‹ Mes rimesChapitre 19 sur 29 · L'OUVRIERE · texte numérisé non relu

L'OUVRIERE

Va donc ! va pauvre fille, Sois toujours bien gentille, Nargue les yeux fripons Des gais viveurs, garçons Qui veulent, à toi femme, Te dérober ton âme.

A tous ceux qui suivront Ton agile talon Qu'aura surpris leur vue Sur le sol de la rue, Montre-toi sans pitié ; Ce n'est pas l'amitié Qui vers toi les entraîne.

Il faut une autre chaîne A ton cœur généreux :

Pour toi, je rêve mieux, Je rêve un ami tendre Qui saura, sans surprendre

Ton amour, ta candeur, Te donner le bonheur, Qu'il doit à sa promise, Devant la sainte Eglise.

Je les vois sommeiller Sur leur doux oreiller, La brunette et la blonde Qui font courir, du monde, Los plus gais cavaliers En papillons légers Autour de leurs prunelles :

Ces vives étincelles En ont grillé plus d'un ; L'oreiller de satin, Sur sa blancheur s'étoile De tous leurs débris d'aile.

Mais toi, c'est au grand jour Que tu parles d'amour,

Tu n'entends pas qu'on raille La fille qui travaille Et se plie au devoir :

Devant le dévidoir, Le moulin ou l'aiguille.

C'est toujours la famille .

Qui te montre ses traits :

Si les bonheurs parfaits Etaient de ce bas monde, (Hélas ! qu'un ciel qui gronde, Trop chargé de brouillards, Couvre de toutes parts,) Tu voudrais que ta mère Put avec l'ouvrière Tous les jours partager Le pain de l'ouvrier.

Tu réponds au mot tendre Que l'on te fait entendre Ou qu'on dit franchement.

Mais s'il faut pour l'amant

Quitter ta bonne mère, Le feu de ta paupièro S'éteint dans un long pleur Qui des yeux roulo au cœur.

Veillez bien, demoiselles, Voiliez sous vos dentelles, Veillez sous vos velours, Veillez, car vos beaux jours Se comptent par vos veilles.

Toi pauvre, tu sommeilles, Tout le long de la nuit, Mais le bonheur te suit.

Quand tu vas, aveo l'aube, Sous une mince robe, (Quelque taffetas noir,) Il te suit jusqu'au soir.

Au matin, l'oiseau chante, Quand tu descends la pente

Qui mène à l'atelier :

Le soir, c'est l'ouvrier Qui t'attend sur sa porte, Pour que ton cœur emporte, Dans un simple " bonjour " Chez toi tout son amour.

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