‹ Mes premières années de ParisChapitre 113 sur 136 · LIVRE IV. — PROSERPIXE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — PROSERPIXE

J'ai résisté longtemps. Je souffrais le martyre. Quand je te rudoyais, c'est singulier à dire, Je sais bien, mais tu m'en peux croire désormais, C'était précisément parce que je t'aimais. Ma haine t'adorait! Tu ne pouvais comprendre. Plus méchante toujours lorsque j'étais plus tendre. Quand j'étais insolente en vous parlant, c'est fou. Eh bien! c'était de peur de te sauter au cou !

Se relevant.

Tu comprends que voici maintenant une porte Dont je ne puis franchir le seuil qu'aimée ou morte. Je viens de nous couper toute retraite exprès. A présent, un seul mot. Me veux-tu?

SABATIXO.

Je pourrais.

Madame, dans ceci voir encor votre haine. Choisir, pour m'honorer d'une pareille scène, L'heure où ma femme arrive ici!...

PROSERPIXE.

Je t'aime! Quoi!

Tu doutes que je t'aime à plein cœur, quand c'est moi Qui te le dis!

SABATIXO.

Amour ou vengeance, du reste, 11 n'importe! Une vierge adorable et céleste M'est accordée enfin. Je l'attends. Vous voyez Que vos épanchements ici sont fourvoyés.

21!i MES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS.

l'R()Si:RlMMi.

C'est impossible ! 0 Dieu ! lorsqu'enfin je confesse

Ce que j'ai si longtemps caché! Quand je me baisse

Pour ramasser l'amour où vous nous le placez !

J'ai paru vous haïr et vous m'en punissez;

Mais maintenant le fond de mon âme s'éclaire.

Ce mariage était un accès de colère ;

Vous étiez à mes pieds vendredi ; vous n'avez

Depuis pas môme vu cette enfant. Vous savez

A présent le motif de toute ma conduite.

Je t'aimais. J'aurais dû l'avouer tout de suite.

Mais vous autres aussi, vous ne comprenez rien!

Fille, tu veux qu'ils voient dans ta pensée? eh bien,

Déchire-toi le cœur! Et quand je le déchire,

Ce serait inutile! Et tu pourrais en rire

Avec elle! Voyons, tout cela, c'est passé.

Je conviens que j'avais fait un rêve insensé.

Viens. Puisque je te dis que je ne suis plus fière !

Je renonce. Tu peux m 'aimer à ta manière.

Mon orgueil est brisé. Je serai ton jouet,

Ton passe-temps. Pourquoi rôves-tu là, muet?

Viens. Poui' être à la mode, il faut que l'on m'ait eue.

Voyons, ne sois donc pas plus froid qu'une statue.

Je suis belle pourtant. Tu n'as donc pas de sens?

Tiens, vois ma gorge! Oh! viens. Je n'ai pas vingt-deux an

Je suis à tes pieds, moi qu'on nomme l'inhumaine!

Tu ne me garderas qu'un mois! qu'une semaine!

Viens! Tu l'épouseras! Mais viens donc!

Page 1