LIVRE IV. — ARABELLE
Que je suis un aimable et galant compagnon. C'est vrai, je devrais être un amoureux grognon. Un dogue conjugal, un possesseur farouche, Toujours l'éclair à l'œil et l'injure à la bouche ; ]Mais c'est l'infirmité de mon tempérament De ne pas vous aimer épouvantablement.
Je sens l'énormité de mon crime. Il m'inchgne Autant que vous. Comment ! si vous faites un signe, J'obéis! On conçoit tout votre désespoir. Je permets aux amis c|ue vous pouvez avoir De ne pas vous trouver laide ou mal habillée! Gondoles sur le lac. chevaux sous la fouillée, Théâtres, bains de mer, escorte d'amoureux, Voilà votre existence avec moi, c'est affreux! Mais il n'est pas de sort cruel comme le vôtre ! Mais si j'allais cesser de vous plaire et qu'un autre A force d'y frapper vît votre cœur s'ouvrir, Je ne vous tuerais pas, vous allez en mourir ! Sur ce. rions. L'amour n'est pas beau quand il pleure. La passion est bonne et la joie est meilleure ! Embrasse-moi. voyons. Pas encore? Tenez, Je me rue à vos pieds. Vous-même convenez, Quant à l'éternité, que l'amour ne demeure Nulle part. Mais ailleurs on peut rêver une heure Qu'il va rester? Et c'est justement cet espoir Qui fait, le songe éteint, que le réveil est noir. On ne se prend alors que pour toujours! et. comme Toujours est un vain mot sur les lèvres de T homme
Et qu'un des deux bientôt s'en va de son côté, Quand ce bientôt arrive, on perd réternitc. Meurent les passions dont le cœur s'embarrasse ! Vive un gai sentiment qui rit à la surface ! C'est de cette façon qu'aiment les bien-aimants. Pas de souci profond et pas de lourds serments ; Mais un brave plaisir qui, sans mélancolie. Quand il a bu le vin, jette au plafond la lie ! L'amour ainsi compris, c'est plus, en vérité. Que l'amour : c'est l'amour et c'est la liberté !
LE POLTE.
Tu parlais de la sorte à la femme qui t'aime. Mais lu disais cela sans te croire toi-même; Car lu sais qu'aimer c'est accepter de souffrir. Que c'est vouloir saigner, que c'est aimer mourir, Que les âmes de feu sont âprement tentées Par leur supplice même, et que les Prométhées Punis par Jupiter d'avoir volé l'amour Ne vendraient pas un coup de bec de leur vautour '
L'AVENEMENT D'HENUI V
D A P R E s SHAKESPEARE,
PERSO NNAOES;