Cocher
Mîmi, d'un air mécontent, prétend que c'est lé fait de bêtes, de rire ainsi sans cause. Kt Lioubotchka, rouge de rires contenus, me regarde de dessous ses sourcils. Nos yeux se rencontrent, et nous voilà éclatant d'un rire homérique qui nous fait monter les larmes aux yeux et menace de nous étouffer; Si nous nous taisons un instant, tout à coup je regarde Lioubotchka, ja dis notre mot favori eC qui ne manque jamais son effet, et nous nous tordons de rire.
En revenant vers la maison , j'avais à peine ouvert la bouche dans le but de faire à Lioubotchka ma plus belle grimace , que ma vue fut arrêtée sur le couvercle noir d'un cercueil appuyé au milieu de notre porte d'entrée, et ma bouche demeure contractée...
— Votre grand'mère est morte, fit Saint-Jérôme, tout pâle, en venant à notre rencontie.
Tant que le corps de la babouchka resta dans la maison, j'éprouvai un lourd sentiment de frayeur, cette bière, cette morte me rappelant vivement et désagréablement que je mourrais aussi un jour, sentiment, d'ailleurs, qui, involontairement, vient le plus souvent se mélanger à la douleur.
Je ne plaignis pas la babouchka, et je doute même que quelqu'un la plaignît sincèrement dans la maison.
•Les visiteurs pourtant sont nombreux et tous affectent le chagrin.
Une personne pleure la morte, une personne dont la douleur m'effraye. Et cette personne, c'est Gâcha, la femme de chambre. Elle s'en va au grenier, s'y renferme, se gronde elle-même, s'arrache les cheveux, ne veut rien écouter, et dit que la mort seule peut être pour elle une satisfaction après la perte de sa barinia.
Je constate de nouveau que Tin vraisemblance dans les questions de sentiment est le plus sûr indice de la vérité.
La babouchka n'existe plus ; mais, dans notre maison, on vit encore de son souvenir et des causeries qu'il alimente. Ces conversations roulent particulièrement sur le testament qu'elle a fait avant de mourir et que personne ne connaît , excepté
son exécuteur testamenlaîre, le prince Ivan Ivanovitch. ; Je remarque un certain trouble dans le personnel de la babouchka. Sans cesse ce sont des questions : cA qui restera-t-il? Pour qui restera l'un ? Pour qui restera l'autre ?» Et j'avoue que je me sens intérieurement satisfait à la pensée d'un héritage.
Au bout de six semaines, Nikolaï,— la gazette quotidienne de la maison, — me raconte que la babouchka a laissé toute sa fortune à Lioubotchka et que, jusqu'à son mariage, la tutelle en est confiée non à papa, mais au prince Ivan Ivanovitch.