WE£ES MEMOIRES
coup je pense à mon ancienne amie Mathilde Perrault, femme de l'Hon. P. Casgrain, qui demeurait et qui demeure encore dans la rue Collins en arrière de l'Hôtel Albion, Je m'y rends. Mlle Casgrain y était. Après une heure de causerie, Mad. C.... me demande, ‘“ Mais comment fais-tu pour l'Eglise ? puisqu'il n’y en a pas de protestant à K...... Oh! je prends mon livre de prière et me rends tous les Dimanches à Vêpres et lit les Psauimes.”” “ Tu finiras par être catholique,” dit Mad. C..... Oh! que j'étais fâchée. Je repris avec chaleur : ‘“ Non, jamais! je ne puis pas croire qu'une personne d'éducation comme toi soit si fanatique que tu ne puisses comprendre que je puis être aussi bonne que toi dans la foi dans laquelle j'ai été élevée.” “Je le crois toujours,” répeta-t-elle. Trop insultée pour répondre, je posai tout de même cette question : “ Je voudrais te demander de m'expliquer que veulent dire les cérémonies de la messe, car il faut qu'il y ait quelque explication. Comment des personnes de votre intelligence peuvent-elles croire à ce qui me paraît si absurde ?” Mlle Casgrain me répondit vitement: “ Ah! si j'osais vous offrir un livre qui
explique cela, mais vous ne voudriez pas lire
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un livre catholique ?”” ‘ Pourquoi, répondis-je; pensez-vous que j'ai peur que ma foi soit ébranlée ? certes non.” Mais avant qu’elle put me donner le livre, une dame entra, la conversation fut interrompue et ne fut pas reprise. Peu après, je pris congé et retournai chez moi; et remarquez ce qui suit. Je trouvai mon cher mari sérieusement malade avec des symptômes qui m'inquiétaient vivement. Tandis qu’il dormait, pour que ma fnmille ne remarquat pas trop mon inquiétude, je sortis un peu pour prendre l'air et me tranquiliser. Chemin faisant, je rencontrai une vieille dame qui cousait pour .…... “Je me rendais chez vous et vous voilà ; serez-vous longtemps ?”” “ Je m'en vais à la messe, me ditelle; pourquoi ne venez-vous pas aussi? Vous savez, c’est une journée de fête ? ” Comme j'hésitais elle dit : “ Pourquoi pas ? Je vous vois souvent aux vêpres.” ‘“ Oui, mais pas à la messe.” À la fin j'entrai dans l'Eglise, et, mon attention fixée sur les cérémonies, je me demande encore leur signification, vous savez vous tous comme cela est rare, au sermon, expliquer les cérémonies de la messe, Est-ce un hasard ordinaire je me demande, ou est-ce le bon
Dieu lui-même qui me répond ? J'étais vraiment
frappée, et il me semblait que j'entendais encore les paroles de Mad. Boucher dites il y avait tant d'années: “Quand vous êtes en grande peine, demandez à la Sainte Vierge de prier pour vous.” Le monde laisse l'Eglise, j'y reste, quelque voix puissante semblait parler à mon âme; à la fin je fus tentée de suivre ses conseils. Je m'assure que je suis seule dans l'Eglise, je me rends à l'autel de la Sainte Vierge, et à genoux, du fonds de mon cœur, dis ces mots :
“ Si, Sainte Vierge, Mère de Dieu, il vous est permis d’entendre nos plaintes, priez pour moi afin que le malheur qui est prêt de tomber sur nous soit éloigné ; et si ma demande est exaucée, je croirai vraiment que vous pouvez intercéder pour nous, et je promets d'examiner les vertus de la religion catholique; et si la lumière m'est donnée, de les croire, de suivre la voix de la conscience, et, malgré les sacrifices, de devenir catholique romaine” Mes amis! avant un demi-heure ma prière était entendue, et comme si un voile avait été tiré qui obscurcissait ma vision, j'ai vu et j'ai compris parfaitement ces mots de l'Evangile : “Il y a des oreilles qui ne veulent pas entendre, des yeux qui ne veulent
pas voir.” Maintenant je voyais et je croyais.
Ainsi, huit jours après le moment où je m'étais vantée de l'impossibilité d’étre convertie, j'étais fervente catholique, et si j'avais été homme j'aurais voué ma vie à prêcher les doctrines de l'Eglise romaine. Car si on traduit quelque chose, est-ce que les sentiments de la justice ne nous portent pas à faire réparation ? Et moi qui avais parlé tant contre les doctrines de l'Eglise romaine je brüûlais de faire réparation.
Maintenant, mes amis, vous seriez curieux de savoir ce que me valurent mes visites à l'Eglise le Dimanche. Comme il y a des faits qui prouvent comment la main bienfaisante de Dieu dirigeait mes pas, Je continue ma narration. . Une couple de semaines après je montai à Québec ; ma première visite est pour mon amie, Mathilde Casgrain. Lorsque je lui appris que j'étais Catholique elle pensait que je me moquais d’elle ; mais à la fin, à ma demande d'être introduite à un prêtre, elle répondit qu'elle était malade et ne pouvait pas m'accompagner, mais qu'en me rendant à l’archevêché je trouverais certainement un prêtre. Mais je voulais savoir le nom de quelqu'un, je n’en connaissais pas un, à l'exception du Rev. Mons. Le Moine, cousin-
germain de mon mari, mais je pensai que je le
mettrais dans une position délicate envers mon mari et d’autres parents. Après quelques moments de réflexion Mad. C.... dit: “Tiens, demande à voir le Rév. Mons. Bonneau, il a déjà fait beaucoup de conversions.” Je m'y rends, poussée par une ferveur qui brisait sous pied tout obstacle; je me rends à l'archevêché, demande une entrevue, et”après m'avoir parlé un peu, Mons. l'abbé m'étonne par ces mots:
‘ J'ai toujours prié pour vous, et j'ai toujours cru que vous seriez de notre foi.” “Comment, Monsieur, je ne vous ai jamais parlé que quelques instants lorsque je vous ai rencontré chez Mad. Van Felson.” Il dit: “Vous m'oubliez mais vous m'avez reçu très poliment dans votre maison.” Tout-à-fait mystifiée je le regarde, il continue : “ Vous rappelez-vous, il y a une quinzaine d’années, vous aviez une domestique malade, et comme elle refusait d’aller à l'hôpital, dont elle avait peur, et sachant que sa famille était très pauvre, vous avez envoyé chercher sa fille et la gardiez chez vous pour la soigner ? Et lorsque j'ai dit que c'était impossible, parce qu’il faudrait qu'elle reçut les Saints Sacrements. ‘ Et pourquoi pas ? ’ avez-vous répondu ; ‘ pensez-
vous que je suis si païenne que je refuserais que
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quelqu'un dans ma maison pratiquat selon ses croyances?” Il y en a très peu, dit Mons. Bonneau, qui l’auraient permis, et j'ai remarqué, dit-il, que vous avez aidé la fille à mettre un couvert blanc sur la table et mettre tout en ordre convenable. Et, me dit Mons. Bonneau, | j'ai espéré que le bon Dieu vous récompense- | rait en vous amenant au sein de l'Eglise.”
Certes, il me se nblait que les éléments de la
bienséance ne demandaient pas moins que cela,
et c'était une affaire si peu importante qu'elle
m'avait complètement échappé de la mémoire,
Et voilà! après quinze ans la main de Dieu me
mène à ce même prêtre pour me conduire dans |
l'Eglise. | N'ai-je pas raison de dire que ce n’était pas
l'intervention de l’homme, mais la puissance du |
Très Haut qui me dirigeait ? Mais M. Bonneau |
conseilla la patience. “ Ne faites aucune chose à
la hâte; vous savez l'importance du pas que
vous allez prendre.” Ainsi je retournai à K...…..
et quelques semaines après, une de mes amies
demandant à Mons. B...... s’il correspondait
avec moi, reçut cette réponse : “Si Mad. M...
est aussi bonne catholique que je la crois, elle
n'a pas besoin de moi. D'ailleurs, elle a une
je gardai le silence, mais la nouvelle se pro-
; connaissance parfaite des dogmes de la religion | , catholique, elle n'a besoin d'aucune instruction. | ; Il n'y avait que la foi qui lui manquait, et elle l’a | À reçue.” Quelques semaines après, mon cher | À mari était dangereusement malade. Ila eu la , | bonté de dire que mes soins l'avaient sauvé de |: » | la mort, et qu'il aimerait à me récompenser s’il | ' | était possible. J'ai saisi l’occasion de lui dire, | à qu'il me récompenserait pleinement en me pe L permettant de pratiquer la religion à laquelle je || d croyais maintenant avec une conviction iné- l | L branlable. Il me répondit: “Fais comme tu | voudras, mais ne fais pas d'éclat.” De-sorte que | | y |
pagea. L'Évêque Hamilton, qui avait été mon pasteur à Québec, m’écrivit plusieurs fois. Nous eûmes une longue correspondance, et je lui | promis que nous aurions une conférence per- | il sonnelle, ce qui eut lieu; mais ilest très attaché (1 0 à la High church, et chaque contestation me laissa plus ferme. Deux jours après je demandai permission de faire ma retractation dans le couvent des Ursulines, et j’eus le bonheur, après
voir été confirmée par Monseigneur Taschereau 4 (Cardinal), de recevoir le Saint Sacrement des mains du Rev. monsieur LeMoine,. chapelain ;
et une de mes chères maîtresses, la Mère Steu Croix, qui vit encore (aussi une convertie), le reçut avec moi, Guidée par les sages conseils de Mons. Bonneau, j'ai pu diriger ma barque à cravers les flots adverses sans trop de chutes, et quoiqu'il faille toujours beaucoup de sangfroid dans une position comme la mienne, beaucoup à endurer, je puis remercier Dieu que mon cher mari prit toujours mon coté, et en vint même à s'exprimer ainsi: “Quoique je ne puisse pas croire comme vous, je concède qu'avec vos fortes convictions vous n'avez pas pu faire ’autrement.' Et mon cher époux était un de ceshommes qui pratiquent plus la charité chrétienne que beaucoup d’autres qui en font une plus grande profession. Une de mes tantes était d’une si grande colère lorsqu'elle sut que j'avais joint l’église, qu’elle se plaisait à dire que si javais été mieux instruite cela ne serait pas arrivé. Deux ans après, sa fille, la veuve du juge W...….. de Jacksonville, en Floride, une dame d’une éducation supérieure, a suivi mes pas, et de temps en temps je reçois des lettres exprim=nt son bonheur d’avoir fait comme moi, Oh! vous qui êtes nés catholiques, soyez reconnaissants, et souvenez-vous que les ennemis de la religion