‹ Mes mémoires; enfance -- adolescence -- jeunesse;Chapitre 110 sur 128 · Seigneur terrien · texte numérisé non relu

Seigneur terrien

plus de terre en labour en diminuant la part despaysaVis, tît abattre des futaies par ses propres serfs, vendit avantageusement un petit bois, et ses affaires allèrent mieux. Il s'élait promis, et il tint parole, que tant que toutes les dettes ne seraient pas payées, il ne porterait d'autre habit que la veste de son père et un léger paletot de toile, et ne voyagerait dans sa propriété autrement qu'en charrette et avec les chevaux des paysans. Cette stoïque façon de vivre, il tachait de la faire adopter par toute sa famille, autant que son respect et sa condescendance envers sa mère le lui permettaient.

Au salon, il s'inciinail devant elle en bégayant, satisfaisait tous ses désirs, grondait les serviteurs qui n'exécutaient pas ce qu'ordonnait AnnaDmitrievna; mais dans son cabinet de travail et dans son bureau, il punissait sévèrement quiconque eût pris un canard pour la table sans son autorisation, ou bien le moujik qui, sur l'ordre d'Anna Dmitrievna, allait s'enquérir de lasanlé d'un voisin, ou bien la paysanne qu'on envoyait chercher des framboises dans la forêt au lieu de la laisser travailler au potager.

Quatre ans après, toutes les dettes étaient payées, et Piotr Vassilievitch revenait de Moscou en tarantass ^, vêtu d'un bel habit neuf. Malgré l'état florissant de ses affaires, il garda les habitudes prises, habitudes dont il s'enorgueillissait d'un air rogue devant les siens et devant les étrangers. Il répétait souvouvent en bégayant :

— Celui qui veut vraiment me connaître sera contentde me voir, même vêtu d'un touloup ^, et il mangera avec moi les stchiei la kacha^. Moi, j'en mange, ajoutait-il.

Dans chacune de ses paroles, dans chacun de ses mouvements, éclatait l'orgueil de s'être sacrifié pour sa mère, d'avoir sauvé son domaine, et il méprisait ceux qui n'en avaient pas fait autant.

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