‹ Mes mémoiresChapitre 33 sur 54 · AUBER · texte numérisé non relu

AUBER

La Reine de Chypi^e

Halévy

Les Huguenots

Meyerbeer

Freyschiitz

Weber

Oa fit môme quelques répétitions de chant. . .

Mais on en resta là !

L'occasion se présenta du dehors, où par suite de puissantes protections, l'escalier d'honneur, la salle, la scène furent accordés pour une soirée, donnée au béné« flce d'une institution, dont le caractère martial était sous le patronage du comité de l'œuvre des Pupilles de la guerre.

On exploita l'influence d'un nom illustre, d'un compositeur dont \di présence serait un double attrait pour le public et pour les sujets, étoiles, artistes, tenant tous à honneur de se produire sous son commandement.

La soirée offrait d'ailleurs, entre autres attractions, un fragment de Faust^ opéra non encore remonté, mais dont on annonçait prochainement la remise au répertoire, le (( Mcînonv^e » du soldat (inédit), avec solo, chœur et orchestre, Galia, etc., dirigés par Fauteur.

Cependant les ordonnateurs de la fête furent déçus dans leur espoir. Survint un incident imprévu qui ne laissa pas que de porter un préjudice pécuniaire à la représentation. Quelques journaux alléguèrent ce motif.

Voici le fait raconté par le Ménestrel du 30 mai 1875.

« Nous disions que l'événement de la représentation annoncée pour ce soir à l'Opéra, au bénéfice des Pupilles de la ffU€7Te^ serait sans contredit, l'interprétation des deux tableaux de Faust, sous la direction de Ch. Gounod ; mais nous avions compté sans la regrettable intervention des artistes de l'orchestre de l'Opéra. Ces messieurs s'appuyant snr une coutume surannée dont ils font une question de principe, ont cru devoir se refuser à l'honneur d'être conduits par l'auteur de Faz^/... Empressonsnous de constater que M. Deldevez n'est pour absolument rien dans ce conflit si complètement imprévu. Il

s'était au contraire fait un devoir et un plaisir d'offrir à l'auteur la direction de ses œuvres, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante de Gh. Gounod :

ii Paris lo 25 mai 1875.

« Mon cher Deldevez,

« J'apprends que ces messieurs les musiciens de l'orchestre, désireux de conserver intact un principe qui, jusqu'ici, a régi inflexiblement l'exécution de toutes les œuvres à l'Opéra, verraient avec peine se produire une exception qui pourrait désormais être invoquée comme un précédent.

« Je m'empresse donc de laisser entre tes mains le bâton de l'orchestre que tu m'avais si affectueusement offert pour la direction d'une partie du programme de la soirée de gala qui doit avoir lieu le 30 de ce mois.

Bien à toi de cœur Ch. Gounod. »

Quelques jours après le Ménestrel poursuivait ainsi :

« Ch. Gounod assistait comme compositeur à la répétition générale de cette soirée et, lorsqu'il a paru sur l'avant-scène, il a été de la part des musiciens de l'orchestre, Tobjet d'une ovation des plus chaleureuses. — Vous voyez, mon cher Gounod, a dit ou à peu près M. Halanzier, vous voyez par l'accueil qui vous est fait ici que, dans tout ce qui s'est passé, il n'y a jamais eu rien qui pût être interprêté contre vous personnellement, et que vous ne comptez dans l'orchestre de l'Opéra, commo dans toute la maison, que des admirateurs et des amis. »

Et plus loin :

«... Espérons qu'une fois tout ce bruit calmé, il en ressortira quelque chose de bon pour l'art et qu'en France, comme partout ailleurs, Torchestro s'inclinera devant l'auteur; — surtout à l'occasion de représentations extraordinaires du genre de celle de ce soir. »

Cette prophétie du Ménestrel s'est entièrement réalisée. Désormais c'est un fait accompli, un usage modernisé par le progrès.

A cette soirée de gala avait précédé de quelques semaines le service funèbre d'Alphonse Royer, pour lequel M. Halanzier m'adressait les lignes suivantes :

« Mon cher Deldevez,

« Vous avez apris la mort d'Alphonse Royer. Le service a lieu demain matin à dix heures précises à l'église de la Trinité.

« Je vous prie d'être mon interprète auprès de MM. les artistes de votre orchestre et de leur dire de ma part que je compte sur leur concours pour donner, en cette douloureuse circonstance, une dernière marque de sympathie à l'homme distingué qui fut, pendant six ans, le Directeur de rOpéra.

«Agréez...

Halanzier.

12 avril 1875.

« Ordre du service : De Profundis Libéra

Kyrie

Marche funèbre Pie Jesu, par Faure Andante de symphonie Chœur »

V. — Enfin, vint le jour où je pris définitivement en main les répétitions de Jeanne d'Arc. Ce jour là je conduisis avec l'archet qui avait alors sa raison d'ôtre, sa véritable influence, son initiative légitime.

L'ouvrage fut représenté le 5 avril 1875. L'année italienne (1874) est donc à déduire du temps que prirent les études à partir du jour où la première répétition d'ensemble eut lieu, le 21 octobre 1873, à l'ancien Opéra. En efifet, il fallut tout recommencer. M°" Krauss, prenant le rôle de M*^® Devriôs (qui quitta l'Opéra pour prendre le chemin de l'hyménée), Mermet avait eu tout le loisir pour revoir son instrumentation qu'il voulait mettre en rapport avec les exigences de la nouvelle salle et parer aux défectuosités de l'acoustique, disait-il. Je fus surpris de retrouver dans sa partition un air de ballet qui avait appartenu à son opéra de « David)), ^ et que M. Pillet m'avais donné à orchestrer. Il était sûr de l'effet (eut-il la bonté de me dire), et ce morceau, ajoutait-il, trouve précisément sa place dans Jeanne d'Arc. Je me laissai convaincre, car, au moins lui, laissait mes trombones en place, non comme Halévy, qui les avait supprimés comme ayant fort à souffler dans tout l'opéra (Charles VI).

Le ballet fut négligé, la. première année de l'ouverture du Nouvel Opéra; — à part quelques actes de bal-

Page 1