau du 2* acte àe La Soufre ;
2° Le 2S avril, une représentation au bénéfice des victimes de Tincendie du théâtre des Arts à Rouen, — M. Halanzierse souvenant qu'il avait été, pendant trois années, directeur à Rouen.
Voilà le bagage del876, après une année stérile.
VL — L'année 187-7 compte un ouvrage nouveau et une reprise : le Roi de Lahore et la Reine de Chjpre, deux ouvrages qui furent couronnés par le succès.
Comme je voulais prévenir le retour de quelque incident, dans le cours des répétitions du Roi de Lahore je profitai de l'occasion qui se présenta dès la première répétition, à laquelle j'assistais, moi et mon archet, pour rassurer les sujets sur la nature de mes intentions à leur égard, qui loin de leur être contraires étaient tout à leur avantage.
Ce fut à propos d'un passage qu'un chanteur élargissait outre mesure ; je dis à Massenet qui se trouvait près de moi qu'il ferait bien d'indiquer sur les parties d'orchestre ce ritardandoj de l'accompagner soit de molto^ soit de moltissimo, selon le degré du retard qu'il désirait. Sur ce, le susdit chanteur s'interrompant me dit qu'il chanterait comme il lui conviendrait, que je n'avais à m'occuper que d'une chose : le suivre.
— Mais c'est précisément ce que je demande à l'auteur en ce moment, — répliquai-je — de préciser le caractère de rallentendo afin que vous soyez entièrement libre.
Il faut dire que nous étions en délicatesse, depuis une précédente répétition, où j'avais eu le tort de blâmer un point d'orgue trop prolongé, surtout venant après une vélocité de trait qui rendait plus sensible encore la tenue exagérée de l'avant dernière note de la phrase,
— Il faut bien faire son petit effet, me dit-il* Après quoi je répliquai, il est vrai :
— Un effet I... un effet de mauvais goût.
Là dessus, il prétendit que je devais le suivre, sans nulle observation, lorsqu'il chantait seul, — et lui, me suivre, quand c'était dans l'ensemble.
L'autorité du chef d'orchestre était bien aventurée* comme on voit.
Et voilà ce qui avait été cause de notre brouille mo-
mentanée. Ce léger nuage se dissippa et Thorizon s'éclaircit. Gomme par le passé, nous fûmes amis. !
Les répétitions marchèrent sans encombre, de con- i
cours avec les représentations, les débuts, les rentrées, '
jusqu'au 27 avril 1877, jour de la première du « Roi de 1
Lahore » opéra en cinq actes de MM. Massenet et i
Gallet. '
Au sujet de cet opéra, l'administration me communiqua une liste, dressée par l'auteur, des instruments que j comprenait sa partition .
En voici le relevé :
€ Orchestre du Roi de Lahore,
— 2 Flûtes (1 grande, 1 petite ou grande).
— 2 Hautbois (le l«r joue le cor anglais).
— 2 Clarinettes.
— 2 Saxophones.
— 4 Bassons.
— 4 Cors ordinaires.
— 2 Cornets à pistons.
— 2 Trompettes ordinaires et à pistons.
— 3 Trombones.
— 1 4e Trombone.
— 1 Ophycléïde.
— 4 Contre-basse en si bémol.
— 1 Timbalier.
— 4 Tambour militaire.
1 Triangle, tambour indien (même pupitre).
1 Jeu de timbres.
— i Grosse caisse.
— 1 Cymbalier.
— 4 Harpes. »
Il y avait donc nécessité de recourir à des externes, afin d'assurer le service de certains instruments affectés
à un même exécutant, la composition générale de Torchestre de TOpéra étant :
12 1er» Violons, 11 2" —
8 Altos.
10 Violoncelles.
8 Contrebasses.
2 Flûtes.
2 Hautbois.
2 Clarinettes.
4 Bassons.
4 Cors.
4 Trompettes.
3 Trombones.
lOphycléîde.
4 Harpes.
1 Timbalier.
1 Grosse caisse.
1 Cymbalier.
1 Tambour.
1 Triangle.
1 Tuba.
2 Saxophones.
83 Actifs.
1 le' Violon.
I 2e - 1 Alto.
1 Violoncelle.
1 Contrebasse.
1 Flûte.
1 Hautbois.
1 Clarinette.
2 Cors.
1 Trompette.
II En réserve.
Total : 94 exécutants.
Cette nécessité devenait urgente par le fait d'une absence imprévue de Tun des exécutants multiples. Une lettre du maître adressée à M. Mayer, régisseur général de la scène*en fera comprendre l'importance.
« Cher Monsieur Mayer,
« Je viens vous rappeler que j'ai remis à POpéra une note indiquant les instrumentistes auxiliaires qui sont d^une absolue nécessité dans Texéculion de mon ouvrage.
« Il faudrait pour exécuter ces parties d'orchestre des artistes externes.
Deux saxophones. I
Un trombone, > 4 exécutants dans l'orchestre.
Une contre-basse Sax. \
tt Le jeu de timbres n'a pas été joué à la répétition de mardi — il serait utile de le posséder demain soir...
Paris, 9 mai 77.
Croyez, cher Monsieur Mayer, « J. Massenet. »
— no —
Des non présences devaient également se produire dans le service des externes.
Le fait ne fut signalé dans une lettre de l'auteur :
« Vendredi soir 23 mars 77,
a Cher maître,
« Voici la carte et l'avis que je reçois àTinstant. —
— R. sera absent le samedi et le dimanche, ci-joint l'adresse des clarinettistes : etc. —
« Cela devait nécessairement arriver et arrivera plus d'une fois peut-être, hélas !...
€ La même absence se produira pour le 4' trombone tant, qu'àrOpéra, les précautions ne seront pas prises,
c J. Mâssenet. •
D*un autre côté le service des harpistes sur le théâtre occasionnait des réclamations auxquelles il était juste de faire droit. Elles étaient à mon adresse^
<L Monsieur,
« Nous venons soumettre à vôtre juste appréciation là demande qu'on veuille bien nous faire porter nos harpes; quand nous avons à monter sur le théâtre
« Nous vous rappellerons,' Monsieur, que cet usage existait, dans V Africaine et dans la Coupe du Roi de Thulé; qu'il existe dans d'autres théâtres et maintenant que là
-distance est encore plus grande, notre réclamation nous semble d'autant plus fondée.
« Gonflant...
« 25 mars 1877.
Signé :
Après ces détails matériels vint le tour des remarques sur l'exécution, communiquées au chef d'orchestre par son musicieii et affectueux auteur ^ Massenet.
J'en extrais quelques-unes qui donneront une idée de la minutie apportée à certains détails. Cela, du reste, était naturel et fort juste, mais pas toujours aisé à observer. On en jugera :