DE LA MANIÈRE DE NIARCHER, DE CHARGER ET DE S'EXERCER
Quant à la manière de marcher, il faut avoir une atten tion extrême, lorsque l'on marche par deux, que les cavaliers et dragons ne doublent pas la file pour quelques mauvais pas qu'ils trouvent en chemin; car, s'il y en a un qui le fasse, ils le font tous, et cela fait que votre cavalerie, au
lieu d*arriver dans six heures au camp, n'y arrive que dans douze. Un seul mauvais pas qui se trouvera dans toute une marché vous fera ce retard, si les officiers n'y font une attention particulière : s'il s'en trouve plusieurs, toute votre colonne de cavalerie se mettra en désordre ; dans des endroits, vous les trouverez arrêtés, et d'autres qui galope ront pour regagner ce qui est devant eux. Rien n'abime tant la cavalerie que ce manque d'attention : il faut y être extrêmement sévère. • Il vaut mieux, s'il se fait quelque trou dans la marche, arrêter tout net, et le raccommoder, que de passer outre, ou faire un chemin ailleurs.
Quand on passe dans l'eau, il faut avoir attention de ne point laisser boire les chevaux : un homme qui fait boire son cheval arrête toute l'armée. Dans cette occasion, il faut que tous les officiers y concourent ; les réprimandes ni les exhortations ne sont pas là de saison ; il faut que les châtiments marchent, et dans l'instant. Rien n'est de si grande conséquence pour la conservation de la cavalerie : car la complaisance que l'homme a pour son cheval fait que chacun s'arrête soit peu ou beaucoup ; et quand ils ne se mettraient pas dans le chemin, il faut toujours qu'ils rega gnent leur rang, et cela revient au même.
Que l'on ne croie pas que cela n'y fasse pas de différence. Vous arriverez à nuit close dans un camp où vous auriez pu arriver à midi. Si vous n'y faites attention et que cela se répète souvent, vous abîmez toute votre cavalerie dans peu de jours. ..
Quant à la manière de charger, l'on ne saurait assez imprimer à la cavalerie de rester ensemble et de ne jamais poursuivre à la débandade. Leur étendard doit leur être sacré : quelque événement que le combat produise, ils doivent toujours se rallier à lui et jamais ne se mêler avec l'ennemi, et, lorsque cela arrive, rejoindre cet étendard dans la mêlée, et toujours n'être occupé que de cela. Avec
ces principes, si vous pouvez parvenir à les bien persuader,^ vous ferez de la cavalerie invincible.
Quant à la charge en elle-même, Ton doit observer de partir au petit trot de la distance de cent pas et d'augmenter ce mouvement à mesure que Ton approche. L'on ne doit serrer la botte que de vingt pas, *et cela doit se faire par un cri que Tofflcièr qui commande jette en criant : A moi ! Il faut y styler la cavalerie, et ce mouvement doit être comme un éclair : mais il faut bien les y exercer, pour leur rendre cette manœuvre familière. Il faut leur apprendre, pendant que Ton est dans les quartiers d'hiver, à galoper un train bien allongé, l'escadron tout formé, sans qu'il se rompe. On peut dire que tout escadron qui ne peut aller deux mille pas à toutes jambes, sans se rompre, n'est jamais propre à la guerre. C'est le point fondamental : quand ils sauront cela, ils seront bons, et le reste leur paraîtra facile. Voilà tout ce qu'ils doivent savoir faire.
Les dragons doivent savoir la même chose, et, en outre, escarmoucher. Leur troisième rang doit sortir en débandade, et rentrer et se former avec célérité ; ils doivent être exercée à tirer de cheval ; ils doivent tous avoir des fusils a secret, comme les (( armés à la légère » de l'infanterie, et savoir tout l'exercice de l'infanterie.
Leurs chevaux doivent être tenus en haleine dans les quartiers d'hiver, ou, en temps de paix, par des exercices violents ou des courses ; et cela trois fois par semaine pour le moins.
La cavalerie doit aussi galoper et courir, pour rompre les chevaux de même que les hommes. Ce n'est que lorsqu'ils sont en campagne qu'il faut les ménager extrêmement, pour tenir les chevaux en chair, et les escadrons complets et forts.
Il y a une manière d'accoutumer les chevaux de la cavalerie au feu. Dans les garnisons, lorsque l'infanterie prend
MES RÊVfailfiS 61
les armes pour faire Texercice, il faut toujours aTanoer dessus le feu au pas^ et traiter fort froidement les chevaux, les accoutumer de proche en proche, et ne les point châtier, mais les caresser : ils sV accoutumeront si bien que, au bout d*un mois, ils iraient metti« le nez sur le bout des fusils, sans f^^étonner; alors ils sont bien. Mais il faut prendre garde de ne pas approcher de trop près ; car, si une fois ils sont brûlés, tous ne les remettrez point; et cette épreuve doit se réserver pour un jour de combat.