‹ Mes mémoires [microform]Chapitre 6 sur 29 · L-aideMple-camp s'inclina et sortit · texte numérisé non relu

L-aideMple-camp s'inclina et sortit

I^'àLIXANDBE DUMAS. 25f

— Comment Dumas s'est-il procuré.

cette dépêche ? demanda Bonaparte.

Dermoncourt raconta TafTaire et entra dans les détails.

— Berlbier ! Berthier ! cria Bona-* parlfe.

Berthier parut avec sa gravité et son importance ordinaires.

— Tiens, Berthier, lui dit Bonaparte^ en lut présentant la dépêche, ikire-moi cela et dis^moi ce que cela sent.

— Mais , général , dit Berthier , cela sent là merde.

— Eh bien ! à la bonne heure ! tii n as pas mâctié le mot; lis maintenant.

Berthier lut.

— Oh ! oh ! fit-il.

— Comprends-tu, Berlhiftr? la prochaine bataille s'appellera la bataille de MyoU, et^îelle-lk, ou je me trompe fort,

elle décidera de la campagne. En tout cas, comme dit AUvinzi, nous avons une vingtaine de jours devant nous.

— Et comn^e un homoie prévenu en vaut deux , dit Dermoncourt , et que , même quand vous n'êtes pas prévenu , vous en valez cent , cela va être drôle.

— En attendant, dit Bonaparte, comme tu as probablement faim^ tu vas prendre le tçmps de te décroter, voilà tout, et tu déjeûneras avec nous. Gonnais-tu Josépbine 7

— Mon général, je n'ai point cet honneur.

— Eh bien ! je te présenterai a elle ; va et reviens.

Dermoncourt ne se le Gt pas dire deux fois ; il déjeûna et dîna avec Bonaparte,

DALBXAKDIIE DUMAS.

qui exigea qu'il restât au palais et y couchât.

Le lendemain matin il lui remit une lettre pour mon père , le chargea de mille compliments, et lui annonça qu'il pouvait partir quand il voudrait, et qu'au moment du départ, la voiture serait prèle.

Dermoncourt monta en voiture dans la cour; Bonaparte et Joséphine étaient à une fenêtre , et Berlhier a la fenêtre voisine.

— Bon voyage ! cria Bonaparte à Dermoncourt.

— Merci, général, répondit celui-ci ; n'oubliez pas le 15 janvier, et défiezvous des délices de Capoue.

— Sois tranquille, lui cria le général en chef ; je ne ferai point comme Ânnibal.

254 MÉMOIRBS

. Yoici la lettre que Bopap^içte écrivait à mon père: •; : , .^

4*rm^ iïltalie\ ; ilépupl\que ^ française.

•LIBERTÉ., .... iQXUTÉ.

5 Au quartier général de Mil^n» le 7 .. . nivôse (diq^n^he SSjdécembre) ^ , an V de la Républîqi]|e uaeet ij>divisible.

> Bonaparte f^ général^ fin chef de V armée d^halie^ au général Durna&f >> J'ai reçu la lettre que m'a apportée voire aide-de-camp ; il était impossible" d'avoir plus à propos des renseignementsplus essentiels; vous siuir^reçu Tordre que je donne poiir qu'on éloigne d*une lieue de Mantoue tous les babillants du pay?; je ne doute jpas. que vous ne teniez la main a Texéculioo de cet ordre, quoiqu'un peu sévère , est très utile.

9 Je donne Tordre pour que Ton prenpQ quelques précautions de Fautre côté- du Pô. Ce projet de la cour .de Vienne jUiei paraît insensé. Je vous prie de foire passer sous bonne escorte à .Milau Tespion que vous avez arrêté;

» Je . VOUS: félicite de votre bon succès et en augure un meilleur.

> BpNAPARTE. •

On le voit, une année s'est écoulée à peine, mais après les batailles de Monienotte, de Millesimo, de Diego, de Mondovi, de Lonato, de Casfiglione et d*Ar^ cole, il voit assez clair dans sa destinée pour franciser sdu nom^'dônt il supprime définitivement ru.

Dermôncôurt arrivai près de ition père et Iu4 remit la lettre dir général eh chef. Mon père la lut, sans faire probablement, à propos de la snpprèssion de celte

236 MÉHOinKs

lettre qui itâtiainisait le nom dé Bonaparte, robservation que nous Tenons de foire aujourd'hui.

Le jour même du départ de Dermoncourt dé Milan, l'armée française reçut Tordre d'occuper les positions de Montebaldo, de la Gorona et de RiV(^i.

Le 5 janvier, le général Altvinzi quitta Bassâno«

Lé 6, Bonaparte fit occuper Bologne par sept mille hommes.

Le 1 1 , Bonaparte se rendait sous les murs de Mantoue.

Le 1?, l'armée autrichienne livre les combats de Saiht-Michel et de la Gorona, et campe à Montebaldo.

Le 13, loubert évaeue la Gorona et prend position à Rivoli, tandis que les Autrichiens occupent Bevilacqua.

Enfin le 1*, Bonaparte visite le pla-

teau de Rivoli, sur lequel il était arrivé à deux heures du malin.

C'était là qu'allait se livrer la bataille prédite.

On en sait les résultats. Quarantecinq mille Autrichiens avaient engagé la bataille à huit heures du matin.

A huit heures du soir on les cherchait vainement, on eût dit qu'un tremblement de terre les avait engloutis ; on en avait fini d'un seul coup avec Altvinzi. '

«Restait Provera.

ProVera suivait le plan indiqué dans la lettre interceptée par mon père. II s'est dérobé à Augereau, il a jeté un pont à Anghiari , un peu au-dessus de Legnago. Il marche sur Mantoue qu il vient ravitailler avec neuf ou dix mille hommes*

Augereau a appris son passage, il se

258 MÉMOlflKS

jelle sur ses derrières , lui prend deux mille hommes ; maisy avec les sept mille qui lui restent, Provera continue sa roule. .

Heureusement Bonaparte apprend ces détails à Castel-Novo , il est a distance é^ale de Mantoue ; il commande à des Français, il arrivera donc avant Provera.

S'il n'arrive pas et que la garnison fasse la sortie demandée à Wurmser par la lettre d'Altvinzi , le corps du blocus sera pris entre deux feux. ""

La division, |if asséna ^reçoit Fordre de marcher au pas de course sur Mantoue; elle doit arriver le même soir.

Les réserves laissées à VîUa-Francà feront la même route et avec la même vitesse.

D ALK&ANDRE DUMAS 251>

Enfin' Bonaparte lui-ménïc part au ga* lop pour êfre rendu avant la nuit.

Maintenant, on peut voir par les teltrès du générail Serrurier a nlon père ce qui se passait du côté de Mantoue , et qaelle activité régnait dans le Camp français.

c Au quartier-général de Roverb^lla ,

20 nivôse an V (f).

Serrurier, général de division, commandant

te blûbuSf au général Dumas, commandant

la 2* division.

» Jer viens; 4ek recevoir, général, une lettre du général divisionnaire Augereau, datée de Pbrto-Legnago, le 19, par laquelle il me mande q[ue .l'ennemi , avec des forces bien supérieures à lui, a attaque ses avant-postes, et que radjudant7

(i) Qoatre jours avaoi la bataille de Rivoli.

général: Duphol a abandonné le château de Bevilaqua, afin de n'y être pas tourné. Il m'écrira pour me faire connaître les mouvements qu'aura Tait l'ennemi pendant cette nuit. Tous nos postes sont exactement attentifs, mais je doute que l'ennemi de Mantoue entreprenne quelque grand mouvement, à moins que son armée n'ait un avantage bien marqué, ou bien qu'il ne cherche a s'évader. Sitôt que j'aurai des nouvelles du général Augereau, je vous en ferai part.

» Salut et fraternité.

» SERRURIER

On comprend, que cet ennemi qui attaque Augereau, c'est Proverà, qui, en vertu dès instructions qu*il a reçues, marche sur Mantoue.

« Quartier-général de Roverbella, 22 nivôse. «

» Serruner^ etc., etc.

» En conséquence de la lettre que vous m'avez écrite hier, général, relativement au dessèchement que les ennemis ont ojpéré, je crois devoir redoubler de mojeps pour la défense du Mincio. Je viens, en conséquence, d'écrire au général Victor pour qu'il envoie aujourd'hui un bataillon de sa réserve a Formigosa, afin de le porter ensuite où le besoin l'exigera ; quoique je charge ce général de correspondre directement avec moi, je lui recommande encore de vous faire passer, ainsi qu'au ^én^ral Dallemagne, tous les avis nécessaires.

» Le restant d« bataillon de la 57%

242 11ËM01UES

dont vous avez déjà partie ^ restera en réserve a Goïto.

» Salut et fraternité 5

» SERRURIER

» 25 nivôse.

)) Serrurier^ etc.

« Je vous préviens, général, que l'eRnemi a attaqué nos lignes et qu'on est aux prises depuis environ neuf heures du matin. Je ne doute pas que la garnison de Mantoue ne le seconde par quelque mouvement; étant prêts à la recevoir, nous la ferons bien vite rentrer dans ses murs. En cas d'événement, je vous prie de correspondre avec moi et avec lés généraux qui sonf près de vous; il serait possible que quelque partie de la ligne de larmée soit obligée de céder du terrain, c'est pourquoi il est encore esiLcntiel de surveiller Textérieur, afln

D*ALEXANDUE DUHAS. 245

d'empècher quelque troupe ou convoi d'entrer dans la place.

» Salut et fralernité.

» SERRURIER

Le 25 nivôse, à dix heures du matin^ mon père recevait cette lettre :

« Quartier général de Roverbella , 25 nivôse (1).

» Serrw ier^ elc.^ au généial Dumas.

» Je vous préviens, général, que Tennemi a passé TAdige cette nuit a Anghiari, près Porlo-Legnago Je ne connais pas sa force, mais nous devons nous mettre en mesure, parce qu'il est vraisemblable que nous serons attaqués cette nuit. N'oublie/ pas, je vous prie d'en faire prévenir le général MioUis ; recom-

(1) C'était Iq joar de la bataille de Rivoli, qui s'en gageait aii luèxne moment, on voit qae les roouvemeols des Jeux généraux étaient bien combinés.

244 MÉMOIRKS

mandez-lui de pousser des reconnaissances du côté de GastellarO) ou du moins des Due -Casleili.

» Salut et fraternité.

» SERRURIER

» l\ if. 1 ordonne au commandant de la 64*^ qui est a Formigosa, de se retirer sur 4e général Miollis, dès qu'il ne pourra plus tenir. En cas d'événement , je me retirerai sur Goïto »

Deux heures après , mon père reçut celte autre lettre :

« Saint-Antoine, 25 nivôse.

)) Serrurier^ etc.

> Je n ose présumer, général, qu'il n'y aura pas de sortie du côté du général Dallemagne (1), Au contraire , je crois que l'ennemi peut se présenter en force

(t) Dallemagne ctail du côté opposé â MoutaDara, Sur la roule de JUiiau,

]|'ALBXA^DRE DUMAS. 245

sur GoTernoloetFonnIgosa, pourfs'assurer de ces deux points et s'assurer le Pô, pour ravitailler Mantoue. Il est certain qu'ils auront bien moins de chemin à faire pour arriver dans cette partie là que par ici. Au reste, je pense qu'il faut nous garder partout. Cela n'empêchera point que s'il y a quelque occasion, nous en profiterons.

» Le général Beaumont n'a plus de cavalerie, je la lui ai toute retirée cette nuit pour l'envoyer à Castel-Novo.

9 Salut et fraternité.

» SERRURIER

m » p. s. Je compte beaucoup sur le général Miollis et sur un bataillon que j'ai mis a Governolo.

» Toute réflexion faite, pour ne pas perdre de temps, je vais retourner à Ro-

246 M&Moiuii:&

verbella, où j*espère recevoir des nouvelles du général en chef. »

Mon. père fit passer au général Miollis, qui était à Saint-Georges, copie de ces deux lettres.

La journées'écoula en observation. Mon père passa la nuit aux avant-postes.

Le 26, à neuf heures du matin, il reçut cette dépêche :

« Le gênerai Serrurier^ etc.

» Je vous donne avis que les ennemis paraissent du côté des Due-Castelli.

» Donnez vos ordres en conséquence.

» Salut et fraternité.

» SERRURIER

» Roverbella, 26 nivôse. »

Deux heures après, il recevait une se* conde lettre :

€ ï^e général Serrurier^ etc.

»I1 faut absolument, général, vous op-

1I*A1EXANDRK DUMAS. 247

poser au débarquement de rennemi; pofr tez, a cet effet^de ce côté, jusqu'à quinze cents hommes.

m Les troupes ne manquent point à présent, ainsi i^oyez tranquille.

» Roverbella, 26 nivôse. »

Pour porter quinze cents hommes sur le point indiqué parle général Serrurier, il eût fallu les avoir. Mon père écrivit donc a son amiDallemagne, a Montanara, de détacher ce quM pourrait d'honunes de sa division et de les lui envoyer.

Dallemagne répondit aussitôt

« Montanara, 20 nivôse an V.

» Dallemagne à son ami Dumas.

» Quoique je ne doive pas être attaqué, mon bon ami, les moyens que j'ai sont trop faibles pour porter une grande force du côté de Formigosa. J aiun tiers de ma division qui ne peut se relever, et sa force

îi 'est que de deux mille hommes. Juge, ïrion âimi, si je puis avoir du disponible. Aussitôt ta lettre reçue, j'ai cependant donfté ohft-è atl général Mottlatit détenir quelque peu âè ïroupeà prèles k marcher. D'ailleurs, je fobserveqirelè général Serrttrier me prévient, par sa lettre dliier ëôii-, qu'il va Aonnèfr des ordres pour que le ^ont deFormîgosa soit coupé. Efi 'conséquence, s'il a mis sOïi ètJre k èxécii-

ïiétt, il m*esft rmpOBsîbliô de te dofinel-des secours; je te dirai mieux, si Tennemi, qui a passé TAdige, patvient à attaquer par Saint-Georges, la «ortie de Mantoue est assurée, et, malgré la meilleure voloBftëà soutenir le choc, nous s^ionSobligés de succomber, parce que l'ehnemî ne peut senfourner sans courir^ grands risques, où il a des forces majeures.

n Adieu , mon cher ami , compte que

D'ALEXAàNDRC DUMAS. 249

je safsirài toujours avec empressement toutes les occasions de t^être utile, ainsi qu'à mon pays.

» Je l'embrasse sincèrement,

» DALLEMAGiNE »

Cependant il eu coûtait au Srave DaLlemagne de refuser à moil père les hommes qu'il demandait, car il savait une chose^ c'est qué, s'il les demandait, c'est qu'il croyait en avoir grand besoin.

Aussi, vers midi, lui écrivait-il de Casanova :

« Le général Dathniagne bu générai Dumas.

» Je viens d'appreindte , général , que le pont de Foi*mi^ùsa existais encore.

J'ai de siaite donné ordre au général Montant de jw^rtir àVec «inq éente Hwmïï* mes et deuîL pièces d'airliflefîe pour For-

250 MÉMOiR^:s

migosa, et lui ai donné les instructions

nécessaires pour prendre Tennemi par derrière, si toutefois tu es attaqué.

Salut et fraternité.

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