‹ Mes notes d'infirmierChapitre 40 sur 40 · NOTRE DERNIER BLESSÉ · texte numérisé non relu

NOTRE DERNIER BLESSÉ

rope sans la France, ce serait la France sans Paris. Quel ne serait pas Tennui des nations?

Je sais aussi que la paix était voulue et acceptée d'avance. Elle é|ait imposée par la peur et consentie par le désespoir. Et pourtant j*en connais plus d'un qui ne Teût pas signée. Il s'agissait de choisir entre l'amputation et la mort.

La France a choisi l'amputation ; le Français doit se soumettre. Maintenant le membre tranché doit-il repousser, ou sommes-nous voués au tétanos ou à la gangrène? Osons nous regarder en face et nous juger nous-mêmes.

Sommes-nous assez punis? .Sommes-nous assez dépouillés de cette vanité et de cette forfanterie qui nous ont coûté si cher ? Sommes-nous guéris enfin de cette manie de régenter nos concitoyens du fond d'un estaminet ou d'une arrière-boutique? Aurionsnous le bonheur de n'avoir plus un million d'hommes d'État et d'avoir un homme d'Etat? République ou monarchie, sommes-nous encore une nation?

Saurons-nous apporter quelques changements à nos habitudes, à nos modes, à nos mœurs, à nos ridicules? Verrons-nous encore nos femmes et nos filles porter des toilettes extravagantes et dispendieuses pour le bonheur des tailleurs anglais ou allemands , nos petits enfants se draper dans des oripeaux de comédiens; verrons-nous encore nos classes bour-

ItiS UES NOTES D'INPIRUIER.

geoises et populaires s'abreuver du poison simple du théâtre ou du poison double du café-concert; nos gens du monde fréquenler les salons, oh se joue le lansquenet, et le cercle, oii le suprême bon goût vous ordonne de garder le cbapcau sur la tête? Aurons-nous encore les courses pour l'amélioration de la race chevaline avec accompagnement de cocottes et de Champagne; aurons-nous encore les tailleurs allemands, les bottiers allemands, les compositeurs allemands; aurons-nous les petits crevés, la Belle Héléae et les chiens à paletots armoriés? Et dans le peuple des villes, verrons-nous encore les grèves, le cabaret, la promiscuité e\V Internationale ? Si nous devons être rendus k toutes ces hontes et . à toutes ces misËres, mieux valait mourir. Que serait-il arrivé? La France conquise aurait été asservie au joug prussien. Un sang barbare infusé dans nos races anciennes aurait amené, par la suite des temps, une génération jeune et forte. Nos oppresseurs, amollis à leur tour, seraient emportés par quelque tourmente révolutionnaire, et alors une France nouvelle...

Ah! celte supposition est affreuse! Mais si toutes les leçons doivent être perdues, c'est à désespérer de son pays.

Dernière page.

Si un écrivain pouvait savoir d'avatice quels sont les points de son ouvrage ou de son opuscule qui sont attaquables et qui seront attaqués, il serait bien coupable de ne pas prévenir les objections en se corrigeant ou en s'émondant. Mais on ne saurait tout prévoir.

A ceux qui trouveront que quelques-uns de ces récits sont empreints d'une tristesse qui n'est pas dans le tempérament ordinaire de Fauteur, je ré* pondrai que j'ai vécu cette année les plus mauvais jours de ma vie.

A ceux qui jugeraient au contraire que l'élément comique a une trop grande place dans plusieurs de ces historiettes, je répondrai :

— N'aimez-vous pas mieux le soldat qui accepte gaiement son fardeau que celui qui récrimine contre les chefs et les maîtres sous lesquels et par lesquels il a travaillé et souffert?

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