‹ Mes rêveriesChapitre 2 sur 29 · DE L'HABILLEMENT · texte numérisé non relu

DE L'HABILLEMENT

Notre habillement est très coûteux et très incommode : le soldat n'est ni chaussé, ni vôtu^ ni couvert. L'amour du coup d'œil remporte sur les égards que Ton doit à la santé, qui est un des grands points auxquels il faut faire attention. Les cheveux sont un ornement très sale pour le soldat ; et^ quand la saison pluvieuse est une fois arrivée, sa tête ne se sèche plus. Son habit ne le couvre point.

A regard des pieds, il n'en est pas question ; les bas, les souliers et les pieds pourrissent ensemble, parce que le soldat n'a pas de quoi changer, et, quand il l'aurait, cela ne lui servirait de rien, parce que, un moment après, il serait dans le même état. Ce pauvre soldat est donc bientôt envoyé à l'hôpital. Les guêtres blanches le ruinent en blanchissage, ne sont bonnes que pour les revues, d'une chaussure très incommode et très malsaine, de nulle utilité et très coûteuses.

Le chapeau perd bientôt sa grâce et ne saurait résister aux fatigues d'une campagne ; la pluie le perce bientôt, et, dès que le soldat est couché, il lui tombe de la tête. Le soldat, accablé de lassitude, s'endort à la pluie et au serein, la tête nue, et, le lendemain, il a la fièvre.

Au lieu de chapeaux, je voudrais des casques. Ils ne pèsent pas plus que les chapeaux, ne sont point du tout incommodes, garantissent du coup de* sabre, et font un très bel ornement.

Je voudrais aussi que le soldat fût vêtu d'une veste un peu ample avec un petit bufHe fait en soubre-veste, et d'un manteau à la turque avec un capuchon ; ces manteaux couvrent bien et ne contiennent que deux aunes et demie de drap ; ils pèsent peu et coûtent peu.

Le soldat aurait la tête et le col à couvert de la pluie et du vent ; et, étant couché, il serait conservé et aurait le corps sec, parce que cet habillement ne porte point sur le corps : le soldat le ffèche à Tair dès qu'il fait un moment de beau temps.

Il n'en est pas de môme d'un habit : dès qu'il est mouillé, le soldat en ressent l'humidité jusqu'à la peau, et il faut qu'il lui sèche sur le corps. On ne doit donc pas être étonné de voir tant de maladies dans une armée : les plus robustes y résistent le plus longtemps, mais à la fin il faut qu'ils succombent. Si l'on ajoute à ce que je viens de dire le service que ceux qui se portent encore bien sont obligés de faire pour ceux qui sont malades, pour les morts, les blessés, les déserteurs et les commandés, on ne doit pas être étonné de voir, à la fin d'une campagne, cent hommes par bataillon' avec les drapeaux. Voilà comme les plus petites choses influent sur les plus grandes.

Quant à la chaussure, je voudrais que les soldats eussent, au lieu de souliers, des escarpins avec de petits talons de l'épaisseur de deux écus, ce qui chausse parfaitement bien et fait marcher de meilleure grâce, parce que les talons bas font porter la pointe du pied en dehors, tendre le jarret, et offacer, par conséquent, les épaules. Il faut qu'ils soient chaussés à nu sur le pied, et le pied graissé avec du suif ou de la graisse. Les damoiseaux trouveront cela bien étrange : mais l'expérience fait voir que tous les vieux soldats français en usent ainsi, parce que, avec cette précaution r!s ne s'écorchent jamais les pieds, et l'humidité ne les pénètre pas si aisément, parce qu'elle ne prend pas sur la graisse : d'un autre côté, le cuir du soulier ne se racornit point et ne saurait les blesser.

Les Allemands, qui font porter à leur infanterie des bas de laine, ont toujours une quantité d'estropiés, parce qu'il leur vient des ampoules, des loups, et toutes sortes de ma-

ladies aux pieds et aux^ la peau : d'ailleurs, ce:

tent humides et pourrii Pour conserver les chaussure des paWales de b' Récollets en pcSrtentN ce qui ne se, mouillent \iams laNhàue, en faction, ce qui>es t uneVWiidi des maladies. DansV es tempi la parade, on les laur ferait \(j[ui!

DE L'Ef

tETIEN

Comme je disposle mes troi^péS|en centih^es, m TOucurais qu'il y\eût à chaque Icentur^euja vivandier ^^v^qu^r^ chariots^attelés de/deua: bœufs chacun ; qu'il eûî un^CTande marmite pour fa^re œ la soupe à toute la /centurie^ que Ton donnât àjchaque soldat sa portion à ^lidi en soupe avec du bouilli, et lelso^r en^rôti, chacun datais une écuelle de bois. Ce serait aux dÇiciers à voir qu^n ne les trompât pas et qu'ils n'eufssent^as à se plaincjfe. Le gain qu'ijf serait perlais aux yîVandiers de faire sur ht Wfeôon^ le f romage^4«4abac, les peaux qui l etc. Lc9 vi¥âitàieLi:s prendraient les bes- L vivres : et lorsqu'ocTse trottverait en lieu où il /aurait desrT&games,-i'^aXpn verrait avec ordre. Gela-pârait cl'abord un peu difficile à arranger; mais, ^de Tattei^tion, tout le monde dpit y trouver son iompte. Lorsq[ue les soldats iraient^n détachement, ils prendraient pour un ou deux jours de rôti avec eux ; cela ne fait point d'embarras. Il faut plus de bois, d'eau et de chaudrons pour faire la soupe à cent hommes qu'il n'en faut pour mille, et la soupe n'est jamais si bonne. D'ail-

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leurs les soldats mangent toutes sortes de choses malsaines qui les font tomber malades, comme du cochon, du fruit qui n'est pas mûr, etc. L'officier ne saurait y avoir l'œil comme à une seule marmite, qui serait celle du vivandier, où un officier serait toujours présent à chaque repas pour voir si les soldats n'ont pas lieu de se plaindre. Quand il y aurait des marches forcées, et que les équipages ne pourraient pas joindre, on distribuerait des bestiaux aux troupes; les soldats pourraient faire des broches de bois et rôtir leur viande; cela ne fait point d'embarras, et ne dure que quelques jours. Que l'on balance notre méthode et celle-là, je me persuade qu'on la trouvera meilleure.

Les Turcs en usent ainsi, et ils sont parfaitement bien nourris : aussi reconnaît-on bien leurs cadavres, après les batailles, d'avec ceux des troupes allemandes, qui sont hâves et décharnés. Cela a un autre avantage dans certains cas : on ménage la bourse des soldats en leur donnant le prêt en entier et en leur vendant des vivres. Il y a des pays, comme la Pologne et l'Allemagne, qui fourmillent de bestiaux : l'on demande aux habitants des contributions; et pour qu'ils puissent les soutenir, on prend moitié en vivres et moitié en argent; on vend les vivres aux troupes : ainsi tout le prêt et les appointements font continuellement la navette, et il se trouve qu'on a de l'argent et des contributions de reste; ce qui ne laisse pas de faire un grand objet.

Il ne faut jamais donner le pain aux soldats en campagne, mais les accoutumer au biscuit, parce qu'il se conserve cinquante ans et plus dans les magasins et qu'un soldat en emporte aisément avec lui pour quinze jours. Il est sain; il n'y a qu'à slnformer à des officiers qui aient servi chez les Vénitiens pour savoir le cas que l'on doit faire du biscuit. Celui des Moscovites, qu'ils nomment

Soukari, est le meilleur de tous, parce qu'il ne s'émiette pas; il est carré et de la grosseur d'une noisette; il ne faut pas tant de chariots pour le transporter qu'il en faut pour le pain.

Il faut même accoutumer quelquefois les soldats à se passer de biscuit, et leur donner du grain qu'il faut leur apprendre à cuire sur des palettes de fer, après l'avoir broyé et réduit en pâte avec de l'eau. M. le maréchal de Turenne dit quelque chose à cet égard dans ses Mémoires ;• et j'ai ouï dire à des grands capitaines que, quand même ils auraient du pain, ils en laisseraient quelquefois manquer aux troupes, afin de les accoutumer à savoir s'en passer. J'ai fait des campagnes de dix-huit mois avec des troupes qui étaient accoutumées à se passer de pain sans que j'aie entendu de murmures ; j'en ai fait plusieurs autres avec des troupes qui y étaient accoutumées, elles ne pouvaient s'en passer; dès que le pain manquait un jour, tout était perdu ; cela faisait que l'on ne pouvait faire un pas en avant ni aucune marche hardie.

Je ne dois pas ici passer sous silence un usagQ établi chez les Romains, par lequel ils prévenaient les maladies et les mortalités qui se mettent dans les armées par les changements de climat. On doit ainsi attribuer à cet usage une partie des prodigieux succès qu'ils (Mt eus. Un grand tiers des armées allemandes périssent en arrivant en Italie et en Hongrie. L'année 1718, nous entrâmes 55.000 hommes dans le camp de Belgrade, presque en sortant des quartiers. Il est sur une hauteur, l'air y est sain, l'eau de source y est bonne, et nous avions abondance de toutes choses. Le jour de la bataille, qui était le 18 août, il ne se trouva que 22.000 combattants sous les armea : tout le reste était mort ou hors d'état d'agir. Je pourrais citer de pareils événements chez d'autres nations. C'est le changement de climat qui les produit. L'on ne voit point de

ces exemples chez les Romains tant que le vinaigre ne leur manquait pas;.mais, dès que Vacetum leur manquait, ils étaient sujets aux mêmes accidents que nos troupes le sont à présent. C'est un fait auquel peut-être peu de personnes ont fait attention, et qui, cependant, est d'une très grande conséquence pour les conquérants et pour les succès. Quant à la manière de s'en servir, les Romains faisaient distribuer le vinaigre par ordre : chaque soldat 'avait sa portion qui lui servait plusieurs jours, et il en versait une larme dans Teau qu'il buvait. Je laisse aux médecins à pénétrer les causes d'un efiet si salutaire : ce que je rapporte est un fait bien constant.

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