LAC ST. CHARLES À QUINZE MILLES DE QUÉBEC
Charmant séjour pour l'été, autrefois si fréquenté qu’il n’y avait pas même une chambre à louer une fois que la belle saison commençait. Mon père avait là son yacht, et en attendant l’érection d’une maison qu'il avait commencé à bâtir, louait la maison de Mons. Provençal, frère de cette dame Verret si connue il y a cinquante ans et pour plus que cinquante.
Cette maison occupée maintenant par son fils, Louis Verret, était la maison de réception pour les voyageurs, et aussi pour ceux qui faisaient des pique-niques ; elle est extrême-
MES MEMOIRES. st
ment propre, très bien tenue, avec de grandes chambres convenables pour les dames, et elle est toujours pleine, mais à part quelques anciens qui la visitent de temps en temps, le silence règne. Et pourquoi cela ? un peu la faute des chemins de fer, qui, en offrant des facilités pour se rendre à l’eau salée, incitent ceux qui cherchent le changement d'air et d'entourages de se servir de ce moyen de transport, mais aussi beaucoup par la faute des habitants eux-mêmes. A part les Verret, la plupart des cultivateurs sont très pauvres, et au lieu de faire tout ce qu'ils pouvaient pour encourager les voyageurs, dans leur ignorance, voulant faire trop d'argent, ils en sont venus jusqu’à se ruiner. Il fallait qu’on aimût cette jolie place, car, après le travail de la journée, les messieurs de la famille devaient chacun avec sa voiture monter quinze milles d’un chemin très abrupte, et apporter toutes les épiceries, la viande et même le pain. Un jour, j'ai demandé à quelques femmes de monter chacune plusieurs pains dans leurs charettes vides, ayant vendu leurs produits, et je leur expliquai qu’on préférait même leur donner un profit sur chaque pain, mais je n'ai pu venir à ce résultat. Un
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