‹ Mes rimesChapitre 4 sur 29 · MON LIVRE · texte numérisé non relu

MON LIVRE

A vous mes vieux amis, à vous ce petit livre :

Prenoz-le tout entier, car il est bien à vous,

A vous tous, avec qui je fus heureux de vivre,

Et dont le souvenir m'est encore si doux.

Je sons que je fléchis sous un poids qui m'oppresse,

Ce matin, j'essayai vainement de sortir,

Je gourmandai mon corps, l'accusant de paresse :

Mais je n'ai plus de force, hélas ! que pour souffrir.

Oui, me voilà cloué sur mon lit do douleur :

La souffrance m'étreint, me travaille, me mine,

Et dans mon corps brisé, je n'ai plus que le cœur,

Qui soit encore entier : dans mon front qui s'incline,

Mon âme est mal à l'aise et songe au grand départ.

C'est dur, bien dur. amis ! pour moi qui tant vous aime, De renoncer si tôt, à cette bonne part, De tendresse, de soins, je dirais d'amour même, Que vous m'avez permis de prendre dans vos cœurs. Je ne puis plus vous voir, mais autour de ma couche, Ma mémoire, domptant l'excès de mes douleurs, Me rappelant vos noms que répète ma bouche, Yous rassemble encor tous : recevez mes adieux, Je vous presse les mains, je refais notre histoire, Yos noms, chaînons de fleurs, me suivront jusqu'aux

[cieux :

Même au sein du bonheur, j'en garderai mémoire ; Car Dieu n'efface rien du cœur qui sut aimer, Il lui pardonne tout. Pour votre souvenance, Recueillez ces couplets qui pourront vous charmer, Aux heures de loisir, raccourcir la distance Qui va nous séparer ; vous penserez à moi, Puis si vos pas foulaient ma tombe au cimetière, Mettez-vous à genoux, au nom de notre foi, Et pour votre Elzéar faites une prière.

Elzéar.

A EDMOND FRECHETTE, ECR., NOTAIRE.

A V occasion du mariage de mon ami Edmond, Notaire, tin de ceux que je puis classer dans la seconde génération des jeunes gens avec lesquels s'est écoulée ?na tondre jeunesse. (1865)

Bienheureux potentat, En ton long célibat, Tu passas ta jeunesse Dans une douce ivresse.

Vainqueur en tous projets, Tu vivais sans regrets, Malgré le front sévère De madame ta mère.

Sans gêne du haut ton, Dans ce temps de garçon, Tu voltigeais sans cesse De déesse en déesse.

Que de fois, à minuit, Dans un humble réduit, Tu chantais amourette A gentille fillette !

Et puis, le lendemain, A table au Terrapin, (1) Au souvenir de Flore, Tu souriais encore.

Si, par malheur, l'argent Rentrait trop lentement, Pour un contrat à faire Tu te faisais notaire.

Alors, le soir venu, Au rendez-vous connu, Auprès de nos commères Nous remplissions nos verres.

(1) Restaurant établi à Montréal en 18G2.

Narguant des envieux Les goûts ambitieux, Dans les yeux d'une blonde Nous possédions le monde.

Adorable Vénus, Et vous divin Bacchus, De ces soirs de délices Yous étiez nos complices.

Hélas ! qui l'aurait cru ?

Faible élan de vertu !

On vit, un jour, un traître De ces lieux disparaître.

Et, tu fis le serment Que, légitimement, Tu vivrais en ménage Jusques à ton veuvage.

Puisses-tu, cher ami, Modèle de mari, Assurer à la femme Une constante flamme.

Si le ciel bienfaisant Te donnait un enfant, Fais qu'il ait pour principe Les amours et la pipe.

Si l'aimable destin Lui fait aimer le vin, Dis-lui, qu'à ta mémoire, Il peut quelquefois boire.

Que tcus tes vieux amis, Dans le nom de ton fils Trouvent la souvenance De nos jours de bombance.

Mais, adieu ! cher Edmond, Je suis déjà trop long, Adieu ! pauvre victime, Sois heureux dans ton crime !

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