‹ Mes paradisChapitre 44 sur 63 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

A la crèle d'un flol deux goulles écumanl ;

Au-dessus d'elles, tous les yeux du firmament.

Tous ses mille milliers de milliards d'étoiles.

Jusqu'à celles que cache en ses ultimes toiles.

Au fin fond du tréfonds de l'abîme liabité.

L'aragne de la nuit filant l'immensité ;

Deux tous, dont nul avec autrui ne communique.

Tous les regards fondus en un regard unique,

Et ce regard unique à son tour condensé

En le reflet furtif dont l'éclair a dansé

A la crête du flot où l'écume déferle ;

Ces deux gouttes ainsi dans leur suprême perk-

Ayant tous les rayons de tous les firmaments,

C'est vous, si vous aimez (juand un vous aime, amants.

Iles d'or vert, Iles d'or jaune, Où l'Amour Irone Au ciel ouvert,

lies d or fauve, lies d'or pur, Ou tout l'azur Vous sert d'alcôve,

lies d'or chaud, Iles d'or monde, où du bas monde Il ne vous chaut,

Mi;S l'AHAOlS

lli's U'ur sjiiio, lies il'or fol, Où loul osl vol D'heureux présage,

Iles d'or clair, Iles d"or sombre, Où quand on sombre C'est dans l'éclair,

lies d'or vierge, lies d'or vif, Où rien n'est suif.

Où tout est cierge,

Iles d'or cher, Iles d'or tendre, Où peut s'entendre Fleurir la chair.

Iles d'or grège, Iles d'or grand, Où le torrent Au lac s'agrège,

LES iLCS d'or "ilti

lies d'or n»ux, Uoii tlor f^'liiuquo, Où ffroJiilc <*l niuque Notre courroux,

Iles d'or frùle, lies dor frais.

Où, vile après.

On tourterelle,

Iles d'or vieil, lies d'or jeune.

Où l'on ne jeune Vjue de st^mnieil,

lies d'or calme, lies d'or beau, Où le flamlie:iu

S,,rt ,],- 1;. ,,:.'•.■..,

Iles d'or saint, Iles d'or lisse.

Où de délii- • Le cœur est ceint,

llos iVov mauve, lies (i"or gris, Où l'on est pris Quand on se sauve,

lies d'or fier, Iles d'or libre, Où demain vibre Avec hier,

lies d'or riche, Iles d'or prêt, Où nul guérel Ne reste en friche,

lies d'or franc.

Iles d'or large, Où chacun charge Au premier rang.

Iles d'or souple, Iles d'or brut.

Où l'âme en rut Au corps s'accouple,

LES ILKS II oK

lloi d'or lirun, Iles dur ft'riiu'.

Où l'on s'onferiuc I>oux |>our «"^Ire un,

Iles d'or hléme.

Iles d'or las, Où le liliiH

\|.'lirl 'ji! M"! ■■" I '!!llt'.

Iles d'or noir, Iles d'or piile, Où chante et râle Le lut^int' espoir,

Iles d'or grave, Iles d'or gai. Où fuit, nargue.

Le temps qu'on brave,

Iles d'or bleu.

Iles d'or chaste.

Où l'àme est faste Et le corps feu.

OjS MliS l'AHADlS

lies d'or rose, lies d"or fin, Où c'est sans fin L'apothéose,

Quels mots jamais Font rééclorc L'or qui colore Vos doux sommets,

Quels mois de joie Et de clarté Auront chanté L'or qui déploie

Tous ses essors Sur tous vos faîtes, Iles d'or faites De tous les ors ?

Mais avant celles-là, dont le net souvenir

ICsl trop solidement empreint, pour s'y ternir.

Aux pa^'es du fidèle aliium qu'est ma mémoire ,

Il en est d".nutres, dont, conmie une pale moire,

Le dessin se confond aux veines du papier.

11 faut cligner des yeux et longtemps épier.

Pour que Ton en devine obscurément surgies

Dans un vague brouillard les vajrucs eftifries.

Iles qu'on côtoyait de nuit probablement.

Près desquelles on a jeté l'ancre en dormant.

Ou dont les fleurs, présents de quelque encbanteresse.

Exbalaient si soudaine et si subtile ivresse

Ou'on oubliait dalwrd tout, même où l'on était ;

Si bien que le matin, quand elle vous quittait.

L'enchanteresse, comme une étoile s'efface

Dans l'aurore, on n'avait qu'entr'aperçu sa face,

Et de ses fleurs et d'elle il ne restait plus rien.

Donc l'immatériel portrait aérien,

Si tant est qu'on en eût d'une image aussi brève,

S'évaporait, espoir d'espoir, rêve d'un rêve.

Puis, on était à l'âge où le temps complaisant

Ne montre qu'un visage encore, le présent.

On prend tous les oiseaux dont l'aile vous effleure ;

On arrache gaîment les duvets blancs de l'heure,

Pour l'unique plaisir de les faire neiger

Au vent qui les emporte en tourbillon léger.

Les duvets envolés, où vont-ils ? On l'ignore.

Même, on n'a nul besoin de le savoir. Encore

Une autre heure qui passe, et l'on plume toujours.

Comment vous retrouver, duvets des primes jours.

Blancs duvets que la mer mêle aux blanches écumes

Des ans que, sans vouloir les vivre, nous vécûmes?

0 ces impressions d'ombre à fleur de "cerveau.

Trame en fils de la Vierge au fluide écheveau !

Puis-je en redéployer l'impalpable dentelle ?

Les mots ont de gros doigts qui tremblent devant elle.

Vont-ils pas la salir, la rompre, en y touchant ?

Rien qu'à former ce vœu, j'ai peur d'être méchant.

Ces instants, ces bonheurs aux vagues effigies,

N'est-ce pas criminel, d'incarner leurs magies ?

LES lLi:s It'oU 2:»9

'^oiiviens-lui, !>i tu peux : leur plus suave iippas Él«iit fait de ceci, (|u'oit ne les sentait pas. ■si agir en sorcier d'artifice équivoijuc, •jue de prêter un verbe à ces morts qu'on rv(»(|ue, llux qui, lors(iu'ils naissaient sous la splendeur d»- ■ '•"•v, \N aient pour plus grand bien d'tHre silencieux. N importe ! J'essaierai de vous faire revivre, l'aies figures des premiers feuillets du livre. .\h ! combien vous m'aimiez, combien je vous aimais, Je ne le savais pas. je le sais désormais. Pardon, si mon désir d'après coup vous offense ! Mais je veux vous revoir, iles d'or de l'enfance ; \'ous voir, plutôt ; on est aveugle en y passant : Tout l'beureux qu'on y fut, c'est plus tard qu'on le .-«enl. Eb bien ! l'enfant d'alors, que l'iiommeici l'exprime ! Et réapparaissez ! Si c'est folie ou crime De le vouloir, tant pis ! Mais je le veux. N'enez ! Ne craignez pas d'ailleurs vos restes profanés Par ce viol de tombe où mon cœur se décide, .'e cbercherai des mots en gaze translucide,

fantômes cbéris, et vous en vêtirai Avec la main pieuse et le zèle sacré L>'un vieux prêtre na'if aux gestes symboliques <>ui s'incliiit' ;'i l'.iiilfl ni li.iiN.ml des r<'li(|ui's.

26U Mi:s l'.VHAIil;

Ecoulez ! Là-bas ! Dans le matin !

Mais tendez Toreille. 11 faut la tendre. L'air est si ténu, vague, lointain !.

Mais comme il est tendre !

C'est, pour éveiller son blanc troupeau Encore endormi sur la fougère.

Un berger qui souffle en un pipeau D'avoine légère.

Mais non ! Le pipeau, même discret.

Marquant d'un refrain la cbansonnetle, Ici jusqu'à nous elle viendrait Plus forte et plus nette.

LKS Ilfs u'or trti

Ct* ii'i'hl ji.ih non pluK un flinnt "r...... .in

Au vif ^.izouillib en alUVrei>t>iv C'est coiurav un «uupir qui «ur de« eaux Pastte ct leK cnresite.

De linipidei» eaux tlunt le> gnind:» yeux Sont Itortiés de eiU en fuites planleti ' In soupir fK»lanl ces riens soyeux l»e ses ailes lent»-

C'est une harmonie, oh '. j'en suis sur. De rythmes, de sons, elle est ourdie.

Mais je ne sais pas comment ni sur Quelle mélodie.

11 m'est familier, cet air, pourtant.

Je le reconnais. 11 est si tendre !

Et je me nippelle, en l'écoutant, oue j'ai du l'entendre.

Que j'ai bien des fois tendu l'oreille Pour la percevoir, la vague voix, La Uiéme, pareille.

262 MRS l'AUAIllS

\oï\ du Icuips liinl)ujue, où l'on était Le petit enfant encore au lange <Jui semble des yeux, quand il se tait, Sourire avec l'ange !

Quel ange ? Celui qu'on ne vit pas, Mais que la maman, pendant qu'on telle, Voit, si lumineux, prier tout bas Prés de votre tète.

Ce qu'il vous disait, c'est aboli; Mais la musique, elle, en est restée, Et de notre cœur, tombeau d'oul)li, Sort ressuscitée.

Aussi chaque fois qu'en remontant Vers le temps limbique on tend l'oreille. C'est elle toujours que l'on entend, La même, pareille,

Sans bien distinguer de quels sons fous. De quels rythmes chers elle est ourdie ; Mais on s'en souvient. L'entendez-vous ? Chante, ô mélodie !

IKS iLE^ > SOI

Ecuulex ' Ui-bas ' I>aiii> le malin '

Mieux, écoulez mieui '. Tâchez d'enlondrc '

l.'air eiit i>i ténu, va^ue, lointain *

\t.liv i-illllllli- li ■■■.l llMlill-i' '

'2<il Mi:S l'A RADIS

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