Vaciller sur son siège
Aussitôt il commence à ronfler et s'étend si bien qu'il occupe presque à lui seul le breack.
Du siège où j'ai pris place, je domine un tableau des plus agréables : ce sont nos quatre cbevaux , Neroutchinskaïa, Diatchok', Lagochkorinnaïa et T Apothicaire que j'ai étudiés et que je connais de la façon la plus complète.
— Pourquoi, aujourd'hui, Diatchok est-il aftelé à droite et non à gauche ? demandai-je timidement à Filipp.
— Diatchok ?
— Et Neroutchinskaïa, qu'a-t-elle donc ? Elle semble ne pes vouloir avancer, repris-je.
— On ne peut pas mettre Diatchok à gauche, fait Filipp sans prendre garde à ma dernière observation. — Ce n'est pas un cheval comme cela qu'on met jamais du côté gauche. 11 faut un cheval qui soit au moins un cheval, il ne faut pas un cheval comme celui-ci.
Et, sur cette explication^ Filipp se penche à droite, et, tirant les brides de toutes ses forces, il commence à fouetter le pauvre Diatchok sur la queue, sur les pieds, de la façon la plus inconsidérée.
Et, bien que Diatchok tire de toutes les forces dont il est capable, Filipp ne cesse cette manœuvre que quand il seDt la nécessité de se reposer. Alors — on ne sait pas pourquoi — il rabat son chapeau de côté. Je profite de cet heureux moment et je demande à Filipp qu'il me confie un instant les guides.
?ilipp me donna une bride d'abord, puis une autre; à la lin, les six brides et le fouet sont entre mes mains et je suis satisfait. Je cherche à imiter Filipp et je demande si c'est <xla. Mais il arrive toujours qu*il finit par être mécontent de moi : il dit qu'une bride tire beaucoup trop et l'autre pas assez ; enfin, il passe sa main sous mon bras et me reprend les rênes.
La chaleur augmente. Les nuées blanches, frisées et annelées se gonflent, et, comme de légères bulles de savon, s'élèvent plus haut, toujours plus haut ; les ombres s'al-
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longent et prennent une teinte gris foncé. A la portière de la voiture, se montre une main qui tient une bouteille ot un petit paquet ; et Vassiii, avec une étonnante adresse, saute du siège et nous apporte du kvass et des vatroucki ^ .
Sur la pente à pic, nous descendons, et, à Tenvi Tun de Taulra, nous courons jusqu'au pont, tandis que Vassili et Yakov, de leurs bras vigoureux, s^efforcent de retenir les voitures, persuadés que leurs efforts y sufQront.
Puis, avec la permission de Mimi, Volodia et moi remontons dans le carosse pendant que Lioubotchka et Kategnka prennent notre place dans le breack.
Ce changement amuse énormément les lillcttes, parce qu elles trouvent avec raison que, dans le breack ouvert, c'est beaucoup plus amusant.
Quelquefois, pendant les heures chaudes, traversant un petit bois, nous demeurons en arrière; et, cueillant des branches vertes, nous formons un petit dôme au-dessus de nos têtes. Et voilà que ce dpme de feuillage commence à se mouvoir, court de toutes ses forces et rejoint les voitures. En même temps, Lioubotchka chante, de sa voix cristalline, ce qu elle n'oublie jamais de faire quand elle veut témoigner de la joie.
Mais voilà le village où nous allons dîner et nous reposer, voilà les toitures les fumiers, les jardins... Les grelots ne sonnent plus comme dans la vaste plaine. De chaque côté de la route, s'aperçoivent les isbas recouvertes de chaume, avec leur perron de bois dentelé, leurs petites fenêtres aux volets rouges et verts, où, de ci et delà, apparaît la figure de la baba curieuse.
Voilà les petits paysans, garçons et fillettes, couverts seulement d'une chemise, ouvrant tout grands leurs yeux et gesticulant de surprise. Les uns restent comme cloués à leur place; les autres courent dans lapousxfière, avec leurs petits