‹ Mes rêveriesChapitre 1 sur 29 · PARIS 1 1 LIMOGES · texte numérisé non relu

PARIS 1 1 LIMOGES

11, Place St-André-des-Arts. [| 46, Nouvelle Route d'Aixe, 46

Henri CHARLES-LAVAUZELLE

Editeur militaire.

La valeur du maréchal de Saxe est très diversement appréciée, comme aussi son influence sur l'armée française. Un ouvrage tout récent nous le représente comme ayant eu « assez de bonheur pour gagner à Fontenoy une bataille à laquelle il ne fit qu'assister» et comme ayant été, avec Louis XV, le principal auteur de notre décadence militaire, parce qu'il a introduit dans notre armée des habitudes de luxe criard, de basse débauche ou de maraude.

Ces accusations, et bien d'autres, ont été portées depuis longtemps contre l'auteur des Rêveries : on lui a reproché son inconduite, son manque de principes eX ce qu'on appellerait aujourd'hui son scepticisme en matière de morale.

Il est certain qu'il ne se piquait pas de bonnes mœurs. Mais il est non moins certain que d'excellents juges faisaient le plus grand cas^ de son mérite comme général. Les plus grands hommes de guerre qui aient existé depuis lui parlent avec déférence de ses talents, avec admiration de son génie, et s'ils ont souvent dit « l'art des Eugène et des Maurice », en parlant de l'art militaire, c'est bien qu'ils reconnaissaient en lui un maître.

Sur le champ de bataille, il était l'égal des plus grands et, en traçant le portrait du général d'armée, qu'on peut lire à la fin de ce volume, il ne faisait que

se peindre lui-même. A Fontenoy, au moment où tout le monde croyait la bataille perdue, le roi lui demanda s'il était vrai qu'elle le fût. Il répondit : « Quel est le. . . poltron. Sire, qui vous a dit cela? »

A ce moment, ne l'oublions pas, il était gravement malade. En mars 1744, son état inspirait les plus vives inquiétudes. Il était atteint d'hydropisie, et on croyait ses jours en danger; en tout cas, il paraissait impossible qu'il supportât les fatigues d'une campagne. Aussi Louis XV était-il au désespoir.

Maurice, — dit Saint-René Taillandier, son historien le mieux informé, — Maurice triompha de la douleur par l'énergie de sa volonté. On sait sa réponse à Voltaire, qui, l'ayant rencontré avant son départ, lui demandait comment il pourrait faire dans cet état de faiblesse : « // ne s'agit pas de vivre, mais de partir I » Grande parole, véritable cri du cœur où se révèle tout entier le soldat amoureux de la gloire 1 n

Maurice prend congé du roi le 31 mars, et, quelques jours après, il arrive à la frontière de Flandre. Les soins des médecins, le régime sévère auquel il se soumet, son ardente volonté surtout, lui permettent de déployer une activité prodigieuse au milieu des plus cruelles douleurs. Le 19 avril, il quitte Maubeuge avec son armée qu'il porte rapidement sous les murs de Tournay. L'attaque était si peu prévue, la marche fut si bien conduite et si bien exécutée que, au moment où le siège commença, les deux principaux ofïîciers de la garnison, le commandant de la place et le directeur de l'artillerie, assistaient dans Bruxelles à un conseil de guerre I

Dès que la nouvelle de rinvestissement leur fut arrivée, les alliés envoyèrent une armée de 60.000 hommes pour débloquer Tournay. Maurice se prépara à les recevoir et à leur livrer bataille sous Fontenoy, sans pourtant abandonner les travaux du siège. Il fit élever sur le terrain ces redoutes auxquelles il tenait tant, comme on le verra plus loin en lisant ses Rêveries, Tout étant prêt, et Tennemi s'approchant, il écrivit au roi> qui, parti de Versailles le 6 mai, arriva au quartier général le 8.

Du 8 au H, les dernières mesures sont prises : chacun se prépare pour le terrifile choc qui est imminent. Porté dans sa voiture d'osier, le maréchal surveille l'exécution de ses ordres, explique le plan de la bataille à ses aides de camp, entretient la confiance du roi, confiance joyeuse, intrépide, qui à son tour enflammera Tardeur chevaleresque de tant de brillants gentilshommes. Jamais la veille d'une grande affaire ne fut si joyeuse.

La présence d'un souverain au milieu d'une bataille, quand ce souverain n'est pas le vrai capitaine, est souvent un embarras pour l'exécution des ordres. Le roi eut le bon goût de faire respecter l'unité du commandement en imposant silence aux gens de cour. Un déplacement de troupes, exigé par le plan général, mais suspect à ceux qui ne pouvaient embrasser l'ensemble de la conception, avait excité de vifs murmures dans l'entourage du roi. — « Le maréchal est malade, disait-on; sa tête faiblit^ son cerveau se trouble ! » — Louis XV va droit à Maurice, et, d'une voix haute et feriiie, devant tous les courtisans : « Monsieur

le maréchal, dit-il, en vous confiant le commandement de mon armée, j'ai entendu que tout le monde vous y obéît; je serai le premier à en donner l'exemple. »

Maurice avait donc bien l'entière responsabilité des opérations. Il en conçut le plan, il en assura l'exécution, et l'honneur du succès lui revient sans partage. C'est bien lui qui gagna la bataille de Fontenoy, et il la gagna bien. On lui fait tort assurément en prétendant qu'il ne fit qu'y assister, comme on fait tort à ses idées en disant qu'on n'y trouve que « singularité et incohérences », qu'elles sont un ramassis de « conceptions bizarres et suspectes ».

Le volume que nous rééditons montrera, sans qu'il soit besoin de commentaires, ce que ce jugement sévère a d'immérité.

Que dans ces pages il y ait du rêve, leur titre même en est comme l'aveu. Au surplus, à en croire une note tracée de la main de Maurice sur l'un des deux manuscrits des Rêveries que possède la bibliothèque de Dresde, note que nous avons reproduite à la fin du présent volume, cet ouvrage fut enfanté dans la douleur et composé pendant que Maurice était dévoré par la fièvre. Il n'en est pas moins remarquable et souvent il a été cité par les connaisseurs les plus qualifiés. Beaucoup des propositions qu'il renferme sont entrées dans la pratique, à commencer par le service obligatoire et universel, et l'on a reconnu que telles de ces réformes qu'on pouvait jadis être tenté de traiter d'utopies sont parfaitement réalisables, puisqu'elles sont réalisées.

Le caractère essentiel des Rêveries, c'est la part faite

à la philosophie et à la psychologie. L'auteur, tout immoral qu'on lui ait justement reproché d'être, a bien compris quelle part les causes morales ont dans le succès des guerres : il a su y discerner l'origine des grandes actions et des lâchetés, des trajts d'audace et des paniques. Le secret en est dans le cœur humain, dit-il à maintes reprises : c'est là qu'il faut le chercher, et c'est ce cœur qu'il faut étudier. Le maréchal de Saxe revendique comme un mérite qui lui est propre d'avoir compris l'importance de cette étude et de s'y être adonné. « C'est ce qui m'a fait composer cet ouvrage », écrit-il, et il se vante d'avoir été le premier à s'en aviser. En cela peut-être il se trompait; mais un peu d'orgueil est bien permis sur ce point à un officier qui parlait avec la plus sincère modestie des succès qu'il avait remportés, et qui, loin de cacher les fautes qu'il lui était arrivé de commettre, n'hésitait pas au contraire à les avouer et presque à les étaler, comme s'il voulait qu'elles servissent d'exemples aux autres et pour se les rappeler à lui-même. On oublie si facilement les torts qu'on a pu avoir I

S'étant appliqué à étudier l'âme humaine, ressort des grandes passions, de l'enthousiasme et de la confiance, il était naturel que le maréchal de Saxe s'intéressât aux soldats et ne les considérât pas comme un bétail humain, comme simple « chair à canon ». Sans la moindre sensiblerie, sans même témoigner pour ses compagnons d'armes l'affection tendre et comme fraternelle que certains officiers ont éprouvée pour leurs subordonnés, il a toujours montré beaucoup de sollicitude pour les siens; il s'est préoccupé de leur

bien-être, et les chapitres consacrés à la tenue, à l'administration, à la solde, aux punitions, à la discipline, sont inspirés par un vif souci des devoirs les plus nobles du commandement. Il s'est élevé avec éloquence contr^ le gaspillage des vies humaines ; disant qu'il y a de la gloire à terminer une campagne sans avoir livré bataille et sans avoir versé îe sang.

Quels qu'aient pu être ses torts, il est de ceux dont on dit qu'il doit leur être beaucoup pardonné parce qu'ils ont beaucoup aimé. Et je ne parle pas seulement ici de ses amours, dont quelques-unes furent scandaleuses; je parle des sentiments qu'il avait pour ses inférieurs. Son biographe s'est exprimé là-dessus en des termes excellents.

Il fut pleuré du peuple et du soldat, dit M. Saint-René Taillandier, car il aimait le plus humble de ses compagnons d'armes ; il ménageait leur vie, tout en leur préparant des heures de gîoire; il était bon et juste; il avait des élans de sensibilité vraiment humaine à la veille des sacrifices qu'impose la guerre.

Le matin de la journée de Raucoux, pendant que tout dormait encore sous les tentes, parcourant des yeux ces plaines tranquilles où se jouaient les premières lueurs de l'aube, et songeant à tant de braves gens qui allaient y trouver la mort, il ouvrit son cœur à Sénac, lui cita quelques vers de Racine appropriés à la situation et ne put retenir ses larmes.

Une autre fois, un général de cour lui conseillant l'attaque d'un poste, attaque inutile peut-être, mais où il y avait peu de risques à courir, puisqu'elle coûterait au plus une douzaine de soldats: « Passe encore, dit-il vivement, si c'étaient douze lieutenants-généraux. » Et il tourna le dos à ce donneur d'avis qui faisait si bon marché du sang de la France.

Un tel homme pouvait manquer de conduite et de mœurs, il ne manquait pas de cœur. Si nous ne nous, trompons, chaque page de ses Rêveries le prouve; le lecteur reconnaîtra que la passion y éclate à chaque phrase; il se laissera entraîner par l'ardeur communicative du maréchal de Saxe, cette ardeur si bien décrite par George Sand (qui était, comme on le sait, sa petitefille), lorsqu'elle nous le montre, d'après le pastel de Latour, « avec sa cuirasse éblouissante, avec sa belle et bonne figure, qui semble toujours dire: En avant, tambour battant, mèche allumée I »

Janvier 1895.

Cet ouvrage n'est point enfanté par le désir d'établir un nouveau système sur l'art de la guerre : je le compose pour m'amuser et pour m'instruire.

La guerre est une science couverte de ténèbres, dansl'obscurité desquelles on ne marche point d'un pas assuré : la routine et les préjugés en font la base, suite naturelle de l'ignorance.

Toutes les sciences ont des principes et des règles ; / la guerre n'en a point. Les grands capitaines qui en ont écrit ne nous en donnent point. Il faut être consommé pour les entendre; et il est impossible de se former le jugement sur les historiens, qui ne parlent de la guerre que selon qu'elle se peint à leur imagination. Quant aux capitaines qui en ont écrit, ils ont plus songé à être agréables qu'à instruire, parce que la mécanique de la guerre est d'une nature sèche et ennuyeuse. Les livres qui en traitent ne font qu'une fortune médiocre et ne peuvent avoir leur mérite que lorsque les temps ont tout effacé. Ceux qui traitent de la guerre en historiens n'ont pas le même sort; ils sont recherchés par tous les curieux et conservés dans les bibliothèques : c'est ce qui fait que nous n'avons qu'une idée confuse de la discipline des Grecs et des Romains.

Gustave-Adolphe a créé une méthode que ses disciples ont suivie : tous ont fait de grandes choses. Depuis

ce temps-là nous avons dérogé successivement, parce que ce n'était que par routine que l'on avait appris : de là vient la confusion des usages, où chacun a augmenté ou retranché. Ces usages sont cependant respectés, à cause de leur illustre origine : mais quand on lit MontecucuUi, qui était contemporain et qui est le seul général qui soit entré dans quelque détail, Ton s'aperçoit très bien que nous nous sommes déjà plus éloignés de la méthode de Gustave-Adolphe qu'il ne l'était de celle des Romains. Il n'y a donc plus que des usages, dont les principes nous sont inconnus.

Le chevalier Follard a été le seul qui ait osé franchir les bornes des préjugés : j'approuve sa noble hardiesse. Rien n'est si pitoyable que d'en être l'esclave : c'est encore une suite de l'ignorance, et rien ne la prouve tant. Mais il va trop loin : il avance une opinion et en détermine le succès, sans faire attention que ce succès dépend d'une infinité de circonstances que la prudence humaine ne saurait prévoir. Il suppose toujours tous les hommes braves, sans faire attentioià que la valeur des troupes est journalière, que rien n'est si. variable, et que la vraie habileté d'un général consiste à savoir s'en garantir par les dispositions, par les positions, et par ces traits de lumière qui caractérisent les grands capitaines. Peut-être s'est-il réservé cette matière qui est immense; peut-être aussi n'y a-t-il pas fait attention. C'est pourtant, de toutes les parties de la guerre, la plus nécessaire à étudier.

Telles troupes seront infailliblement battues dans des retranchements, qui, en attaquant, auraient été victorieuses ; peu de gens en donnent la bonne raison : elle est dans le cœur des humains, et on doit l'y chercher. Personne n'a traité cette matière, qui est la plus considérable du métier de la guerre, la plus savante.

la plus profonde, et sans laquelle on ne peut se flatter que des faveurs de la fortune, qui quelquefois est bien inconstante. Je rapporterai un fait, pour persuader mon opinion sur Timbécillité du cœur.

A la bataille de Fridelingen, l'infanterie française, après avoir poussé celle des Impériaux avec une valeur incomparable, après l'avoir enfoncée plusieurs fois et l'avoir poursuivie au travers d'un bois jusque dans une plaine qui était au delà, quelqu'un s'avisa de dire que l'on était coupé : il parut deux. escadrons (français peut-être); toute cette infanterie victorieuse s'enfuit dans un désordre affreux, sans que personne l'attaquât ni la suivît, repassa le bois et ne's'arrêta que par-delà le champ de bataille. Le maréchal de Viliars et les généraux firent de vains efforts pour la ramener. La bataille était cependant gagnée et la cavalerie française avait défait l'impériale : ainsi l'on ne voyait plus d'ennemis. C'étaient pourtant les mêmes hommes et les mêmes troupes qui venaient de défaire cette infanterie impériale auxquels une terreur panique avait tellement troublé les sens qu'ils avaient perdu contenance au point de ne la pouvoir reprendre. C'est de la bouche de M. le maréchal de Viliars lui-même que je tiens ce fait : il me l'a raconté à Vaux-le-Villars, en me montrant les plans des batailles qu'il avait données. Qui voudrait rechercher de pareils exemples en trouverait quantité chez toutes les nations. Celui-ci prouve assez la variété du cœur humain et le cas qu'on en. doit faire. Mais, avant que de passer à des parties si élevées, il faut examiner les moindres, je veux dire les principes de l'art.

Quoique ceux qui s'occupent des détails passent pour des gens bornés, il me paraît pourtant que cette partie est essentielle, parce qu'elle est le fondement du

métier, et qu'il est impossible de faire aucun édifice, ni d'établir aucune méthode, sans en savoir les principes . Je me servirai ici d'une comparaison. Tel homme a du goût pour l'architecture et sait dessiner; il fera très bien le plan et le dessin d'un palais. Faites-le lui exécuter : s'il ne sait la coupe des pierres, s'il ne sait asseoir ses fondements, tout l'édifice s'écroulera bientôt. Il en est de même d'un général qui ne connaît point les principes de l'art, ni comment ses troupes doivent être composées, ce qui doit servir comme de base à tout ce qui se fait à la guerre. Les prodigieux succès que les Romains ont toujours eus avec de petites armées contre des multitudes de barbares ne doivent s'attribuer à autre chose qu'à l'excellente composition de leurs troupes. Ce n'est pas que je prétende pour cela qu'un homme d'esprit ne puisse se tirer d'affaire, quand il se trouverait commander une armée de Tartares : il est plus aisé de prendre les gens comme ils sont que de les former comme ils doivent être ; l'on ne dispose pas des opinions, des préjugés, ni des volontés : et mon but n'est pas de donner des règles, comme je l'ai déjà dit.

Je commencerai par notre méthode de lever des troupes; puis j'examinerai celle de les habiller, celle de les entretenir, celle de les former et celle de combattre.

Il serait hardi de dire que toutes les méthodes que l'on emploie à présent ne valent rien, car c'est faire un sacrilège que d'attaquer les usages, moins grand cependant que d'établir des nouveautés. Je déclare donc que je tâcherai seulement de faire voir les abus dans lesquels nous sommes tombés.

DE LA HIANiERE DE LEVER DES TROUPES

Où lève les troupes par engagement avec capitulation, sans capitulation, par force quelquefois, et plus souvent par supercherie.

Quand on fait des recrues avec capitulation, il est injuste et inhumain de ne la pas tenir, parce que ces hommes étaient libres lorsqu'ils ont contracté l'engagement qui les lie, et il est contre toutes les lois divines et humaines de ne leur pas tenir ce qu'on leur a promis. On n'en fait ceffendant rien. Qu'arrive-t-il? Ces gens désertent. Peuton, avec justice, leur, faire leur procès? On a violé la bonne foi qui rend les conditions égales. Si on ne fait pas d'actes de sévérité, on perd la discipline militaire; et, si on en fait, on commet des actions odieuses et affreuses. 11 se trouve cependant plusieurs soldats, au commencement d'une campagne, dont le temps de servir est fini : les capitaines, qui veulent être complets, les entraînent par force : de là, on tombe dans le cas que je viens de dire.

Les levées qui se font par supercherie sont tout aussi odieuses : on met de l'argent dans la poche d'un homme et on lui dit qu'il est soldat.

Celles qui se font par force le sont encore plus : c'est une désolation publique dont le bourgeois et l'habitant ne se sauvent qu'à fcTrce d'argent, et dont le fonds est toujours un moyen odieux.

Mes Rêveries. S

Ne vaudrait-il pas mieux établir par une loi que tout homme, de quelque condition qu'il fût, serait obligé de servir son prince et sa patrie pendant cinq ans? Cette loi ne saurait être désapprouvée, parce qu'elle est naturelle, et qu'il est juste que les citoyens s'emploieint pour la défense de l'État. En les choisissant entre 20 et 30 ans, il n'en résulterait aucun inconvénient. Ce sont les années du libertinage, où la jeunesse va chercher fortune, court le pays, et est de peu de soulagement à ses liatréiits. Ce ne serait pas une désolation publique, parce que l'on serait sûr que, les cinq années révolues, l'on serait congédié : cette méthode de lever des troupes ferait un fonds inépuisable de bonnes et belles recrues, qui ne seraient pas sujettes à déserter. L'on se ferait même, par la suite, un honneur et un devoir de rempir sa tâche. Mais, pour y parvenir, il faudrait n'en excepter aucune condition, être sévère sur ce point, et s'attacher à faire exécuter cette loi de préférence aux nobles et aux riches : personne n'en murmurerait. Alors ceux qui auraient servi leur temps verraient avec mépris ceux qui répugneraient à cette loi, et insensiblement on se ferait un honneur de servir : lie pauvre bourgeois serait consolé par l'exemple du riche, et le riche n'oserait se plaindre, voyant servir le noble. La guerre est un métier honorable. Combien de princies n'Ontils pas porté le mousquet! Témoin M. de Turenne. Combien d'officiers n'ai-je pas vus le reprendre plutôt qu'une condition vile! Ce n'est donc que la mollesse qui ferait paraître à quelques-uns cette loi dure. Mais toutes les choses ont un bon et un mauvais côté.

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