‹ Mes paradisChapitre 7 sur 63 · I. A uni < SOL i · texte numérisé non relu

I. A uni < SOL i

cUiil ce qu'on appelle un crime. A le coninietlre Jhésitais... u Pourquoi donc? » me cria le vieux Mailre. • — Les suites en seront terribles. — Ou'en sais-tu r ' Fais le mal par malice et le bien par vertu, « Hicn de mieu.x ! Mais vouloir que la raison calcule « Tout ce qui peut germer d'un fait, c'est ridicule. « Le plus tin déducteur entre les plus experts, « C'est moi, n'est-ce pas, tils ?Eh bien î moi, je m'y perds. « Lt souvent, i;,'norant ce qu'il faut que je fasse, « Pour choisir un parti je joue à pile ou face.

Les suites dépendront du hasard opportun ;

Mais le point de départ, bien ou mal, c'est tout un ;

Ht le meilleur i-ompl;ible userait ses lunettes

A i)n-v(.ir un bilan et des balances nellos

Mi:S l'AHAl»!^

€ Dans ce doil-cl-avoir inrmilésim;il

« Où le mal sort du bien comme le liien du himI.

« Contre ces clKinces-ià nul ne se met en garde.

« Si tu ne m'en crois pas sur parole, regarde. »

Sa dextrc évocalrice aux doigts magnétisant S'imposait à mon front dans un geste pesant, Et sous une lueur d'éclair, sinistre et brève, Devant mes yeux bagards surgit ce double rêve.

Dans un désert plein d'ossements, De pourriture et d'excréments, Une ombre était agenouillée, Ine ombre triste, aux regards morts.

Le cœur sanglotant de remords, La lôte de cendres souillée.

Dans un jardin plein de rosiers, De fruits, doiseaux extasiés.

Allait une autre ombre, vèluc

VI \Ti>jii: s

De clair soleil et de printemps, Une ombre aux rcfrartU éclat.iiils.

Aux alliliult's de sl;iliu\

Pourtant la plus noire des deux Ktait celle-ci. Bas, hideux, Sun visage h la peau blêmie Suintait comme un mur de prison.

Son nez puait la trahison.

Sa hoiiclit' bavait riiifaiiiie.

L'autre, au contraire. M>Li> m > pleurs .\vait des yeux comme des fleurs, Des fleurs douces, bien que fanées.

Ses lèvres distillaient le miel.

D'une auréole d'arc-en-ciel *sp< t.^!n]>>^< tétaient couronnées.

Et de même leurs cdurs ouverts.

L'un, le joyeux, grouillant de vers.

L'autre, le triste, une corbeille -\ux arômes chauds et subtils Où volaient sur l'or des pistils Kt le papillon et l'abeille.

3« MKS l'A 11 A m S

Celui que le ni.'illiour frappa

Se lanieiilnil. • Meà eulpii •

€ Las ! ili'las ! Otii m'eût dit na^cuôre,

• Pauvres frens, que je vous trompais !

• Je crus vous apporter la paix,

• Kt par moi l'on vous lit la guerre.

J'étais le bon pasteur pourtant.

Celui qui veut paître en chanlanl Son troupeau clans les herbes frairlics. Mn mon nom l'on vous a saignés, Agneaux que j'ai faits résignés Par l'espoir des célestes crèclies.

« \ ous avez, suivant mes leçons, « Laissé votre laine aux buissons.

• Mais loin de mes sentes fleuries tin vous a. le long des trottoirs,

• Conduits aux rouges abattoirs Kt débités aux boucheries.

• >.'ins moi. s.iii> iii'iii opiiii iii)iinM-ur > Contre les forts qui vous font peur

* Vous vous seriez unis, sauvages,

VIATiyUKS

« El vous iruuriez p;is lAclitMuoiii • Subi pour un rèvo qui nionl « Vos (lix-liuit siècles d'esclavages.

t Pardon, à frères que j'aimais.

« Ne vous courbez plus désonn;«is.

€ Hedressez-vous. la tùlealtiére.

« Les mots de douceur que j'ai dits « N'ont pas rouvert le paradis. • • C'étaient des clefs de cimetière.

« Mallieur à moi ! Car c'est en vain

t Que j'ai versé mon sang divin.

• On en a fait un pus immonde

• Dont le flux pestilentiel,

t Corrompant la terre et le ciel,

• A semé la mort sur le monde.

« Malheur à moi ! Dans mon linceul

« Je ne me suis pas couché seul :

* Mais j'ai, conviant à ma table « Le pauvre et le déshérité,

t Crucitié l'humanité

• Aux bras de ma croix lamentable. »

38 Mr. S l'AHAniS

Et Jésus, déçu de ses vœux, Pleuniil, s'arrachait les cheveux, Eût Youhi crever ses prunelles Pour ne plus contempler le mal Ou'engendra le flot baptismal De ses charités criminelles.

Mes yeux se tournèrent soudain Vers l'hôte du joyeux jardin Plein de roses et de mésanges-.

Je le vis, radieux, s'asseoir Sur un trône au dais d'ostensoir Autour duquel chantaient des anges.

Les anges chantaient ; « Hosanna !

« Louange à lui ! Dieu lui donna « L'heur d'accomplir la prophétie 1 « Honneur au martyr clandestin « Qui d'un mot changea le destin, « D'un ffeste sacra le Messie !

« Gloire sur terre et dans les cieux^ « Gloire à son forfait précieux !

« El que partout on le renomme,

t Le bon Irailrequi vint poser

« Aux lèvres du Christ un baiser,

€ Héros qui fit un dieu d'un lioinnic ' i

Et l'apuliv aux Ironie deniers, Celui près de qui les charniers Fleurent le benjoin et la myrrhe, L'être à qui Caïn dit : « Va-t'en », Le bas scélérat que Satan Pour sa scélératesse admire,

LinlVmio au cœur si ténébreux Oue les plus gangrenés lépreux N'en voudraient pas pour leur étable, Judas, le crachoir des mépris, Recevait, triomphant, le prix De son crime ainsi charitable.

Je vis que ce lys lumineux Avait pour racines les nœuds D'une charogne aux sucs funèbres, Tandis que du beau lys premier La chair en liquide fumier Devenait un lac de ténèbres.

Je compris qu'ils tSUiiciil tous doux

Les jouets du sort hnsardeux.

Trompés dans leurs vœux luii et r;iutri'

Puisque le mal élail venu

I)u iliviii r<'Vour inj^éiiu,

El le bien do l'ininioiulo apôtre.

La double vision alors s'évanouit,

Tandis qu'on ricanait près de moi dans la nuit.

€ Mailre, de quoi ris-lu? — De toi, pauvre imbécile, t Tu crois avoir compris, donc? — Dame ! C'est facile.

— Et te voilà pour lors dûment persuadé

« Mu'il n'est ni bien ni mal, que tout est coup de dé?

— Certes, puisque je vois que nul ne sait d'avance € .\vec quels avenirs il est de connivence.

— Et ta conclusion ? — Vivre en pur animal

« Sans distinguer le vrai du faux, le bien du mal.

— Ta raison s'y refuse. — Et si je la fais taire?

— Impossible ! A tout acte elle ouvre un inventain-.

• Examine, compare, et l'avant, et l'après,

• i'uis juge, et, qu'on le veuille ou non, rend des arrêts — .Mais ces arrêts sont vains, si je ne les écoute.

VlATIgl 1"

— Mais quand inrino lu les entends, coule que eoûle, . Kl pour prendiv un parli lu dois en faire emploi.

— Je veux savoir alors s'ils onl force de loi, Sur quel principe leur aulorilêse fonde.

. nu'une éloile s'allume en celle ombre profiMuU- !

— Car j'ignore où je suis el j'ignore ou je vais. ' Si le mal sort du bien et le bon du mauvais

Kl quun enchaineinent iUogi<pie les mène,

• Il n'est donc point de pôle à l'énergie humaine ? « .le" n'ai plus qu'à floller, bateau battu des vents,

Sans boussole, parmi flux et reflux mouvants. Ah ! sûr que nulle part on ne peut jeter l'ancre. « Pourquoi ne pas couler à pic d;tns ces flots d'encre 1

— Fais, si le cœur t'en dit. Pourtant, ouvrir les yeux

« Kl lâcher, malgré tout, d'y voir clair, vaudrait mieux .

— Comment, maître ? — Eh ! parbleu ! Regarde. Tout à l'heun « le t'ai montré Judas ravi, Jésus qui pleure.

• Mais quoi! L'un, ce triomphe, et l'autre, ces remords.

• Les ont-ils donc connus au moment qu'ils sont morts r

• .\vec les suites dont leur acte est l'origine

« Toi seul fis ce tableau que ton rêve imagine El que font suggéré mes arguments subtils. Mais, eux, qu'éprouvaient-ils? Comment se jugeaient-ils?

« nuelle fut pour chacun la suprême pensée Sur la(juelle au néant leur ànie s'est lancée ?

« Voilà ce qu'il faudrait connaître. Tout est là.

42 MKiî l'AHADIS

« Jésus eut-il fiance nu ciel qu'il révéla ?

« Judas s'eslima-t-il traître? Leurs agonies

« Eurent alors l'extase ou la peine, infinies,

a Car la brève minute où l'être se déprend

« Contient tout l'infini dans son choc fulgurant,

< Et pour la prime fois l'ombre qui vous enserre « Resplendit à ce coup d'une lueur sincère.

a Or, à cette lueur, loin de l'Agneau vendu « Judas se condamnait puisqu'il s'était pendu,

< El Jésus, pour remplir l'Ecriture à la lettre,

€ Se laissait mettre en croix, Dieu, puisqu'il croyait l'être;

« Et de la sorte, en vérité je le le dis,

« L'un se fit son enfer, l'autre son paradis.

— 0 patron, maître des meilleures éloquences,

» Je comprends. L'acte en soi n'est rien. Les conséquences

« Ne sont rien. Et le tout, c'est d'avoir en effet,

€ Entière et de plein cœur, In foi dans ce qu'on fait. »

Et j'ouïs le Malin me souffler à l'oreille :

€ Fils, tu l'as maintenant, ta boussole. Appareille ! »«

VlATInUKS 4S

DERNIEFiS AVIS

Fils, dit le Mailre, écoute encor, Au lieu, tout en larguant tes toiles, De boire le vin des étoiles Pour te verser un sursuni cor S

Muni de ma sûre boussole, Ta route, à présent, cherche-la.

Cherchant d'ici, cherchant de là, L'espoir d'enfin trouver console.

Surtout ne te mets en émoi Si ta quête est très longtemps vaine.

De bons avis je suis en veine ; Mais ne compte pas trop sur moi.

44 MF.S l'AR.VUIS

Le conseil « nie suive t|ni iir.iime >» N'est pas le mien. Va libreuieiil.

Seul. Rien ne vaut rensei^^neuienl Ou'ninsi l'on se donne ;i soi-inriiic.

\a (levant loi, sans j)arli pris, Sans méfiance, à l'aventure.

Où te poussera ta nature.

El goûte à tout. Tout a son prix.

Cueille fleurs et fruits au passage.

Respire-les et mange-les.

Instruis ton flair et ton palais.

S'empoisonner i)arfois rend sage.

0 cœur qui bats, ô sang qui bous, De loi ne sois pas économe.

Il faut user, pour être un homme, La chandelle par les deux bouts.

Au lia.sard de toute rencontre (•n doit se donner tout entier.

A'oir où conduit chaque sentier, Suivre le pour, suivre le r>onlre.

Fuis ceux qui crieroiU sur les jias :

« Point lie passions ! Point de zèles ! » S'ils veulonl te couper les ;iiles, Ces malins, c'est qu'ils n'en ont pas.

Toi, sers-l'en. Fais le tour du monde.

Donne au firmament un baiser, l'uis à terre viens te poser.

Connais le jnir. r..nn.>î< l'immonde.

Un ne saurait monter trop haut.

Trop bas on ne saurait descendre.

A feu plus clair plus blanche cendre ! L'excès en rien n'est un défaut.

Ce que les choses ont en elles.

Leur aboutissement fatal.

L'excès le met sur un étal, Net à vos myopes prunelles.

D'ailleurs, certains ont des appas.

L'excès du rosier, c'est la rose.

Le vers est l'excès de la prose.

Excès du sounueil. le tréj)as.

4({ MES l'AHAUIS

Sois donc excessif. De In serre Passe au ^la«.'i^r. Sois floraison Kl lie l)lasplu''mc cl iloraison.

Mais, exalté, reslc sincère.

El ne le crois pas un hamlil.

In infâme, si, de fortune, Parlant selon l'heure opportune Toi-niruH' lu l'es contredit.

Pascal a mis les Pyrénées £)nlre deux vrais se comltallant.

11 n'en fallait fichtre pas tant!

() duels, hatiùlles acharnées.

Combats sans vaincu ni vainqueur, Kgorgements entre des frères.

Tournois des vérités contraires, Leur champ-clos est ton propre cœur.

Chante la d'une voix hardie, Cette ^'uerre de tout moment, Et chante aussi loyalement L'ode que la palinodie.

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