‹ Mes paradisChapitre 8 sur 63 · VI.\Tigit · texte numérisé non relu

VI.\Tigit

Rifii n'cHl faux pendnnt qu'uti y croit ; Kien n'est vrai pondant (juon y pfns«* ; Mais à la fin tout lio conipeiiM*, Car Tenvors rcsgemblc à l'endroit.

C'est de tous ces lambeaux d'ètofîe.

blancs, noirs, bleus, jaunes, rouges, verts. Cousus à l'endroit, à l'envers, Ou'est fait l'habit du philosophe.

.Mets-le bravement sur ton dos.

Et devant ses loques bouffantes Laisse aboyer les sycophantes Et boucbe-béer les badauds.

Les plus doux trouveront peu digne

Ce bariolis d'Arleciuin.

Et l'imbécile et le coquin

Y voudront des feuilles de vigne.

Sans peur de salir cet éjroul, Compisse gaiment les guérites Où les sots et les hypocrites

Mont. -Ml I.i 'j-4f,\.- .In i.oi. L-MÛf

MKS l'A HA m S

En revanche, sois cliarilable

A ceux qui cherchenl en pleurant.

Les airnoaux que la nuit surprend

ni'i-i>tii)ui-« les ."i liMir i"'!.-!]!!!'.

«Jiio la main jiorlc en tout chemin I,a lanlerne de Diogèno, Kl pour écarter qui le gùne Tiens sa trique de l'autre main.

Mais ne perds ji.i> in \,iines hilti's Ni vaines charités le temps.

Car les jours marchent, haletants, Au son des lamhtuirs et des flûtes.

Marche aussi. Ne l'arrête pas Pour répondre au fou, s'il te tape, Non plus pour soigner à l'étape I.is blessés voisins du trépas.

Aux noyés ne tends pas des perches.

.Ne mets point aux aveugles-nés Des lunettes dessus le nez.

C'est le possible (jue tu cherches.

VI \ I i'jrF< âU

C'esl le bonheur. Je te promoU 0[i"i\ est trouvable, cl sans niyshre.

Kl pas bien loin, et sur la terre.

Où 1 Dans les trous 1 Sur les souimels'

Par la sagesse * La débauche ?

l'.esl ton affaire. Prends loisir IVessiiyer avant de choisir.

Kssaie à droite, essaie à f^auche.

Tes pieds seront estropiés A tant courir, la chose est sure.

Mais c'est à changer de chaussure »Ju*on trouve chaussure à ses pieds.

Tu vas dire que je radote, oue je suis un birbe accompli.

l)'accord, mon fils ! Mais de l'oubli Le radotage est l'anlidole.

Je t'aurai si bien rabâché D'aimer la chose et son contraire Ouc rien ne te pourra distraire

De ce conseil en lui Hi-Ik'-

MES PAU MHS

IJis. si lu veux, liausso l'épaule!

N'importe ! lù'ouli' copcMidanl.

Dans l'oiubre où tu vas le perdant Garde ce conseil comme un pôle.

Sans doule ce n'est pas d'un coup Ni [t.ir une route 1res brève nui! te mènera vers ton rêve.

Tu devras voyager beaucoup.

Tu connaîtras d'âpres traverses :

Tu n'auras pas force repos ; Mais le soleil tanne les peaux, Et ça les lave, les averses.

11 faut l'embrun, le sel amer,

Et la bonace après l'orage,

Et faire plusieurs fois naufrage,

Ouand on veut èlrc un loup de mer.

El quand c'est la terre future

Ou'on cherche sous de nouveaux cieux.

Il faut aux vents capricieux

Ouvrir sa voile d'aventure.

VIA rioLKS

Va cioiK" ! Sur ces flots inoorl.iiiis «Jue ta baniue en tous sens ballolti*, Et prends tour à tour pour pilolo Chacun ilc tes liltres instincts.

kl crms l'ii i-u\ cir imii .iiii\r,

Car ces comiuistadors sans art, Eux seuls, à la tin, par liasard, M^me en voguant à la dérive,

Dans les remous des contredits Trouveront la route penlue Qui fait surgir de l'étendue Vos lies d'or, ô Paradis !

I>AN> Ll> llKMnLS

Au gouffre mouvant Qu'on vire ou dévire Joyeux vaux-de-vire Ou Credo fervent,

Fût-ce en arrivant S'il faut qu'on chavire, N'importe, navire, Adieu vat! Au vent !

Croupir dans un havre En ponton cadavre, Non ! Pare à rouler !

Partons! Deuil ou fête, C'est de s'en aller Que la vie est faite.

mi: s l'AHADlS

— Mets donc le nez dans un livre.

Vis-lu pour ne penser pas ?

Tantôt, fou, lu cours d'un pas

Si prompt qu'on ne peut te suivre.

Tantôt, tombant, las, lourd, ivre.

Tu dors, repu de repas, Sur des corps aux gras appas.

Pauvre brute, est-ce là vivre?

— Frère, plus que toi je vis.

De désirs inassouvis

Ma chair toujours allumée

S'use à ces brasiers ardents.

Le monde n'est que fumée.

Klambons pour voir clair dedans !

DANS Li:S HKMul

— Pauvre bougre, encore un livra !

Toujours ! Tu n'en tinis pas. Vois, des filles sur tes pas

Te font slirno de les suivre.

Vois, de bons vins je suis ivre-.

Vois, par jour quatre repas !

Trouves-tu donc tant d'appas A penser au lieu de vivri' ?

— Frère, plus que toi je vis.

Mais les vœux inassouvis

De ma cervelle allumée

S'en vont en rêves ardents.

Si je fais tant de fumée,

C'est que je flambe au dedans.

ij8 Mi:S l'A RADIS

liifjito mouilrari cl dicier : hic rai .'

Notre iminorlalilé n'est quunc cmpliytéose. Es-tu sur de demain, ô grand homme aujourd'hui, Et d'un bail éternel avec l'apothéose?

Combien se sont éteints, dont le front avait lui De la gloire exaltée en ce dur vers de Perse : Etre montre du doirjl et ijnnn di.fc : c'e.^l lui /

Combien vite le peuple assemblé se disperse! N'importe! Espère. On sait, dans les caves du temps, D'intarissables fûts qui sont toujours en perce

Et dont jaillit sans fin la pourpre aux*flots chantants.

DANS 1.KS REMOIS [.9

Puis, il ne s'agit pas d'éterniser ton nom. Mais ton rêve. Des noms que la gloire répète Aux sons de sa trompette et de son tympanon,

Ceux qu'elle enfle le plus dans un bruit de tempftte Sont les noms monstrueux des tueurs triomphants. Itenonce au tympanon, renonce à la trompette.

i.Jue ton nom s'abolisse et meure ! Mais défends

Par le rythme immortel ta pensée éphémère.

Oh ! faire des chansons qu'apprendront les enfants,

\ lis sans auteur, transmis de grand'mère en grand'mèrc

fil» Mi:S l'AKADlS

BALLADE TAHESSEUSE

A l'œuvre ! A la peine ! Au travail ! Pas de relâche ! Pas de somme !

Sue en gros et sue en détail !

Fonds comme une boule de gomme !

Le travail est la loi de l'homme, La dignité du genre humain !...

yUxis on est plus heureux, en somme, Ouand on a du poil dans la main.

Sois paysan et mangeur d'ail, Kpicicr, poète, astronome.

Pécheur d'étrons ou de corail.

De quelque nom que l'on te nomme.

Tu n'es qu'une hète de somme.

IIANS LKS HKMOUS «!

Mt^me toi, le pape roiuaiii, Et rien n'est agréable comin«* Huniid on a du })oil dans la inaiii.

Kli ! laisse là ton atliraii Et l'alTreux devoir qui te somme De te meurtrir tant le poitrail.

Tout i;a ne vaut pas une pomme.

De ta sueur sois économe, Et couche-toi sur le chemin.

Puisque tout chemin mène à Rome Ouand on a du poil dans la main.

Prince, ma ballade t'assomme 1 El moi !... C'est dur, jusqu'à demain De chercher des rimes en omme, Ouand on a du poil dans la main.

«2 MKS TA Ha DIS

lULLADK ACTIVK

\'ivre en moule sur son rocher Te semble-t-il un sort amène ?

Non. Mieux vaut donc t'en décrocher.

L'algue qui flotle et se promène A toute la mer pour domaine, (lomme elle, de l'Inde au Pérou, \'oyage ! L'existence humaine Va pour aller, sans savoir où.

Marche de bon cœur, sans clociier. \ois; pendant la sainte semaine, Les cloches sortant du clocher Volent vers la cité romaine.

El tu scniis un jihènomène,

IIANS LES REMOUS »»3

De rester bloqué dans ton Irou

Oujuul tout ^'rouille et nen iio reniaine.

\i\ pour aller, sans savoir où.

Prends des dadas à chevauclicr, Hùt un simple chapon du Maine T'i^rc hippogrifle, et cours chercher l ne Chimère, une Chimène, Fût-ce ta cousine germaine.

D'un dieu, même d'un loup-garou.

Sois le fervent catéchumène.

Va pour aller, sans savoir où.

KNVOI

Prince, vis en énergumt-ne, Afin de ne voir peu ni prou Oue le hasard fou qui nous mène.

Va pour aller, sans savoir où.

()'» MES l'AllAUIS

vm

Le premier jivail faim. Le deuxième avait faim. Le Iroisième avait faim. Ainsi jusqu'à cinquante. El cent, et mille, et plus. « Leur misère est choquante, Dit un jrras. attablé devant un goûter fin.

« Me déranger pour eux, c'est triste ; mais enfin ! • Soyons bon ! » 11 rota, but deux doigts d'Alicante, l'uis leur fit un sermon d'une voix éloquente, Philanthrope onctueux doublé d'un aigrefin.

Il leur prouva que les malheureux sur la terre, Ktant les plus heureux au ciel, n'ont qu'à se taire. Avait-il tort, puisqu'il les renvoya contents,

Les yeux extasiés des bombances futures,

Et comme s'ils mangeaient aux nuages flottants

Df's ]):iins d'or lailinés de roses confitures?

DANS LKS HEMoi > <;:,

• Si tu pensais auxjjueux qui n'oiil rien ;i manger,

Tu ne t'emplirais pas la panse comme une outre... i l'ans l'œil de son voisin on la voit, cette poutre : M:n< ,.m!I<. qu'on a. soi. dans l'œil, pas de danger !

On digère. <Ju'un gueux vienne vous déranger, Le premier mot est pour l'envoyer faire foutre. Puis on se dit : t C'est mal ! » On donne, et l'on passe outre, Non sans cnvueil du sou qu'on jette à l'étranger.

Même, si le merci n'est pas d'iiuuible altitude. Bien vil, bien bas, mon cœur crie à l'ingratitude. Et j'insulte le gueux qui njendic. Et pourtant.

Est-ce lui, l'ingrat? Non. C'est moi seul, au \-ontraiiv ; Car le pauvre m'a fait l'auraùne en l'acceptant. A moi qu'il a prié comme un dieu, moi, son frère.

MKS l'AnADIS

\';i-l"t'n ! Tu n'es qu'un cliicii, si lu f;iis Ion ri'^jil Des restes mendies qui tombent de ma table. «Jiioi ! Tu veux mon aumône, et te dis mon ("-^mI !

Ail ! redresse-toi donc, grand pauvre lamentable.

Ne rampe pas ainsi sur le bord du cbcmin.

<^n le coucbc à l'étable !... Eb bien ! Brûle rétable.

Ferme le poing, plutôt que de tendre la main.

Ne sois pas l'humble bète aisément assouvie.

Sois homme, sois mon frère, un fauve à muflo humain.

El tu l'y soûleras, au feslin de ma vie.

DANS LUS HtMOLS

iJien dos bonheurs sont morts, dont j'ai cuvé l'ivresse. I » mon cœur, il en est qui nous rafraicliiront Tinijours. Rappelle-loi cette aveugle pauvresse

\tui regardait le vide avec son grand œil rond Kt dont nous consolions chaque jour la détresse l*ar quelques sous gagnés aux sueurs de mon front.

l'avais moi-même alors des pitances peu grasses. Mais quel dessert de fêle à mes tristes repas, D'entendre marmonner Ihumble action de grâces

\'ui )itiiiss;iit iikhi nem et ne le savait pas !

6S M lis PARADIS

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