LIVRE IV. — LWVÉNEMENT D'HENRI V
Ma lenteur à mourir à la fin t'a lassé.
0 malheureux enfant, es-tu donc si pressé
De me prendre un pouvoir qui doit être ta perte?
J'allais avoir fini, ma tombe était ouverte.
Tout glissait de mon front et passait sur le tien :
Qu'es-tu donc pour voler jusqu'à ton propre bien!
Ah ! ce rapt odieux, ce sacrilège infâme
Ne dément pas la foi que j'avais dans ton âme;
Ta vie avait déjà fait voir à tous les yeux
Ta tendresse pour moi : ma mort la montre mieux.
C'est un tas de poignards, Henri, que ta pensée,
Et ton cœur est la pierre où tu l'as aiguisée.
Un instant? ne pouvais-je obtenir un instant?
Eh bien, fais à ton gré; le fossoyeur attend,
Yas-y vite, et dis-lui de commencer la fosse.
Non, creuse-la toi-môme, et puis, sans pudeur fausse,
Cours aux cloches, et fais qu'elles sonnent gaîment
Le râle de ton père et ton couronnement.
Et tu ne répandras pour tous pleurs que le baume
Qui sacrera ton front possesseur du royaume.
Puis, fais vite jeter aux vers mon pauvre corps ;
Moi parti, mets aussi mes officiers dehors;
Que ta colère soit le prix de leurs services.
Et proclame bien haut l'avénement des vices!
Plus de loi ni de règle : Henri Cinq est le roi !
Donc, à bas, majesté; démence, lève-toi!
Arrière, conseillers à l'austère figure!
Vous, singes fainéants, bandits, engeance impure,
Accourez (le pai-lout, c'est enfin votre tour! Écume (le la terre entière, sois la cour! Nations, avez-vous quelque coureur d'orgies, Quelque ivrogne terrible aux mains de sang rougies,. Quelque monstre qui soit, dans nos temps stupéfaits. Un visage nouveau de tous les vieux forfaits? Tout ce que vous avez de canailles sinistres, Donnez-les à ce prince : il lui faut des ministres ! Otez la muselière au crime, et que ce chien Puisse mordi'c la chair de tout homme de b'cn. 0 mon pauvi'o royaume, ô ma chère patrie Que la guerre civile a déjà tant meurtrie, Que vas- tu devenir, après tout frein rompu? Si, moi ciui ne vivais que pour toi, je n'ai pu Te préservei- du mal traqué dans sa caverne, Que vcrra-t-on si c'est le mal qui te gouverne? Oh! tu redeviendras, ainsi qu'aux anciens temps, Un noir désert, avec les loups pour habitants!
LE PHINCL: UtM\r, tombante genoux.
Pardonnez. — Sans l'humide obstacle de mes larmes^ J'eusse arrêté ces mots amers et pleins de charmes,- Amers puisque j'entends mon père m'accabler. Charmants puisque j'entends mon père me parler. — Voilà votre couronne; elle est à vous. J'atteste Celui q!ii porte au front la couronne céleste Que mon plus cher d('sir est qu'elle soit à vous Encor pour bien longtemps. — Je suis à vos genoux.