DES SOUVENIRS PASSENT
n^appréciaient pas les gestes. De la réserve de la part des souverains se concevait donc mais, ces regards apeurés que je vois encore de la pauvre impératrice qui semblait un oiseau pris au filet, cette nervosité saccadée de l'empereur, tournant à tout instant la tête de droite et de gauche, comment expliquer? On eût dit que tous deux appréhendaient que les républicains qui les entouraient ne composassent d'un moment à l'autre un tribunal révolutionnaire...
Tout se serait cependant assez bien passé s'il n'y avait eu une ombre au tableau.
Nicolas II était alors engoué d'un charlatan lyonnais qui avait acquis une prodigieuse influence sur son esprit en lui ménageant de palpitants entretiens avec l'âme de son père Alexandre III. Alexandre III conseillait son fils par la bouche du docteur Philippe. Docteur sans diplôme, bien entendu 1 L'aventurier aspirait à en avoir im et le tsar demanda, comme une chose toute simple, qu'on délivrât hic et nunc à son favori le parchemin ardemment convoité. On eut toutes les peines du monde à faire comprendre à l'autocrate que le triste régime dont nous étions dotés interdisait à un ministre, voire à un président de la République, d'octroyer le doctorat en médecine à \m quidam incapable de passer le moindre examen. Il fallut multiplier les précautions, dispenser les assurances de bonne volonté impuissante, parler avec d'autant plus de circonspection que le gaillard était redoutable. Quand il disparut quelque temps plus tard, on poussa en France un soupir de soulagement. A tort peut-être 1 Philippe eut des successeiu^s... Raspoutine...
Philippe, Raspoutine, quelques drôles de moindre envergure manœuvrèrent, à côté, même au-dessus du persoimel tsariste qu'échantillonnait Isvolsky, le pauvre sire que sa couronne écrasait. Les directions d'un grand empire liées
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à celles de TEurope furent contrôlées par des êtres d'abjectkoL Toutes les enquêtes sur la monarchie de droit divin, toutes les prosopopées de la royauté ne pourront prévaloir contre les conclusions qu^emportent ces bouts de faits.
D'autres souverains, régissant des puissances de second ordre, séjournèrent à Paris avant, pendant et après les fêtes de TExposition qui leur furent, j'imagine, prétexte à rechercher dans la grande ville de menus délassem^its. Monarques constitutionnels, s'efforcent de préserver des accrocs leurs petites barques naviguant vaille que vaille au milieu des grands vaisseaux qui sillonnaient la mer européenne, soucieux, comme le remarquait finement mon aimable collègue et ami M. Decrais, ministre des Colonies qui avait passé dans les ambassades, de prodiguer des amabilités à des gouvernants républicains qui, à eux comme au tsar, moins qu'au tsar, inspiraient une vague crainte superstitieuse, ils étaient gens de tout repos. Ils procuraient parfois quelques distractions. Un exemple!
A la fin de l'année 1899, le roi Georges de Grèce est reçu officiellement à l'Elysée. Comme d'usage, on lui présente les ministres. Quand on nomme le général de Galliffet. « Oh I mais je connais beaucoup la marquise, » dit l'excellent monarque qui aurait dû se rappeler que la marquise vivait séparée du marquis et à couteaux tirés avec lui depuis vingt-cinq ou trente ans. Il insista : « Je l'ai rencontrée à Marienbad... » Il allait continuer quand on le tira par le pan de sa redingote. Il était temps. Le général frémissait. (( J'ai tremblé, » me dit Waldeck.
A table, un quart d'heure plus tard, ayant le président du Conseil à ses côtés, le roi des Hellènes se souvient que Mme Waldeck-Rousseau vient de perdre sa mère, veuve du professeur Charcot d'illustre mémoire. Il ne manque de faire ses condoléances. « J'ai bien pris part à votre deuiL