LIVRE I. — A PAUL M
Et libres, comprenant dès notre premier pas Qu'on n'imitait Hugo qu'en ne l'imitant pas.
Car ce que nous aimions en lui, c'était lui-même,
Certes, le bâtisseur d'un éternel poëme.
Mais ce n'était pas moins notre émancipateur 1
Quand il vint, le poëte était le serviteur
D'une formule ; tous, petits, grands, les espiègles,
Les terribles, portaient l'uniforme des règles,
Et tous se ressemblaient. Le drame dit : — Que tous
Diffèrent I n'imitez personne ! habillez-vous
A votre mode ! l'art n'est pas nne livrée ! —
Le drame émancipa la pensée enivrée.
Et ce fut un scandale! On n'eut plus qu'une loi,
La nature ; on commit ce crime d'être soi !
Les populations virent d'horribles choses :
Le rosier se mettant à produire des roses,
La levrette à couiir et la source à couler !
Et l'inspiration en tous sens put souffler,
Et dans son propre choix l'idée eut confiance,
Et l'art, au lieu d'un code, eut une conscience!
C'est pourquoi nous aimions ce maître avec fierté, Car son vrai nom pour nous, c'était la liberté !
ly
Vous prenez plus de fois le crayon et l'aiguille Par la pluie et le vent de cet alTreux été Qui, comme un dogue noir collé contre une grille. Lèche tout glapissant votre seuil attristé.
Moi, je bénis le vent dont votre vitre tremble : C'est à lui que je dois ce gracieux portrait De votre enfant, si vrai sous le verre qu'il semble Qu'en le voulant un peu son geste en sortirait.
16 MES IMIEMIÈRES AxNÎNÉES- DE l'AlllS.
Je m'ennuyais chez moi; j'en fuyais, par la pluie, Abandonnant Sophocle et Dante à moitié lus. Mais quand ce doux portrait me tiendra compagnie, Jo vais dans mon grenier vivre comme un reclus.
Et le mal s'en ira devant son innocence, Comme l'ombre s'en va lorsque l'aube paraît. Enfants, qui ne serait pur en votre présence? Ali ! si j'étais en faute, un ange me verrait I
Et puis, il me dira : Travaille! A l'instant même J'obéirai. L'enfance est l'âge triomphant. L'enfance est tellement la puissance suprême Que la Grèce avait fait de l'amour un enfant !