S) BRUNE
È P. S. je te fais passer quelques boîtes pour la petite marraine et sa maman. »
Malgré ce premier refus et les craintes
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qu'il ex^pviiB^^iii y mou père iosisia. Je ne connais pas la seconde lettre^ maïs sans do^te les présages s'étaient succédé plus hçwrenx encore et plus coDyaineaDls que les, prepiiers y ear de cette insistaoœ de mofi père il résulta un mezzç Hnmne :
c'est que Brune ne me tiendrait pas sur
les fggats de baptême lui même ^ mais que mon père ^ muni d une procuration en lK>une forme , m'y tiendrait en son lieu et place.
Quant à la commère qui, loin d'éprourer dé la répugnance pour cette cérémonie qui lui avait déjà valu force bonbons, et qui devait lui en valoir davantage encore , et s'en faisait une fête, rien ne fut changé à son endroit.
Brune , par procuration , el Aimée- Alexa^dre Dumas , ma sceur , âgée alors
de neuf ans ^ furent donc mes parrain et marraine.
Au moment du départ de l'Egypte y il avait été convenu, on s'en souvient 3^ que si jamais ma mère mettait au monde un fi^arçon, les parrain et marraine du susdit garçon devaient être Bonaparte et Joséphine. Mais les choses étaient tellement changées, depuis ce temps ^ que mon père n'eut pas même l'idée de rappeler, au premier consul^ la prowe^sse, du général en chef.
La première lueur qui se répand dans cette première obscurité de ma vie pour y éclairer un souvenir, date de l'année 1805. Je me rappelle la topographie partielle d'un petit château que nous habitions et qui se nommait les Fossés.
Cette topographie se borne à la cuisine et à la salle à mangerj^ les deux en-
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droits que je fréquentais sans doute avec le plus de sympathie.
Jen ai pas revu ce château depuis 1805, et cependant je puis dire que Ton descendait dans cette cuisine par une mar~ che, qu un gros bloc était en face de la porte, que la table de cuisine venait immédiatement après lui, qu'en face de cette table de cuisine, à gauche était la cheminée, cheminée immense, à Tintétérieur de laquelle était presque toujours le fusil favori de mon père, monté en argent, avec un coussinet de maroquin vert à la crosse, fusil auquel on me défendait, sous les peines les plus sévères, de toucher, et auquel je touchais éternellement, sans que jamais ma bonne mère ait, malgré ses terreurs, réalise aucune de ses menaces à mon endroit.
Enfin, au-delà delà cheminée élail l^
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salle à manger, à laquelle on montait par trois marches, qui était parquetée en sapins, et lambrissée de bois peint en gris.
Quand aux commensaux de cette maison, à part mon père et ma mère, ils se composaient, et je les classe ici selon rimportance qu'ils avaient pris dans mon esprit.
Ils se composaient :
l^^D'un gros chien noir, nommé Truff, qui avait le privilège d'être bien venu partout, attendu que j'en avais fait ma mon tu re ordinai re .
2^ D un jardinier nommé Pierre, qui faisait pour moi, dans le jardin, provision de grenouilles • et de couleuvres, sorte d'animaux dont j'étais fort curieux.
3» D'un nègre, valet de chambre de
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moû père, nommé Hipolyte, espèce de jocrisse ooir, <}ont les ndïvetés étaient
passées en proverbe, et que mon père
gardait, je crois, pour compléter une série d anecdotes qu'il eût pu opposer avec avantage aux jeannoteries de Bru- . net.
4<^D'un garde nommé Mocqxtet, pour lequel j'avais une profonde admiration,* attendu que tous les soirs il avait à raconter de magnifiques bistohres sur son adresse^ histoires qui s'interrompaient aussitôt que paraissait le général, le gé* néral n'ayant point de cette adresse «ne idée aussi haute que le laarratf ur.
5^ Enfiad'ufte fille de cuisine, nommée Marie.
Cette dernière se perd complèiemenl pour moi , dans les brouillards crépusculaires de ma vie. — C'est un nom que
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j'ai entendu donner à une forme restée indécise dans mon esprit, mais qui, autant que je puis me le rappeler , n'avait rien de poétique.
Truff mourut de vieillesse vers la fin de 1805, Mocquet et Pierre l'ensevelirent dans un coin du jardin. Ce fut le premier enterrement auquel j'assistai, et je pleurai bien sincèrement le vieil ami de ma première jeunesse.
Maintenant mes autres souvenirs sont épars et brillants dans une demi-obscurité, sans ordre et sans chronologie.
Un jour que je jouais dans le jardin ,
Pierre m appela, je courus à lui. Quand Pierre m'appelait c'est qu'il avait fait quelque trouvaille digne de mon atten*tion. En effet il venait de pousser d'une espèce de pré dans un chemin une Cou-
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leuvre qui avait un grosse bosse au ventre. D'un coup de bêche il coupa la couleuvre en deux et de la couleuvre sortit une grenouille. Un peu engourdie d'abord par le commencement de digestion dont elle avait été lobjet, mais qui bientôt revint à elle, détira ses pattes Tune après l'autre, bailla démesurément et se mit à sauter doucement d'abord , puis plus vivement, puis enfin comme s'il ne lui était absolument rien arrivé.
Ce phénomène, que je n'ai jamais eu l'occasion de voir se reproduire depuis , me frappa singulièrement et est resté si présent à mon esprit, qu'en fermant les yeux, je revois au moment où j'écris ces lignes, les deux tronçons mouvants de la couleuvre, la grenouille encore immobile et Pierre appuyé sur sa bêche et souriant d'avance à mon étonnement, comme si
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Pierre, la grenouille et la couleuvre étaient encore là.
Seulement, le visage de Pierre est à demi effacé par le temps, comme un daguerréotype mal venu.
Je me souviens encore que vers la moitié de Tannée 1805, mon père, souffrant et mal partout, quitta notre château des Fossés pour une maison ou un château situé à Aniilly , — de ce séjour , je n'ai aucun souvenir , — et que mon déménageaient a moi se fil sur le dos de pierre. Or, il avait beaucoup plu la veille et la surveille , et mon étonnement était grand de voir Pierre, sans se déranger, traverser les flaques d'eau qui coupaient le chemin.
— Tu sais donc nager, Pierre? lui demandai-je.
Il faut que l'impression que m'a faite
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le courage de Pierre, traversant ces flaques d'eau soit bien vive , puisque ces paroles sont les premières que je me rappelle avoir prononcées, et, comme celles de M. de Crac, qui avaient gelé en hiver et qui dégelaient au printemps, je les entends bruire a mon oreille. avec laccent lointain et pi-esque perdu de ma voix enfantine.
Celte interrogation à Pierre : — Pierre, said-tu nager? venait d*un événement arrivé chez nous, et qui avait laissé une impression profonde dans ma jeune imagination. Trois jeunes gens , dont i un nommé Dupuis , et que j'ai revu depuis bijoutier h Paris, trois jeunes gens de Villers-Cotterets étaient venus au château des Fossés, entouré d'eau, pour demander la permission de se baigner dans Tespèce de canal qui lui faisait une ceinture.
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Mon père avait accordé celte permission, avait demandé aux jeunes gens s'ils savaient nager, et, sur leur réponse' négative, leur avait assigné un endroit où ils devaient avoir pied, çt oii par conséquent ils ne couraient aucun danger. Nos baigneurs s'étaient d'abord tenus Ik^ puis peu à peu, ils, s'étaient enhardis, de sorte que tout à coçp nous entendîmes de grands cris du côté du canal : on y courut, c'était nos trois baigneurs qui étaient tout sioiplement en train de se noyer.
Heureusement Hippolyte était là et Hippolyte nageait comme un poisson.
En un tour de main.il fut a l'eau, et quand mon père arriva au bord du canal, il était déjà en bonne voie de sauver le premier. .Mon père admirable nageur des Qolonies , se jeta à Teau à son tour