LIVRE I. — LE KEEPSAKE
Ne sait plus si c'est du vin Ou de l'amour qu'on lui verse l
Tout condamner dans nos mœurs Est d'une rigueur extrême.
Après dîner, les fumeurs Ont une mode que j'aime.
Ils s'en vont fumer entre eux.
Et laissent pendant des heures Leurs femmes aux amoureux.
Le dîner les rend meilleures ;
Ln mol abandon détend Leur vertu vaguement ivre ; Elles songent... C'est l'instant Où leur mari nous les livre.
Le sort m"a parfois gâté.
Le mari de ma voisine A l'honorable fierté De fumer comme une usine.
Il fuma donc. Et. tandis Qu'il lâchait la vapeur blonde,
Premièrement, j'entendis Causer les femmes du monde.
Les sujets les plus profonds Par des bouches ravissantes Furent traités : les clnlfons, Los bals, l'âge des absentes.
Les bonnes, les bonbons, Dieu, L'impiété qui submerge Les croyances, à quel jeu On jouerait. Puis (une vierge
De quarante ans bien sonnés, D'une physionomie Noble, en rougissant — du nez.
Appréciait une amie ;
Figurez-vous que vivant Un chirurgien vous dissèque), J'olTris à ma blonde enfant De lui montrer un keepsake.
— (( Je veux bien. '> — <( Par ici donc; Nous aurons plus de lumière. »