SOUVENIR DE L'HOTEL-DIEU
J'occupais depuis quelques semaines une chambre isolée, dans l'Hôtel-Dieu de Montréal. Les conseils d'un ami, et l'espoir qu'une vie plus sédentaire me soulagerait des douleurs rhumatismales qui me rongeaient, depuis près d'un an, m'avaient engagé à venir dans cette maison du bon Dieu.
Un matin, un gentil petit papillon blanc s'amusait à voltiger dans les rideaux de ma fenêtre. A la vue de cet emblème de l'innocence, il me vint une idée que je ne tardai pas à mettre à exécution. Je m'emparai du papillon et l'attachant à une feu:llede papier, je l'adressai, avec ces quelques vers, à l'un des anges de charité, qui veillaient sur moi avec tant do bonté et de dévouement.
Aimable papillon, Ange de la saison, Viens, écoule en silence, Je vais, de confidence, Te dire un grand secret ; De grâce ! sois discret.
Sous ce toît que j'habite,
Une femme d'élite
A su gagner mon cœur ;
Son doux nom, c'est " ma sœur."
Son âme est belle et pure,
Et sa tendre nature,
De tous les malheureux
Sait faire des heureux.
Toujours son cœur déborde,
Et celui qui l'aborde,
Eprouve, en la voyant,
Le bonheur que l'enfant
Peut goûter sur la terre
Près de sa tendre mère :
Bile est là près du lit
lki pauvre qui pâtit,
Et sa douce parole,
A chaque heure console,
Ceux qu'un destin fatal
Conduit à l'hôpital.
Dans l'ombre du mystère, D'une course légère, Papillon va, demain, Reposer sur sa main, Et lui dire à l'oreille, Que pour elle je veille !