‹ Mes premières années de ParisChapitre 87 sur 136 · LIVRE IV. — L'AVEXEMENT D'HENRI V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L'AVEXEMENT D'HENRI V

Je jure d'y rester jusqu'à ce que mon père

Soit bien sûr qu'en parlant ainsi je suis sincère.

Dieu sait, lorsque étendu sur ce lit de malheur

Vous ne respiriez plus, quel froid m'a pris au cœur!

Si je mens, que je meure avec l'horrible tache

De mes vices présents, sans que le monde sache

Que mon âme changée allait s'en dépouiller!

A'otre couronne était là, sur votre oreiller;

Je regardais avec plus d'horreur que d'envie

Celle dont les soucis abrégeaient votre vie.

Et , presque mort vraiment de votre faux trépas,

Je rinsultais sans voir qu'elle n'entendait pas.

Et j'ai dit à son or : — « De tous les ors, le pire

C'est toi! Tu luis, tu sers à figurer l'empire,

On t'honore, on te fête, on te préfère à tout :

Tu mérites plutôt qu'on te jette à l'égout !

La médecine emploie un or qu'elle fait boire

Aux malades; il est de bas titre, et sans gloire;

A peine si l'on prend le temps de le trier :

Il guérit. Toi, l'or pur. tu n'es qu'un meurtrier.

Eh bien, nous allons voir si cet or qu'on renomme,

Meurtrier du vieillard, le sera du jeune homme! » —

— Et je me suis jeté sur ce monstre odieux

Qui venait de tuer mon père sous mes yeux.

On ne me fera pas de reproches, j'espère,

Pour avoir défié l'assassin de mon père!

Mais si cet ennemi , quand j'ai pu le saisir,

A souillé mon espiit d'un moment de plaisir,

L>2i MES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS.

Si c'est ambition, hâte d'être le maître,

Orgueil, prcsoQiption d'enfant, qui m'a fait mettre

La main sur la couronne, ô père, ô majesté !

Qu'elle me soit reprise à perpétuité

Et que je sois plus bas dans la race mortelle

Que le plus vil de ceux qui tremblent devant elle!

LE ROI

0 mon fils! c'est le ciel qui t'avait inspiré De t'emparer ainsi de ce souci doré Pour te faire par là regagner ma tendresse En te justifiant avec tant de sagesse.

— Écoute une parole, et sois-en pénétré : C'est le dernier avis que je te donnerai.

— Les anges savent, fils, par quelle voie oblique. Par quel détournement de la raison publique, J'acquis cette couronne, et je sais, moi, quel poids De craintes elle a mis sur ma tète parfois.

Elle sera moins lourde à ton front légitime.

Et j'emporte avec moi sous terre tout le crime.

Ceux qui m'avaient aidé dans cette iniquité

N'avaient aucun respect de mon autorité;

De là, querelles, chocs, guerre; le rang suprême

M'a fait des ennemis avec mes amis même.

Et le vent de la haine a si souvent soufflé

Que presque tous les jours mon trône a chancelé.

Mon règne tout entier ne fut que sang et fiammc;

Mon théâtre jamais n'a joué d'autre drame.

3Iais, mon cher fils, tout va changer après ma mort.

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