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EPILOGUE

Pénétré de la difficulté de nous assurer, cette année, plus que jamais, le concours de chanteurs, « sujets de primo cartello, » pour l'exécution des chefs-d'œuvre de notre répertoire, je manifestai, dès le commencement de nos travaux, le désir formel que les programmes fussent, à l'avenir, rédigés et arrêtés par le comité, afin qu'ils réunissent l'expression de la majorité.

Déjà, à une époque antérieure , le comité avait reçu môme communication.

c ... M. Deldevez exprime le désir que chaque membre du comité prenne part à Tœuvre commune en procédant à l'élaboration des programmes. Il serait à souhaiter que chacun choisissant un de ces grands ouvrages qui sont la base d'un concert et qui le c commandent », s'iétudiât à l'entourer de morceaux susceptibles de faire des ébauches de programmes complets et équilibrés, qu'il serait précieux de discuter le moment venu. »

Extrait du procès-verbal du comité de mardi !•' juin

Mon intention n'était pas seulement de dégager ma responsabilité, mais surtout de faire connaître et ap-

1. Voir la Société des Concerts, Paris, 1887. Firmin Didot, gr. ia-8«.

précier, en la partageant, là difficulté que comporte la mission délicate de régler ces t satanés » programmes. G est ainsi qu'on les nomme, dans le monde de la critique musicale.

— Et, à propos de ce mot malencontreux, qu'on me permette d'ouvrir une parenthèse à l'occasion de la rencontre que je fis sur le boulevard des Italiens, d'un des auteurs de paroles françaises, traducteur d'œuvres allemandes.

Ce fut quelques jours après le premier concert de la session qui eut lieu le 5 décembre 1880.

Je sortais de chez M"" Bloch qui m'avait mandé pour m'annoncer que malgré son succès de la veille, il lui serait impossible de chanter au deuxième concert. C'est alors que me trouvant en présence de la façon hautaine de traiter la Société, je ne pus retenir une expression regrettable qui me fut dictée par la mauvaise humeur avec laquelle — on le comprend sans peine — je reçus en plein visage, cette rude apostrophe : « Toujours vos satanés programmes » ! Je ne sus que répondre , et tournant le dos, en brisant la conversation, je marmottai entre les dents : « Hé! vous m'emb... nuyez »! et m'esquivai aussitôt. — Je m'excusai, comme bien on pense, de la malencontreuse parole qui m'était échappée, en expliquant le motif du trouble momentané qui m'agitait.

Revenons à la question.

Après avoir fait connaître mon intention, j'exposai, dans une note les motifs qui me faisaient agir ainsi. — J'y mêlai quelque amertume, j'en conviens :

€ Messieurs,

« Si je déroge, cette année, à mes habitudes du passé, qui, suivant l'expression de notre règlement ont été de rechercher des œuvres nouvelles, ou non exécutées encore, de les étudier, de les disposer afin de vous les faire connaître, en vous les présentant soit à Torchestre, soit au chœur, c'est que, il faut bien le dire, je n'ai pas toujours été récompensé par le succès, dans mes recherches, au point de vue de l'effet, du moins, et n'en ai retiré que bien peu de satisfaction. En effet, il m'est arrivé souvent de présenter des œuvres oubliées, ou point encore connues, d'auteurs classiques, nos maîtres célèbres, en présence desquelles on n'a peut-être pas eu sinon le respect, tout au moins les égards que réclame la mémoire des noms illustres des auteurs ; et en ces circonstances, pour ma part, je n'ai jamais recueilli le moindre regret, regret qui cependant devait se concevoir pour chacun de nous. 11 en est résulté que les essais de ce genre ont été moins fréquents, ce qui fait qu'aujourd'hui, en présence de la liste des œuvres préparées et non exécutées, «je remets en vos mains le soin de décider du sort de celles que vous jugerez susceptibles de trouver accès parmi vous. >

c Comité musical extraordinaire du samedi 14 octobre 1882. »

 cette note était jointe la liste suivante :

« Liste d'ouvrages préparés et non exécutés.

Hâendel. — Saûl, chœur-marche, chœur avec orgue. Palbstrina. — Stabat Mater, double chœur sans accompagnement.

JoMBLLi. — Mùerere, chœur-soli avec accompagnement

de basses.

Ramcau. — Castor et PoUuz, air et chœurs^ Gluck. — Iphigénie, ouverture avec chœur final.

— — Andante et airs de danse.

Spontini. — Pemand Cortez^ Marche et chœur du

3» acte.

Weber. — Euryanthe, Trio (Paroles françaises nouvelles].

Haendel. ^ Judas Machabée^ Fragments.

Benevoli. — Ckrtstus, chœur sans accompagnement.

Palestrina. — Christus, foetus es, chœur.

Haendel. — Israël en Egypte, fragments des deux parties.

— Les fêtes d'A lexandre.

Meyerbeer. — Struensée»

Beethoven. — Prométkee, nouveaux numéros.

— Cantate n^ 1, chœurs n* 4, n9 6.

— Fidelio, fragments.

— Messes en ré, en ut.

LuLLY. — Chœur d'Athys.

Rameau. — Les fêtes d'Hébée^ chœur avec orchestre.

— — ouverture et chœur.

Berlioz. — Le Roi Lear ^ ouverture, — Waverley, id.

— La belle voyageuse, chœur.

ScHUMANN. — Le départ et le retour, ch.

Haydn. — Symphonie concertante (24), capriccio-mi-

nuetto.

Mozart. — Symphonie, en sol mineur, n° 13.

Palestrina. — Stabat Mater, triple chœur.

CoRELLi. — La nuit de Noël', concerto.

Leclair. — Tombeau et Gavotte, Gluck, Lully. — Armide, grands fragments.

— Écho et Narcisse, chœur.

AziOLi. — Chœur, paroles de M. Nuitter.

ScHUMANN. — Faust.

— Vanathème du chanteur.

Bach. — Sonne, sonne, cantate.

Berlioz. — Ouverture de Benvenuto Cellini. »

On doit reconnaître que cette liste a été longuement élaborée, car son commencement date de Tannée 1878. Eh bien ! il est aisé de voir par là le peu d'enthousiasme qu'elle a soulevé par le nombre de numéros délaissés, abandonnés, sans avoir été essayés seulement. Et dire que c'est par esprit de parti que Ton se prive de ces ressources, de ces nouveautés d'oeuvres anciennes ! Cet esr prit de parti d'où vient-il ? qui le fait naître ? Est- ce une marque d'hostilité, une opposition de sentiment de la part des exécutants, ou une idée arrêtée de n'admettre que ce qui a été joué déjà ? Cette dernière hypothèse est la seule vraisemblable; et la justification que l'on puisse invoquer est dans une condescendance regrettable envers le public. On est quelquefois tenté de leur adresser ces reproches un peu amer que nous trouvons dans les mémoires de H. Berlioz : « Ils veulent des partitions dont ils puissent du premier coup, sans réflexion, sans attention même^ s'assimiler la substance... La moindre innovation imprévue dans le style mélodique, dans l'harmonie, le rythme et l'instrumentation les met en fureur. »

Ces réflexions dont il m'a été, trop souvent, donné l'occasion d'apprécier la justesse, m'ont aussi amené malheureusement à douter de moi-même, à ne plus avoir d'initiative au sujet de la question des essais, des travaux préliminaires d'ouvrages tirés du répertoire des maîtres classiques. Et c'est précisément ce qui m'a déterminé à prendre la résolution de laisser au comité le soin de la rédaction des programmes. Je me suis donc renfermé dans la stricte obligation de fixer les dates des répétitions.

Cette mesure fut acceptée sansdifQculté. Le personnel, orchestre et chœur, était dégagé de tout travail intime, préparatoire, n'ayant d'autre but que la lecture d'œuvres inédites, et dont le résultat, il faut bien le dire, est souvent nul. Et comment se manifeste Topinion générale? de cette manière : si l'ouvrage présente des développements, des difGcultés d'exécution, mais que Teffet ne se produise point quand même, à première vue, c'est alors que la froideur des exécutants, le peu d'attention qu'ils apportent à leur partie, n'écoutant que le silence qui se produit à la fin de Texécution, l'empressement à quitter la répétition, c'est alors que l'isolement du chef d'orchestrç resté seul... avec sa partition, fait comprendre à ce dernier, le peu de chance de succès à renouveler une pareille tentative. Et de l'audition, de l'œuvre, il n'en est plus parlé !

Le souvenir d'un avis qui me fut donné, lorsque je repris en 1879 les « Ruines cT Athènes » en entier, reconstituées et avec poésie nouvelle de M. Trianon, me resta longtemps en mémoire.

Dans cet avis, mes efforts n'étaient nullement appréciés, et les soins et le zèle apportés par mon ami Trianoi\ ne furent par mieux récompensés. On me laissa libre de lui adresser les remerciements qu'il méritait.

La note du comité était rédigée ainsi :

« Le programme du prochain concert des 9 et 16 février est approuvé, mais vu la nouveauté de la poésie, le comité désire qu'à la répétition du samedi !«' février, on puisse entendre les < Ruines d'Athènes » avec la poésie, avant d'afficher. »

Eh bien ! malgré le nombre restreint des répétitions, qui, cette année, s'élevait au chiffre de 38, au lieu de 44,

comme les années précédentes, le comité se vit dans l'obligation, parTentremise du chef d'orchestre, d'adresser au personnel de l'orchestre et du chant, un rappel des anciennes traditions de la Société des Concerts, touchant la discipline qui, aujourd'hui est méconnue de tous côtés. A ce sujet, voici les quelques paroles que j'adressai à l'orchestre.

« Messieurs,

« Il est une tradition que nous ont transmise nos prédécesseurs comme étant la base de notre institution. Je veux parler de la discipline ; de la discipline telle qu'ils Tentén* daient, c'est-à-dire sévère mais amicale.

« Eh bien, messieurs ! n'oublions pas que c'est par elle que la Société a toujours prospéré; que Tordre parfait que nous avons vu régner en toutes choses, a maintenu les liens qui nous unissent.

« Nous devons donc, à notre tour, prouver que nous nous souvenons du passé, de nos glorieux devanciers, en les imitant, en conservant pour règle de conduite cette discipline qui a été leur appui, leur force, mais, dont nous voyons les effets, aujourd'hui, peut-être se ralentir.

« Pourtant ce n'est qu'en invoquant la traditions des fondateurs que nous saurons réellement leur succéder.

— Ainsi, autrefois, par exemple, on avait pour principes : l'exactitude ;

— On se faisait une loi d'arriver aux répétitions, et surtout aux concerts, de manière à se laisser le temps nécessaire pour prendre l'accord, pour examiner et « chauffer » son instrument ;

— On observait le silence, une fois en place, aux concerts, principalement; — point de préludes, ni marques d'intelligence avec le public ;

— On ii*écoutait que le chef, on ne voyait que son archet» et Texécution s'en trouvait bien ;

— L'amour de Fart se révélait de tous côtés par Tempres* sèment que Ton mettait aux études, aux répétitions ; par le soin que Ton avait de sa tenue, de son jeu, de l'attention portée aux moindres détails d^exécution, et même aux pauses à compter; — on savait écouter;

— Enfin... c'était l'âge d'or !

• C'est donc, en ce moment, pour nous, un devoir impérieux que de redoubler d'activité, de zèle, et d'apporter l'ardeur, la conviction, la foi, dont nous sommes animés, dans l'exercice de nos travaux. Par là nous saurons relever cette discipline que, sous aucun prétexte, nous ne devons laisser fléchir.

« S5 BOTembn, 1882. »

Mon speeh fut critiqué par le comité ; c'est-à-dire on trouva qu'il ne concluait pas. Cela est peut-être vrai ; mais, dans mon idée, la conclusion devait ressortir d'elle-même, par l'exposé des devoirs si admirablement remplis par nos prédécesseurs, parleur abnégation, par leur* zèle constant à l'œuvre fondée par eux, à la Société des Concerts ! Je croyais qu'en invoquant ce souvenir glorieux du passé, c'était dire à chacun de nous : a redoublons donc d'efforts, de persévérance, restons unis dans les mêmes liens, ayons les mêmes convictions, le même amour, une même foi en Tavenir de la Société !» Il me semblait que tous devaient penser comme moi : comprendre la nécessité absolue des devoirs. Voilà ce qui m'a fait ne pas conclure ; par discrétion mal entendue.

Depuis, le temps a marché ; le mandat, plusieurs fois renouvelé, dont j'ai été investi est aujourd'hui expiré ;

enfin le moment de la séparation est arrivé ! Je termine donc ces mémoires par la copie du dernier acte qui met fin à ma carrière.

A Messieurs les Membres du comité de la Société des Concerts.

Messieurs,

L'heure de la retraite a décidément sonné pour moi. Je viens donc vous prier de vouloir bien ne point procéder à .ma réélection.

Il m'est doublement pénible, en cette triste résolution, de penser qu*au moment d'adresser mes adieux à notre chère Société, je me sois vu forcé de l'abandonner Ma veille du dernier concert !

Ajgréez, Messieurs...

Le mardi, 24 avril 1883.

Le Ménestrel d\i dimsinche 13 mai 1883, rendit compte de l'incident qui se produisit.

fl — Une grave nouvelle touchant la Société des Concerts du Conservatoire : M. Deldevez serait décidé à prendre sa retraite et l'avis officiel en aurait été transmis aux socié-* taires dans les termes suivants :

« Nous avons le regret de vous annoncer que M. Del- « devez, notre éminent et vénéré chef d'orchestre, désire « prendre définitivement sa retraite. Malgré nos près- « santés instances, il maintient irrévocablement sa déter- • mination. Nous croyons de notre devoir de vous en faire

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