H. COMBES ET LA LOI SUR LES ASSOCIATIONS
8pirituâliste ». Il se serait plus exactement défini s'il se fût avoué un gallican, très « Église de France », persuadé de la nécessité d'un enseignement religieux pour les masses, voulant simplement que les leçons en fussent distribuées par des prêtres séculiers, libéraux, détachés de la Curie Romaine, disciples ou émules du Vicaire savoyard. Cette idéologie le faisait hostile à tout système réservant à TÉtat, même avec les modalités utiles, le droit qui lui appartient de diriger, de régler l'instruction des enfants du peuple.
Je ne prétends pas — je veux le dire tout de suite — que les esprits fussent mûrs en 1902 ou en 1903 pour une aussi grave réforme. Ce que je soutiens c'est qu'il y avait place, qu'il n'y aura jamais place que pour une politique à la Waldeck-Rousseau ou pour une politique à la Condorcet. Toute politique intermédiaire sera toujours grosse de déceptions, voire de périls.
Ces considérations n'entraient pas dans l'esprit de M. Combes. Il imaginait rendre grand service à la République et grand service à lui-même en malmenant les réguliers. Il ne se trompait que sur le premier point. Faisant fermer par toute la France des écoles congréganistes, entretenant du haut de la tribune les députés des milliers de dossiers relatifs à des établissements religieux — dix mille si j'ai bonne mémoire — qu'il lui fallait étudier, se faisant un palladium des exécutions opérées ou à opérer, il fut invulnérable pour un temps. Ensuite débordé! mais son cabinet avait vécu près de trois ans.
Seulement, à quoi avait-il abouti? Il avait mis à la porte des « frocards ». Et après? Après? Ces « frocards » étaient rentrés dans les écoles, dites congréganistes la veille, qualifiées bbres le lendemain. On alléguera que tout de même quelque chose avait été fait. Soit ! bien peu de chose. Et, à ce peu de chose il fallut renoncer. L'appHcation de
la loi de 1904 fut suspendue en 1914. Elle est toujours en sommeil. L'ensevelissement s* est étendu à la loi de 1901. Les congrégations dissoutes sont revenues. Elles se réinstallent partout.
On brise un instrument législatif quand on prétend la forcer.
Sûr de ses prévisions que les faits ont confirmées, Waldeck- Rousseau s'éleva contre ce qu'il appela le sabotage de son œuvre. Il tenta de « se mettre en travers » selon ses propres expressions. Mais, privé par la maladie d'une part de ses moyens, il ne réussit pas. Il dut se borner à entretenir ses intimes des appréhensions que lui causaient les errements de son successeur — il l'avait choisi... I — Il donna autour de lui non sans doute des instructions mais des avis que je recueillis. J'hésitai, je l'avoue, à les suivre. Il m'était pénible de me séparer de la majorité républicaine, de rompre avec le gouvernement — j'ai toute ma vie, été « gouvernemental », — surtout avec un gouvernement honni par les réacteurs. La vénération que j'avais pour mon maître, la vision de la tristesse que je lui aurais causée — je le connaissais — en prenant l'apparence de me détacher de lui eussent suffi à me déterminer. La réflexion fortifia ces raisons de sentiment : j'entrevis que le « combisme » préparait les voies à la réaction ou, pour parler plus précisément, à une réaction.
Je ne me trompai pas. Il était fatal que des exécutions, ayant couleur de tracasseries puisqu'elles n'étaient pas partie d'un grand dessein, irritassent l'opinion moyenne du pays. Le public ne voulut voir dans les actes de M. Combes que des manifestations de sectarisme, le désir de se complaire au symbolique M. H ornais. Le « combisme » devint synonyme d'une politique grossière de taquinerie antireligieuse. Le mot et les souvenirs qu'il évoque ont .