En français dans le texte
J'entrai chez les Kornakov très hardiment. Mais quand la princesse m'invita à danser eltjue, je ne sais pourquoi, puisque j'étais venu dans Tunique but de danser, je refusai en disant que je ne dansais pas^ je restai seul, avec ma timidité de plus en plus accrue, au milieu d'un cercle d'inconnus, et ne Longeai de ma place de toute la soi: ée.
Pendant la valse, une des jeunes princesses s'approcha de moi et, avec l'amabilité de commande particulière à toute la famille, me demanda pourquoi je ne dansais pas. Je me rappelle combien je fus intimidé par cette question et comment, malgré moi, un sourire de contentement me dérida; je me mis à débiler en français, avec emphase, une foule de bêtises dont, après plusieurs dizaines d'années, j'ai encore honlede me souvenir. La musique agissait sans doute sur moi de telle manière qu'elle excitait mes nerfs, et elle devait couvrir, du moins je le supposais, les parties incompréhensibles de mon discours. Je piirlais de la haule société, de la sottise des gens ; enfin j'en vins à un tel point que je m'anêtai au beau milieu d'une phrase qu'il m'eût été impossible de terminer.
La princesse, très mondaine par origine et par nature, me regaida d'un air de repioche. Je continuais à sourire. A ce moment, VoloJia, qui avait remarqué mon animation, et désireux de savoir comment je compensais mon ignorance de la danse, s'approcha de moi avec Doubkov. A mon visage souriant, à l'air effrayé de la princesse et aux non-sens que je débitais, il rougit et se détourna. La princesse se leva et s'éloigna. Je souriais toujours, mais je souffrais tant de la conscience de ma sottise que j'eusse préféré disparaître sous le paniuet. J'éprouvai alors la nécessité de me mouvoir et de dire quelque chose pour me changer. J'allai à Doubkov et lui demandai s'il avait dansé beaucoup de valses avec elle. je voulais montrer par là ma gaieté; mais, à vrai dire, j'implorais le secours de ce même Doubkov, auquel j'avais imposé s lence au dîner de Jahr. Doubkov fit semblant de ne pas m'enlendre et me tourna le dos. Je m'adressai alors à Volo-
dia et lai dis, en m'efforçaDt de dominer ù ma voix un ton jovial :
— Eh bien î Volodia, tu es fatigué ?
Mais Volodia me regarda d'un air qui voulait dire :
f Tu ne me parles pas ainsi quand nous sommes seuls. »
Et il s'éloigna sans me répondre, craignant visiblement que je ne m'attacliasse à lui.
c Mon Dieu... Mon frère aussi, qui m'abandonne, > pensai-je.
Cependant je n'avais pas le courage de partir. Je restai toute la soirée, morne, à la même place. Seulement quand, en partant, tout le monde fut réuni dans le vestibule et que le laquais accrocha un pan de mon manteau au rebord de mon chapeau, ce qui le souleva légèrement, je souris maladivement à travers mes larmes et, s. m s m'adresser à personne en particulier, je ne pus m* empêcher de dire :
f Comme c'est gracieux! >