‹ Mes paradisChapitre 6 sur 63 · SUBTILITES · texte numérisé non relu

SUBTILITES

Pour aller me noyer je marchais vers la grève.

€ Bah ! faisais-je, la vie est longue et la mort hrève.

« Et puis, en fin de compte, on ne meurt qu'une^ j'ois '

— En es-lu sur ! » me dit soudain l'étrange voix

Oui me répond tout bas quand je suis solitaire.

Ce mot mystérieux me cloua contre terre.

Et. doucement, la voix reprit : < Ne sais-tu pas

« Oue vivre, en vérité, c'est mourir pas à pns ?

« Songe qu'au sablier du temps tombe le sable

< Et qu'en tes poings serrés il coule insaisissable

« Sans qu'à nul <les moments qui semblent les plus lieris

« Tu puisses jamais dire : Arrête, je te tiens!

« Songe que le présent se sauve à la même heure

« nuil arrive, fuyard qui n'a point de demeure.

. Regarde aulour do loi vers quel lointain sans fond

• Les choses el les faits elles (""Ircs s'en vonl,

« Peuple nomade qui, tandis qu'on le dénombie,

« Disparait, ne laissant rien, pas niùme son ombre,

• Songe aux amis perdus, songe aux amours trahis, « Songe à tant de tombeaux par la mousse envahis

i Et qui font de ton cœur un vaste cimetière.

• Regarde en toi, (luels flots d'idée et de matière « A travers ton esprit et la chair ont passé

• El dont ton souvenir obscur est Vin-pace.

€ Dans celte catacombe essayons de descendre.

« Les yeux sont aveuglés aux tourbillons de cendre

« Hue nos pas font jaillir du désert ténébreux.

« Hue de gens abolis ! Comme ils sont peu nombreux

4 Ceux que nous évoquons de ce vieil ossuaire !

< Combien dont tu ne peux, en levant leur suaire,

» Te rappeler l'image et dire encor le nom !

» Combien dont tu ne sais plus rien de rien, sinon

• Mu'ils ont vécu ! Pourtant, tous ces paies fantômes, « C'est toi ; c'est par ton cœur qu'ont roulé leurs atomes ;

Ce (ju'ils sentaient alors, c'est toi qui l'as senti, Quelque ancien toi, depuis longtemps anéanti,

« Que ton toi d'à présent n'ose plus reconnaître.

« Parmi tous ces défunts qui formèrent ton être.

Cherche-toi dans toi-même, et vois sous quels oublis

" Les vivants que tu fus dorment ensevelis.

\'l mi: s PAU MHS

« Kl ccsl la mort qxic lu ili-siics ! Mais ton rùvo

< Kst loiit réalisé, inouranl qui meurs sans Irovo,

« O toi donl chaque instant est aussilùl jadis,

« 'l'oi ili>nl chaque soupir cliantc un '/'- /iriifiiin/i.^ !

• Va, si la mort te i)lail, bois, la coupe en est pleine.

• Mais au lieu de vouloir la vider d'une haleine,

> Mois-la par petits coups, fais durer ton jilaisir,

• Hois-la comme un bon vin qu'on savoure à loisir,

= Vieux, rare, et que son prix su rend plus délectalilc

» Les yeux extasies, les coudes sur la table,

» liois comme un sage et non comme boit le IttHnil.

<> ilonsumc ainsi la vie à mourir en détail.

• <^»ue la mort longuement, j.'outte à goulle, l'enivre.

• l.a meilleure des morts, c'est de se laisser vivie. «

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