Mes mémoires
Après la mort de Félix Faure, Président de la République, qui eut lieu le 16 février 1899, je fus accusée de l'avoir empoisonné.
Après le drame de Vimpasse Ronsin — (nuit du 30 au 31 mai 1908) — qui fit deux victimes, je fus accusée d'avoir assassiné mon mari et ma mère.
Pendant mon procès, ma vie fut inexorablement fcuillée, depuis mon enfance jusqu'au jour de mon arrestation (26 novembre 1908), depuis l'époque ou j'étais une petite fille gâtée et vivais dans un village voisin de la frontière allemande jusqu'aux années pendant lesquelles je fus appelée « une reine du monde parisien ! »
Je fus pleinement exonérée de la première accusation et, après avoir été emprisonnée pendant une année, je fus triomphalement acquittée de la seconde à mon procès en Cour d'assises, le 14 novembre 1909.
Malgré cette exonération et cet acquittement, il est encore bien des personnes — qui ayant été impitoyablement et grossièrement trompées — . me croient coupables et me nomment encore la « Veuve rouge » ou la « Veuve tragique », ne
b INTRODUCTION
fût-ce que parce que le mystère de l'impasse Ronsin a eu un dénouement et non une solution.
J'ai écrit ces Mémoires, cette histoire rigoureusement exacte de ma vie, parce que beaucoup des faits importants et significatifs qui l'ont marquée n'ont jamais été révélés au public ; je les ai écrits pour convaincre les sceptiques de mon innocence, pour me réhabiliter aux yeux de ceux qui doutent, pour me justifier d'une manière explicite et complète — et sans colère — contre ceux qui m'ont perdue, m'ont traînée dans la boue, ont excité l'opinion publique contre moi et m'ont torturée comme peu d'êtres — le ciel en soit loué — ont été torturés.
C'est une étrange histoire que j'ai à dire, la douloureuse histoire d'une vie dont les premiers chapitres furent comme un chant radieux de beauté et de bonheur ; les chapitres suivants, un drame poignant, à la fois élincelant et pathétique, héroïque parfois et parfois pitoyable ; et les derniers chapitres, une effroyable tragédie.
Je dois ces Mémoires au public, anxieux de savoir la vérité, toute la vérité ; je me les dois à moi-même et je les dois à mon unique enfant, ma fille Marthe, dont l'injuste martyre, hélas ! a été presque aussi cruel que le mien.
Je ne fais pas appel à la pitié du lecteur, ni à son indulgence, ni même à sa sympathie ; j'ai la conviction qu'il éprouvera ces sentiments à mon égard, quand il saura... Je fais seulement appel à son bon sens et à ses sentiments de justice.
Par M e Marguerite STE1NHEIL