LE POÈTE
ARADELLE
ARABELLE, LUI, - puis LE POETE.
ARABELLE
Ce que j'ai contre vous? votre amabilité. Oui, votre complaisance à perpétuité Pour mes moindres désirs, votre égalité d'àme. Votre galanterie implacable : « 3Iadame, A quoi daignerez -vous m'employer aujourd'hui? » Votre consentement à tout. Ah! quel ennui D'avoir ainsi toujours devant moi ce sourire Appliqué comme un masque! Et vous osez me dire Que vous m'aimez! Cela, de l'amour! Comme on sent Que cet amour léger et gai n'est qu'un passant ! Vous m'aimez? On rencontre une femme, on l'ajoute A son total, et puis on se remet en route. L'amour ailleurs n'est pas éternel, je le sais, Mais on croit un moment qu'il l'est, et c'est assez!
La désillusion par vous m'est épargnée ;
Vous ne me trompez pas. Ah! je suis indignée!
A'ous m'approuvez toujours. Rien pour moi n'est trop cher
Vous êtes diablement monotone, mon cher!
Tout vous plaît donc? Alors, je voudrais vous déplaire!
Jamais triste. Jamais un accès de colère.
Battez-moi! De quel droit n'étes-vous pas jaloux?
Est-ce fatuité stupide? ou croyez-vous
Que personne jamais ne me trouve jolie?
Votre sécurité m'olTense et m'humilie.
Je finirai par prendre en haine ma vertu
Et par dire au premier visiteur : Me veux-tu?
Vous riez? vous verrez! Je me suis condamnée
A ne vous dire non pour rien, m'étant donnée.
Je suis à vous. Ce dont je vous prie en retour.
C'est de ne plus mêler à ça le nom d'amour.
Faites ce qu'il vous plaît de votre prisonnière;
Mais (ju'il vous reste au moins cette pudeur dernière
De ne pas prononcer légèrement un mot
Le plus abject de tous s'il n'est pas le phis haut!