‹ Mes notes d'infirmierChapitre 14 sur 40 · LA NUIT DES ROIS · texte numérisé non relu

LA NUIT DES ROIS

On ne peut savoir encore quelle réponse feront à cette notification les monarques confédérés, mais ils pourront, sans crainte de se tromper, écrire au biblique souverain :

Le roi boit!

Ghampigny.

Il y avait autrefois, aux environs de Paris, un village peu connu qu'on appelait Champigny-sur- Marne.

En ce temps-là, Saint-CIoud , Meudon, Sceaux, Enghien, Sèvres, Suresnes, étaient célèbres par leurs sites , leurs forêts , leurs châteaux ; partout des domaines princiers, des villas aristocratiques, des chalets de plaisance.

Ghampigny, plus modeste, se tenait recueilli au bord de la rivière avec ses maisons blanches et bourgeoises. La Marne , au lieu d'y amener le bruit et le mouvement, ne passait là que pour le plaisir des yeux , car elle n'y est pas navigable , et elle s'y livre à une fantaisie d'une extravagance toute pittoresque.

Après avoir arrosé Petit-Bry, Nogent et Joinvillele-Pont , elle n'a qu'un pas à faire pour aller se jeter

GHAMPIGNY. 40

dans la Seine, à Charenton. Mais non, elle ne prend pas si aisément son parti de quitter cette jolie contrée; elle veut faire son tour de Marne j créer des prairies, embrasser des îles, faire tourner des moulins.

Elle va errer sous Champigny, Chennevières , Bonneuil, Port-Créleil, et elle revient prendre, de Tautre côté de Joinville, les bateaux qui préfèrent une traversée souterraine de cinq cents mètres ,à une promenade sentimentale de douze* ou quinze kilomètres.

* Ainsi , point de chemin de halage , point de gros bateaux, point de mariniers, mais une rivière calme, dessinant une presqu'île entourée de coteaux boisés et de villages bâtis en amphithéâtre ; quelques barques à voiles ou à rames amarrées sur les bords, quelques maisons élégantes, beaucoup d'habitations rustiques, voilà le tour de Marne.

Il fallait voir comme les dimanches d'été peuplaient ces heureux rivages d'une foule composite et bigarrée !

Le chemin de fer de la Varenne , qui reste encaissé entre deux talus durant les deux tiers de son parcours, sort tout à coup de son lit au détour de Nogent. Il plane sur l'île de Beauté, s'arrête à Joinville, et dépose à cette station presque toute la gent canotière, La partie bruyante du train met pied à

terre , çt c'est à qui arrivera le premier au bord de Feau ou à la table du restaurant.

Plus graves et plus recueillis sont les voyageurs qui vont plus loin. Ce sont des propriétaires, des bourgeois, des ouvriers, qui veulent passer leur dimanche dans leur maison, dans leur famille, chez des amis.

Mais, pardon; je parle au présent comme si tout cela existait encore, et cependant je rappelle un temps passé, bien passé. A cette époque, il y avait à Champigny une maison hospitalière entre toutes. Elle appartenait à un artiste d'une certaine noto^ riété, qui en faisait son hoc erat in votis. Il vivait là huit ou neuf mois de Tannée, pour s'y reposer des trois ou quatre mois d'hiver.

Dans ses rêves de retraite, il avait voulu avoir autour de lui tous les animaux amis de l'homme. Aussi la cour et le jardin de Champigny étaient-ils une suite non interrompue de cages, de niches, de volières, de clapiers, de colombiers.

On descendait doucement vers la rivière, où se trouvait le petit port, avec ses deux canots. On avait des fleurs en quantité modérée , et des fruits à profusion.

Le maître de la maison avait trois passions : les bêtes, on l'a déjà vu, la musique et ses amis. Je les mets au hasard et sans ordre d'intensité.

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