DES PARTIS (OU DÉTACHEHENTS) DE CAVALERIE
Le paj's où l'on fait la guerre doit décider de Futilité et du succès de ces partis. Rarement les grands partis de cavalerie aboutissent à quelque chose de bon^ à moins que ce ne soit pour faire quelque expédition prompte et vigoureuse, pour enlever un convoi, surprendre un poste, soutenir des partis que vous avez poussés en avant pour couvrir votre marehe : alors ils sont d'une grande utilité. Car, supposé que Tennemi ait dessein, avec quelques détachements considérables, d'attaquer votre arrière-garde ou vos équipages, lorsque vous voulez marcher par votre droite ou par votre gauche, il ne l'osera si vous avez poussé un gros parti la veille de votre marche du côté opposé; et cela, parce qu'il craindra de se mettre entre ce qu'il veut attaquer et ce détachement qu'il saura bien sûrement être sorti, sans savoir positivement quelle route il tient, ni dans quel lieu il se trouve.
Les troupes de ces détachements doivent toujours être de cinquante, et le détachement toujours fort. Il faut un homme habile et nourri dans la guerre pour le conduire ; et c'est une des commissions des plus difficiles à exécuter, -à moins que vous n'ayez un objet fixe : je veux dire à
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aller occuper ou surprendre un poste, ou un convoi à enlever, car alors vous n'avez qu'à y marcher tout droit, et attaquer.
Si vous êtes bien servi en espions, vous pouvez aussi vous embusquer en rase campagne : Ton trouve quelquefois des fonds où Ton peut se loger sans être vu pour tomber sur le corps à Timproviste à des troupes qui passent devant vous; mais cela arrive rarement. En tout, le métier de la cavalerie est un métier fin, où la connaissance du pays est absolument nécessaire, et où le coup d'œil et l'audace dans l'esprit font tout.
Quant aux petits partis qui sont les plus nécessaires, il en faut avoir tous les jours dehors; ils ne doivent pas être au-dessus de cinquante; ils doivent toujours fuir: ils ne doivent servir que pour avoir des nouvelles et pour faire quelques prisonniers.
Lorsque l'ennemi devient audacieux, et qu'il se met à faire de gros partis pour réprimer les vôtres, il faut l'observer plusieurs fois, voir sa conduite, et puis, un beau jour, lui dresser des embuscades et lui tomber sur le corps, toujours le double de ce qu'il est. Alors vous gagnez la supériorité en campagne, et il n'ose plus rien dire à vos petits partis ; vous les avez toujours sur lui, et il ne peut faire un pas que vous n'en soyez informé : cela vous met en sûreté, cela le gêne et le fatigue extrêmement. Vos fourrages et vos pâtures se font avec plus de tranquillité, et il est toujours obligé de faire les siens avec de grandes précautions, parce qu'il n'est pas maître de la campagne, ce qui le fatigue extrêmement.
Voilà à quoi je veux que les dragons servent. Et, lorsqu'ils y seront stylés, ils vaudront infiniment mieux que les hussards, parce qu'avec la même légèreté ils ont plus de solidité; mais, pour cela, il faut qu'ils soient souvent dehors et qu'ils aient souvent affaire à l'ennemi. De gros
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corps de cavalerie ne les joindront pas, et les hussards ne leur feront rien : car une troupe de cinquante 'dragons n'a rien à craindre d'une multitude de hussards : elle fait toujours chemin au trot; et le moindre défilé qu'elle trouve, les hussards n'oseraient plus les suivre.
Quand ces dragons, ainsi montés et ainsi exercés, connaîtront leurs forces, ils deviendront si audacieux qu'on les verra toujours auprès des grand'gardes de l'ennemi : les officiers se feront à cette guerre, et l'ennemi ne saurait y opposer que de la patience.