LIVRE V. — EX 18^8. 3/i
Préserve l'ordre ! et fais sabrer par tes spahis
Les gaeux qui se croiraient chez eux dans leur pays I
Et maintiens à jamais dans son ignominie
Ce vil rebut, travail, capacité, génie !
Et règne!... — Ah! la rougeur t'en est montée au front.
Paris, et tu t'es dit : « Les pauvres entreront !
Et, si l'on n'ouvre pas, je crèverai la porte! »
Et le trône est tombé comme une branche morte.
Alors, je t'ai connu tout entier. J'ai compris Que Paris le poëte et le faiseur d'esprits N'est qu'un de les côtés, et que ta rêverie Est sœur de l'action, et que, partout où crie Un opprimé, partout où le pied des puissants Broie une créature humaine, tu descends, Rude, aveuglant les rois du feu dont tu les cribles. Et que toute torture emplit de pleurs terribles Tes grands yeux parle ciel de lumière abreuvés, Et que tu vas et viens des astres aux pavés, Et que c'est la hauteur de ta nature auguste Que le prêtre du beau soit le soldat du juste !
J'aurai, mon grand Paris, un cœur digne du tien. Je sens dans le songeur éclore un citoyen. Je veux dorénavant suivre tout ton exemple; Je veux, en même temps que celui qui contemple,
3Zi6 MES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS.
Être celui qui lutte, et mon être s'caccroît Du serviteur de l'art au combattant du droit. Je ferai, méprisant l'injure et la tempête, i\Ion devoir d'homme avec ma tâche de poëte, Et je réunirai dans le même souci Ce qui brille là-hauL et ce qui souiïre ici.
A Paul Meurice.