M. COMBES ET LA LOI SUR LES ASSOCIATIONS
servi depuis et serviront, je le crains, longtemps à décrier ranticléricalisme que Waldeck a si heureusement défini : € Une manière d'être constante, persévérante et nécessaire aux États, qui doit s'exprimer par une succession indéfinie d'actes, » mais dont Phomme d'État s'est empressé d'ajouter c qu'il ne constituait pas plus un programme de gouvernement que le fait d'être vertueux ou honnête ou intelligent ». Le « petit père » fit de l'anticléricalisme un programme de gouvernement. De ce fait il causa dommage, aux idées qu'il croyait servir. Il ne le soupçonnait naturellement pas. Il ne savait pas. Il n'écoutait pas. Il avait des œillères.
Tandis que M. Combes trottait menu dans sa petite route, Waldeck- Rousseau agonisait, puis s'éteignait. Il était fauché à l'âge où la plupart des hommes d'État commencent à se révéler. Que n'eût-il réalisé, que n'eût-il prévenu, lui qui s'était superbement révélé, lui qui, suivant le propos que j'ai rapporté, était apte à « gouverner le monde »l L'histoire nous apprend hélas I que souvent disparaissent ainsi à l'avant-veille des catastrophes ceux qui, s'ils avaient vécu, les auraient conjurées. Rôde-t-il de par l'univers je ne sais quel dieu de la malédiction et du carnage' ayant pouvoir à de certaines heures d'arracher de la vie les fils aînés de la famille humaine taillés pour lui faire obstacle?
Waldeck- Rousseau n'eût pas été entendu en 1913 et 1914, pas plus en 1917, objectera-t-on. Il est bien vrai que, dans les époques de trouble, les sages sont rarement écoutés. Les aveugles répètent le roi Lear. Ils se confient aux fous.
Tout de même, Il avait la grande autorité. Tout de même Il maniait les hommes qu'impressionne toujours la raison quand elle a pour vêture l'éloquence. Et quelle n'était pas l'éloquence de celui dont, cessant de me demander ce qu'il
aurait pu donner, ce qu'il aurait pu être, je vais rechercher ce qu'il fut.
De sa parole un détracteur a écrit qu'elle était parfaite et morte. Parfaite chacun le saitl Morte, pourquoi? comment? Morte singulière en tous cas 1 Morte jouissant d'une vie surprenante, puisque animée d'un souffle qui la transformait en ime directrice irrésistible des esprits! Morte parce que dépouillée de tout apprêt? Bossuet, dans ses manuscrits, a raturé des incidentes riches de sève afin que l'esprit de ses auditeurs ne fût pas distrait des idées maîtresses auxquelles il s'attachait. Waldeck- Rousseau pensait sans doute comme le grand évêque. Il craignait probablement que les formules qu'il voulait graver dans les cerveaux ne fussent amorties par les mouvements oratoires. Peutêtre aussi appréhendait-il que le geste ne déroutât quelquesunes de ces phrases acérées qu'il glissait dans ses discours, qui avaient charge de traverser les assemblées, ainsi que des dards ailés, pour se loger où il fallait sans que rien dût déceler le chemin qu'elles avaient pris pour y arriver. Sans doute encore tenait-il la mimique pour ime vulgarité — il avait l'horreur de toutes les vulgarités. — Enfin sa probité d'ftme l'engageait à coup sûr à conquérir les esprits en écartant tous artifices, par l'unique puissance de la logique. Il jugeait que, seul, était décisif le succès acquis par ces méthodes. Ne cherchant qu'à persuader, il n'entendait r^ner que par la lucidité.
Il régnait.
La Chambre des députés se montra rétive quand il l'aborda en 1899. Elle avait quelque goût pour l'emphase, pour la volubilité, pour l'abandon à la tribune. Elle fut surprise, presque irritée, par la monocordie du ton, par le silence de la personne. Au bout do peu de temps elle était domptée par la clarté des exposés, par la force de l'argu-