‹ Mes mémoires; enfance -- adolescence -- jeunesse;Chapitre 14 sur 128 · Genêt · texte numérisé non relu

Genêt

nous^ se transformèrent en cirrus blancs et cotonneux ; seul, un gros nuage resta noir et s'arrêta à Test.

Kari Ivanovitch savait toujours quelle direction devaient prendre les nuages. Il déclara que celui-ci s'en irait vers Maslovka, que nous n'aurions pas de pluie et que le temps serait excellent.

Foka, malgré son âge avancé, descendit rapidement l'escalier et cria :

— L'équipage !

Les dames sortirent et, après une courte discussion sur les places qu'elles devaient occuper dans la voiture et sur la manière dont on se tiendrait pour ne pas tomber — quoiqu'il n'y eût aucun danger — elles s'assirent, ouvrirent leurs ombrelles et se mirent en route. Au moment où la voiture s*ébranlait, maman désigna le c cheval de chassse i et demanda au cocher d'une voix tremblante :

— C'est là le cheval de Vladimir Petrowitch ?

Le cocher répondit affirmativement. Elle eut un geste désespéré et détourna la tête.

J'étais fort impatient. Enfin je montai à cheval ; je fixai la bête entre les deux oreilles et lui fis faire quelques évolutions dans la cour.

— Daignez ne pas écraser les chiens, me dit un des chasseurs.

— Sois sans crainte. Ce n'est pas la première fois... répondis-je avec orgueil.

Volodia enfourcha le « cheval de chasse » et, malgré toute sa fermeté de caractère, non sans un léger frisson de peur, il demanda à plusieurs reprises tout en caressant la bête :

— Est-il tranquille ?

Il était très beau à cheval. On eût dit un grand. Ses cuisses étroitement serrées dans une culotte de chasse reposaient si bien d'aplomb sur la selle que j'en étais jaloux. En jugeant d'après l'ombre que mon klepper et moi faisions sur le sable, je ne devais certes pas avoir la même prestance.

Le pas de mon père se fit entendre dans l'escalier. Le valet

de chiens rassembla les chiens courants, qui s'étaient éparpillés dans la cour. Les chasseurs rappelèrent les lévriers et montèrent à cheval. Les piqueurs conduisirent le cheval de mon père au pied dû perron. Les chiens de la meute paternelle, allongés dans des poses hiératiques, se précipitèrent à la rencontre de leur maître. Milka, une chiennne très remuante, suivait mon père, très fière de son collier de passementerie. En sortant, elle alla présenter, comme de coutume, ses civilités aux chiens de la meute, jouant avec les uns, flairant les autres avec un ricanement, cherchant les puces à ses intimes.

Papa monta à cheval et nous partîmes.

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