‹ Mes premières années de ParisChapitre 5 sur 136 · UN CRITIQUE VU DE DOS · texte numérisé non relu

UN CRITIQUE VU DE DOS

On en veut à des gens qu'on devrait plutôt plaindre. D'abord, ceux que leur haine a pour rêve d'atteindre Sont là-haut, bien trop loin, dans l'infini des deux, Et vous figurez-vous qu'il soit délicieux Le succès du roquet qui veut mordre la lune? Puis, toutes ces fureurs ont une excuse. L'une Vient d'une maladie et l'autre d'un malheur. Eli élant plus heureux comme on serait meilleur! L'un de ces insulteurs souffre dans son ménage; L'autre aux ressouvenirs pieux de son jeune âge Mêle un an de prison pour avoir escroqué. Cet autre est simplement un poëte manqué Qui, désirant la Gloire et n'ayant pu lui plaire. Se venge en poignardant ceux qu'elle lui préfère.

18 Ml- S IMlEMlKUi-S ANNEEJS DE PARIS.

Cet autre aime souper, ce n'est pas très-méchanl ;

Mais les restaurateurs ont un lâche penchant

A vouloir de l'argent contre leur victuaille;

Il en a rencontré dans un journal canaille

Et n'a, pour bien manger et pour choisir ses vins ,

Qu'à jeter de la boue aux poètes divins ;

Il leur en jette, plus ou moins, selon la somme;

Vous seriez bien cruel d'en haïr un pauvre homme

Qui les glorifierait demain au même prix,

Et vous ne lui devez vraiment que du mépris.

Une difformité bien caractérisée

Est un motif parfait de couvrir de risée

Et d'affront les trouveurs et les chercheurs du beau.

Un, plus que tous, s'acharne à souiïler tout flambeau.

A cracher sur la gloire, à salir ce qui dure ;

Mes yeux étant un jour tombés sur son ordure,

Je commençais moi-même à me scnlii- outré

Contre ce chenapan; — mais on me Ta montré.

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